‹ La paralysie générale dans l'ArméeChapitre 23 sur 29 · PSEUDO-PARALYSIE GÉNÉRALE ALCOOLIQUE · texte numérisé non relu

PSEUDO-PARALYSIE GÉNÉRALE ALCOOLIQUE

Antécédents héréditaires. — Hérédité similaire (paralysie générale) et congestive rare. Parfois hérédité vésanique, le plus souvent alcoolisme.

Antécédents personnels — Excès alcooliques anciens et fréquemment répétés.

Mode de début. — L'attaque apoplectiforme est essentiellement un phénomène de début. Attaques épileptiformes multiples. Attaques de délirium tremens avec ses caractères propres.

Symptômes. — Ouverture pupillaire déformée, réflexe pupillaire aboli, acuité visuelle diminuée. Hyperesthésie soit par places, soit généralisée, paralysie précoce débutant par l'extrémité des membres ; tremblement généralisé, en masse, prononcé, mais intermittent n'existant pas au repos. Paralysies partielles (hémiplégie, aphasie, etc.) fréquentes. Faciès rouge, teinte subictérique des conjonctives. Troubles gastro-intestinaux, anorexie des alcooliques.

Marche. — Régression des symptômes. Amnésie progressive, rongeant d'abord souvenirs récents, puis anciens, mémoire revenant sur ses pas avec suppression du poison.

Pronostic. — Favorable, presque toujours guérison.

1. Rouillard. Gazette des Hôpitaux,! juillet 1888. Les pseudoparalysies générâtes.

Lésions anatomiqucs. — Lésions circonscrites de l'alcoolisme (athérome artériel, dégénérescence graisseuse des vaisseaux, infiltration séreuse des méninges, adhérence à couche corticale, infiltration des ventricules, pointillé de substance blanche, suffusions sanguines, foyers hémorrhagiques et le plus souvent pachyméningite hémorrhagique.

Antécédents héréditaires. — Exceptionnellement hérédité vésanique; hérédité congestive ou cérébrale est au contraire la règle.

Antécédents personnels. — Excès alcooliques récents, et seulement durant la période prodromique.

Mode de début. — Attaque apoplectiforme fréquente au début, mais plus fréquente à une période avancée. Attaque épileptiforme rare au début, et presque toujours unique.

Symptômes. — Inégalité pupillaire une fois sur trois, très souvent myosis double. Phénomènes sensitifs rares, aneslhésie tardive, insensibilité complète à la douleur; paralysie, quand elle se montre, étendue d'emblée et très tardive, tremblement essentiellement fibrillaire limité à la langue, commissures des lèvres. Paralysies partielles très rares. Cachet démentiel, perte d'expression. Appétit magnifique, véritable boulimie.

Marche. — Essentiellement progressive. Amnésie s'attaquant d'abord au récent, puis à l'ancien, mais continuant toujours sa marche lente et envahissante.

Pronostic. — Ne guérit jamais ou presque jamais ?

Lésions anatomiques. — Lésions diffuses.

Le parallèle que nous empruntons presque textuellement à M. le Dr Rouillard, et qui est le reflet de l'opinion

de M. le protaeiar Bail semble établir une distinction entre l'alcoolisme chronique et la paralysie générale. Nous nous relions volontiers pour ces mêmes raisons à l'opinion de l'éminent professeur de Sainte-Anne, et tout en reconnaissant que le diagnostic présente parfois de grandes difficultés, nous croyons que dans la majorité des cas il est fort possible. Allons-nous conclure de là qu'un alcoolique ne deviendra pas paralytique général? Loin de nous l'idée de créer un antagonisme entre ces deux affections. On peut être à la fois un alcoolique avéré et un vrai paralytique général, nous irons même plus loin, et nous pensons que la chose est fréquente. Dans ces cas doubles, nous croyons qu'il est souvent facile de relier les deux maladies à la même cause, c'est la même cause qui pousse aux excès alcooliques et qui produit la paralysie générale. Il est en effet, des faits nombreux et incontestables de personnes s'adonnant aux excès alcooliques sous l'influence d'un trouble psychique antérieur. Combien de navrés, de déçus de la vie qui se livrent à des excès de ce genre, qui cherchent à oublier leur chagrin dans l'abrutissement de l'alcool, qui en boivent d'autant plus qu'ils sont plus malheureux. Eh bien, de tels individus peuvent plus tard être en même temps alcooliques et paralytiques généraux, l'alcoolisme en pareille occurrence loin d'être uniquement une cause d'affaiblissement intellectuel et moral est du moins chez ceux qui ne sont pas des alcooliques héréditaires un effet d'un état mental morbide, une conséquence d'un affaiblissement moral, et non sa cause. Les deux maladies sont ici bien distinctes, l'une guérissable, l'autre fatale; en effet, les troubles purement

alcooliques céderont à un traitement approprié tandis qu'en dépit de tout traitement la maladie paralytique continuera sa prompte et funeste évolution, les accidents dus à l'alcoolisme auront guéri, ceux qui sont dus à la paralysie générale auront continué.

De tous ces faits il semble ressortir bien clairement qu'il y a à côté de la paralysie générale un état morbide empruntant à cette dernière maladie son masque, mais s'en différenciant, la pseudo-paralysie alcoolique, avec des caractères propres qui doivent empêcher de la confondre avec la périencéphalite. Toutefois, quoique nous nous soyons efforcé d'établir une différence très nette entre la paralysie et l'alcoolisme, nous ne nous refusons pas à reconnaître que les abus alcooliques sont capables de congestionner l'encéphale, d'amener le relâchement des vaisseaux de la masse cérébrale, par suite leur diiatation plus facile et consécutivement l'hyperhémie de l'organe, et à ce titre nous admettrons sans difficulté les excès d'alcool comme cause prédisposante de la paralysie générale. Mais c'est là tout ce que nous pouvons lui concéder, et chez tout paralytique général, nous refusons d'admettre que l'alcoolisme seul ait pu être la cause à la fois prédisposante et déterminante de l'état morbide. C'est par conséquent ailleurs que dans les excès alcooliques qu'il faut chercher la cause ou les causes occasionnelles de la paralysie générale.

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