NOUVELLES FALSIFICATIONS
la foi dans l'infaillibilité papale, il n'eut plus la force de croire en Christ. Il finit en panthéiste.
Son cas particulier ne modifia pas sensiblement la situation. Son école ne fit pas preuve de plus de modération. Elle s'efforça alors, sous le couvert dedeMaistre, à propager la doctrine de son fondateur, jusqu'à ce qu'enfin Montalembert put écrire en 1852: « Les pensées de de Maistre (il veut dire : La Mennais). cet immortel écrivain, sont devenues des lieux communs pour toute la jeunesse catholique. » Cette école avait aujourd'hui pour alliés les Jésuites, dont elle brigua toujours la faveur. Elle ne parvint cependant au plein triomphe, que lejouroù Pie IXdansson Encyclique d'avénement (9 novembre 1846) proclama le dogme central de la curie, son infaillibilité, et lorsque L. Veuillot, fidèlement soutenu dans sa lutte par Pie IX, eut forcé évèques, prêtres et laïques « à danser d'après sa flûte ».
On ne saurait donc être surpris que ce parti en France formulât déjà en 1848 son programme comme suit: Promulgation de l'Immaculée Conception comme article de foi; adoption universelle de la liturgie romaine; canonisation du Jésuite Bellarmin, eu qualité de père de l'ultramontanisme; enfin, définition de l'infaillibilité personnelle du pape. Il subsistait cependant toujours encore quelques vieux restes des temps passés. Aussi vit-on éclore encore une fois une nouvelle période de falsifications, à l'occasion des conciles provinciaux, que le parti en question réclamait, dans le but de mentionner l'infaillibilité papale dans leurs décrets et qui débutèrent dès 1849. Comme les anciens catéchismes et les manuels de théologie, qu'en l'absence de toute science théologique, on était toujours forcé d'employer, contenaient, d'une manière plus ou moins marquée, l'ancienne doctrine de feu l'Église gallicane, on entreprit de les amender, c'est-à-dire de les accommoder au système papal romain, à l'aide d'additions, de modifications, etc. D'aucuns fabriquèrent des histoires de l'Eglise, conçues dans l'esprit de la papauté, d'autres des Sommes des conciles falsifiées, et, enfin, on en vint ii défendre de nouveau l'authenticité du pseudo-Isidore, en même temps que l'Inquisition.
En Allemagne, la marche des événements prit une autre tournure. Ici, malgré l'écroulement de l'Église, la continuité de la doctrine avec le siècle précédent n'avait pas été interrompue
violemment comme en France. Les Facultés de théologie auprès des Universités et les autres établissements d'études théologiques avaient la plupart survécu à l'orage, et un grand nombre de docteurs de l'ancienne école continuèrent encore pendant longtemps à faire sentir leur influence dans ce siècle. Il n'existait presque plus trace de la doctrine des Jésuites, et même, lorsque de nouvelles tendances doctrinales remplacèrent les anciennes, elles ne se rattachèrent point à la doctrine des Jésuites. On était heureux d'être délivré du joug de ce système suranné, étranger à l'esprit allemand et l'on s'était mis a travailler et à construire avec indépendance, affranchi des anciens modèles, en se conformant au développement intellectuel en Allemagne, à la vérité dans l'esprit ecclésiastique. Comme à un signal, surgit une phalange d'hommes illustres, qui soutinrent les intérêts religieux avec habileté et passion : FÉglise allemande, jalousée à leur endroit par les autres, les considéra avec orgueil comme sa gloire jusqu'en 1870. La Faculté de théologie d'EUwangen, transférée à Tubingue, prit le premier rang avec sa publication théologique trimestrielle. Vigilante et attentive, dès qu'on voulut donner en Allemagne droit de cité à de Maistre et La Mennais, elle signala leurs faussetés et leurs erreurs. Elle repoussa avec décision l'infaillibilité papale et le système grégorien, « la prétendue domination suprême de l'Église et de ses chefs sur les rois, l'influence politique de l'Eglise ou de ses mandataires ».
Aucun théologien ou canoniste marquant n'enseignait l'infaillibilité papale et ce qui s'ensuit, même les évèques récents Weis et Raess, qui en qualité d'éditeurs de la « Primauté » de Rothensee allèrent jusqu'à faire imprimer ces paroles: « Quant à nous.il nous est impossible de considérer un critique qui puise dans la scolastique sa science des institutions de l'Église catholique pour un théologien instruit. Libre aux scolastiques de défendre l'infaillibilité du pape: elle n'appartient pas à la doctrine du dogme » jamais et nulle part notre Église ne l'a énoncée ; que l'on ait le besoin impérieux de l'infaillibilité, et que cette infaillibilité existe réellement, ce sont là deux choses fort différentes. » Tout au contraire « l'Église catholique reconnaît dans la personne du chef de l'Église, le guide visible et le gardien de tout l'établissement de la foi, lié et uni aux autres évêques. Si on le suppose en dehors de cette union, il ne peut rien prescrire par lui-même (sauf provisoi-