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MANŒUVRES DES JESUITES

sitions du Syllabus, et espèrent que la question de l'infaillibilité ne sera pas soulevée, ou bien qu'elle ne sera pas résolue. Les véritables catholiques (c'est-à-dire la grande majorité des croyants) ont l'espoir tout contraire. Ils désirent que le concile promulgue les doctrines du Syllabus en propositions affirmatives. Le concile pourrait, en tout cas, exprimer sous forme positive et avec les développements nécessaires, les propositions conçues sous une forme négative dans le Syllabus, et de la sorte dissiper entièrement les malentendus qui subsistent encore chez quelques personnes. Les catholiques accueilleront avec joie la proclamation de l'infaillibilité dogmatique du pape. Personne n'ignore que le pape luimême n'est pas disposé à prendre l'initiative d'une proposition qui semble se rapporter directement à lui. Mais on espère que l'unanime manifestation du Saint-Esprit par la bouche des Pères du concile définira par acclamation l'infaillibilité du pape. Enfins un grand nombre de catholiques souhaite que le concile couronne la série d'actions de grâce que l'Église a adressées à la bienheureuse Vierge par la promulgation du dogme de sa glorieuse réception dans le ciel. »

Plus haut, il était dit : « Les catholiques ont la conviction que le concile sera de courte durée, et à cet égard ressemblera au concile de Chalcédoine (par conséquent, qu'il ne dépassera pas trois semaines). On pense que les évèques seront unanimes sur les questions principales, de sorte que la minorité ne pourra pas faire unelongue opposition, quelque préparée qu'elle puisse } être (665). »

Dans un numéro plus récent de la Civiltà, une correspondance de Belgique plaçait des vœux analogues dans la bouche des catholiques belges : « Ceux-ci ne sont pas seulement dévoués de corps et d'àme à la cause de l'Eglise et du saint-Siège, mais encore se sont soumis sans réservée toutes les décisions doctrinales émanées de ce dernier. » « Ils espèrent, est-il dit entre autres, que le concile effacera une fois pour toutes la division qui règne en Ire les catholiques, en portant un coup décisif aux doctrines et à l'esprit du libéralisme. Ils espèrent que l'on définira le dogme de l'infaillibilité du pape et de sa suprématie sur le concile œcuménique. » — Après avoir exprimé les vœux et l'attente des catholiques dévoués, la dite correspondance ne laisse point échapper l'occasion de dissiper les espérances, quelques peu contraires, que nourrissent « les soi-

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disant catholiques libéraux de Belgique à l'endroit du concile. Ceux-ci, qui ne sont pas entièrement soumis aux doctrines, pourtant si claires, de l'Encyclique et du Syllabus, et dont le nombre, dit-on, serait surtout considérable parmi les jeunes ecclésiastiques, prétendent en particulier que les questions politiques ne ressortissent pas à la compétence du pape ; c'est pourquoi quelques-uns d'entre eux interprètent en leur faveur, mais en les dénaturant, l'Encyclique et le Syllabus. Leur aveuglement, pour i ne rien dire de plus, serait si grand, qu'ils attendraient, soit des décisions contraires à ces documents du Saint-Siège, soit au moins une interprétation dans leur sens » (666).

Par là, la situation s'était tout à coup modifiée. On ne pouvait pas se tromper en conjecturant que ces articles-correspondances de la Civiltà, bientôt suivis comme de juste par d'autres du même genre dans différentes parties du monde catholique (667), étaient plus que de simples ballons d'essai, pour s'assurer si les fidèles montraient quelques dispositions à recevoir les surprises dogmatiques qu'on leur préparait. Non, ceux qui poursuivaient avec ardeur ce but, n'avaient point pour coutume de professer les moindres égards pour les dispositions intellectuelles de l'époque. Aussi reconnut-on avec raison, dans ces communications relatives aux vœux et aux espérances des vrais catholiques, qui revêtaient la forme inoffensive de pétitions au Saint-Siège, des indices significatifs sur ce que l'on attendaitdu concile; significatifs, toutd'abord pour les évèques, puisqu'ils avaient pour but de les familiariser avec leur tâche future, et de les dissuader d'une opposition inutile; enfin, présages également pour le reste de la catholicité, qu'ils préparaient peu à peu aux « manifestations » toujours plus prochaines « du Saint-Esprit ».

La Civiltà, écrite par les Jésuites romains, et dont peu d'années auparavant le pape lui-même avait fait l'éloge dans un bref (6d8) spécial (12 février 1866), la désignant comme l'organe de la presse le plus pur quant à la véritable doctrine de l'Église, pouvait en effet être considérée en quelque sorte comme le Moniteur officiel de la cour de Rome. On n'avançait donc rien de trop en supposant que, sur les questions capitales, les idées de la Civiltà s'accordaient avec celles du chef suprême et de bien d'autres « chefs » à Rome. A cette situation officielle, correspondaient aussi

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