‹ La paralysie générale dans l'ArméeChapitre 9 sur 29 · INFLUENCES MORALES · texte numérisé non relu

INFLUENCES MORALES

A côté des excès intellectuels, comme produisant facilement des congestions cérébrales répétées, et agissant à ce titre comme un facteur étiologique fréquent, nous ne saurions omettre les influences morales, bien plus nous serions tenté pour notre compte personnel de leur assigner une importante place. La raison de cette préférence nous la trouvons dans la concomitance presque fatale du travail intellectuel et de l'émotion qu'il procure. Nous ne perdrons pas notre temps à discuter le mode d'action de ces nouvelles causes. Y a-t-il simplement action sur le centre circulatoire, augmentation de sa force propulsive, et par suite afflux sanguin plus considérable dans les vaisseaux de la masse encéphalique? Nous tendons volontiers à croire qu'à ce premier moyen infaillible de congestion cérébrale il s'en surajoute un second concourant au même but, nous voulons parler du relâchement paralytique des vaisseaux. Quoiqu'il en soit du rôle des nerfs vaso-constricteurs et des dilatateurs leurs antagonistes, nul ne peut nier l'influence des impressions morales et des passions sur la vascularisation exagérée de la substance cérébrale. Mais ici encore, absolument comme dans les excès intellectuels, la maladie pour éclater chez un prédisposé exige des congestions fréquemment répétées Nous nous expliquons : si une simple émotion violente (frayeur, joie, etc.), une forte impression ont pu à la rigueur produire des cas de vésanie simple; une seule émo-

lion si vive qu'elle ait été, n'a pu, au dire des observateurs, produire une paralysie générale. Ici, mieux qu'ailleurs, la maladie prouve qu'elle a besoin pour éclater d'impressions multiples, et que la lésion qui doit la faire naître nécessite le concours d'un nombre relativement considérable de poussées congestives. Il n'est pas d'auteur qui n'ait signalé les déplorables effets des influences morales sur l'état mental. Les excitations de la sensibilité psychique, renouvelées trop fréquemment, semblent produire dans le centre intellectuel une perturbation que l'on peut assimiler à. la fatigue cérébrale, el qui joue un rôle capital dans le développement des maladies mentales et de la paralysie.

La question des influences morales nous semble reliée de la façon la plus intime à celle du tempérament, un événement pourra être indifférent à une personne, il ne le sera pas pour son voisin à caractère impressionnable, sanguin ou nerveux, il deviendra pour lui une source d'ennuis, de soucis, même de chagrin. Nous ne voulons pas dire par là que ces tempéraments seuls soient sensibles, il est naturellement des malheurs qui frappent tout le monde; les revers d'un pays sont évidemment fails pour émouvoir toute âme imbue du moindre patriotisme, mais tandis que la majorité sera simplement attristée, notre impressionnable sera abattu et désespéré de par son tempérament. Ce que nous disons des revers publics nous le disons à plus forte raison des malheurs privés, et dans ces derniers fréquemment reproduits noire prédisposé trouvera l'occasion d'un nombre considérable d'émotions vives, qui au point de vue pathologique se manifesteront

par autant de congestions passagères de la substance encéphalique.

Dans un autre ordre d'idée nous voyons entre le travail intellectuel et les émotions ou impressions morales une corrélation très étroite, nous croyons que parfois' ces dernières sont une conséquence naturelle du surmenage cérébral. Dans les surmenés intellectuels nous croyons devoir établir deux catégories : les surmenés volontaires et les surmenés par contrainte, les uns et les autres doivent »Hre, ce nous semble, en même temps ce que nous nous plairions à désigner du nom de surmenés moraux, S'il est vrai que le travail auquel se livrent les laborieux parce qu'ils aiment la science et veulent arriver à se distinguer, a rarement des conséquences graves, il n'en saurait être de même de ceux qui désirent une distinction plus élevée, de ceux qui, poussés par une ambition d'ailleurs excusable, mais parfois dangereuse, visent à un degré parfois utopique, dans tous les cas on ne peut plus difficile à atteindre. La recherche de l'inconnu pour le surmené est certainement l'objet d'inquiétudes, de désirs, de regrets, de déceptions, lorsque croyant être arrivé au but il échoue au port, voit le vain et l'inutile de tant de travaux lentement et scrupuleusement amassés. Au travail, à la fatigue, à l'excès intellectuel s'ajoute le travail, la fatigue, l'excès moral, l'un et l'autre se corroborant, l'effet congés tif de l'un étant renforcé par l'autre ; le surmené intellectuel volontaire est aussi un surmenémoral. Mais puisqu'il en est ainsi du surmené volontaire, que dire de celui qui l'est par contrainte. Le surmenage imposé par les programmes, par les règlements, est un supplice équi-

valent aux travaux forcés pour les incapables ou les paresseux ; ces natures moins douées ou réfractaires sont accablées par la somme démesurée d'applications ou d'efforts qu'elles ont à fournir et en môme temps par les angoisses d'une œuvre imposée, obligatoire, à laquelle elles ne peuvent échapper ; elles souffrent doublement intellectuellement et affectivement, bien plus encore le surmené cérébral par contrainte est en même temps un surmené moral. En résumé : le surmenage moral est occasionné par les émotions morales répétées, et aussi par les excès intellectuels qui, à notre avis, sont une grande cause d'émotions.

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