CHAPITRE QUATRIEME
Ignace Paquet
Louis-Ignace était le septième des enfants de Et. -Théo. Pâqnet et de Marguerite Filteau. Cette mère dévouée, remplie de sollicitude pour ses chers enfants, n'était pas sans éprouver quelque inquiétude sur l'avenir de Ignace. Il était si petit, si délicat: pourtant, se disait-elle, il est actif, passionné pour le travail, il saura gagner sa vie.
Elle l'établit près d'elle sur un arpent de terre de deux concessions de profondeur. C'était une barque bien étroite pour voguer sur la mer de ce monde. Mais le pilote, grâce à son intelligence, à son travail opiniâtre, à son économie, la conduira au port de l'aisance avec sa .nombreuse famille.
Le 5 septembre 1837, Ignace, à l'âge de 35 ans, épousa Domitille Fréchette qui n'avait que 21 ans. Cette dernière était fille de Hyacinthe Fréchette et de Thérèse Dion, d'une des premières familles de Saint-Antoine-de-Tilly \
Les craintes de la belle-mère furent bientôt dissipées lorsqu'elle vit sa bru à l'œuvre, surtout lorsque les petits enfants, sous l'influence de la bénédiction nuptiale, firent leur apparition au foyer familial, comme les fleurs dans un jar-
1. Hyacinthe descend de François Frichet, originaire de l'île de Ré, et venu à Saint-Xicolas en 1703. J.-Ed. Roy dit dans son Histoire de la Seigneurie de Lauzon, qu'il avait neuf enfants à son arrivée à Saint-Xicolas et qu'il en eut deux autres. Il ajoute: " C'est une nombreuse postérité qui a formé le clan très distingué qui porte le nom de Fréchet dans les Seigneuries de la rive sud. "
din cultivé avec amour. De cette union naquirent quatorze enfants : une de nos belles et nombreuses familles canadiennes. Six de ces enfants furent moissonnés à l'âge de un à six ans. Dieu exerçait son droit de royauté pour orner les jardins célestes de ces fleurs fraîchement écloses. L'un, Télesphore. décéda à l'âge de 28 ans : un autre, Ignace, l'aîné de la famille, à j$ ans : de sorte que survivent encore six membres de cette famille.
Ignace Paquet avait au cœur la passion du travail de la terre : il en donna la preuve tout le cours de sa longue carrière. Sans connaître l'axiome " Emparons-nous du sol ", il le mit en pratique. Sa culture n'était pas sans doute aussi progressive que celle d'aujourd'hui, mais il était de son temps. Les cultivateurs d'alors, à la manière des premiers colons, faisaient la guerre à la forêt. Les belles récoltes qu'ils retiraient de ces terres neuves, toujours riches en sels minéraux, leur faisaient négliger les premiers défrichements. Ils cédaient à l'appât du bois de corde que la hache active préparait. De fortes rangées de bois franc s'amoncelaient sur les "jetées''. A l'automne, le batelier, d'ordinaire. Benjamin Fx>berge, allait vendre ce bois à Québec, puis venait rendre compte de ses ventes. C'était une joie vive de le voir, à son arrivée, délier sa grande bourse remplie de flambants écus.
Nous avons nommé Benjamin Roberge. Quel beau type d'ancien canadien : charpente robuste, figure ouverte et joviale, franc rire, serviabilité jamais en défaut. Ni les caprices de la mer ni ceux des hommes n'altéraient sa bonne humeur. Ce citoyen respectable fut un ami intime de tous les membres de la famille Paquet qui furent ses contemporains. Pendant de longues années, en qualité de locataire, il demeura dans la maison devenue vacante par la mort de Madame Lyonnais. C'est là qu'il éleva sa nombreuse famille dont tous les membres lui font honneur, ainsi qu'à sa pieuse
compagne Léocadie Lafrance. LU de ses tîls, nous le verrons, a épousé une fille d'Adolphe Paquet.
lgfta.ce ne tarda pas à agrandir sa propriété, trop étroite pour son activité, en faisant l'acquisition de trois arpents de terre sur deux concessions de protondeur, provenant des héritiers Roberge. En conséquence, il lui fallut travailler plus fort pour faire fructifier ce vaste domaine. Il pouvait dire avec le fabuliste: "Travaillez, mes enfants, c'est le fonds qui manque le moins. " Peu à peu il accrut ses revenus qui lui permirent d'envoyer Ignace, l'aîné de ses fils, à l'école des Frères, et à une école anglaise; de procurer à Jules- Nazaire et à Alfred le bienfait d'un cours classique au Séminaire de Québec. A part le secours que les Directeurs du Séminaire, grâce aux pensions fondées par les amis de l'éducation, peuvent donner aux élèves qtii en sont jugés dignes, lui seul pourvût à toutes les dépenses nécessitées par ces longs cours d'étude. Ajoutons qu'outre ses propriétés qu'il laissa par donation à son fils Ignace, il mit le second de ses fils, Clovis, en possession d'un des plus beaux établissements de la paroisse, et qu'il dota richement ses trois filles.
Ce cultivateur, quoique fortement épris de la culture du sol, comprenait que la culture de l'intelligence occupe le premier rang. Souvent il évoquait le souvenir d'un maître d'école ambulant, qui lui avait appris à lire en français et en latin. Xous avons vu que Ignace MacDonald, en vertu d'un acte du parlement fut choisi, en i8t6, comme instituteur de l'école libre de fondation royale dans la paroisse de Saint- Nicolas. Le jeune Ignace Paquet avait treize ans; le temps de fréquenter l'école régulière était passé pour lui, mais il mit à profit les leçons données par l'instituteur à domicile. Dès que ses enfants eurent l'âge requis, il les envoya assidûment à l'école. Au cours des longues soirées d'hiver, il en prenait sur ses genoux et leur faisait lire les " Annales de la
Propagation de la Foi ", ou encore, il les faisait chanter dans son gros recueil de cantiques de Marseille. Sans avoir urne voix remarquable, il fut chantre au choeur toute sa vie.
Le père Ignace était généreux envers Dieu, il ne le fut pas moins envers ses frères. Avec grande bienveillance il accueillait ces infortunés que l'on faisait séjourner de maison en maison, alors qu'il n'y avait pas d'hôpitaux pour les recevoir : jamais il ne refusa l'hospitalité à un mendiant, et toujours il donnait avec une joie empressée aux personnes charitables qui recueillaient des aumônes pour les familles pauvres de la paroisse.
' X 'aimant ni le bruit ni l'éclat, sa vie s'est écoulée comme le ruisseau paisible. Tout entier à ses travaux, il ne donait pas aux affaires municipales plus d'attention qu'il ne faut. La politique î il savait l'apprécier à sa juste valeur. Voyant les germes de division qu'elle sème dans les familles, dans les questions du domaine paroissial, il eut garde de s'emballer pour aucun parti. Il avait ses préférences politiques, il exerçait son droit d'électeur avec discrétion: rien au delà. Si au cours de sa longue carrière il eut à défendre ses droits lésés, ce fut toujours avec répugnance et modération, sans blesser la charité ni ouvrir son cœur à la malveillance. L'orage passé, comme il était heureux d'avoir recouvré la paix " !
En tout, c'était juste mesure et stricte économie. Le budjet des menus plaisirs, des folles dépenses n'entrait pas dans ses calculs. Le printemps, lui faisait-on hommage du délicieux produit de la sucrerie sous forme d'une tire dorée, il y goûtait volontiers. Ses enfants insistaient-ils, il répondait tout bonnement: ''Quand j'en prendrais davantage, ce sera la même chose. ' Telle était sa frugalité. Au temps de sa jeu-