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DÉFINITION DE L'INFAILLIBILITÉ

Si le pape doit être infaillible, disaient plusieurs théologiens, il serait convenable qu'il eomprît quelque chose aux sujets sur lesquels il va se prononcer sans erreur; on devrait alors exiger comme condition de son infaillibilité, qu'il s'instruisît sérieusement auparavant sur la matière, et qu'il prît d'abord conseil d'évèques et de théologiens. « Car, écrivait l'espagnol Alphonse de Castro, il est connu que beaucoup de papes n'entendent absolument rien à la grammaire, à plus forte raison à la Bible et pourtant sans connaissance de la Bible, on ne peut décider sur les dogmes (643). » Le pape, disait-on par conséquent, est bien infaillible 'quand il décide ex cathedra, mais il faut préalablement qu'il ait approfondi avec soin le sujet et soit arrivé a la certitude par ses propres études et par les lumières de ses conseillers.

Avec une pareille infaillibilité, répondent d'autres, et tout particulièrement les Jésuites, l'Église serait bien mal servie. La plupart des papes ne sont parvenus a la dignité suprême, qu'en qualité de juriconsultes, ou de fonctionnaires ou de fils de grandes familles : même le voudraient-ils, ils ne pourraient plus, à leur âge avancé, entreprendre d'études théologiques; la plupart ne sauraient [seulement pas comment s'y prendre. Non, le don de l'infaillibilité doit être de telle nature qu'il illumine momentanément même le pape ignorant et le protège contre toute erreur. Lorsqu'un pape interprète une doctrine, qu'il décide sur des questions de foi ou de morale, sa sentence est inattaquable, qu'il se soit exprimé après longue réflexion ou soudainement, qu'il ait consulté plusieurs personnes ou aucune. Le siège de son infaillibilité est dans la partie la plus secrète de son esprit. Pourquoi donc demander appui à des conseillers tributaires de l'erreur, lui qui ne l'est pas? Pourquoi entourer de misérables lampions celui qui possède la lumière du soleil des esprits'?

C'est Bellarmin entre eux tous qui a limité le plus étroitement le privilège du pape a l'infaillibilité dogmatique. Il ne voulait pas à la vérité entendre parler du concours d'un concile ou d'une consultation des évèques (6H) : le pape, selon lui, ne devait être infaillible que lorsqu'il adressait un décret à l'Église entière et proclamait une loi morale à l'usage delà catholicité (6l5). Bellarmin semble ici avoir eu en vue l'avenir plutôt que le passé, car l'on ne connaît pas, durant les mille premières années de l'Église, un

seul décret papal adressé à l'ensemble des fidèles, et, même depuis les xn0 et xiu" siècles, les papes avaient coutume de décider des questions de doctrine au sein de conciles. La bulle Unam Sanctam de Boniface VIII, en Tan 1303, a été la première qu'un pape ait adressée à l'Église entière. Quant à la raison pour laquelle le pape doit être faillible lorsqu'il ne s'adresse qu'à une fraction de l'Église et infaillible lorsqu'il parle à toute l'Église, le cardinal ne l'a pas fait connaître. Aussi son opinion a-t-elle été généralement abandonnée (6'+6).

D'autres théologiens de l'Ordre, tels que Tanner et Gompton, n'ont consentit regarder un décret du pape comme ex cathedra et infaillible, qu'autant qu'on aurait observé certaines formalités; par exemple, après qu'on aurait affiché pendant quelque temps le décret à la porte de la basilique de Saint-Pierre et au Campofiore. Ceci non plus n'a pas réussi à satisfaire la majorité des théologiens. C'est pourquoi quelques-uns, comme Duval et Cellot, ont fini par prétendre que le pape n'était infaillible que lorsqu'il maudissait tous ceux qui enseignaient autrement que lui (6i7).

La plupart attachaient peu d'importance à ces subtilités ; et cependant ils ne pouvaient point se résoudre à admettre une infaillibilité absolue sans condition. Les Jésuites François Torrensis et Bagot estimaient qu'on ne pouvait faire fond sur l'infaillibilité d'un décret papal sans un concile formé tout au moins des cardinaux, prélats et théologiens habitant Rome. Driedo, Lupus, Hosius demandaient également de rattacher l'infaillibilité à la consultation préalable d'un concile. Là-dessus, s'éleva une nouvelle controverse : pour qu'une décision fut ex cathedra, fallait-il exiger l'approbation du concile, ou suffisait-il que le pape entendît l'assemblée et décidât ensuite comme il lui plairait ? Faire de l'assentiment du concile une condition de l'infaillibiltté, c'était au fond la supprimer de fait. A quoi bon. disaient d'autres, une réunion d'évèques? les cardinaux sont là pour en tenir lieu, et comme ils appartiennent à la curie, ils pèsent plus qu'une troupe d'évèques. Mais alors surgissait une nouvelle difficulté : est-il nécessaire pour qu'une assertion papale ait le caractère d'une décision ex cathedra, que le pape fasse d'abord délibérer tout le collège des cardinaux et prenne ensuite son avis? Ou bien suffit-il, comme Gravina et Cherubini l'assurent, qu'il choisisse simplement

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