J.-N. Paquet, ibid
6. Télesphore Paquet était un jeune homme accompli: caractère doux et sympathique, bon fils, bon chrétien, bon travailleur, bon chantre. Il mourut de la tuberculose pulmonaire contractée à la suite d'un refroidissement. Sa mort édifiante fut l'écho de sa vie.
chrétienne. Elle rendit pieusement son âme à Dieu le premier avril 1879. à l'âge de 63 ans.
Elle laissait sept enfants vivants, dont l'aîné était Ignace • il naquit le 1er février 1839. En vertu d'une donation entrevifs faite en l'année 1879, Ignace hérita du riche patrimoine. C'était juste et raisonnable. Outre son droit d'aînesse, il pouvait faire valoir ses longs états de service, ses labeurs physiques et intellectuels qu'il avait dépensés sans compter pour accroître les biens patrimoniaux.
Heureusement doué, il étudia d'abord chez les Frères des Ecoles Chrétiennes à X.-D. de Lévis, puis à Québec auprès du professeur Thom pour apprendre l'anglais qu'il écrivait et parlait correctement. Ce cours terminé, il eut l'intention d'emibrasser la carrière commerciale. Pour lui permettre de réaliser ce désir, son père acheta près de l'église un emplacement avec maison y dessus construite ; mais les circonstances ne paraissant pas favorables, il se livra à l'agriculture. On conserva cette maison qu'on appelait la "maison de l'église." Le 26 juillet 1896, elle fut l'origine d'une conflagration qui consuma six résidences et leurs dépendances.
Devenu propriétaire, Ignace Paquet continua ses travaux agricoles qu'il aimait avec passion. Il entra sans hésiter dans la voie du progrès : le succès le plus complet ne tarda pas à couronner ses efforts. Il améliora ses terres, fit la grande culture avec intelligence, donna du soin à l'élevage du bétail, s'occupa d'arboriculture fruitière, surtout de la culture du pommier et du groseiller ; en un mot, ne négligea rien de ce qui pouvait lui procurer quelque bénéfice.
Pendant plusieurs années il fut le plus heureux des concurrents de la Société d'Agriculture du comté de Lévis; ce
qui n'empêchait pas l'harmonie de régner, avec l'émrulation, entre lui et ses très distingués cousins, Et. -Théodore, Adolphe, Théodule Paquet. Tous comprenaient que l'union fait la force, et que le secours mutuel est bienfaisant. Au temps de l'Exposition qui se tenait à Lévis, il était intéressant de voir défiler leurs larges voitures chargées de produits, et les plus beaux sujets de leurs troupeaux. Le voyage était pénible. Le pont Garneau n'existait pas : en bac, il fallait franchir le Sault de la Chaudière. L'espoir des récompenses triomphait de tous les obstacles. Le lendemain soir, la même procession revenait précédée de Théodule qui, d'une voix vibrante, proclamait les noms des vainqueurs. Ignace Paquet entrait dans presque toutes les classes, et ne sortait d'aucune sans remporter l'un des premiers prix. Il était devenu un concurrentt très redouté, surtout des paroisses étrangères. La Société d'Industrie laitière de Saint- Nicolas le com'pte au rang de ses principaux fondateurs. Il introduisit, avec son voisin Théo, les procédés les plus perfectionnés pour la fabrication du sucre et du sirop d'érable.
Pendant plus de quarante ans, il fut Secrétaire-Trésorier de la Municipalité et de la Commission Scolaire. Ses connaissances, son expérience, son jugement sûr, lui permirent d'en être le conseiller éclairé et très souvent l'âme dirigeante. Il fût aussi marguiller. D'un caractère affable, conciliant, il sut en maintes circonstances pacifier les esprits, régler les différends, maintenir la bonne harmonie. En dépit de ses relations amicales avec tous ses coparoissiens, par suite des divisions que crée l'esprit de parti, il eat parfois des adversaires qui lui firent goûter queque peu aux anTertumes de la vie publique; mais il ne cessa d'être le citoyen intègre, irréprochable et respecté.
C'est lui qui, en 180,4, reconstruisit la maison paternelle. Depuis le départ de sa sœur Alphonsine en 1891, il vécut
toujours avec une autre de ses sœurs jusqu'à son décès. Il était célibataire. Pendant vingt ans, il eut à son service un bon et fidèle serviteur dans la personne de Louis Caouette. Ce dernier, à sa mort, le pleura, comme s'il eût perdu son père.
Soucieux d'ordre, économe, très laborieux, Ignace Paquet mit à profit les talents que le bon Dieu lui avait confiés. Le fini, le parfait, était chez lui un goût inné. Sa ferme, ses étables, ses granges, ses troupeaux, ses cultures, tout révélait un esprit soigneux, méthodique et progressif. Ce culte du progrès l'avait mis en relations, lui et M. Théodule, et aussi d'autres parents, avec des cultivateurs aisés de plusieurs paroisses, par exemple avec d'excellentes familles écossaises de Leeds, et avec les citoyens les plus en vue de St- Augustin, comme les Couture, les Racette, les Jobin, les Ratté. Ces derniers, l'été, à marée haute, traversaient, de St-Augustin à St-Xicolas, en chaloupe. La réunion se tenait chez Ignace. On causait élevage, agriculture, vergers : c'était la nuit blanche. Les visiteurs retournaient chez eux le lendemain matin à marée montante.
En 1893, les cousins Ignace et Théodule visitèrent la grande exposition colombienne de Chicago, et leur esprit d'observation, remarquable chez l'un et l'autre, s'y donna libre carrière.
Ignace Paquet, très versé dans les affaires, accrut chaque année, son patrimoine : au point qu'à son décès, après avoir fait quelques legs pieux7, et des dons généreux à ses frères et à ses sœurs, il put créer un Fonds d'éducation, en faveur des descendants de son père, et de ceux d'entre eux tout d'abord qui montreront des dispositions pour la prêtrise ou la vie religieuse.
7. L'un des plus beaux ornements sacrés de la paroisse, la chape noiro si riche, vient de lui.
Il est déccédé le 12 octobre 1912. après trois mois de maladie, muni des sacrements de la Sainte Eglise, et laissant après lui d'universels regrets \
C'était un homme d'un esprit fin !', d'un commerce agréable, excellent causeur, aimant le trait, l'anecdote, et soulignant les bons mots par un rire clair et franc qui révélait le fonds bienveillant de son âme. Il jouissait de la plus haute considération dans sa paroisse, dans les paroisses environnantes, et dans plusieurs cercles politiques et financiers.
Son corps repose dans le caveau de l'église paroissiale, à côté de son père et de sa mère.
Clovis, né le 16 mai 1840, suivait immédiatement Ignace. Comme ses frères et sœurs il put fréquenter l'école, mais il n'avait pas le goût de l'étude. Dès qu'il en eut la permission, sans regret il dit adieu à sa maîtresse pour se livrer aux travaux des champs. De son père il hérita dans la plus large mesure l'amour du labeur dur, opiniâtre: sa santé lui permettait d'ailleurs de porter ce lourd fardeau.
Les plaisirs légers et bruyants de la jeunesse lui furent inconnus. Après quelque délassement passager, il reprenait l'ouvrage avec une ardeur nouvelle. S'il est permis de soupçonner que le père Ignace eut des préférences pour quelqu'un de ses enfants, ce dut être pour Clovis. Celui-ci était son compagnon de travail assidu ; il partageait ses fatigues, était son appui dans tous les travaux pénibles, et père et fils se trouvaient en pleine conformité de pensée et d'action.
Clovis ne travailla pas en vain. Ce n'est qu'à l'âge de 41
S. Voir l'article qui lui est consacré dans l'Evénement du 14 octobre 191 2.
<i. Un jeune prédicateur avait un jour prononcé à Saint-Nicolas un sermon peu à la portée de ses auditeurs. Ignace Paquet était présent. Au sortir de la messe, quelqu'un lui demanda ce qu'il pensait du prédicateur : " Il a du talent, répondit-il, mais il met le râtelier un peu haut.'' L'orateur à qui ce mot fut rapporté, comprit la leçon et en profita.
— ço —
ans qu'il quitta le toit paternel. Il avait largement contribué à l'augmentation du patrimoine: son père fut heureux de l'établir richement en lui achetant la magnifique terre dite " la terre des Deslauriers " dans le bas de la paroisse 10'\
En 1881, Clovis épousa Aurélie De Villers, veuve de Louis Plante. De leur union naquirent trois enfants, dont deux survivent: Joseph, marchand près de l'église, et Amédée occupant la maison paternelle. Madame Paquet était bonne, douce, aimant son foyer et fidèle à ses devoirs. Ce ménage fut heureux, mais ne dépassa guère vingt années. La mort l'enleva à l'affection de son mari et de ses enfants à l'âge de cinquante six ans. Depuis quelques années, la santé de Clovis Paquet laisse à désirer, mais le repos dont il jouit lui permettra, espérons-le, de voir de longs jours.
Jules-Nazaire, né le 6 avril 1847. est ^e troisième fils de Ignace Paquet. D'un tempérament faible, il jouissait pourtant d'une assez bonne santé. On décida de le faire étudier. A l'âge de treize ans. il fut conduit à l'école latine de Lotbinière fondée par le Rd Ed. Faucher, curé de cette paroisse, un généreux ami de l'éducation dont la mémoire est en vénération. C'est là que le notaire Bédard, aussi modeste que savant, pendant de longues années, initia à l'étude des langues française et latine un grand nombre de prêtres, entr'autres Mgr L.-A. Paquet et l'abbé H. -A. Scott, et des laïques distingués.
Nazaire entra au Séminaire de Québec en quatrième, et suivit tout le cours classique. Il avait un homonyme dans la personne de son cousin Xazaire Paquet, fils de Olivier,