LES JÉSUITES ET L'INFAILLIBILITÉ
En conséquence, tout Jésuite est forcé d'être l'avocat de l'absolutisme le plus complet dans l'Église. Toute restriction est à ses yeux une abomination, toute disposition légale qui chercherait à s'opposer à un acte de volonté quelconque de l'unique maître et seigneur est un attentat, un crime de haute trahison. Que le pape se prononce sur une doctrine, aussitôt chacun, et les évèques les premiers, comme modèles de leurs troupeaux, individuellement ou en synode, doivent se soumettre aveuglément et faire le sacrifice de leur jugement. En agissant ainsi, ils n'auront cependant encore fait que peu de chose; car, le Jésuite, comme un être plus parfait, accomplit ce sacrifice deux fois. Il sacrifie d'abord son sentiment personnel au pape, et secondement à son général. Car, l'idée que l'Église entière n'est, par elle-même et sans pape, qu'un corps inanimé recevant son àme et sa forme par le pape, suivant l'expression du cardinal Pallavicini (6Î0), est une hallucination, qui, auparavant, ne flottait que dans quelques cerveaux isolés et n'a trouvé de consistance que dans l'Ordre des Jésuites. C'est à cette àme. c'està-dire au pape, que revient donc la domination sur l'univers chrétien : il est monarque et seigneur du monde, son autorité est la base, le lien et l'intelligence motrice du gouvernement de l'Église (6Î1). Aussi Grégoire XIV dans sa bulle de l'an 1591 a-t-il reconnu le mérite supérieur de l'Ordre des Jésuites, merveilleux instrument, qu'en raison du pouvoir despotique de son général, les papes peuvent employer aux fonctions les plus diverses.
Ace degré de perfection et de logique, le système papal s'offre à nous comme un idéal, que Trionfo et Pelayo eux-mêmes n'avaient point encore osé rêver. Ces absolutistes du xiv" siècle n'avaient pas encore élevé leur vol jusqu'à la conception d'un univers chrétien n'ayant qu'une seule àme. laquelle penserait, saurait et voudrait pour lui, et que cette àme serait le pape. Une pensée de cette nature ne pouvait germer que dans l'esprit d'hommes dressés sous la discipline du Saint-Office.
Bellarmin a amplifié les idées de Cajétan, auquel en somme il reste fidèle : mais il rejette catégoriquement son hypothèse d'un pape hérétique, préalablement déposé par un jugement divin. Pour lui, un pape hérétique est légitime aussi longtemps que l'Église ne l'a pas déposé. Cajétan a bien dit : l'Église est la servante du pape; mais Bellarmin ajoute: l'Église doit accepter ce
qu'il plaît au pape de lui prescrire. 11 ne peut pas être question d'un examen quelconque : les yeux fermés, renonçant a tout jugement personnel, elle doit croire fermement tout ce que le pape enseigne, comme absolument vrai; tout ce qu'il ordonne, comme absolument bon ; tout ce qu'il défend, absolument mauvais et pernicieux. Car le pape ne peut pas plus errer dans les questions morales que dans celles du dogme. Bellarmin en arrive jusqu'à prétendre que si le pape se trompait en prescrivant des péchés et prohibant des vertus, l'Église serait obligée de tenir les péchés pour bons et les vertus pour mauvaises, si elle ne voulait pas pécher contre la conscience (622). Si donc, le pape délie les sujets d'un prince du serment de fidélité, droit que Bellarmin lui reconnaît pleinement, l'Église est tenue de croire qu'il a accompli un acte louable, et tout chrétien devrait estimer un péché de rester encore fidèle à son prince et de lui obéir. Aux yeux de Bellarmin, ce n'est que par esprit de vertige que les conciles ont pu avoir l'arrogance de soumettre encore à leur propre examen les décisions papales sur les questions de foi.
A la suite de Gajétan et de Gano, Bellarmin avait étendu si loin l'infaillibilité papale, et si bien abaissé les conciles et l'Église entière vis-à-vis des papes, qu'il ne restait plus qu'une seule manière de comprendre leurs rapports réciproques : Dieu ne fait rien de superflu ; il ne donne donc pas deux fois l'autorité infaillible nécessaire au inonde chrétien, c'est-à-dire une fois à l'ensemble de l'Église, et une seconde, ensuite, au pape. Or,4comme il est certain qu'elle revient au pape, il s'ensuit que l'Église ne la reçoit point directement, mais par l'intermédiaire du pape, comme une illumination émanant de lui et possédée par lui seul ; en d'autres termes, l'infaillibilité active revient au pape, et l'infaillibilité passive seulement à l'Église. Il s'ensuit encore dans la doctrine de ce parti, que toute décision du concile est incertaine jusqu'à ce qu'elle ait obtenu la ratification du pape, qui lui octroie seulement alors la certitude suprême. La sentence d'un pape, au contraire, ne peut être confirmée par aucune puissance terrestre ou société humaine ; elle est en soi déjà obligatoire et divinement certaine.
C'est à cette époque que l'inauthenticité des Décrétales d'Isidore fut découverte par les Genturiateurs de Magdebourg. Quiconque connaissait un peu l'antiquité chrétienne ne pouvait plus douter
qu'elles ne fussent l'œuvre relativement récente d'un faussaire. Mais le développement historique du système papal était lié à ces falsifications d'une façon si inextricable, que les théologiens de la curie et de l'Ordre des Jésuites se décidèrent à défendre ces faux et à continuer de les employer comme preuves de la légitimité de la monarchie et de l'infaillibilité papales. Le Jésuite Turrianus composa une prolixe apologie des Décrétales (623). Bellarmin reconnut qu'il serait impossible de produire l'ombre même d'une preuve traditionnelle, sans les falsifications du pseudo-Isidore et celles qu'imagina plus tard le Dominicain anonyme; les trois illustres fondateurs de la nouvelle doctrine, Thomas, Gajétan et Melchior Gano, ne s'étaient-ils pas aussi uniquement appuyés sur ces fictions ? Au reste, le nouveau tribunal de la censure fonctionnait déjà, et l'on se flattait à Rome, grâce à son extrême vigilance, de pouvoir maintenir intacts le prestige et l'influence de ces fables, en étouffant et condamnant immédiatement tout écrit qui démontrerait ou admettrait la fausseté de ces témoignages.
Bellarmin a donc fait largement usage des fictions d'Isidore. Illuminé par ces lettres des anciens papes, son esprit entrevoit clairement toute les thèses du système papal se dresser déjà en pleine floraison aux premier et second siècles de l'Église; pour lui, toute la chrétienté constituait déjà à celte époque une monarchie absolue, et les papes alors avaient déjà soustrait le clergé à la juridiction temporelle (62i). Le faux Cyrille, ce témoin de prédilection de Thomas, est également à ses yeux une autorité inappréciable, et il estime simplement que le texte grec n'en est pas encore découvert et imprimé. Et il faut être juste; qu'aurait on donc pu produire de l'Église grecque, en faveur de la monarchie et de l'infaillibilité papales, pendant les dix premiers siècles, si on avait écarté tous les passages inventés ou corrompus?
Il est impossible de tenir Bellarmin pour absolument honnête et sincère, car une crédulité aussi aveugle chez un homme de sa trempe serait incompréhensible ; d'autant plus, que, d'après ce que rapporte Rishton, il aurait dit dans ses leçons à Rome qu'il tenait, malgré la défense de Turrian, les Décrétales d'Isidore pour apocryphes (623). Et en effet, dans un accès d'oubli, il a clairement laissé paraître dans son grand ouvrage du Pape, qu'il ne croyait pas à cette authenticité (626). Mais, toute fiction, si transparente
qu'elle fût, était la bienvenue pour lui, pourvu qu'elle servît au grand but, à l'affermissement de la monarchie sacerdotale universelle. Il fait même usage de la lettre du pape Innocent, qui excommuniait l'empereur Arcadius, et défend par le menu la fable d'après laquelle le pape aurait déposé les princes-électeurs. Sa mauvaise foi, enfin, devient évidente aussitôt qu'il cherche à nier ce fait admirablement connu de lui, qu'au xve siècle, l'Église tout entière, toutes les universités, tous les théologiens de quelque importance, avaient rejeté le système papal, dans ses deux propositions fondamentales de la monarchie absolue et de l'infaillibilité. Il savait, ne fût-ce que par les écrits de Pie II, que du temps de ce pape, la doctrine de la supériorité du concile était la théorie dominante (617J; nonobstant, il s'efforce de faire croire a ses lecteurs qu'il ne s'était trouvé alors que quelques théologiens isolés pour soutenir cette doctrine, en face de la contradiction générale.
Or, précisément à ce moment, Sixte V venait de mettre les prétentions papales à l'infaillibilité dans une situation délicate par son édition de la Bible. Le synode de Trente avait déclaré la traduction de Jérôme comme le texte biblique authentique de l'Église d'Occident, mais il n'existait encore aucune édition authentique de la bible latine, c'est-à-dire approuvée par l'Église. Sixte-Quint entreprit de la donner, et elle parut, entourée des anathèmes et mesures coercitives stéréotypés depuis longtemps. Sa bulle déclarait que cette édition, corrigée de sa propre main, devait être seule employée et faire foi, comme la seule vraie et authentique, sous peine pour chacun d'être mis au ban de l'Église; tout changement, même d'un seul mot, entraînant la peine de l'excommunication.
Mais peu après, on s'aperçut qu'elle était pleine de fautes : on y trouvait environ deux mille inexactitudes commises par le pape lui-même. On proposa de publier une interdiction de la Bible sixtine. Mais alors Bellarmin se montra sous son vrai jour ; il conseilla d'étouffer le mieux possible le grand danger où Sixte V avait mis l'Église. Il n'y avait qu'à retirer tous les exemplaires, à faire réimprimera nouveau la Bible corrigée, toujours sous le nom de Sixte V, et à prétexter dans la préface que les erreurs s'y étaient glissées par la faute des compositeurs et par la négligence d'autres intermédiaires (628). Bellarmin lui-même fut chargé, par la rédaction de la préface, de mettre en circulation ce mensonge,
auquel le nouveau pape prêta son nom. Dans son autobiographie, le Jésuite et cardinal s'est vanté d'avoir ainsi rendu le bien pour le mal à Sixte V, puisque le pape avait fait mettre a l'index l'ouvrage principal de Bellarmin, les Controverses, pour n'y avoir défendu que la souveraineté indirecte du pape sur le monde entier et non sa puissance directe.
Mais alors arriva une nouvelle mésaventure. L'autobiographie, qui était conservée dans les archives des Jésuites, fut connue à Rome par quelques copies. Le cardinal Azzolini, en conséquence, proposa de supprimer et de brûler cet écrit, et d'enjoindre à son endroit le plus profond secret, attendu que Bellarmin injuriait trois papes et même en représentait deux, Grégoire XIV et Clément VIII, comme des menteurs (629).
On semble avoir vraiment cru à Rome que la curie serait capable, par le moyen de l'Inquisition, si puissamment organisée depuis Paul V, et de l'index des livres défendus, d'étouffer la critique et l'histoire de l'Église, ou tout au moins de maintenir la masse du clergé dans l'ignorance sur ces sujets. Et, en effet, à ce moment, la mise à l'index était appliquée avec une telle sévérité, que le désespoir s'emparait des savants, et que beaucoup se virent contraints d'abandonner leurs études théologiques. En Allemagne, en 1599, sous l'influence des Jésuites, les persécutions en arrivèrent même si ioin, que les catholiques furent obligés de renoncer aux études en général, car il n'était plus permis de se servir même de dictionnaires, d'encyclopédies et d'index (630).
On avait été jusqu'à interdire aux évêques eux-mêmes de lire tout livre défendu par Rome : il était nécessaire de les maintenir, eux comme les autres, dans l'ignorance de tout ce qui se découvrait a cette époque, et de ne point leur laisser connaître le véritable état des choses. Sous les peines les plus sévères, défense fut faite de publier des ouvrages révélant l'état originaire de l'Église et du Siège romain, si profondément modifié depuis, tels par exemple que le Liber diurnus(631), et l'histoire épiscopale de Ravenne, par Agnellus (632). Les éditions qui existaient déjà d'ouvrages de ce genre furent détruites.
L'emploi de cette méthode permet de comprendre comment une série de papes des trois premiers siècles, dont personne n'avait jamais entendu parler, a réussi à s'introduire dans le Bréviaire
remanié, avec leurs Offices et Leçons propres. Ces papes 'n'ont transmis sur leur compte aucun renseignement à la postérité ; ils ne se trouvent non plus dans aucun des anciens martyrologes, et, pendant quinze cents ans n'ont laissé a Rome aucune trace de leur existence. Avant l'apparition de ce bréviaire réformé, les anciens bréviaires n'indiquaient comme papes, antérieurement au concile de \icée, que Clément, Urbain, Marc et Marcellus, Dans le nouveau bréviaire de Clément VIII, nous trouvons, grâce à la sollicitude de Bellarmin et deBaronius, les papes Zéphirin, Soter, Caïus, Pius, Calixte, Anaclet, Pontianus, Evariste, avec leurs leçons, lesquelles étaient empruntées aux Décrétales du pseudo- Isidore. On supprima même (par ex. pour Marcellus) d'anciennes leçons, tirées de la légende, pour les remplacer par d'autres du pseudo-Isidore, et l'on força, par là, le clergé à nourrir sa piété d'inventions telles que. sans le pape, aucun concile n'a le droit de se réunir ; le pape est le seul juge de tous les évèques ; aucun ecclésiastique ne peut être cité devant un tribunal séculier (leçon de Silvestre) et autres du même genre. Et à cette œuvre, collabora le cardinal Baronius, l'auteur des Annales, où il s'était cependant exprimé avec indignation contre la tromperie du pseudo-Isidore.
On opéra aussi d'autres mutilations dans le nouveau bréviaire. Dans la leçon du pape Léon II, on effaça le nom du pape, à l'endroit où était mentionnée la condamnation d'Honorius par le sixième synode, car depuis que les papes s'avisaient d'être infaillibles, il était nécessaire qu'un fait aussi désobligeant disparut au moins de la mémoire du clergé (633\ Quant à la fable de l'apostasie du pape Marcellin et du synode de Sinuessa, elle fut insérée tout au long dans le bréviaire, afin de rendre toujours présent aux évèques et aux prêtres cet axiome favori de Rome, que le pape ne peut être jugé par aucun concile, adage qui avait déjà fourni la trame d'innombrables inventions.
Puis, il fallut effacer dans le missel et le bréviaire le mot «âmes », dans la prière du jour de la fête de la chaire de Pierre ; on trouvait en effet maintenant choquant, à Rome, que l'ancienne Église romaine eût borné la puissance de Pierre aux âmes seules, tandis qu'on revendiquait pour le pape le plein droit également de lier les corps et de faire passer de vie à trépas (634). Parmi les enrichissements du bréviaire, il convient de noter que les paroles
dites par Satan au Seigneur dans la scène de la tentation : « Je veux te donner tous les royaumes de la terre » ont été mises dorénavant dans la bouche du Christ parlant à Pierre (635).
Ces falsifications et épurations, en faveur du système papal, devinrent dès lors si frappantes, que le Vénitien Marsiglio fut conduit a penser que « dans le cours du temps, on en viendrait à ne plus accorder aucune confiance aux Écritures et que cette façon d'agir amènerait la ruine de l'Église de Dieu » (636).
Baronius et Bellarmin unirent donc leurs efforts pour déverser sur l'Occident un nouveau flot d'inventions et de falsifications historiques, en faveur du système papal ; de Rome, il se répandait sur les Églises demeurées fidèles et sur les contrées ramenées de force sous le joug. Outre ses Annales, vaste entrepôt de pièces apocryphes et de forgeries, Baronius utilise également pour ses fins l'édition qu'on lui avait confiée d'un martyrologe romain. Son but était ici d'accréditer la fable suivant laquelle Pierre, en qualité d'évèque de Rome, aurait également envoyé des évèques aux villes d'Occident, d'où découlait la conséquence que l'Église romaine était au sens propre la souche-mère des autres (637). Dans les plus anciennes éditions du martyrologe romain, on lisait simplement à la date du 5 août, par exemple, que Memmius avait été le premier évêque de Chàlons : Baronius en fit un citoyen romain, que Pierre lui-même aurait consacré évêque de Chàlons. Julien au Mans (date du 27 janvier) eut la même bonne fortune. Ce que l'ancien martyrologe avait ignoré, Baronius, lui, le connaissait ; Pierre l'avait sacré évêque du Mans. Son procédé avec l'évêque Denys de Paris est encore plus hardi. Les plus anciennes données, qu'il connaissait parfaitement, ne faisaient enseigner ce Denys en Gaule que dans la seconde moitié du troisième siècle; mais Baronius nous apprend que l'apôtre Paul avait d'abord consacré ce Denys en qualité d'évèque d'Athènes et qu'ensuite le pape Clément, à Rome, l'avait envoyé comme évêque en Gaule. On y gagnait deux choses a Borne : la première, de démontrer par cet exemple, que le pape pouvait même transférer un évêque institué par l'apôtre Paul; la seconde, que Paris était immédiatement la fille spirituelle de Borne. On ne se bornait pas uniquement aux inventions et aux interpolations, on se livrait aussi en même temps a Rome à la critique historique; Baronius et Bellarmin déclarèrent inventés ou falsifiés
tous les documents sur le sixième concile, qui établissaient la condamnation du pape Honorius.
On voit que depuis la propagation de Tordre des Jésuites, l'hypothèse de l'infaillibilité avait pris en l'espace de quelques dizaines d'années un puissant essor. Dès l'origine, les Jésuites avaient considéré comme leur mission d'arrêter l'esprit de la critique historique et les recherches sur le passé de l'Église. Ils avaient rivalisé de zèle pour s'emparer des décrétales du pseudo-Isidore et des anciennes aussi bien que des récentes falsifications romaines; Maldonat, Snarez, Gretser, Possevin, Valencia, etc., brillaient au premier rang.
Turrian, qui défendit ces falsifications par le menu, vint a la rescousse du système romain, en inventant de nouvelles fables dans le domaine de la patrislique; à cet effet, il invoquait des manuscrits que nul œil humain n'a jamais vus. A la même époque, le Jésuite Alphonse Pisanus composait une histoire du concile de Nicée, entièrement apocryphe et qui ne visait qu'à exalter l'autorité papale (638). D'autres, comme Bellarmin, Delrio et Halloix, soutenaient l'authenticité des écrits du pseudo-Denys ; Pierre Canisius, enfin, mettait au jour de prétendues lettres de la Vierge Marie.
La grande affaire était cependant de maintenir le prestige des décrétales d'Isidore, de Gratien et des falsifications de Thomas. Pendant longtemps personne n'osa dans l'Église catholique dévoiler la fausseté de ces dernières. Ce ne fut que vers 1660 que des savants français commencèrent à dire la vérité a cet égard. La révision et la correction du décret de Gratien, ordonnées par les papes, avaient donné à ce décret une nouvelle autorité, malgré les nombreuses falsifications que l'on avait bien été forcé d'y constater à ce moment. Quant à pseudo-Isidore, il demeura encore un certain temps sous la protection de l'index : le jour où le célèbre canoniste Gontius fournit la preuve de sa non-authenticité, la préface dans laquelle il se livrait a cette critique fut supprimée par la censure (639). Mais, lorsque parut le fameux ouvrage de Blondel, où celui-ci disséquait pièce à pièce le pseudo-Isidore, le dernier doute disparut sur le véritable caractère de celte supercherie. L'ouvrage de Blondel fut également mis à l'index. A l'époque de la Déclaration de 1682, le Bénédictin espagnol Aguirre,