‹ La paralysie générale dans l'ArméeChapitre 25 sur 29 · SATURNISME ET PARALYSIE GENERALE · texte numérisé non relu

SATURNISME ET PARALYSIE GENERALE

Cette maladie particulière ayant des rapports d'analogie avec la paralysie générale, mais aussi des différences tranchées, fut décrite pour la première fois par M. Delasiauve en 1851 sous le nom de pseudo-paralysie saturnine. M. Régis en '1880, et M. Meyer en 1881 reprenaient la question, et corroboraient ses idées le premier dans son article. <r De l 'encéphalopalhie saturnine » in Annales médico-psychologiques, et le second dans sa thèse <r Pseudo-paralysie saturnine ». Cette affection ne se développe naturellement pas sur un terrain héréditaire, mais en revanche, il est d'ailleurs inutile de le dire, elle exige des antécédents personnels incontestables. Nous ne ferons qu'en énumérer les symptômes : forte excitation, délire (expansif ou de persécution) intense, constantes hallucinations de la vue et conséquemment des terreurs imaginaires. Après une courte période d'excitation vient la période de dépression variable de un à trois mois caractérisée par le marasme, la démence complète, des eschares, en un mot le gâtisme, un vrai tableau de paralytique général à ses derniers moments. Le malade présente un tremblement continuel de tout le corps et les signes ordinaires du saturnisme (liseré gingival, colique de plomb, etc.). Le pronostic diffère de

celui de la paralysie, une fois le plomb éliminé, l'état général s'amende, l'intelligence revient, etc.. La guérison est un moyen de diagnostic dans le cas où le malade aurait été pris pour un paralytique. Cependant au dire de M. le professeur Bail, l'étude du caractère du malade devait souvent empêcher cette erreur. Le saturnin pseudo-paralytique est ombrageux, défiant, malveillant, grossier ; cette méchanceté jointe à la marche graduelle vers la guérison permet souvent de poser un diagnostic. La guérison n'est ordinairement pas complète, l'affaiblissement de la mémoire et de l'intelligence continuent à durer malgré la disparition des symptômes physiques. Les autopsies rares (car peu de malades meurent) n'ont pas permis de décrire des lésions analomiques bien certaines.

Si ces quelques données suffisent à établir un diagnostic, il est au début parfois difficile de se prononcer, et il serait pour le moins maladroit de conclure à une pseudoparalysie par le seul fait que la paralysie générale éclate chez un peintre en bâtiment. Si l'on peut être à la fois paralytique général et alcoolique, on peut de même être saturnin et paralytique général en même temps : saturnin de par le plomb, paralytique de par les nombreuses causes de cette affection.

Page 1