SYPHILIS ET PARALYSIE GENERALE
Ce qui a été dit de l'alcoolisme l'a été aussi de la syphilis, et autrefois bien des auteurs reconnaissaient la syphilis comme cause principale et même unique de la paralysie générale. Nous avons assez vu et connu de paralytiques généraux nullement entachés du vice syphilitique pour savoir ce que l'on doit peuser de l'opinion de Rjelberg (1) que tous les paralytiques généraux étaient syphilitiques. Un fait incontesté c'est que la syphilis, tout comme l'alcoolisme, est susceptible de produire certaines encéphalopathies, qui empruntent le masque de la paralysie générale sans en avoir tous les caractères, modifications pathologiques qui ont été minutieusement étudiées par M. Fournier. Un des principaux symptômes de cette pseudo-paralysie syphilitique est le caractère du délire qui est confus, rarement ambitieux, souvent effacé; les troubles médullaires, surtout la paraplégie y sont fréquents, le tremblement y est grossier et non fibrillaire, la cachexie prompte. La perte de la mémoire et la démence sont très prononcées ; la maladie est d'emblée intense, par conséquentà marche lente et non progressive, revenant sur ses pas et guérissant sous l'influence du traitement spécifique. Traitez au contraire une paralysie générale par le mercure et l'iodure, loin de s'amender elle s'aggravera.
i. Kjelberg : La paralysie progressive des aliénés et la syphilis. Vierteljahschr. fur Psychiarlie, 1868.
Darricarrère
Pour M. le professeur Bal) les pseudo -paralytiques syphililiques comme les alcooliques peuvenl côtoyer la paralysie générale, mais ils n'arriveront jamais à être de vrais paralytiques.
Les grands traits que nous venons d'esquisser semblent devoir établir une distinction entre les encëphalopathies syphilitiques et la paralysie générale ; tout le monde n'est cependant pas de cet avis, Le Bulletin Médical du 28 août dernier comportait un article de M. Morel Lavallée intitulé « Syphilis et paralysie générale » qui tout en reconnaissant l'existence définitivement établie des pseudo-paralysies syphilitiques voit dans la fréquence de la syphilis comme antécédent d'un paralytique général une relation de cause à effet entre la syphilis et la périencéphalite « Dans le cas où on ne trouve qu'un seul facteur à invoquer pour Téliologie de la paralysie générale c'est la vérole que l'on trouve le plus souvent » et un peu plus loin : « la syphilis semble donc bien être une cause principale de la paralysie générale, mais il en est d'autres sans le concours desquelles elle est à elle seule impuissante à la reproduire : excès sexuels, surmenage, hérédité, etc.
Nous avouons ne pas comprendre que la syphilis puisse produire à elle seule une maladie, et qu'un moment après elle soit reconnue incapable de l'engendrer sans l'aide d'une foule d'autres causes. Sans insister plus longuement sur cette contradiction des deux textes de M. Morel Lavallée nous nous contenterons de lui répondre par le rapport de M. Christian au dernier Congrès. Aux partisans de l'origine syphilitique de la paralysie générale qui arrivent à la tribune statistique en main, il
répond par sa statistique que nous croyons pour le moins très consciencieuse et très éclairée et qui borne à 15,8 pour 100 la proportion des syphilitiques paralytiques généraux. Les paralytiques seraient, à son avis, loin de tous compter la syphilis parmi leurs antécédents personnels. D'ailleurs quand la paralysie générale a été attribuée à la syphilis le traitement spécifique a guéri la syphilis très souvent, mais à côté de cela, la périencéphalite a toujours repris sa marche progressive et envahissante. Nous ne nous baserons pas sur l'anatomie pathologique qui d'après M. Ballet serait plutôt un argument en faveur de l'origine non syphilitique, à l'heure actuelle cet argument ne nous permet pas de décider d'une façon absolue clans un sens plus que dans l'autre, nous croyons cependant devoir attribuer une valeur importante à l'action négative du traitement sur la marche de la paralysie générale. 11 y a là, croyons-nous, sinon une raison absolue, du moins une grande probabilité en faveur de l'origine non syphilitique de la paralysie générale, et jusqu'à plus ample informé nous nous refuserons à admettre la syphilis comme cause de la paralysie générale. Nous terminerons par une courte réflexion : S'il est vrai que des influences morales soient parfois la cause d'excès alcooliques, nous croyons également que des émotions morales sont l'effet de la syphilis. Pour certains individus elle peut devenir une cause d'ennui, de tortures continuelles, d'émotions, de craintes répétées, et sans nombre, autant de motifs de congestion encéphalique; ce qui agit encore ici ce n'est pas la syphilis, mais bien les influences morales qu'occasionne la crainte de l'avenir chez un vérole.