‹ La paroisse de Saint-NicolasChapitre 30 sur 108 · J.-N. Paquet, ibid · texte numérisé non relu

J.-N. Paquet, ibid

mies de variole, de fièvres de toutes sortes, étaient pins fréquentes alors que de nos jours. L'une d'elle faisait-elle invasion dans la paroisse et clans toute la famille, Madame Paquet ne manquait pas de s'installer au foyer de la maladie. Plusieurs enfants en subissaient les atteintes, comme les rieurs d'un parterre que ravage la tempête, et, dans chacune de ces épreuves, l'un d'eux était moissonné pour les parvis célestes. Que le cœur de la bonne maman dut souffrir! mais ce sacrifice renouvelé plus d'une fois fut toujours fait avec générosité. Si sa sollicitude était grande pour la vie temporelle de ses enfants, elle n'était pas moindre pour leur vie spirituelle.

Citons un fait qui est en même temps un exemple. L'un des fils, après quelques années d'étude, était de retour à la maison paternelle. Il avait de l'esprit, de l'instruction, des manières agréables, et, comme bien des jeunes gens de son âge, n'était pas indifférent au plaisir. Il avait pris l'habitude, après la grand'messe du Dimanche, de conduire à la maison paternelle deux ou trois amis. Il les faisait entrer dans la " grand'chambre " 4, puis il écrivait des lettres au gré de ses joyeux compagnons. Quelles lettres? Il est aisé de le deviner. La bonne maman préparait le dîner. Le repas pris, au cours des Vêpres qui ne se chantaient sans doute que pour M. le Curé et les âmes dévotes, on descendait dans le bas de la paroisse. Le jeune homme revenait très tard dans la soirée. Madame Paquet fit bientôt ses réflexions : " Ignace, dit-elle à son mari, vas-tu laisser faire cela plus longtemps? Avonsnous fait instruire cet enfant pour qu'il devienne notre déshonneur? " et elle lui raconte ce qui se passe à son insu: le père Ignace assistait toujours aux Vêpres. Le dimanche suivant arrivent encore les bons amis. Le père Ignace arrive lui aussi ; et sans être invité, il se présente devant eux :

4. Voir dans Chez nos Gens, pp. 17 et suiv., ce que M. Adjutor Rivard dit de la " Grand'chambre ".

** Mes amis, dit-il, mon fils n'est pas votre secrétaire. Je ne veux pins vous voir ici." L'effet fut d'une cartouche de dynamite. Le coupable qui n'avait jamais contristé ses parents prit la leçon en fils obéissant. Le mal fut coupé clans sa racine. Voilà la vraie mère, reine à soin foyer! le père digne de ce nom, roi dans son humble domaine! ils se comprennent, s'unissent dans l'accomplissement du devoir: l'ordre est rétabli \

La première récompense qu'ils reçurent ici-bas fut la piété filiale, le respect, la soumission de tous leurs enfants.

La vie est une coupe remplie de joies et de douleurs ; nul ne peut se soustraire aux épreuves. La mort de leur fils Télesphore, âgé de 28 ans, en fut une bien cruelle, particulièrement pour la mère 8. Mais Dieu qui afflige sait aussi consoler et les consolations l'emportent souvent sur les plus dures afflictions. Il réservait à cette mère en deuil l'ineffable bonheur de voir, le 30 novembre 1878, son fils Alfred promu au sacerdoce. — Madame Paquet, déjà souffrante de la maladie qui la conduisit au tombeau, ne put assister à son ordination, non plus qu'à sa première messe chantée dans l'église paroissiale ; mais elle eut la douce joie d'être présente à sa seconde messe qu'il dit dans la chapelle de N.-D. de Grâces.

De retour à sa demeure, dans l'expansion de son allégresse, elle dit : " Je suis heureuse; je sais qu'il est prêtre, je l'ai vu dire la messe! " C'était l'expression simple, mais sublime de sa foi.

Madame Paquet déclina de jour en jour; mais elle voyait venir la mort avec le calme et la résignation d'une vraie

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