‹ La paroisse de Saint-NicolasChapitre 24 sur 108 · Mcm. cit · texte numérisé non relu

Mcm. cit

11. "Cette coutume venait, sans doute, de la Normandie. Xos cousins les normands ont conservé l'habitude de prendre, non-seulement un coup, mais trois coups d'appétit à chaque repas. Ils appellent cela faire trois trous, un trou avant le repas, un autre pendant, et un troisième après. C'est peut-être en souvenir de cette coutume et pour condescendre à la faiblesse humaine qu'on avait institué, à part la tempérance totale, celle d'un coup par jour, et celle de trois. On rapporte qu'une brave femme, par humilité et pour ne pas paraître parfaite, s'était fait inscrire dans la tempérance de trois coups. Mais c'était au-dessus de ses forces. Un jour, elle alla trouver son curé et lui dit: "M. le curé je ne puis pas rester dans la société de tempérance. — Pourquoi, demanda celui-ci? — Parce nue, avec cette tempérance de trois coups, je suis toujours ivre. " Sa naïveté l'emportait encore sur sa dévotion.

pérance de cette époque. Comme président, mon père les a toutes signées. Vous verrez qu'il avait une belle signature. "

Etienne Paquet commença jeune l'apprentissage de la vie publique. En 1812, lors de la guerre entre les Etas-Unis et la Grande-Bretagne, il figure, âgé de 17 ans, parmi les miliciens qui s'exercent à la porte de l'église sous le commandement de son oncle, le lieutenant Filteau. Il devint plus tard capitaine de milice. En 1821, on trouve son nom parmi les syndics nommés pour la construction d'une nouvelle église, l'église actuelle. Il ne se désintéressa jamais des questions d'intérêt public, et il jouissait de la considération générale.

Il mourut le 3 janvier T872 et fut inhumé le 8 dans le caveau de l'église. Parmi les personnages ecclésiastiques présents à ses funérailles, (à part les abbés Paquet, Benjamin et Louis-Honoré ), nous relevons les noms de MM. C.-F. Cazeau, Vicaire Général, Th. -Et. Hamel, Antoine Racine (plus tard évêque de Sherbrooke), L.-X. Bégin (aujourd'hui Cardinal), Bas. Robin, Xap. Laliberté, Pierre Sax, curé de Saint-Romuald, Ant. Gauvreau, curé de Saint- Xicolas.

Madame Paquet, épouse d'Etienne, avait précédé de plusieurs années son mari dans la tombe. Tombée gravement malade, elle alla séjourner quelque temps à l'Hôpital-Gcnéral, auprès de l'une de ses filles, Sœur Saint-François de Borgia. Elle mourut le 22 janvier 1860, à l'âge de 58 ans et onze mois, et son fils Benjamin, prêtre depuis deux ans et demi, et alors vicaire à Xotrc-Dame-de-Québec, chanta son service. Ses restes reposent près de la dépouille mortelle de son mari.

Nous n'avons guère parlé jusqu'ici des enfants issus du mariage d'Etienne Paquet et de Ursule Lambert. C'est le

temps d'en dire quelques mots. Rarement famille plus remarquable par le talent, la distinction, la piété, les vertus civiques, s'est rencontrée sous un simple toit rural. Cette famille comprenait six filles : Esther, Eléonore, Isabelle, Julie, Adeline, x\urélie; et huit garçons: Etienne-Théodore, Simplicien, Guillaume, Adolphe, Benjamin, Louis-Honoré, Théodule, Eugène. Simplicien et Julie moururent en bas âge.

"Non seulement, écrit Mgr Benjamin (mém. cit.), vos aïeux pourvoyaiet avec sollicitude à tous les besoins corporels de leurs enfants, mais encore ils se souciaient tout particulièrement de développer leur intelligence, de former leur cœur et leur volonté à la pratique des vertus chrétiennes. Leur propre conduite, si conforme aux préceptes de Dieu et de l'Eglise, était un enseignement continuel et le plus éloquent de tous."

L'organisation scolaire de cette époque laissait beaucoup à désirer. Les enfants d'Etienne Paquet fréquentèrent l'école la plus proche et y apprirent ce que les maîtres du temps enseignaient. Les aînés, Esther et Théodore, étudièrent, semble-t-il, sous la direction du vieil écossais déjà nommé, MacDonald. " J'ai connu, dit notre chroniqueur, ce vénérable vieillard dont la présence à Saint-Nicolas fut toujours pour moi un mystère 12. Hiver et été, beau temps mauvais temps, il portait un énorme chapeau de castor et un habit à queue de morue. Il était instruit; on aim<ait à l'entendre converser sur les mlœurs et les coutumes des vieux pays. ' Les autres enfants fréquentèrent les classes d'un

12. Le lecteur a la clef du mystère. Ignace MacDonald, nous l'avons dit, était un instituteur préposé par le gouverneur Drummond en 1816, à la direction d'une école de fondation royale, et qui y enseigna pendant plusieurs années : après quoi, il se fit maître ambulant : ce qu'il était encore, pendant l'enfance de Mgr Paquet. (Voir J.-E. Roy, Hist. de la Seigneurie de Lauson, vol. IV, pp. 121-123).

vieillard encore plus vénérable, Joseph Croteau, l'homme le plus érudit après le curé et le notaire, et qui remplissait avec un zèle religieux, en même temps que les fonctions d'instituteur, celles de bedeau sacristain. L'école de Joseph Croteau jouissait d'une réputation considérable et bien méritée dans toute la région.

Grâce à l'aide de son frère Benjamin, lequel n'avait pas d'enfants, Etienne Paquet put procurer à deux de ses filles, Isabelle et Aurélie, une instruction plus soignée et à deux de ses fils, Benjamin et Louis-Honoré, l'avantage d'un cours classique au Séminaire de Québec.

Etienne Paquet et son épouse se prêtaient volontiers, pour l'amour de leurs enfants, aux amusements légitimes dont la jeunesse est si friande. Promenades, l'été, par eau ou par terre, fricots, l'hiver, avec chant et musique, puis exercices sportifs de chasse et de pêche, rien ne manquait de ce qui pouvait récréer la famille sans offenser Dieu.

Le chant était en particulier honneur dans la famille Paquet. " Vos aïeux, écrit l'auteur des Mémoires, avaient une très belle voix et chantaient avec goût." Tous leurs enfants héritèrent, quoique à divers degrés, de ces aptitudes. Vers l'anée 1842, M. le curé Baillargeon, pour rehausser les fêtes religieuses de la paroisse, forma un chœur de dames et de messieurs auquel il donnait lui-même, en son presbytère, des leçons théoriques et pratiques sur l'art du chant et de la musique. " Pour reposer ses élèves, il leur racontait, avec un talent merveilleux, quelques anecdotes des Eboulements où il avait été curé avant de venir à Saint-Nicoas, et les charmait par les sons qu'il tirait de sa flûte. Si la séance se prolongeait un peu tard, il ajoutait un petit réveillon, ce qui rendait la voix plus souple et plus éclatante 13. " Six des enfants

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