‹ La paroisse de Saint-NicolasChapitre 23 sur 108 · Mém. cit · texte numérisé non relu

Mém. cit

y. Pour le brovage et le foulage, voir dans les Mélanges Canadiens de Mgr L.-A. Paquet, le chapitre intitulé : A travers les mémoires d'un fils du sol.

et le nombre de ces rejetons vigoureux devait aller jusqu'à quatorze.

Avec quel souci religieux Madame Paquet s'occupait de l'éducation de ses enfants'. Il faut ici laisser la parole à son fils reconnaissant. Mgr Benjamin: " Autant vos aïeux, écrit celui-ci à ses neveux et nièces, étaient laborieux, autant ils aimaient Dieu, le servaient fidèlement et s'efforçaient de le faire' aimer et servir par leurs enfants et par tous ceux qui dépendaient d'eux. A peine commencions-nous à parler que notre mère nous apprenait à faire le signe de la croix, et nous enseignait nos prières du matin et du soir, le bénédicité et les grâces. Elle nous avait aussi appris la belle petite prière: "Jésus. Marie. Joseph, je vous donne mon cœur" etc., que nous récitions dans notre lit avant de nous endormir, et que nous redisions le matin, à notre réveil. Pour nous enseigner nos prières, elle se faisait aider par nos sœurs plus âgées. Elle veillait avec un soin scrupuleux à ce que tous fissent exactement et dévotement la prière du matin. Quant à la prière du soir, elle était dite en commun, comme vous le pratiquez maintenant. Elle-même la récitait avec une piété, une foi et une onction qui nous forçaient à bien prier. Lorsque j'étais écolier, un de mes compagnons vint me voir pendant les vacances, et après avoir entendu ma mère faire la prière du soir, il me dit : " Tu es bien heureux d'avoir une mère aussi instruite, aussi pieuse, et qui prie comme une religieuse. Dans quel couvent a-t-elle reçu son éducation?" Votre grand'mère n'avait pas eu l'avantage d'étudier dans un couvent. Toutefois, elle était véritablement instruite sur la religion, grâce à ses lectures et â son assiduité aux catéchismes et aux instructions de la paroisse.

" Pendant le carême, outre la prière ordinaire du soir, nous récitions le chapelet en commun. La famille était touj^<ur> représentée par quelques-uns de ses membres â la

prière et à l'instruction qui se faisaient à l'église, et ceux-ci, à leur retour, avaient l'obligation de donner une analyse de la conférence de Monsieur le curé. "

Les dimanches et les fêtes étaient véritablement des jours sanctifiés par un saint repos. Tous, parents et enfants, assistaient avec religion aux différents offices de l'église. Le père et ses fils avaient leur place dans le sanctuaire. Les uns chantaient, les autres prenaient part aux cérémonies. Monsieur Etienne Paquet a été maître chantre une grande partie de sa vie. Il occupait au chœur le premier rang, du côté du nord. Il se prêtait de bonne grâce, comme le firent de temps immémorial tous les membres de sa famille, au chant gratuit des services et des grand'messes sur semaine.

Madame Paquet n'eût voulu pour rien au monde qu'on perdît, le dimanche, une partie de la messe. Aussi, dans son désir de préparer à temps pour chacun le costume qui convenait, s'appliquait-elle de bonne heure et de tous ses soins à ce qu'elle appelait elle-même le " grand combat ". L'heure venue, elle donnait le signal du départ, en hâtant ce départ par un pieux stratagème. ki Le dimanche matin, sans rien dire, ma mère, écrit son fils Benjamin, usait d'une petite ruse bien permise. Pour que son monde ne fût pas en retard, elle avançait l'horloge de dix minutes ou d'un quart d'heure. Personne dans la famille n'avait de montre, et la ruse ne pouvait pas être découverte. Je crois d'ailleurs que le bedeau en faisait autant pour l'horloge de la sacristie

8. A l'occasion de ce départ pour l'église le dimanche, le lecteur nous permettra de lui servir ici une petite tranche de vie bien canadienne. " En voiture, en voiture. Deux cabriolets et une calèche solennelle avec de larges oreilles sont à la porte. Les chevaux, parés de leur harnais de gala, semblent entrer dans la joie du jour du Seigneur; ils sont impatients de partir et d'agiter leurs clochettes. On s'entasse à deux ou trois rangs dans la voiture. Mes sœurs se lamentent au spectacle de leurs toilettes fripées et du peu d'égards des garçons pour leurs dentelles. Les cabriolets partent les premiers. Votre grand'mère est la dernière à lais-

Nous n'avons pas besoiui d'ajouter avec quelle dévotion Etienne Paquet et son épouse entendaient la messe et les vêpres. Ils étaient tous deux des chrétiens d'une piété solide et éclairée.

'Ma mère, note pieusement son fils, a été Tune des premières à se faire inscrire dans la confrérie du Mont-Carmel dont elle fut, sinon la fondatrice, du moins la zélatrice et la trésorière pendant de nombreuses années, jusqu'à sa mort, je crois. Elle fit orner l'autel de la Sainte Vierge, et acheta la petite statue en bois doré que Foin porte encore dans les processions en l'honneur de Marie. Le jour du: Mont-Carmel, c'est elle qui présidait à la décoration de la Vierge, faisait annoncer la messe solennelle, et voyait à ce qu'il y eût un beau pain bénit de dévotion. Le plus souvent, elle le donnait elle-même. Elle achetait des cierges pour tous les confrères; on les tenait à la main et allumés pendant la messe et la procession. Elle-même encore recueillait les souscriptions des associés et faisait la quête dans l'église avec cette grâce et cette distinction qui lui étaient propres : il était bien

ser la maison : elle veut s'assurer que personne ne reste en arrière, sauf la gardienne. Elle prend la place d'honneur dans la calèche. Grâce à mon capot bleu à nervures blanches, que ma mère aimait beaucoup, j'ai le privilège de m'asseoir à son côté. Votre grand'père est sur le siège de l'avant et tient les guides. Nous voilà partis : c'est " Dragonne " qui nous mène, une jolie jument rouge, tirant sur le brun, et qui va l'amble. Mon père l'appréciait pour son " grand train ". La route est descendue, et comme nous arrivons dans le chemin du roi, la cloche de l'église se fait entendre. — Etienne, dit votre grand'mère, ça sonne, c'est le dernier coup. — Oui ! c'est le dernier coup ! Dragonne goûte du fouet : elle s'élance à l'amble ; les mottes de terre volent de tous côtés et menacent de nous crever les yeux. — Doucement, Etienne, doucement, dit votre grand'mère. — Ça sonne ! Nous passons comme l'éclair à côté des autres voitures. — Doucement, doucement, Etienne! Nous allons sortir de la calèche ! En effet, les trous, ,les pierres nous faisaient éprouver mille secousses ; nous dansions dans la voiture. — Pour l'amour de Dieu, doucement, doucement, Etienne! — C'est le dernier coup! Ne crains rien, Ursule, les traits sont bons. Et Dragonne d'ambler à toutes jambes. — Nous étions rendus à l'église, descendus de voiture et occupés à secouer la poussière qui nous couvrait, que la cloche n'avait pas fini de sonner " (Mgr Paquet, mém. cit.).

difficile de ne pas laisser tomber quelques sous dans la tasse qu'elle proentait, ne fût-ce que pour recevoir son salut accompagné d'un beau sourire. La fête du Mont-Carmel, comme maintenant du reste, se célébrait donc avec solennité et grande dévotion. Tous les confrères, hommes et femmes, communiaient. Les curés voisins venaient aider Monsieur Baillargeon à entendre les confessions. C'était un jour de bonheur pour votre grand'mère ; elle jouissait de voir ainsi la Sainte Vierge honorée: elle nous annonçait avec joie le nombre des nouveaux associés inscrits dans la confrérie. Naturellement, tous les membres de la famille en faisaient partie 9. "

L'auteur des " Mémoires " continue : " La piété de votre grand'mère envers les âmes du Purgatoire n'était pas moins grande que son amour pour la mère de Dieu. Pendant longtemps, elle fut la dépositaire des aumônes données pour les défunts. Elle faisait célébrer les messes de Requiem et s'assurait le concours des chantres. Elle nous recommandait de prier pour les morts; et, donnant elle-même l'exemple, lorsqu'un parent ou un ami venait à mourir, elle annonçait à la prière du soir quelques pater et quelques ave que mous récitions pour le repos de l'âme du défunt. Si dans le voisinage il y avait un mort, elle allait prier auprès de son corps; elle récitait le chapelet et les litanies à haute voix et faisait des lectures pieuses. — Elle avait aussi une tendre dévotion au Sacré-Cœur de Jésus et à la Bonne Sainte- Anne. Vers l'année 1847 ou 1848, elle essuya une grave maladie qui la conduisit aux portes du tombeau. Après avoir pris l'avis de M. le curé Baillargeon, elle fit vœu d'aller en pèlerinage, à

9. "II n'est pas hors de propos de dire que les exercices du mois de Marie se firent toujours régulièrement dans le canton, tantôt dans une maison, tantôt dans une autre, dès l'origine de cette dévotion" (mém. cit.) .

Sainte-Anne-de-Beaupré, si la santé lui était rendue. Sainte Anne l'exauça. Au mois de septembre 1849, e^e accomplit son vœu. Votre grand'père l'accompagna. Il n'y avait pas alors de bateaux à vapeur pour le service des pèlerinages. Ils firent le voyage en voiture, c'est-à-dire en calèche. "

Leur fils Benjamin était alors au Séminaire. Madame Paquet l'alla voir à son retour. " Ma mère, écrit-il, me raconta au long son voyage, me fit la description du pays parcouru et des églises des différentes paroisses qu'elle avait eu soin de visiter sans en omettre aucune. C'est une pieuse croyance parmi le peuple que la prière faite dans une église que Ton visite pour la première fois, est infailliblement exaucée, et que l'on obtient la grâce demandée. Elle me parla surtout de la bonne Sainte Anne, et me dit comme elle avait prié avec confiance dans son sanctuaire, non seulement pour elle, mais pour toute la famille, et pour moi d'une manière spéciale: elle désirait me voir prêtre. Elle me laissa un souvenir : un sac de prunes bleues. Je compris, en les mangeant, que sainte Anne devait être bien bonne pour les âmes, puisqu'elle donnait au corps des fruits aussi délicieux."

Les époux Paquet se montrèrent toujours extrêmement serviables. " En cela, ils pratiquaient une vertu sociale bien répandue parmi les Canadiens français et très recommandée dans l'Evangile. Ils avaient horreur de l'égoïsme et étaient toujours prêts à se prodiguer pour être utiles et faire plaisir au prochain. Ils visitaient assiduement les malades, même à des distances considérables, leur donnant les consolations, les encouragements et les secours spirituels dont ils étaient capables. Leur charité envers les pauvres était remarquable. Jamais un mendiant ne voyait sa demande refusée. Il y avait pour ces malheureux une petite table que votre grand'mère faisait couvrir d'une nappe bien propre. Les mendiants mangeaient le même repas que la famille.

Mes sœurs se disputaient l'honneur de les servir, sachant bien que c'est Xotre-Seigneur lui-même que nous servons dans la personne des pauvres. Il y avait aussi pour eux un lit spécial 10. "

Sur ce chapitre des vertus de famille, tout n'a pas encore été dit ; et Mgr Paquet, dans ses " Mémoires ", rappelle à ses neveux et ,nièces comment en particulier la tempérance était pratiquée par leur aïeul. " Votre grand'père, écrit-il, tut l'un des fondateurs de la société de tempérance dans la paroisse; il en était le président. C'est vers 1841 ou 1842 que la société de tempérance, pour le bonheur temporel et le salut éternel des habitants, fut établi à Saint-Nicolas, ainsi que dans tout le Bas-Canada. Votre grand'père n'avait jamais fait usage immodéré des boissons enivrantes. Mais il prenait volontiers un petit verre de rhum avant les repas ; cela s'appelait le coup d'appétit ". Ce petit coup lui était servi par votre grand'mère qui, pour ne pas nuire à la santé d'Etienne, avait soin de baptiser le rhum, ce qui le rendait plus doux et le faisait durer plus longtemps. Pour donner l'exemple et engager les ivrognes à embrasser la tempérance, votre grand'père fit généreusement le sacrifice de son petit verre et se mit de la tempérance totale. Vous devriez pouvoir retrouver, dans la maison paternelle, des cartes de tem-

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