‹ La papautiChapitre 75 sur 178 · LE DIX-NEUVIEME SIECLE · texte numérisé non relu

LE DIX-NEUVIEME SIECLE

$ 1". — Préparation et Indiction du Concile du Vatican.

Le cardinal de Lorraine, au concile de Trente, déclara que la France entière considérait comme une hérésie le système papal sous la forme qui lui était donnée au xvi* siècle : néanmoins, partout où l'Ordre des Jésuites a réussi a établir sa domination, c'est ce système qui a prévalu comme seul orthodoxe. Mais l'influence des Jésuites, qui dominaient les princes et les cours, en qualité de confesseurs, et les Universités, comme professeurs, n'a pas été l'unique cause du curialisme sous sa forme nouvelle. Une autre cause a agi, non moins efficace : celle du terrible régime de coercition que Paul IV et ses successeurs ont appliqué avec esprit de suite contre la littérature et les doctrines ecclésiastiques. Le terrorisme de l'Inquisition dans tous les pays latins du Sud et l'Index rendirent impossible tout développement, tout essor spontané de la science et de la littérature. La censure préventive, jadis totalement inconnue dans l'Église, fut introduite a cette époque. En vertu de cette censure, tout livre, avant d'être publié, devait être approuvé par trois, quatre et même cinq censeurs ecclésiastiques, appartenant presque toujours aux grands Ordres : chaque censeur pouvait effacer du livre tout ce qui lui convenait, mais répondait des parties qu'il laissait subsister, jusqu'à être puni souvent même de prison pour un passage déplaisant, échappé à son attention. Toutes ces mesures coercitives sem-

212 LE XIXe SIÈCLE

blaient avoir été uniquement calculées en vue de dégoûter radicalement les savants de toute envie d'écrire, là où il y avait encore des savants. Sous une pareille botte d'airain ne poussait plus aucune herbe. La théologie se ratatinait et se flétrissait en une scolastique et une casuistique aussi pauvres qu'attristantes ; les études bibliques s'évanouissaient; quantaux recherches historiques, ellesdevenaient par trop dangereuses ; on ne pouvait guère comme historien éviter le soupçon d'hétérodoxie ; le mot seul de « critique » éveillait déjii la défiance et la haine (657).

La Belgique, avec son Université de Louvain,se courbait sous le joug espagnol. Dans l'Allemagne catholique, c'est-à-dire en Autriche, en Bavière et dans les principautés ecclésiastiques, les Jésuites étaient tout-puissants et possédaient le monopole de l'enseignement supérieur. Le reste de l'Europe était protestant. La France restait donc l'unique asile de la théologie scientifique et, en même temps de la doctrine de l'ancienne Église sur l'autorité. Ce n'était qu'en cette contrée que l'on pouvait professer ouvertement les principes émis par les grands conciles du xvc siècle. Dans les pays de l'« Obédience », en Espagne, en Italie, dans l'Allemagne du Sud, le seul fait pour un homme de déclarer qif'il tenait pour vrai le canon du concile de Constance, relatif à la supériorité de l'assemblée générale de l'Église, et que, par suite, il ne croyait pas à l'infaillibilité papale, aurait eu pour conséquence immédiate la déposition, même le cachot et pis encore.

C'est cette paix du cimetière qu'on a nommé « le consentement de l'Église catholique dans sa quasi-totalité » ; à côté d'elle, les « gallicans », dont le système était fondé sur la doctrine et la pratique de l'ancienne Église, et sur les décrets de Constance et de Bâle, étaient décriés comme à moitié schismatiques ou hérétiques. Ceux qui n'appartenaient pas à une puissante corporation religieuse, comme les Jésuites, Dominicains, Augustins ou Bénédictins, ne pouvaient presque plus, dans leur situation isolée et sans protection, produire d'oeuvre théologique : la censure, l'index, le Saint Office, la certitude de devenir suspect la vie durant, ou au moins d'être mis de côté pour une seule expression éveillant le mécontentement des princes de l'Église, tout cela était trop décourageant. Aussi la théologie et la littérature ecclésiastique tombèrentelles presque entièrement aux mains des Ordres religieux. Mais

Page 1