‹ La paroisse de Saint-NicolasChapitre 20 sur 108 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

Et I E N N E P AO U ET

Nous lisons dans les registres de St-Xicolas :

Le dix août mil huit cent dix-neuf, après la publication de trois bans de mariage faite au prône des messes paroissiales par trois dimanches consécutifs entre Etienne Paquet, fils majeur d'Etienne Paquet agriculteur et de Marguerite Filteau, les père et mère, de cette paroisse, d'une part, et Ursule Lambert, fille mineure d'Ignace Lambert agriculteur et de défunte Euphrosine Deniers, les père et mère, aussi de cette paroisse, d'autre part, ne s'étant déclaré* aucun empêchement au dit mariage, nous, curé de cette paroisse, avons reçu leur mutuel consentement, et leur avons donné la l>énédiction nuptiale: ce du consentement des parents respectifs.

Lacté est signé par les mariés, par Jean-Gabriel Desrochers, Benjamin Paquet, François Gagnon, Augustin Filteau, et par le révérend Michel Bezeau.

Etienne Paquet, baptisé le 2 septembre 1794, était dans sa famille l'aîné des garçons. Mgr Benjamin Paquet, son fils, fait de lui dans ses "Mémoires" la description suivante: * Votre grand'père, écrit-il à ses neveux et nièces, enfants d'Adolphe, avait une taille moyenne, à peu près comme celle de votre père. Ses traits étaient réguliers et bien dessinés. Il marchait avec vivacité et décision. Son activité était dévorante : le plus grand supplice qu'on aurait pu lui infliger, aurait été de l'obliger à ne rien faire. Comjne vous avez pu le voir en lisant mes notes sur votre grand'grand'mère Paquet,

il avait été élevé à bonne école et avait mis à profit tous les exemples qu'il avait eus sous les yeux. "

De sa mère, Ursule Lambert, née le 25 février 1801, le prélat parle ainsi : " Elle était née et avait été élevée clans la maison habitée maintenant par Jean-Baptiste Lambert. Je sais qu'elle avait appris à lire et à écrire: de qui, je l'ignore. Elle était toujours la première au catéchisme de la première communion. Elle avait une très belle voix et chantait avec goût. Elle connaissait par coeur un grand nombre de cantiques que Monsieur le curé lui faisait chanter à la grand' messe, les jours de fêtes solennelles. Elle fut toujours sage et pieuse, et ne porta jamais aucune de ces fausses parures nouvellement inventées pour enrichir les modistes et enlaidir la plus belle partie du genre humain, se contentant des ornements dont Dieu l'avait amplement pourvue. C'était une très belle personne. Taille haute et élancée, teint clair, beaux yeux gris, beau nez, bien proportionné et solidement fixé au centre d'une figure tout à fait distinguée tant par la finesse de traits que par leur régularité. Son port était noble, sa voix douce et caressante, son sourire gracieux, sa conversation aimable et intéressante. Tout se réunissait en elle pour en faire une personne accomplie, tant au physique qu'au moral \ Dans la haute société, elle aurait été une grande dame, une reime. Le bon Dieu la réservait à quelque chose de mieux, à être une mère de famille admirable, à élever de nombreux enfants dans la crainte et le service du Seigneur, à être ma mère et votre grand'mère, ce dont nous devons remercier le ciel. "

Etienne Paquet et sa jeune épouse passèrent les deux premières années de leur mariage dans la maison mère de la

1. On peut voir, dans Je salon de la maison habitée par M. Alphonse Paquet, deux excellents portraits à l'huile de Etienne Paquet et son épouse, faits à Rome, sous la direction de Mgr Benjamin, par le célèbre peintre Pasqualoni.

famille Paquet 2, et ce n'est qu'en 1821 qu'ils allèrent habiter la maison qui leur était destinée, sur une propriété achetée pour eux '. alors inculte et couverte de ronces et d'herbes sauvages, et qui devait peu à peu devenir ce qu'elle est aujourd'hui entre les mains de M. le maire de Saint-Nicolas, l'une des plus belles propriétés de la paroisse.

" Vos aïeux, continue l'auteur des " Mémoires " que nous nous plaisons à citer, remplis de courage et d'espérance, comptant sur le secours de Dieu qu'ils avaient invoqué et qu'ils ne cessèrent de prier, commencèrent le grand travail, qu'ils ont accompli toute leur vie, avec une persévérance héroïque, et que des vues surnaturelles seules ont pu soutenir. Votre grand'père luttait d'activité avec sa digne compagne. Il ne se contentait pas de marcher, il courait. 11 ne donnait que quelques heures au sommeil et s'arrêtait à peine pour manger. Votre grand'mère ne déployait pas moins d'énergie, soit dans l'intérieur de la maison, soit à l'extérieur. Ah ï que de sueurs versées, que de fatigues endurées, pour arriver à défricher et à féconder une terre naturellement pauvre, et que le soc de la charrue n'avait pas déchirée depuis de nombreuses années! Mais un travail persévérant finit par tout surmonter, surtout lorsqu'il est fait pour Dieu.

44 Bientôt les fossés et les rigoles se creusent ; les clôtures de cèdre s'élèvent et s'alignent; les pierres disparaissent des champs et s'amassent en des chaînes régulières ; les épines et les ronces sont arrachées : la culture s'avance ; la forêt recule. Les framboisiers et les herbes de bruyère font place à des prairies verdoyantes ou à des pièces de grains qui ondulent au souffle des vents. L'automne, la grange et les fenils ne

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