L'INFAILLIBILITÉ EN ALLEMAGNE
rement) de ce qui doit être fait dans l'Église, pas plus qu'il ne peut ordonner, comme s'écrient toujours les protestants, que nous adoptions comme article de foi cequ'il lui plaira de nous exposer . »
Il était du reste courant, et la chose n'avait jamais choqué personne, même chez Raess et Weis, d'appeler l'hypothèse de l'infaillibilité du pape « une absurdité, une caricature intentionnelle et une calomnie » des protestants. Mais, rien ne saurait mieux caractériser l'état de la question, que la négociation entre le recteur de la Propagande, Reisach, plus tard cardinal, et Liebermann au sujet de l'introduction de sa dogmatique à Rome, que le premier eut vue avec plaisir.
Ce projet soulevait en effet une difficulté. « On a blâmé dans votre traité, que vous n'y défendiez pas les opinions romaines, en particulier l'infaillibilité du pape, et l'on croit, dès lors, qu'il ne serait pas possible d'adopter l'ouvrage comme livre d'école. Je n'ai rien pu naturellement objecter à cette manière de voir, car je pense moi-même qu'il ne conviendrait nullement d'adopter ici un auteur qui présente comme non certaines des opinions que l'on a toujours jusqu'ici défendues comme certaines et vraies, bien qu'elles ne soient pas articles de foi. » Il y avait cependant manière de se tirer d'embarras : Liebermann « n'avait qu'a changer les feuilles où il était question des droits du pape, relativement à la décision des questions théologiques. Après avoir introduit la question disputée, je défendrais l'infaillibilité comme une sententia certa, sans donner a entendre que chacun est libre d'adopter la sentence qui lui plaît f puisque, précisément, c'estcela même qu'on désapprouve) en disant que, même si la chose n'est pas encore décidée comme dogme, il est toujours dangereux de rejeter une opinion, ou plutôt de la représenter comme récusable, lorsque en sa faveur militent l'antiquité {sic) et, évidemment, toutes les raisons théologiques » (662).
On ne reprochait donc point à Liebermann d'avoir péché contre la doctrine de l'Église ; on ne lui demandait pas de modifier sur ce point sa dogmatique, si répandue en tous pays; non, hors de Rome on pouvait s'en tenir au livre tel qu'il était; mais pour Rome seulement, Liebermann devait autoriser l'insertion de l'opinion favorite de la curie ! En vérité, cela paraîtrait bien étrange, si l'on oubliait qu'en ce temps-là en Angleterre, où l'on voulait arriver à émanciper les catholiques, on faisait même jurer aux évêques.
<levant les fonctionnaires de l'Etat, que la doctrine de la puissance des papes sur les princes et les peuples et de leur infaillibilité n'était pas une doctrine de l'Église. En Allemagne, aucun théologien ou canoniste ne songeait encore à enseigner autrement et l'apparition d'une traduction de Mauro Gapellari (Grégoire XVI), le triomphe du Saint-Siège et de l' Église (\Hi\), ou la même année du livre du Jésuite Weninger, La pleine puissance apostolique du pape dans les décisions dogmatiques, ne changea rien à la situation. Ce dernier ouvrage était déjà cependant un signe des temps; quoique dénué de valeur scientifique, au point que plus tard, les Jésuites eux-mêmes et leurs disciples furent obligés d'en faire l'aveu, il marquait une nouvelle tendance. Malheureusement les théologiens allemands n'y prêtèrent point attention; ils s'occupaient à approfondir toutes sortes de questions savantes, sauf celle qui allait devenir brûlante. L'Encyclique d'avènement de Pie IX elle-même ne modifia pas leur attitude. Car, bien que Drey soutînt toujours ouvertement la doctrine ultramontaine, on ne profila pas de l'occasion pour engager une discussion approfondie, ni même de l'apparition du Droit canonique an converti Phillips. qui essayait de donner aux théories du papalisme une vaste assise.
Peu à peu, sans qu'on s'en fut aperçu, la situation s'était changée également en Allemagne. Les élèves des Jésuites y rêve liaient plus nombreux du Collegium germanicuni à Romeet constituaient autant de nouveaux champions de la touie-puissance et de l'infaillibilité papales.
Ils possédèrent bientôt, en toutou en partie, une série d'établissements d'instruction théologique et de séminaires pour Je clergé; quelques-uns d'entre eux occupèrent des sièges d'évèques, d'autres pénétrèrent dans les chapitres, ou bien en qualité de secrétaires dans les palais épiscopaux, ou siégèrent même à la nonciature à Munich. Mayence et d'autres établissements vinrent ajouter leur action à la leur ; il en résultait naturellement que, de jour en jour le clergé allemand était de plus en plus élevé dans l'esprit de la curie.
Et alors se déchaîna contre les professeurs de théologie en Allemagne une guerre acharnée, dans laquelle on employa principalement comme armes la suspicion et la calomnie.
Les Jésuites désignèrent les établissements d'instruction qui