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CONCILE SANS LIBERTÉ

empereurs, qui, parfois, portèrent atteinte à la liberté de ces assemblées. Mais depuis Grégoire VU, le poids de la puissance papale s'est fait sentir sur les synodes dix fois plus lourdement que jamais l'autorité impériale. C'est avec pleine raison qu'au xvi* siècle dans la moitié de l'Europe, alors qu'on négociait à propos du concile, on a posé ces deux conditions : 1° qu'il ne fût pas tenu a Rome, ni même en Italie; 2° que les évèques fussent déliés de leur serment d'obédience. Or, le concile de 1870 s'est tenu non seulement en Italie, mais encore à Rome et au Vatican.

Quelle que fut la marche des choses, on pouvait donc à l'avance prophétiser qu'il lui manquerait toujours une qualité, celle d'avoir été un concile vraiment libre. Les théologiens et docteurs en droit canon déclarent que sans une pleine liberté les décisions d'un concile n'ont pas force obligatoire et que l'assemblée n'a été qu'un pseudo-synode : elles devront être révisées, car il n'y a pas eu trace de liberté au concile du Vatican.

jj 5. — Le concile du Vatican et l'Église du Vatican (;,°).

Le concile convoqué se passa encore plus mal qu'on ne pouvait le supposer. L'histoire entière de celte assemblée est une chaîne ininterrompue de plaintes sur le manque de liberté conciliaire : de nombreux incidents, une foule de déclarations consignées par des évèques dans les Actes du concile et portées à la connaissance du public, les unes par hasard, les autres par la volonté de leurs auteurs, soit dans des lettres, soit dans des brochures, font apparaître le concile sous le jour le plus défavorable. La figure de Pie IX s'y dessine en traits des plus crus : il intervient, sans les moindres ménagements, tout pareil en ceci à ses prédécesseurs du moyen âge, pour faire réaliser son vœu favori. Moins, d'après les preuves de dévouement antérieures, il s'était kalteudu à une résistance, d'autant plus l'irritait la plus timide objection soulevée par les évèques. Il ne parut pas dans la salle de délibération du concile, mais au dehors il s'occupait avec ardeur de la politique du concile. Tantôt, il se montrait à l'exposition des Beaux-Arts, tantôt dans les séminaires, tantôt dans la salle d'audience au Vatican et flétrissait publiquement (publiée) les évèques, procédé qui

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agissait sur leur courage avec l'effet d'une poudre foudroyante; même à l'égard d'évèques sans protection, comme ceux des pays orientaux, il allait jusqu'à infliger la détention dans un couvent. Et, pendant l'effroyable chaleur de l'été de 1870, qui torturait jusqu'au désespoir les évèques étrangers (plusieurs furent forcés de garder le lit, malades), il ne se laissa émouvoir par aucun sentiment d'humanité. Le jour où on lui rapporta que les évèques voulaient solliciter de lui l'ajournement du concile, sa réponse fut : « Qu'ils crèvent donc! » On devine l'effet que produisit le mot : déjà terrorisés au suprême degré, ils n'osèrent même plus adresser au père de demande filiale et demeurèrent à leur poste, quoique la mort commençât à éclaircir les rangs. Ils durent enfin se résigner à mettre eux-mêmes un terme à leur détresse et il n'y avait qu'une voie pour cela : c'était de renoncer a poursuivre les débals et d'abandonner le reste au pape. Son plan était prêt depuis longtemps. En hâte, si bien que la rédaction définitive des décrets ne put pas même être délibérée et arrêtée réglementairement, il proclama le 18 juillet 1870, sous l'éclat des éclairs et le roulement du tonnerre : qu'il était l'unique maître et souverain de l'Église, le seul détenteur et l'orsane exclusif de la doctrine divine.

En vain, on lui avait opposé l'Écriture et la tradition ; ne savaitil pas par le Jésuite Perrone qu'elles étaient superflues ? Du moment que le sentiment général de la chrétienté catholique romaine se prononçait pour les innovations, les conditions préalables étaient remplies pour ériger leur contenu en article de foi. Et la preuve que ce sentiment était tout en sa faveur lui était fournie par la « bonne presse », par les innombrables pétitions, par les épigraphes des contributions aux frais du concile. Au canon de Vincent de Lérins, qu'on opposait, les Jésuites avaient trouvé une réponse. Ils composèrent pour la commission dogmatique du concile un factum, qu'ils distribuèrent sous leur nom, comme un « Rapport sur les observations des pères du concile », dans lequel ils déclaraient cyniquement qu'il y avait assez longtemps que la chrétienté était bernée par ce canon, et qu'il était sans valeur. De la sorte, on démolissait toutes les barrières que l'ancienne Église avait érigées.

Cependant, la totalité des évèques ne se résignant pas aussitôt à cette interprétation, 88 votaient encore « non » le 13 juillet; 62

ÉVÈQUES SANS ÉNERGIE i't~

« un oui conditionnel » ; tandis qu'environ 70 s'abstinrent au surplus de voter : le 17 juillet encore. 56 évèques renouvelèrent leur « non » du 13 juillet dans une supplique au pape. Tout cela fut en vain, attendu que leurs objections « reposaient seulement sur des bases erronées, à savoir qu'un article de foi doit être prouvé par l'Écriture et la tradition, et qu'il ne peut exister d'article de foi catholique, que ce qui a été cru toujours, partout et par tous. Ces évèques n'avaient d'autre but que d'empêcher notre siècle de se réjouir de ses vérités propres, que n'avaient pas connues les précédents, et ils n'avaient pas compris qu'avec le progrès des temps de nouveaux mystères étaient révélés »

Les évèques allemands, a l'exception des trois disciples des Jésuites, évèques de Wlirzbourg, de Ratisbonne, d'Eichstaett et de l'évèque Martin de Paderborn, appartenaient à ce catholicisme démodé, et persévérèrent en cette qualité jusqu'au 17 juillet. Malheureusement, le cardinal Diepenbrock, le noble chevalier allemand sans peur et sans reproche, n'était plus la pour oser dire à cette assemblée, composée de deux tiers au moins de Latins: « Prenez garde. Ne prenez pas de résolutions que l'esprit allemand ne pourrait supporter. Rappelez-vous que toute la classe movenne dirigeante instruite, que tout le monde laïque pensant en Allemagne, a reçu sa culture dans les Universités allemandes. Les Allemands ne sont plus aujourd'hui ce peuple résigné, qui, pendant des siècles, se laissa surcharger de fardeaux par Rome, maltraiter dans ses plus profonds sentiments et ses aspirations les plus intimes, qui vit repousser ou éluder ses plus justes réclamations ; jusqu'à ce qu'enfin en 1517, les reins de la bête de somme vinssent a plier sous le faix. Vous possédez bien encore des millions de catholiques allemands; mais ces millions sont partout pénétrés d'éléments protestants, vivent de littérature protestante et non de littérature ultramontaine ; ils subissent l'influence journalière d'une presse quotidienne absolument libre, et la honte seule suffirait à les empêcher de reconnaître l'infaillibilité papale, doctrine qui est une insulte à l'Écriture sainte, à l'ancienne Église a l'histoire, à la raison humaine. Ne vous abandonnez pas à la funeste illusion de prendre pour de vrais interprètes de la pensée et de la tendance intellectuelle allemandes, une troupe de Jésuites que leur éducation romaine a rendus étrangers a leur patrie et qui

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ont perdu l'intelligence de l'esprit allemand. Vous pouvez bien forcer les théologiens allemands par le terrorisme épiscopal, par l'index, par les destitutions, etc., à ployer en silence leur cou sous le joug caudin du nouvel article de foi créé par vous, mais vous ne ferez rien de plus. Les théologiens allemands, tout aussi bien que la génération prochaine, demeureront, en fin de compte, allemands de sentiments, de pensées et de jugement, et aussi longtemps qu'il y aura une logique et une histoire en Allemagne, ils diront au moins en eux-mêmes : E pur si muove ! Cette infaillibilité est une folie, une chimère de cerveau malade. Vous l'avouerez vous-mêmes, lorsque toutes les chaires, et non plus seulement les deux de Vienne, seront occupées par des Dominicains et des Jésuites italiens (731). »

Au lieu de cette attitude énergique, la faible opposition des évêques allemands se termina par l'affaissement de Tévèque Ketteler, qui, le 15 juillet, se prosterna aux genoux du pape, en s'écriant : « Bon Père, sauvez-nous, sauvez l'Église de Dieu ! » Aussi, ceux dont le regard perçait l'avenir pouvaient-ils prédire à coup sûr, en voyant le concile ceindre les tempes du pape de la couronne d'infaillibilité, que rien de ce qui était arrivé à la suite du cinquième synode de Latran n'arriverait: qu'il ne se produirait soudain aucune grande révolte, aucune apostasie de grande allure; non, tout devait rester calme, beaucoup trop calme. Les Jésuites et leurs élèves entonneront leurhosanna, ils tireront quelques conséquences du dogme, et exploiteront celui-ci au mieux de leurs intérêts, et le monde les laissera faire. Mais une antipathie foncière contre ces prêtres italiens, insatiables et intrigants, s'emparera tous les jours davantage des esprits. L'indisposition contre leurs exigences sans bornes pénétrera profondément dans l'àme des hommes. La crédulité humaine a cependant des limites et le credo qniaabsurdum de Tertullien n'a plus d'écho dans l'Europe de nos jours. L'esprit humain ressemble en cela au corps, que quand on lui demande quelque chose d'anormal et de trop pour sa facultéde digestion, il est pris de nausées et le vomit. Niebuhr faisait un jour observer, à Rome, qu'il n'était pas surprenant que tant d'Italiens fussent athées: la curie romaine prétend leur faire croire des choses (comme par exemple qu'on peut tirer à son gré des âmes du feu du purgatoire par le moyen d'indulgences papales

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