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IV. L'Abbé Ls- Alfred Paquet

nesse, il dut prendre un petit coup pour saluer la compagnie, c'était de rigueur, mais toujours il fut un tempérant. Sa mémoire avait retenu quelques bribes de chansons bachiques que l'on prenait plaisir à lui faire chanter dans les réunions intimes de la famille. Sous le régime paternel du père Ignace, on travaillait fort, mais en temps opportun, on savait se livrer à d'honnêtes récréations.

Trop souvent après avoir lu l'éloge pompeux d'un personnage distingué, on se demande : mais cet homme avait-il des principes religieux, une religion quelconque? Nul besoin.de poser cette question en rappelant le souvenir de ce bon chrétien. Toute sa vie, il vécut sa foi par l'accomplissement de ses devoirs sacrés. Il avait au cœur le respect du prêtre et ne rencontrait jamais M. le Curé sans lui donner les marques d'une vénération profonde. Le bon Dieu l'a grandement récompensé en élevant un de ses fils à la sublime dignité du sacerdoce. Quel bonheur ce fut pour lui lorsque l'année qui précéda son décès, il lui fut donné de visiter ce fils bien-aimé devenu curé de la belle paroisse de Ste-Hénédime ! Il pouvait chanter son Nunc dimittis. Un ciel sans nuage, tel fut son ménage qui dura quarante-deux ans : son heureuse vieillesse ne connut ni les noirs soucis, ni les cruels chagrins de l'âge mûr. Il était l'objet de la vénération, des soins assidus de ses enfants. C'était le soleil couchant au déclin d'un beau jour.

Dans la paroisse, le père Ignace Paquet était vénéré de tous. On savait sa carrière honorable et sans reproche. Suivant l'expression des Proverbes, '* sur son front brillait une couronne d'honneur dans la voie de la justice ". Parlait-on des anciens, vite on citait son nom. Il avait franchi sa 86ème année. Et pourtant sa chevelure à peine grisonnante, son corps droit, sa démarche alerte, ses sens de l'ouïe et de la vue, ses facultés mentales, ne semblaient pas ressentir l'atteinte des ans.

Honneur à Dieu qui prolonge l'âge mûr, connue il fait fleurir la jeunesse! Mais un jour vient où il faut mourir. C'était un samedi, 2 mars, 1889. Le matin, Ignace Paquet se sent indisposé ; vers le soir on fait venir le docteur C. Morin, médecin de la famille. Tout danger paraît dissipé; mais vu l'âge du malade, on croit prudent de lui faire administrer les sacrements. M. l'abbé Bureau, curé de la paroisse, avait terminé les onctions saintes ; et, avant de partir, connaissant la grande activité du vieillard, il lui souhaita bonne nuit en lui disant par badinage : " Père Ignace, demain il ne faudra pas travailler. " " Mais. M. le Curé, répondit le vénérable malade, on ne travaille pas le dimanche. " Puis s'endormant du dernier sommeil, il rendit quelques heures après son âme à Dieu.

Ses dernières paroles furent donc une affirmation du grand précepte qui défend le travail le jour du Seigneur.

Nous avons dit que Ignace Paquet avait épousé Domitille

Fréchette.

Domitille était membre d'une nombreuse famille. Elle n'eut pas l'avantage de cueillir à pleine mains les fruits de l'instruction élémentaire, telle qu'elle se donne dans nos écoles aujourd'hui. Cependant, le maître d'école ambulant jeta dans son jeune esprit des semences qui ne furent pas stériles. Elle pouvait lire lentement, mais avec dévotion, son " Paroissien " en caractères gras.

La mère H. Fréchette sut bien élever ses enfants et initier ses filles aux différentes industries de la vie domestique. Domitille était laborieuse, possédait à un haut degré le sens de l'ordre, de l'économie, pratiquait les travaux qui font de

l'épouse le bras droit de son mari, et concourait au bien-être, à la prospérité de sa famille. Ses enfants étaient vêtus d'habits tissés de ses mains. Empruntant quelques éloges que l'Esprit-Saint fait de la femme forte, ne peut-on pas dire que son mari se confiait en elle ; qu'elle cherchait la laine et le lin ; qu'elle travaillait avec des mains sages et ingénieuses; qu'elle n'a pas mangé son pain dans l'oisiveté; qu'elle a mérité les louanges de son époux et de ses enfants?

Elle avait du caractère. Bientôt elle en donna une preuve d'une certaine originalité.

Le mariage avait eu lieu le 5 septembre, saison des récoltes. Ignace, emporté par son activité naturelle, son souper pris, s'en allait au champ compléter les travaux de la journée. Le clair de lune remplaçait pendant ce temps la lune de miel. Domitille, solitaire à son nouveau foyer, souffrait de l'absence de sa chère moitié. Un soir, elle part et se dirige vers le champ de seigle: " Ignace, dit-elle, aujourd'hui tu as bien travaillé, et moi aussi: nous avons besoin de repos: viens-t-en à la maison : il ne faut pas nous faire mourir au début de notre mariage. " C'était si logique que le mari ne fit pas objection, et le travail nocturne prit fin 3.

La carrière de Madame Paquet fut celle d'une humble femme de cultivateur qui remplit fidèlement ses devoirs envers Dieu, son époux, ses enfants. Si le père Ignace, en dépit d'une constitution délicate et d'un travail ardu, vit les jours d'une verte vieillesse, ce fut grâce aux soins prévoyants et ingénieux de sa compagne.

Cette femme si dévouée à son mari, comprenait en même temps que Dieu lui avait donné des enfants pour qu'elle s'occupât et de leurs corps et de leurs âmes. Sa tendresse maternelle se manifestait surtout aux jours d'épreuve. Les épidé-

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