‹ La papautiChapitre 70 sur 178 · AVEUX SUR LES FALSIFICATIONS · texte numérisé non relu

AVEUX SUR LES FALSIFICATIONS

entreprit la dernière tentative sérieuse pour remettre en honneur pseudo-Isidore. Mais désormais on ne pouvait plusse dissimuler qu'aux yeux de tous ceux qui connaissaient l'histoire, la base historique tout entière du système papal s'effondrait avec pseudo- Isidore. Âguirre reçut en récompense le chapeau de cardinal. Dans le cours du xvme siècle, on finit cependant par se convaincre à Kome qu'il devenait impossible de continuer a défendre l'authenticité de ces faux, et, en 1789, Pie VI, dans la réplique qu'il opposa aux réclamations des archevêques allemands, convint enfin do la fraude. De nos jours, les Jésuites à Paris ont été encore plus loin. Le père Regnon fait maintenant l'aveu que : « Le faussaire a réellement atteint son but; il a changé la discipline de l'Église, ainsi qu'il se l'était proposé, mais il n'en a point arrêté la décadence générale. Dieu ne bénit point la fraude ; les fausses décrétales n'ont fait que du mal(6l()). » Le poids accablant de cet aveu ne paraît point avoir été compris dans l'Ordre.

§ 5. — Difficultés pour définir une décision ex cathedra.

Depuis que la doctrine de l'infaillibilité avait atteint sa forme définitive on se heurtait à une difficulté, dont la solution a fait imaginer une foulede nouvelles hypothèses, sans qu'aucune d'elles ait réussi à réunir en sa faveur les opinions de tous les théologiens. Chaque théologien, en effet, lors d'un examen attentif, découvrait des décisions papales en contradiction, soit avec d'autres décisions pontificales, soit avec des doctrines reçuesdans l'Église, ou qui lui paraissaient tout au moins sujettes à caution. Déclarer toutes ces divergences comme les produits d'une même autorité infaillible paraissait impossible. On se vit donc forcé de déterminer les signes distinctifs auxquels on pouvait reconnaître une décision vraiment infaillible d'un pape, et de préciser les conditions à défaut desquelles sa parole n'aurait pas un caractère de certitude. C'est ainsi qu'a pris naissance depuis le xvic siècle la célèbre distinction entre les manifestations papales données ex cathedra, c'est-à-dire doctrinalement et par cette raison, soustraites a toute possibilité d'erreur, et celles qui ne le sont pas (6ilj.

La distinction entre une décision ex cathedra (en chaire) et un simple mot dit par hasard en passant a certainement toute raison

d'être à l'égard non seulement du pape, mais aussi bien d'un évèque ou d'un professeur; il peut arriver, de temps à autre, à tous ceux qui sont appelés à enseigner, de se prononcer superficiellement ou inexactement sur des questions de dogme ou d'éthique ; mais dès qu'ils reprendront leur qualité de professeur public, ils s'exprimeront avec précision et en pesant sérieusement les conséquences de leurs paroles. Aucun être doué de raison n'aura la pensée d'ériger aussitôt en décrets dogmatiques ce qu'un pape aura énoncé dans la conversation. Mais, hors de ce cas, la distinction n'a plus de sens. Dès qu'un pape, soit de sa propre impulsion, soit en réponse aux questions qu'on lui a posées, s'exprime sur un point de la doctrine, il a parlé ex cathedra, car c'est en qualité de pape et de successeur d'autres papes qu'il a été interrogé, et le seul fait qu'il ait donné publiquement ou par écrit son interprétation, rend celle-ci une décision ex cathedra. Il en est de même avec chaque évêque. Aussitôt que l'on pose une condition accidentelle ou arbitraire, d'où doit dépendre le caractère de la décision papale, on entre dans le domaine des fantaisies théologiques individuelles, que l'on n'invente habituellement que pour se tirer des difficultés d'un système. Ces expédients ingénieux valent autant les uns que les autres; ils naissent, ils disparaissent; et plus tard, on en dresse le catalogue. C'est absolument comme si l'on disait d'un médecin, appelé en consultation, qu'il n'a donné son avis et posé son diagnostic ou prescrit des remèdes au malade, qu'en qualité d'homme et non de médecin. Si l'on établitdes restrictions arbitraires, et si l'on divise les déclarations dogmatiques des papes en deux classes, les unes de la chaire, les autres de la personne privée, c'est évidemment que l'on s'est trouvé en présence de certaines décisions papales incommodes, que l'on voudrait bien exempter du privilège de l'infaillibilité, revendiqué pour la généralité des cas. Ainsi, Orsi a prétendu qu'Honorius n'avait émis les écrits dogmatiques, rendus sur la consultation des patriarches orientaux et plus tard condamnés comme hérétiques par le sixième synode, qu'en qualité de « savant privé ». Le terme de docior pvivatus, appliqué à un pape, est l'équivalent d'un « fer en bois ». D'autres, comme Gonet par exemple, ont présenté la décision que Nicolas Ier avait adressée à l'Église bulgare, sur la validité du baptême administré au nom de Jésus seul, comme la sentence d'une personne privée (6i2).

Page 1