LES AVEUX AU CONCILE DE TRENTE
et tous les abus ecclésiastiques provenaient de Rome (:m). Mais, quand il s'agissait de prouver leur attachement à la curie, alors, rivaux en bassesse, ils brûlaient à l'envie de dévotion pour Rome. « Les évêques italiens, dit Pallavicini, ne connaissent d'autre but que la grandeur et le soutien du siège apostolique. En agissant ainsi, ils se montrent, croient-ils, aussi bons Italiens que bons chrétiens fi6i). » Dès qu'un évêque étranger mentionnait un fait historique, qui ne cadrait pas avec le système papal, l'orage éclatait. Ainsi, l'évêque Vosmédiano de Cadix ayant fait observer qu'autrefois les métropolites en vertu de leur autorité, avaient ordonné les évêques de leur province, le cardinal Simonetta le contredit aussitôt; les évêques italiens poussèrent des cris sauvages et empêchèrent l'évêque de continuer son discours, en trépignant et frappant le sol de leurs pieds. « Que ce maudit cesse de parler, s'écriaient-ils, et qu'on le cite aussitôt en jugement (565). » Telle était la liberté au concile de Trente.
Précisément en Italie, où la situation n'aboutit pas comme en Allemagne et en d'autres pays à un schisme déclaré, où la masse du petit peuple en général demeura catholique, régnait alors chez les mieux intentionnés un état de découragement proche du désespoir. Dans leurs discours comme dans leurs écrits, à l'époque de l'ouverture du synode de Trente, il est question de la ruine de la religion, de l'agonie ou même des funérailles de l'Église, auxquelles devaient assister les évêques. On y nomme l'Eglise un cadavre en décomposition ou un édifice à peu près consumé par les flammes. Lorenzo (iiustiniani, patriarche de Venise, les cardinaux .Egidius de Viterbe et Antoine Pucci, et après eux, plusieurs des évêques de Trente, tinrent un pareil langage ; il n'était que le résultat de l'impression produite sur eux par le spectacle de l'Italie, où tlorissaient l'impiété et la plus grossière superstition. Au contraire, les nations au delà des Alpes étaient dans leur ensemble encore croyantes,quoique leur attachement à l'Eglise fût cependant profondément ébranlé; depuis trop longtemps celle-ci ne s'offrait à leurs yeux que sous les traits d'un tyran, ou d'un monstre grimaçant et méconnaissable. Le socinianisme était une production nationale italienne, qui ne fut reçue ni en Allemagne ni en Angleterre.
En Allemagne, et dans la plupart des contrées de ce côté-ci des Alpes, on était encore très éloigné de penser que la récente rupture
de la communauté ecclésiastique en viendrait à se développer en une séparation définitive. Le sentiment général ne s'écartait point encore assez de l'Église pour cesser d'avoir confiance en un concile vraiment libre et non subjugué par le pape. On espérait, à l'aide de ce concile, tout à la fois purifier l'Église et la réconcilier avec les dissidents ; mais ici, naturellement, chacun, suivant sa situation personnelle et sa nationalité, se faisait une image très différente des conditions auxquelles ce rapprochement pourrait avoir lieu. En Allemagne, aussi bien que dans les pays Scandinaves, en Angleterre et dans les Pays-Bas, une juste réforme, dans la période qui précéda 1 560, eût pu sauver ou rétablir l'unité religieuse, moyennant quelques concessions en ce qui concernait le calice et le mariage des prêtres, et principalement moyennant la suppression du système papal. Si les plus modérés des réformateurs, comme Mélanchthon, ne voulaient reconnaître la primauté papale que comme une institution de droit humain utile à l'Église et refusaient d'aller au delà, cela tenait essentiellement, ainsi qu'on le voit par les expressions de Luther, à ce que l'image monstrueuse de la monarchie absolue, qu'on ne cessait de présenter à leurs yeux, se confondait inséparable dans leur esprit avec l'idée de primauté dans l'Église. De même qu'ils ne pouvaient ou ne voulaient comprendre l'idée du sacerdoce d'après le Nouveau Testament, ni celle du sacrifice de l'Eucharistie, parce que toutes deux ne se formulaient à leur esprit que sous l'aspect, alors dénaturé et dégradé, de la suprématie sur le monde laïque et de la messe transformée en marchandise ; de même, ils repoussaient la primauté. Elle devait leur être doublement détestable et insupportable, aussi bien en raison de ses détenteurs d'alors, que de l'élément tyrannique qu'elle renfermait; et enfin parce qu'ils constataient que la curie était la véritable source et l'origine de la corruption dans l'Église.
§2. — Nouveaux efforts pour établir l'infaillibilité papale.
Le dévouement italien envers Rome comportait avant tout la soumission non seulement au système papal, mais aussi à ses conséquences, à la théorie de l'infaillibilité du pape. Cette doctrine