PRÉLIMINAIRES DU CONCILE DU VATICAN
leur dévouement au Saint-Siège n'avaient jamais été plus grands, et qu'il fallait donc en récolter les fruits. Du côté des fidèles aucune résistance ne paraissait être à craindre. Les Jésuites et leurs adhérents s'entendaient à faire jouer d'une manière inattendue l'institution des associations, et l'enthousiasme des congrès des pieuses associations, à propos de chaque acte de Pie IX, passait pour celui du peuple catholique tout entier. Quelques conciles provinciaux s'étant déjà appropriés la doctrine de Bellarrnin, on s'appliqua désormais à ce que, toujours plus nombreux, d'autres les suivissent dans cette voie. C'est ainsi qu'en 1860 le cardinal Geissel tint à Cologne un concile provincial, dont les Jésuites avaient élaboré les décrets, et ordonna aux prêtres, « d'accoutumer » le peuple à l'infaillibilité du pape. Plusieurs autres conciles à leur tour prirent exemple sur celui de Cologne. Mais si des théologiens allemands, comme Dœllinger et Hefele, touchaient aux points faibles de la doctrine de l'infaillibilité, aussitôt Jésuites et disciples de Jésuites, par exemple ceux de la Civilta, Schneemann, Reinerding, partaient en guerre contre eux, pendant que, d'autre part, on vulgarisait et acclimatait avec ardeur la nouvelle théorie de Perrone sur les sources des dogmes. Aucun ne l'a exprimée plus clairement et de façon plus précise que l'évèque Malou, dans son livre sur l'Immaculée Conception, qu'il composa sur l'ordre de Pie IX, et dans lequel il écrivait :
« Il y a des écrivains qui pensent que la tradition ne peut servir de preuve à une vérité, que lorsqu'on est en état de prouver cette tradition elle-même par une succession de témoignages formels à travers tous les siècles. Cette opinion estabsolument inexacte, pour ne pas dire une erreur. L'Église vit, et elle vit en vertu de la vie du Saint-Esprit en elle, dont elle est la fiancée. Aussitôt que, dans la sainte Église, une chose est acceptée généralement, ce témoignage général de l'Église vivante est une preuve infaillible que cette vérité est contenue dans la tradition et cela indépendamment d'un monument quelconque de l'antiquité. » D'autres évoques, de leur côté, déclaraient sans ambages que d'en appeler à l'antiquité ecclésiastique constituait une entrave pour l'enseignement et le gouvernement de l'Église du temps présent.
Il fallait utiliser ces dispositions d'esprit. Aussi, en 1862, convoqua-t-on de nouveau les évêques à Rome pour la canonisation des
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martyrs japonais; il en vint en effet 300, en même temps que 9.000 ecclésiastiques, dont 2.000 Français. Ceux-ci alors déclarèrent dans une adresse au pape : « Nous t'écoutons, toi, l'Arbitre: quand tu décides, nous obéissons au Christ (!); nous condamnons les erreurs que le pape condamne. » Afin de donner h ces déclarations une signification pratique, on s'était arrangé pour que Pie IX, dans une allocution, le 9 juin, « énumérât, condamnât et rejetât toutes les erreurs qui, dans l'ordre de la foi, de la morale, de la liberté, du droit et dans la politique exercent leurs effrayants ravages dans la société humaine » et, pour qu'aussitôt après, on donnât lecture de l'adresse des évêques : de sorte qu'en fait, les évêques condamnaient immédiatement après lui ce que le pape venait de condamner.
En 1864, on fit encore un pas en avant. On réunit pour le pape les articles du Syllabus qu'il promulgua le 8 décembre 1864 avec l'encyclique Quanta cura; et, celte fois encore, les évêques condamnèrent ce que le pape avait condamné. Deux jours auparavant, le 6 décembre, Pie avait, dans un consistoire, fait part confidentiellement aux cardinaux d'un plan plus vaste : il s'agissait d'un concile général qu'il projetait de rassembler. Les cardinaux reçurent mandat de préparer des rapports sur ce projet et, de même, un petit nombre d'évèques, en qui l'on avait confiance, furent invités dans le plus profond silence à'donner leur avis. Les rapports ayant été favorables, on put songeraux dernières démarches. Seulement, les difficultés qui s'opposaient à la réalisation du projet, les frais qu'il aurait occasionnés soulevèrent bien des hésitations : si bien, qu'on se décida à tenter une autre voie pour atteindre le but convoité. En 1867, on décida de célébrer le centenaire de saint Pierre, en y faisant participer également les évêques. Pouvait-il se présenter une circonstance plus favorable que celle-ci pour réaliser le vœu le plus ardent de Rome et mettre aux pieds du pape l'infaillibilité comme cadeau de fête? Au fond, ce dernier acte devait être le couronnement de toute la fête et l'habitude étant prise de dédaigner toutes les règles de l'Église, on machina même le projet d'effectuer la chose par acclamation, ainsi que l'évèque actuel Thiel l'a fait connaître après coup. On n'avait aucune difficulté à attendre de bien des évêques, qui, déjà à celte époque, considéraient un désir du pape comme un ordre : mais d'autres,