‹ La papautiChapitre 88 sur 178 · SYNODE DE COURTISANS · texte numérisé non relu

SYNODE DE COURTISANS

et d'autels privilégiés) qu'il leur est décidément impossible de croire : alors, avec cette fable, ils rejettent toutes les autres (732). Tel sera aussi l'effet du nouveau dogme de l'infaillibilité : il amènera bientôt une diminution profonde et radicale de la foi religieuse chez les peuples catholiques. Les adversaires à l'intérieur et a l'extérieur de l'Église, qui dans presque toutes les contrées catholiques gouvernent la littérature, signaleront avec mépris et triomphe cette récente invention, aux dépens de la tradition ecclésiastique, d'un synode esclave des convoitises de la curie, et diront : Comme pendant au aJvoSo; hiorpun) de l'an 449, nous avons maintenant un a'JwSo; xoXaxevrixij de l'an 1869, un synode de flatteurs, à côté de l'ancien synode de brigands (733). Qui pourrait aujourd'hui nier qu'il en est ainsi? Peut-être même n'en dit-on pas encore assez. Car on ne peut disconvenir que chez les catholiques romains la foi religieuse a, non seulement fortement diminué, mais que l'incrédulité en général s'est développée d'une manière considérable. Le dogme de juillet 1870, Pie IX, les Jésuites et leurs adhérents qui ont conseillé et poussé le pape, sont les principaux auteurs de ce malheur.

Toutefois, l'idéal de l'Ordre des Jésuites a été réalisé le 18 juillet 1870 : aujourd'hui, aussi souvent qu'il est question de l'Église, de ses droits et de son pouvoir, il faut toujours entendre le pape et rien que lui. « Quand nous parlons de l'Église, dit le Jésuite Gretser, au commencement du xvnc siècle (professeur à Ingolstadt et l'un des plus savants théologiens de l'Ordre), nous entendons désigner le pape. » Considérée en elle-même, comme la communauté des croyants, du clergé et des évêques, l'Église, suivant l'expression du cardinal Cajétan,le théologien classique de la curie, est l'esclave (serva) du pape. Ni dans son ensemble, ni dans ses parties (les Églises nationales), elle n'a le droit de rien vouloir, ni rechercher, d'approuver ni de désapprouver, qui s'écarte, en quoi que ce soit, de la volonté et de la pensée du pape. Dans un article de la Civiltà, intitulé « le Pape, pèredes croyants », il est en effet dit avec raison : « Il ne suffit pas que le peuple sache uniquement que le pape est le chef de l'Église et des évêques; il doit encore comprendre que sa propre foi, sa propre vie religieuse découlent du pape ; que dans le pape réside le lien qui unit les catholiques les uns aux autres, la force qui les anime;

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qu'il est le dispensateur des dons de la grâce, le distributeur des bienfaits promis parla religion, le gardien de la justice, le protecteur des opprimés. Et tout cela n'est pas encore assez. Il est en outre nécessaire de réfuter les accusations lancées contre le pape par les impies et les protestants : il faut montrer le bien qu'a toutes les époques la papauté et le pape ont fait à la société civile, aux peuples italiens, aux familles et aux individus, spécialement sous le rapport des intérêts temporels (734). »

Saint Jérôme reprochait autrefois à la théorie des Pélagiens de représenter Dieu comme avant, une fois pour toutes, remonté l'homme comme une horloge, puis n'ayant plus rien à faire, de s'être endormi. Voici le pendant de cette théorie chez les Jésuites et au Vatican : Dieu s'est endormi, mais à sa place sur terre règne son Vicaire, toujours vigilant et infaillible, dispensateur des grâces et des peines. On applique ici au pape le mot de saint Paul : « En lui nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes. » C'est à peine si quelques canonistes italiens eux-mêmes, au xv* siècle, avaient élevé la flagornerie à une pareille hauteur, et cependant, c'était à ces quémandeurs de bénéfices, qu'à Rome même, on attribuait la cause principale de la corruption de l'Église par les papes ; mais, rien de ce qui avait été dit ou fait antérieurement pour exaller la dignité papale, n'a égalé ce qui a été dit sous la direction du nouvel Ordre du xvie siècle. Grâce à Bellarmin et autres Jésuites, on en est venu, dans certains écrits, jusqu'à désigner le pape tout net comme « Vice-Dieu ».

C'est ainsi que la Civiltà, après avoir exposé comment Dieu a remis entre les mains du pape tous les trésors de la révélation divine, de la vérité, de la justice et des divers charismes, et l'a constitué leur unique gardien et administrateur, en vient enfin à cette conséquence, que le pape continue dans le monde l'œuvre du Christ, et qu'il est, par rapport à nous, ce que le Christ serait, s'il gouvernait lui-même et visiblement, l'Église ici-bas (73s). 11 ne restait plus dès lors qu'à faire un dernier pas, pour déclarer le pape lui-même une incarnation de Dieu (~36). Ce pas en effet a été franchi.

L'infaillibilisme part de ce principe que le pape ne peut errer toutes les fois qu'il prend des décisions doctrinales, non seulement dans le domaine de la foi, mais aussi dans celui de la morale;

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