EFFORTS DES JÉSUITES EN ALLEMAGNE
étaient encore inaccessibles à leurs disciples ou à leurs partisans comme anticalholiques, et leur enseignement comme protestant.
Pendant cette période troublée, les évêques ne trouvèrent pas un mot à prononcer, ou si l'un d'eux prenait une décision, elle était à coup sur dirigée contre les établissements et les théologiens allemands. En revanche, ils toléraient que le Jésuite Deharbe, opérant sous l'égide de Heisach, insérât ou supprimât, dans ses catéchismes, l'infaillibilité du pape, suivant la commande qu'on lui faisait !
La situation devint encore plus pénible pour les théologiens allemands, lorsque l'association catholique de Mayence, sous la direction de Pie IX, prit plus de puissance et accapara les affaires de l'Église allemande. Une foule de Jésuites alors s'établirent même en Allemagne, en particulier en Prusse, grâce à lacomplicilé du département catholique du ministère des cultes.
On n'aurait pas cependant, malgré toutes ces menées, obtenu un grand résultat, s'il n'était alors survenu un événementd'une considérable importance pour la théologie et l'Eglise, événement sur lequel on ne saurait trop insister. Les Jésuites n'avaient jamais eu le sentiment de la doctrine de la tradition dans l'Église, quand cette doctrine ne concernait pas celle de leur propre Société, et l'enseignement des sources des dogmes leur était assez indifférent.
Aussi longtemps que de puissants corps ecclésiastiques, comme l'Église gallicane, leur résistèrent, ils n'osèrent ni ne purent véritablement soutenir ouvertement et cyniquement leur propre opinion. Ceci était réservé à notre siècle, au pontificat de Pie IX.
On avait, en effet, poussé des centaines d'évêques à demander à Grégoire XVI la proclamation comme article de foi de l'Immaculée Conception de Marie. Cette agitation.se continua sous le pontificat de Pie IX. Les Dominicains, fidèles à Thomas d'Aquin, y étaient hostiles ; les Jésuites la prônaient. Mais la puissance de jadis des Dominicains était finie ; les congrégations romaines et l'intervention de Pie IX réussirent il la briser. Cependant, il y avait encore une difficulté plus importante à vaincre: il fallait justifier Je dogme projeté par la Bible et la Tradition.
Alors entra en scène (en 1847) le jésuite Perrone avec un écrit intitulé : L 'Immaculée Conception est-elle dogmatiquement dèfin issablef, qui expliqua que ni la Bible, ni la Tradition n'étaient
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nécessaires pour la définition d'un article de foi. Il suffisait d'admettre une tradition secrète qui se conserve dans la chaire de l'Eglise et dans la conscience générale des croyants, jusqu'à ce qu'enfin, à un moment quelconque, elle se manifeste au jour. « Sansquoi. ajoute Perrone, il faudrait considérer bien des dogmes comme étant de formation récente, et dire qu'ils n'ont reçu la foi de l'Église qu'à une époque tardive. » Jadis, on eut repoussé avec toute l'énergie possible pareille assertion, comme une hérésie radicalement destructive, justifiant les accusations des protestants : sous Pie IX, elle parut acceptable. On ouvrait ainsi une brèche dans la dernière digue : tout un torrent d'opinions favorites pouvait, à dater de maintenant, inonder l'Église, en qualité de dogmes. Cet écrit causa bien quelque émotion parmi les théologiens allemands, ainsi qu'il ressort de certaines correspondances privées, mais pourtant, à cette époque déjà, personne n'osa y riposter. On tint conseil à l'assemblée générale de Linz et l'on y envisagea le danger d'une pareille définition comme écarté : on songea à provoquer une réunion de théologiens et uue déclaration, à laquelle on ferait adhérer le pape, affirmant qu'fl n'était pas permis d'arriver à une définition dogmatique par une voie semblable. Ni l'une ni l'autre n'eurent lieu : les consultations qu'on avait sollicitées des Facultés de théologie de Tubingue et de Munich, et qui concluaient défavorablement, s'évanouirent; et. quand il n'y eut plus moyen de douter que le pape franchirait le dernier pas, il était trop tard pour faire opposition.
Le 8 décembre 1854, Pie IX, en effet, procéda d'après la recette de Perrone. Mais, à cette innovation, il en ajouta encore une autre : Pie fit, de l'Immaculée Conception de Marie, un article de foi tout seul, sans l'épiscopat. Ce n'est pas à dire qu'il n'y eût des évèques présents : le pape en avait au contraire invité des centaines, mais uniquement pour « assister à cet acte et applaudir », ainsi qu'il eut soin, dans son allocution du 9 décembre, de caractériser leur collaboration.
Ils n'en avaient d'ailleurs pas eu d'autre. C'était une usurpation du pape, ou bien, suivant l'euphémisme du Jésuite Schrader, « un acte tout à fait particulier au pontificat de Pie IX, tel qu'aucun autre pontificat ne pouvait en montrer de pareil ; car le pape avait défini ce dogme dans son indépendance et en vertu de la plénitude