‹ La paralysie générale dans l'ArméeChapitre 21 sur 29 · Magnan. De l'alcoolisme, Thèse de Paris · texte numérisé non relu

Magnan. De l'alcoolisme, Thèse de Paris

certains cas de l'alcoolisme vers la paralysie générale. Ce passage ne se fait pas d'un seul coup, il y a une période de transition très longue et difficile à bien déterminer qui tient en suspens le diagnostic ». Avec ce dernier aliéniste beaucoup de médecins distingués assimilent les troubles de l'alcoolisme chronique à ceux de la paralysie générale et croient à une paralysie générale d'origine alcoolique. Au dernier congrès de médecine mentale, M. Garnier après avoir démontré que la folie avait augmenté de 1872 à 1888 de 30 pour 100 environ, ajoutait que l'augmentation des cas d'aliénation mentale dans ces dernières années était le fait de deux types morbides, dont la fréquence est sensiblement progressive : la folie alcoolique et la paralysie générale, les psychoses essentielles restant de leur côté absolumentslationnaires. Pour M. Garnier, la comparaison entre les graphiques qui marquent l'accroissement simultané de l'alcoolisme et de la paralysie générale suffit à établir que leur progression si rapide est nettement corrélative et lui fait conclure de leur marche envahissante à l'influence étiologique de l'alcoolisme sur le développement de l'encéphalite interstitielle chronique. Tout en reconnaissant les mérites incontestables du travail de M. Garnier, nous croyons qu'il est peut-être téméraire sur de pareilles raisons de conclure à une relation de cause à effet. Ne peut-il pas y avoir un parallélisme entre deux maladies sans que l'une soit la cause de l'autre ; de ce que deux maux ont une marche parallèlement croissante, est-on en droit de conclure à une influence étiologique, à une relation causale de l'un par rapport à l'autre ?

Si la fréquence parallèlement croissante de l'alcoolisme chronique et de la paralysie générale a pu faire émettre par une foule d'auteurs une opinion que nous discuterons plus tard, mais que le simple raisonnement n'autorise nullement, à plus forte raison la même idée paraissait-elle pour ces mêmes médecins corroborrée par ce fait qu'un grand nombre de paralytiques généraux ont fait abus de boisson pendant la période de début. Ici nous répéterons ce que nous avons dit à propos des excès en général, ce sont les excès alcooliques anciens, et non les récents qu'il faut chercher et incriminer, les malades se livrent au commencement de leur maladie à des écarts de tout erenre.

S'il est vrai que l'alcoolisme est une cause de paralysie générale on ne peut plus puissante, il semble que l'on doive s'attendre à voir atteints de cette affection de préférence les pays les plus affligés par le mal alcoolique. Or, suivant le rapport de M. le professeur Bail, les pays où l'on boit le plus sont les moins atteints par la paralysie générale. Les pays les plus alcooliques sont certainement la Suède, le Danemarck, l'Écosse et l'Irlande, et ceux incontestablement du moins en Europe où la paralysie générale est de beaucoup la plus rare.

Nous avons déjà dit plus haut que Fabret avait remarqué que les paralysies générales, qui avaient pour cause l'alcoolisme, guérissaient par le seul fait delà suppression de l'alcool. Nasse (1) se montre très surpris «de ces guérisons, qui lui imposent à l'avenir de ne plus porter aucun

i. Nasse : Irrcfreund, 1870, n° 7.

diagnostic de paralysie générale tant qu'il n'aura pas constaté les troubles de langage qu'il considère comme le plus important des signes paralytiques ; il s'est cru autorisé à admettre pour les cas qu'il avait observés la dénomination de pseudo-paralysie générale alcoolique, et par suite un pronostic plus favorable lorsque les symptômes de la paralysie générale se développent sur le terrain de l'alcoolisme ». Au dire de M. Voisin (2) la guérison de la paralysie générale pour être vraie exige la disparition complète et constatable pendant plusieurs années de toutes les manifestations psychiques et somatiques de la maladie. Or, si cette guérison n'existe pas dans la vraie paralysie générale elle existe toujours dans la pseudo-paralysie alcoolique. A propos de la guérison de la paralysie générale, M. Christian et Ritti s'expriment ainsi : « Nous (2) avons la conviction absolue que chaque fois qu'on a signalé la guérison d'un cas de paralysie générale, on a commis une erreur de diagnostic, il n'existait pas de périencéphalite. Nous sommes persuadés que la guérison est impossible, et que la mort est la terminaison fatale de la maladie. M. le professeur Bail trouve cette opinion trop tranchée, mais tout en croyant la guérison possible il l'admet comme une très rare exception ; mais en revanche on observe des rémissions qui amènent une amélioration trompeuse et se contentent simplement de retarder l'échéance d'une terminaison presque toujours fatale.

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