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LES AVEUX AU CONCILE DE TRENTE

âmes se perdre ; nous déshonorons la dignité épiscopale ; nous ne sommes pas des bergers, mais des loups ; nous sommes les fauteurs de la corruption qui règne dans toute l'Église, et, tout spécialement, nous sommes responsables de la ruine de la religion en Italie.

Le cardinal Antoine Pucci l'avouait ouvertement devant l'assemblée de 1516 : « Rome, les prélats romains, et les évèques que Rome envoie journellement à l'étranger, nous tous ensemble, nous sommes les auteurs des innombrables erreurs et de la corruption dans l'Église ; si nous ne parvenons pas à reconquérir notre bonne réputation, et elle est presqueentièrementperdue, tout estfinif556). » Et Mathias Ugoni, évèque de Famagusta, un des membres du synode de Lalran, décrit dans son ouvrage (55~) le mépris dans lequel étaient tombés les évèques italiens : « Il n'est point, dit-il, d'infamie qu'on ne leur attribue ; eux, de leur côté, repoussent aussitôt chacun qui parle seulement de la nécessité d'une réforme et d'un véritable concile, et le conspuent comme un trouble-fête et un hypocrite. » Ce furent ensuite, en l'an 1546, les légats du pape, a Trente, qui formulèrent contre la prélature italienne le plus terrible réquisitoire qu'on eut dressé jusqu'à ce jour. Les réformateurs en Allemagne n'eurent besoin que de répéter textuellement les paroles des légats et tous les aveux semblables échappés ensuite au concile, pour peindre au monde la lourde culpabilité des papes et des évèques italiens. On ne pouvait pas, en effet, dire plus nettement qu'il fallait rapporter, en dernier ressort, la ruine de toute l'institution ecclésiastique à la prélature italienne, concentrée dans la curie et rayonnant de là dans les diocèses : c'était elle la source de l'immoralité régnante; c'était le mépris qu'on avait pour elle qui provoquait partout l'empressement du peuple à accepter de nouvelles doctrines, de nouvelles formes de l'Église, car partout le peuple, négligé, mécontent, en était venu à douter de son clergé et de l'Église elle-même (558). « Tout ce qui nous arrive de la part des hérétiques, disaient-ils, n'est qu'une juste punition de nos vices et de nos crimes : pourquoi avons-nous confié des charges ecclésiastiques à des indignes, etc. ? »

Le premier discours que, précisément a l'ouverture du concile, prononça l'évèque Coriolan Martyrano de Saint-Marc, excita

1 etonnement (5r>9). Le tableau qu'il expose du caractère des cardinaux et des évêques italiens, de leur cruauté sanguinaire, de leur cupidité, de leur orgueil, de la dévastation qu'ils exerçaient dans l'Église, était effrayant. Un inconnu, qui rendait compte à un ami de cette première séance, écrivait dans sa lettre (36°) : « Luther luimême n'a jamais parlé plus sévèrement. » Ce qu'il entendit encore alors au concile de Trente fit naître en [lui la conviction que le synode, à la vérité, n'accepterait pas la doctrine protestante, mais se soulèverait encore plus énergiquement que les luthériens contre la tyrannie papale. Quelle erreur et combien il connaissait mal le clergé italien ! Mais les révélations faites alors à Trente prouvèrent indubitablement qu'il fallait encore considérer comme un bonheur l'absence générale des évêques italiens de leurs diocèses, qui pour la plupart n'avaient même jamais vu seulement leurs pasteurs ; les auteurs romains du mémoire de 1538, destiné à Paul III, signalaient pourtant la situation intolérable créée parce défaut de résidence (561).

On possède une lettre du célèbre Antonio Flaminio de l'an 154o, qui se rapporte aux premiers débuts du concile de Trente. Que va faire pour l'Église, se demande-t-il, un synode composé de pareils monstres d'évèques? Ces gens-là n'ont rien de l'évèque que la longue robe. Il n'avait connu en Italie qu'un seul digne évêque, Giber. to de Vérone, mais il était déjà mort. Quant aux évêques actuels, il n'y a rien à en espérer ; ils n'ont conquis leur mitre que par la faveur des princes, ou bien en la mendiant, ou bien en l'achetant, ou bien par des moyens criminels, ou bien en faisant pendant de longues années le métier de courtisans à Rome : pour arriver à une amélioration quelconque, on devrait d'abord les déposer en masse (S62).

Il suffit seulement de l'apparition à Trente de quelques Espagnols et Français pour transformer aussitôt les évêques italiens en un troupeau docile aux ordres de Rome et obéissant au moindre signe des légats. Ils supportaient fort tranquillement qu'on les stigmatisât à la face du monde comme de misérables mercenaires sans conscience, comme des hommes grossiers et ignorants ; aucun murmure, aucune protestation n'interrompait l'orateur. Un Italien (car on ne l'eût probablement pas supporté d'un Transmontain) avait aussi la permission de dire que tout le malheur de l'Eglise

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