‹ La papautiChapitre 68 sur 178 · BIÏ.LE DE LA SAINTE-CÈNE · texte numérisé non relu

BIÏ.LE DE LA SAINTE-CÈNE

pliraienl de pareils actes sans autorisation pontificale spéciale, et ce châtiment ne doit pas atteindre uniquement les organes supé. rieurs de l'Etat, mais s'étendre aussi sur tout le corps des fonctionnaires, jusque tout en bas, au scribe, au sergent et au bourreau. Le pape seul, sauf le cas où il est sur son lit de mort, doit pouvoir dispenser de ces censures.

11 n'y a rien d'étonnant à ce que les princes et les États se soient soulevés contre un semblable manifeste, aient empêché sa publication et lui aient refusé toute validité. En France, le Parlement ordonna, en L380. que tout évèque ou archevêque qui publierait cette bulle encourrait la confiscation de sos biens et serait déclaré coupable de haute trahison. Dans les Pays-Bas. ce furent les évêques eux-mêmes qui résistèrent. De même, le roi d'Espagne, qui voyait en cette bulle une atteinte à ses propres droits, n'en permit pas L'introduction dans ses états; le vice-roi de Xaples agit de semblable façon. Rodolphe II protesta solennellement contre sa publication en Allemagne et tout particulièrement en Bohème. L'archevêque de Mayence se montra tout aussi inflexible contre son introduction, et Venise pareillement. Mais les théologiens et les canonistes, les Jésuites en tète, insérèrent la bulle dans leurs livres d'enseignement, et d'innombrables confesseurs allèrent jusqu'à refuser l'absolution conformément ad document papal. Clément XI osa encore en 1707, en vertu de la bulle de la Sainte-Gène, excommunier Joseph I" et tous ceux, avec lui, qui avaient pris part a l'affaire de Parme et de Plaisance, sur lesquelles Rome prétendait avoir des droits de suzeraineté. Mais l'empereur se cabra énergiquement contre un pareil procédé et le pape se vit contraint de céder. En 1768. Clément XIII étant de nouveau intervenu avec l'anathème dans les droits de souveraineté du duc de Parme, il en résulta une grande agitation dans les Etats catholiques. La fervente catholique Marie-Thérèse, elle-même, repoussa avec fermeté les usurpations du pape en ce qui concernait la Lombardie autrichienne, et interdit l'usage de la bulle; l'impératrice dans son édit faisait observer que celte bulle contenaitdesdispositions.peu en accord avec le caractère sacerdotal, que l'on ne pouvait justifier d'aucune façon et qui blessaient gravement les droits et le pouvoir de la couronne. Cette bulle a été pendant deux cents ans consécutifs solennellement proclamée a Rome le Jeudi-Saint; les ambassadeurs des puissances catholiques étaient

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donc annuellement en mesure d'informer leurs monarques et leurs gouvernements que ceux d'entre eux qui n'avaient point obéi effectivement aux injonctions papales étaient excommuniés en ce jour. Quoique depuis Clément XIV, la bulle ne soit plus lue publiquement le Jeudi-Saint, on la considère encore toujours dans les tribunaux et congrégations romaines, ainsi que l'indique Crétineau- Joly, comme la législation en vigueur; Pie IX. par sa constitution du 14 octobre 1869, l'a renouvelée sous une forme un peu modifiée et l'a fait distribuer le 14 décembre dans la seconde congrégation générale du concile du Vatican f615).

§ 4. — Perfectionnement par les Jésuites des idées romaines sur l'omnipotence du pape. — Falsification de l'histoire par Baronius.

L'Ordre des Jésuites, eu vertu de sa destination même et de toute sa tendance, ne pouvait point rester à mi-chemin dans la question de l'infaillibilité papale : il lui était interdit d'osciller, comme les anciens infaillibilistes de Thomas à Gajétan, entre la possibilité d'un pape hérétique et la soumission absolue à ses décisions. Le Jésuite considère comme la fine Heur de la religiosité la renonciation à son propre jugement, l'abdication passive de son intelligence et de sa volonté entre les mains de ceux qu'il reconnaît pour ses maîtres. Le sacrifice de sa propre raison à la raison d'un autre homme est le sacrifice le plus noble et le plus agréable a Dieu que puisse faire un chrétien suivant la doctrine de l'Ordre (610J. Dès son noviciat, le futur Jésuite est instruit à éteindre la lumière de sa raison, dans la mesure où celle-ci lui rendrait difficile l'obéissance aveugle. Le maître doit donc tenter le novice comme Dieu a tenté Abraham (617). Il est enseigné dans les Exercices de l'Ordre : « que si l'Église décide que ce qui paraît blanc a nos yeux est noir, nous devons dire aussi : C'est noir(clsj. » L'Ordre lui-même d'après son propre point de vue est la reproduction complète de la hiérarchie ecclésiastique : le général est pour l'Ordre ce que le pape est pour toute l'Église (61!)). De même que le Jésuite obéit aveuglément à son général, de même chaque chrétien est tenu d'obéir au pape avec une égale abnégation de ses propres sentiments.

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