OBSERVATION II
(Bieck. — Inaugural Dissertation. Berlin, 1889.)
R..., âgé de quarante-quatre ans, sans aucuns antécédents héréditaires ; pas denerveux dans la famille : parents morts à un âge avancé. Vers l’âge de vingt-trois ans, chancre induré qui ne fut pas traité par le mercure : peu de temps après le malade perdit ses cheveux. Depuis huit ans environ, il se
plaint de la tête, accusant une sensation de pression intra-
cranienne sans avoir de vertiges ni de céphalée. Il y a trois ans il eut au cou une ulcération qui diparut après cautérisation à la pierre infernale.
Juillet 1887. — Le malade perd l'appétit, il a des vomissements fréquents et il éprouve des douleurs dans la tête etla nuque. Il maïigrit au point qu'il se cachectise trèsrapidement et entre à l'hôpital Friedrichshain.
14 juillet 1889. — On se trouve en présence d’un homme très amaigri, se plaignant de maux de tête, de vomissements, d'inappétence et de bourdonnements très forts dans l'oreille gauche. La percussion du crâne n’est pas douloureuse. Les réflexes sont conservés. Les ganglions inguinaux sontindurés et augmentés de volume. Traitement : iodure de potassium. Les jours suivants, les symptômes augmentent d'intensité.
30 août. — Le malade est d'une faiblesse extrême etil a de l’incontinence d'urine et des matières fécales.
14 septembre. — Il accuse maintenant de la difficulté dans les mouvements de déglutition, difficulté qui est apparue brusquement. Traitement : mercure et iodure de potassium. Les phénomènes s’amendent vite et le malade sort guéri le 8 octobre.
Au bout d’un mois le vertige et les vomissements reparaissent ainsi que des troubles de la parole et de la faiblesse dans les mains. Il ne peut plus tirer la langue qui est déviée à droite, Il entre à l'hôpital de la Charité, est traité par Viodure de potassium et voit tous ces phénomènes disparaitre à nouveau. Il quitte une deuxième fois l'hôpital, guéri. Mais les troubles morbides ne tardent pas à reparaïire plus
intenses ; et à la suite d’un vertige intense suivi de parésie
du bras droit, ilentre à nouveau à l'hôpital de la Charité (mars 1888).
27 mars 1888. — Zone douloureuse à la partie postérieure de la tête au niveau de la protubérance. Visage asymétrique. Les pupilles réagissent bien à la lumière et à l’accommodation. Réflexes rotuliens conservés ainsi que les réflexes plantaires et crémastériens Amaigrissement et affaiblissement du système musculaire qui est surtout atrophié aux mains ; la pression de la main est plus faible à droite qu’à gauche. Il y a du nystagmus. Pas de troubles de la sensibilité aux extrémités ; pas d’ataxie. Pas d’artériosclérose. Cœur normal.
L'examen des nerfs craniens donne les résultats suivants :
1° Nerf olfactif. — Le sens de l’odorat est normal à gauche ; à droite il est affaibli (parésie de l’olfactif droit).
20 Nerf optique. — Acuité visuelle nettement plus faible à gauche qu'à droite ; la lecture des gros caractères se fait à une distance trois fois plus grande qu’à gauche.
A l’ophtalmoscope, on trouve une coloration grisâtre de la moitié temporale de la pupille droite et de toute la pupille gauche ; pas de lésions vasculaires des pupilles.
Le champ visuel est un peu défectueux à droite.
3 Nerf moteur oculaire. — Les pupilles réagissent bien à la lumière et à l'accommodation ; les mouvements des yeux sont possibles dans tous les sens. Asymétrie du regard. Contracture du muscle droit externe et parésie du muscle droit interne. Strabisme externe de l'œil droit qui ne peut fixer un même point pendant longtemps. Nystagmus.
4° Nerf facial. — La bouche est déviée à droite ; sillon naso-labial plus accentué à droite qu’à gauche. Luette déviée
à gauche. Le voile du palais paraît plus long à droite qu’à
gauche. Pendant la phonation les parties molles du voile du palais à droite restent complètement immobiles. Pendant la déglutition les liquides s’échappent fréquemment par le nez. Les troubles du nerf facial se limitent aux fibres qui constituent le grand nerf pétreux superficiel (simple parésie).
5° Nerf auditif. — Acuité auditive plus affaiblie à gauche qu'à droite ; à gauche, la montre n'est entendue qu’au contact de l'oreille. Les troubles auditifs disparaissent vite et la voix chuchotée peut être perçue des deux côtés ;
G Nerf glosso-pharyngien. — Troubles du goût dans toute la moitié droite de la langue. Les fibres sensibles du glosso-pharyngien restent intactes à gauche. Les bords de la langue sont moins sensibles à droite qu’à gauche. Hypoesthésie de la moitié droite dela langue dans son tiers postérieur ; dans ses deux tiers antérieurs la sensibilité est restée intacte. Les troubles de la sensibilité restent nettement limités à la base de la luette et à la voûte palatine et ils s'étendent au delà du sinus piriforme jusqu'à l’épiglotte et au larynx.
7° Nerf vague. — Le rameau auriculaire du nerf vague est intact des deux côtés. Avec une sonde laryngée on peut explorer le côté droit du larynx sans que le malade ait des mouvements de suffocation. On pravoque la toux lorsqu'on touche la moitié gauche de l’espace interaryténoïdien. Anesthésie complète de toutes les parties visibles de la moitié droite du pharynx : pas de réflexe pharyngé même avec de fortes excitations.
-8° NERF ACCESSOIRE (spiNaL). — Le muscle sterno-cléidomastoidien droit est sensible à la pression et considérablement atrophié. Le malade ne peut que faiblement tourner la
tête à droite. Le muscle trapèze est également sensible à la
pression et atrophié. Ces deux muscles réagissent aux excitations électriques, surtout aux courants galvaniques. Rameau pharyngien. — La déglutition est très pénible ainsi que la mastication. Ces troubles de déglutition sont liés à la paralysie des muscles du pharynx du côté droit. Nerf laryngé supérieur. — Paralysie du muscle ericothyroïdien droit, très nette quand on fait causer le malade. Nerf récurrent. — A.part une accumulation considérable de mucosités dans le larynx et un léger gonflement du ligament thyro-aryténoïdien supérieur gauche, la muqueuse laryngée est normale. La mobilité de l’épiglotte est identique des deux côtés. La corde vocale droite est immobile au voisinage de la ligne médiane et c’est à peine sïelle fait quelques petits mouvements pendant la phonation et la respiration. La corde vocale gauche, au contraire, est très mobile et semble compenser, par sa mobilité, la rigidité de la corde vocale droite. Le cartilage de Santorini se place en avant de son congénère droit: d’où déviation de la glotte. Avec les courants galvaniques on obtient les mêmes réactions à droite et à gauche : très faible réaction à droite. L'électrisation endolaryngée, sans anesthésie, est partout possible à droite; elle est impossible à gauche à cause du réflexe intense qu'elle provoque. L’électrode étant placée à la face antérieure et à la face postérieure du cartilage aryténoïde provoque des mouvements très forts de la corde vocale gauche. 9° Nerf grand hypoglosse. — Hémiatrophie de la langue (moitié droite). Le côté atrophié est le siège d’un tremblement fibrillaire, mais celui-ci est léger. Lorsque la langue est tirée, son raphé prend la forme d’un $. Pas de troubles
de la motilité bien qu'elle soit plus lente à droite qu'à gau-
2Na3E
che. L'examen électrique avec les courants faradiques et galvaniques nous montre une réaction de dégénérescence de la moitié droite de la Jangue et une diminution de l'excitation aux courants faradiques.
10° Les autres nerfs craniens sont intacts.
Chez ce syphilitique, tout fait penser que la lésion du spinal était due à une méningite syphilitique qui atteignait aussi d’autres nerfs craniens,