‹ La papautiChapitre 83 sur 178 · PRÉLIMINAIRES DU CONCILE DU VATICAN · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES DU CONCILE DU VATICAN

au contraire, ne goûtaient pas encore cette façon de faire des articles de foi. A ceux-ci appartenaient, entre autres, l'évèqueKetteler qui écrivait en janvier 4867 à l'évèque Dupanloup : Les démonstrations habituelles, avec rassemblement d'évèques à Rome, «sans autre but que de rendre plus pompeuse une cérémonie quelconque et de sanctionner formellement des résolutions qu'on a arrêtées d'avance et auxquelles on n'a pris aucune part effective, me déplaisent » essentiellement. Il ne voulait donc pas pour celte raison aller àRome en 1867 aux fêtes du centenaire et désapprouvaileatégoriquement le projet « de décider soudainement à cette occasion, et pour ainsi dire incidemment, l'infaillibilité du pape et d'autres pointsimportanlsdedoctrine.il ne s'agit pas, surtoutà notre époque, d'augmenter Je nombre des dogmes ». Aussi priait-il instamment Dupanloup de s'opposer de toutes ses forces à de pareilles intrigues lors des fêtes du centenaire. « Si le Saint-Père croit qu'il convient de prendre de semblables résolutions, qu'il veuille bien alors les faire préparer et décider auparavant dans le fond et dans la forme, à la manière sublime de l'antiquité qui garantit avant tout à l'Église la présence vivante du Saint-Esprit parmi elle (663). . Ce fut, en effet, grâce à la résistance de Dupanloup, d'Haynald et de quelques autres que le plan échoua. [L'adresse qui devait formuler l'infaillibilité du pape l'exprima si timidement que l'on fut bien forcé d'avoir recours à la convocation d'un concile; Pie IX l'annonça aussitôt aux évêques encore rassemblés, en indiquant que le but de ce concile serait de combattre les erreurs et les maux de l'époque. C'est aussi celui qu'on lui assignait dans la bulle de convocation du '29 juillet 1868. Dans les cercles non initiés, on n'en apprit pas davantage sur les questions qui devaient être traitées au concile. On signalait pourtant une grande activité à Rome : on voyait un grand nombre d'élèves et d'amis des Jésuites se rendre en consultation à Rome pour y forger des plans dans le plus grand mystère; on observait aussi que partout on cherchait à créer une atmosphère favorable au concile et que de nouveaux écrits périodiques faisaient leur apparition; mais on ne pouvait rien apprendre de plus précis. Les Jésuites ne pouvaient pas contenir leur joie et, de leurs actes et paroles, on pouvait au moins à peu près deviner vers quel but tendait l'agitation romaine. Ils se décidèrent, en effet, comme nous en informe Gecconi « à répan-

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dre la semence pour une future définition ». Le 15 juin 1 8G7, ils mirent sous les yeux des évêques rassemblés un article de leur Ciuiltà ayant pour titre : « Un nouveau tribut à saint Pierre ». On y exhortait à promettre solennellement de s'en tenir fermement « en toutes circonstances, même si l'on devait répandre son sang, à la doctrine déjà universellement propagée parmi les catholiques : à savoir celle qui considère le pape comme infaillible lorsqu'au nom de son autorité, il expose, en qualité de docteur général ou, comme l'on dit d'habitude, ex cathedra, ce qu'il faut croire en matière de foi et de morale et que, par suite, ses décrets dogmatiques sont irrévocables et obligent en conscience, même avant l'acquiescement de l'Église. » Ceci était déjà assez significatif puisque rien à Rome ne peut être imprimé sans le consentement de la censure; de plus, l'article avait été imprimé sur une feuille séparée, munie de l'autorisation pontificale et répandue en tous lieux, en France, même dans les rues et dans les écoles. La ligue, dite de l'infaillibilité, fut le résultat de ce mouvement : les listes de ses adhérents furent soumises au pape qui, de son côté, y répondit par des brefs. Dans un de cesderniers, du 11 février 1869, jour dans lequel la commission dogmatique préparatoire s'était prononcée en faveur de la définition de l'infaillibilité, le pape nommait même le vœu des Jésuites « la défense de l'honneur du pape et du Saint-Siège ». A côté de ces manifestations, la presse bien pensante et la littérature toujours plus riche sur l'infaillibilité, sortant essentiellement de l'officine des Jésuites, pouvait certainement donner une indication sur ce qui se préparait. Mais aucun programme précis n'ayant été encore ouvertement formulé, on demeurait toujours maître de désavouer ce qui sortait de la plume des Jésuites et consorts comme n'étant pas l'expression des desseins de la curie (66i).

Enfin on souleva le voile qui dissimulait jusqu'ici les préparatifs et l'objet du grand concile général.

La Civiltà Cattolica du 6 février 1869 donnait, sous forme d'une correspondance de France, le très curieux article suivant : « Les catholiques libéraux redoutent de voir proclamer la doctrine du Syllabus et l'infaillibilité dogmatique du pape par le concile ; ils n'abandonnent toutefois pas l'espoir de voir modifier par lui, ou interpréter dans un sens favorable à leurs idées, certaines propo-

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