Jules X. Paquet (notes de famille
(dont il sera question au chapitre suivant). Pour éviter les quiproquos, de Nazaire il conserva l'initiale et prit le nom de Jules qui était déjà un de ses prénoms. Le jeune Jules était intelligent, studieux; il fit de solides études.
Etant entré dans l'état ecclésiastique, au début de sa seconde annéée de Grand Séminaire, il tomba malade de la fièvre typhoïde. Son rétablissement fut assez prompt, mais sa vue demeura affaiblie, au point que durant une dizaine d'années il ne put ni lire, ni écrire. Ce fut pour lui une épreuve bien pénible, non pas toutefois sans consolations. Au sein de sa famille il sut se tailler de l'ouvrage et se rendre très utile.
L'abbé Benjamin Paquet avait inauguré sur la propriété de son frère Et. Théodore des plantations de pommiers et de groseillers qui donnaient déjà d'excellents fruits. A l'imitation de son cousin. Al. Jules créa un verger de pommiers greffés et de groseillers. Cette culture était nouvelle : il fallait procéder avec prudence et par essais. Pour être bref, disons que ce verger a donné jusqu'à mille minots de pommes de première qualité et au delà de trois cents minots de groseilles en une seule année. M. Jules s'occupait aussi d'apiculture.
Les travaux de la grande culture que faisaient son frère Ignace et ses cousins, tous cultivateurs de progrès, ne lui étaient pas indifférents. Sa vue devenant plus forte, il adressait à M. Ed. Barnard, Directeur du Journal d'Agriculture, quelques correspondances d'actualité que ce dernier accueillait avec plaisir. Il suffit de lire un de ses articles pour juger que non seulement il maniait la plume avec aisance, mais qu'il avait le sens pratique et pouvait donner de bons conseils n.
II. Qu'on lise, par exemple, l'article qu'il publia, sous le nom de plume d'" Agricola ", clans le "Journal d'Agriculture" de février 1882
M. Jules était un naufragé, visant toujours le port qu'avec la grâce de Dieu il s'était proposé d'atteindre. Peu à peu il reprit l'étude de la théologie. Son Eminence le cardinal Taschereau le dispensait du Grand Séminaire, à condition qu'il subit ses examens. En 1889, après la mort de son père, il dit adieu à sa chère famille, et renonça à tous ses travaux d'arboriculture pour aller demeurer chez son frère M. l'abbé Alfred, devenu curé de Sainte-Hénédine. Inutile de dire la cordiale et généreuse hospitalité qu'il y reçut. Dans la pensée de M. Jules, ce séjour devait suppléer en quelque sorte le Grand Séminaire dont il était dispensé, et lui permettre, sous la direction de son frère, de se préparer aux fonctions sacerdotales. Il subit alors, sur toutes les matières essentielles, les examens théologiques nécessaires. Mais les projets de l'homme ne sont pas toujours les vues de Dieu. L'aspirant-prêtre eut une nouvelle déception. Unie faiblesse de jambes, dont il avait déjà éprouvé les atteintes, se réveilla avec une telle persistance qu'il lui fallut faire le sacrifice de tous ses projets et se contenter de dire avec la plus entière soumission du reste : Que la volonté de Dieu soit faite !
Pendant les dix-huit années qu'il passa à Sainte-Hénédine, M. Jules ne fut pas inactif. De concert avec M. le curé, il catéchisait le petits enfants, dirigeait les travaux de la terre de la Fabrique, et inspirait aux cultivateurs l'amour du progrès agricole. L'œuvre par excellence qu'il accomplit, fut la fondation d'une Société pour la fabrication du beurre et du fromage. L'ennemi avait semé l'ivraie dans le champ du père de famille : c'est-à-dire, une beurrerie et quatre fromageries pour une petite paroisse. M. Jules, fortement secondé par M. le Curé et quelques paroissiens de bonne volonté,
(p. 9), sur la culture des pommes dans la région de Québec. C'est l'œuvre tout à la fois d'un patriote et d'un expert.
fonda une Société d'industrie laitière qui embrassait toute la paroisse. Il en lit les règlements, la dirigea dans ses débuts, la préserva des tempêtes qui ne manquèrent pas de l'assaillir, et la paix régna désormais entre tous les cultivateurs. Après dix-huit années d'existence, elle donne satisfaction complète, et pas un iota de ses règlements n'a été changé. C'est grâce à M. Jules qu'elle a toujours conservé le même fabricant, Clovis Lemav, qui a fait l'excellent renom de la fabrique de Sainte-Hénédine. La grande paroisse de Saint-Isidore était en proie à la division. Sur les conseils de y\. Jules, on fonda deux sociétés indépendantes, semblables à celle de Sainte-Hénédine. Le succès fut complet.
Sur l'invitation du Secrétaire de la " Société d'Industrie Laitière ", il soumit à cette dernière, lors de sa Convention à Xicolet en 1898, un travail sur la " Coopération paroissiale comme moyen de diminuer le nombre des petites fabriques ". C'était un exposé clair et succinct de la formation de la Société de Sainte-Hénédine, de ses règlements, des résultats d'une première année. Ce travail répondait à un besoin ; aussi fut-il grandement apprécié.
La Société de fabrication de beurre de Saint-Nicolas, quoique différente par quelque côté de celle de Sainte-Hénédine, doit à celle-ci sou origine.
En l'année 1907, M. Jules, au grand regret des paroissiens parmi lesquels il avait vécu, estimé et vénéré de tous, s'en vint, avec son frère le curé, prendre sa résidence à l'Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur de Québec. C'est là qu'il demeure, toujours dans un état de santé précaire, mais remerciant la Proidence qui prolonge ses jours, édifiant tout le inonde par cette piété toute sacerdotale dont il ne cessa de donner l'exemple, et sachant encore trouver dans son expérience d'excellents conseils pour l'œuvre fruitière et floricole des Révérendes Sœurs.
Il est en grande vénération auprès de tous les membres de la famille Paquet.
Louis-Alfred, dont il a été depuis trente ans le compagnon inséparable, était le dixième enfant de la famille. Il vit le jour le 8 septembre 185 1. D'une constitution délicate, mais d'urne intelligence vive, il fut jugé plus apte à l'étude qu'aux travaux manuels. Lui aussi fut dirigé vers l'école latine tenue par M. Bédard.
Entré au Séminaire de Québec en quatrième, en 1869, ^ fut toujours un élève diligent, fidèle observateur de la règle. Soin caractère sympathique, quoique d'apparence assez froid, son esprit prime-sautier lui concilièrent l'affection de tous ses condisciples. Il fit d'excellentes études couronnées par la palme du bachelier. Obéissant à l'appel divin, il se consacra au Seigneur. Son temps de Grand Séminaire fut celui d'un humble lévite qui s'applique à se rendre digne des sublimes fonctions du sacerdoce. Pendant trois ans, il fut maître de salle à l'Ecole Normale Laval, alors que M. l'abbé P. Lagacé en était le Principal.
Ordonné prêtre le 30 novembre 1878, en la Basilique de Québec, par Mgr l'archevêque E.-A. Taschereau, le lendemain, premier dimanche de FAvent, il dit sa première messe, qui fut la grand'messe paroissiale, en sa paroisse natale. En ce temps là, pour jouir de cette faveur, le nouvel ordonné ne devait quitter le Séminaire que le matin même de sa première messe. Le bateau à vapeur du capitaine Angus Baker le conduisit à Saint-Nicolas. Ce fut grande fête dans la famille et joie générale pour la paroisse heureuse de voir un de ses enfants gravir pour la première fois les degrés du saint autel.
Le jeune abbé fut nommé vicaire de M. le Curé N.-J. Sirois. au Cap-Saint-Ignace. Il y passa six années. M. Sirois, ( plus tard Mgr Sirois, Prélat de la Maison du Pape), eut toujours son vicaire en haute et particulière estime. La santé de ce dernier inspirant des craintes sérieuses, il vint prendre quelque repos dans sa famille. De nouveau nommé vicaire, à Saint-Thomas de Montmagny, le lendemain de Noël, dans un léger accident de voiture, il eut le malheur de se fracturer le bras gauche. Pour la deuxième fois, il revint à la maison paternelle où il reçut l'accueil et les soins les plus empressés. Remis de ce grave accident, il devint vicaire à Saint-Agapit : puis le ier octobre 1887, il fut nommé desservant de la paroisse de Sainte-Hénédine, dont le révd N. Godbout était curé. L'année suivante, 20 août, il fut luimême chargé des fonctions curiales.
C'est dans cette petite portion de la Vigne du Seigneur qu'il a accompli la plus grande partie de sa carrière sacerdotale. Son séjour y fut de vingt années. Nulle paroisse ne pouvait lui mieux convenir. Et que dirons-nous du ministère qu'il y remplit, si ce n'est qu'il fut le pasteur dévoué qui conduit ses brebis dans les gras pâturages et les défend de la gueule du loup. Il était tout dévoué aux âmes qu'on lui avait confiées. Sans être orateur, il instruisait admirablement son peuple et lui donnait souvent l'avantage d'entendre des prédicateurs étrangers qui complétaient son œuvre journalière. D'un caractère doux et pacifique, il répandait autour de lui l'esprit de paix et de charité. Partout brillaient l'ordre et la propreté. La petite église en bois, modeste mais très convenable, le cimetière avec sa Croix monumentale, la place publique et ses belles plantations d'arbres, le presbytère, formaient un ensemble enchanteur qui faisait rêver au paradis terrestre. Sa sollicitude embrassait le bien spirituel d'abord, puis la prospérité matérielle de ses paroissiens. Ces derniers
comprenaient que c'était pour eux, et pour eux seuls, qu'il encourageait le Cercle agricole, qu'il invitait des conférenciers, qu'il favorisait le progrès de l'agriculture, de l'industrie laitière. En tout, il prenait l'initiative qui entraîne.
Que de fois il eut le plaisir de donner l'hospitalité à son confrère de classe et compagnon d'ordination et ami, M. l'abbé J.-O. Brousseau, aujourd'hui chanoine honoraire, fondateur de la Congrégation des Sœurs de X.-D.-du-Perpétuel Secours et de celle des Frères de X.-D.-des-Champs, à Saint-Damien ! L'abbé Brousseau, au cours de ses interminables quêtes, revenait toujours à Sainte-Hénédine, sa paroisse natale, qu'il appelait en plaisantant " son centre d'opérations ". Quels délicieux moments!
Le 30 ovembre 1903, M. le Curé Paquet eut le bonheur de célébrer ses noces d'argent sacerdotales. Il y eut réunion de la famille : le lendemain, messe solennelle et sermon donné par Mgr L.-A. Paquet, P. A. L'orateur exposa que le curé dans une paroisse sacrifie son intelligence, son cœur, sa vie extérieure au bien de ses paroissiens. Il fit une heureuse application de ces trois pensées au Curé de Sainte-Hénédine avec une grande élévation d'idées, et une délicatesse de sentiments qui ravirent le nombreux auditoire.
En 1907, l'abbé Paquet sentit ses forces diminuer. Craignant de ne plus pouvoir, comme il le désirait, s'acquitter des multiples charges du saint ministère, il remit sa cure entre les mains de Mgr l'Archevêque, et vint demeurer à l'Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur. Inutile de dire qu'il était accompagné des regrets très vifs, très sincères, et universels de ceux qui furent pendant vingt ans ses enfants spirituels.
Dans le silence et la retraite, M. l'abbé Paquet continue son ministère sanctificateur. Il est pas oisif; dans la mesure de ses forces, il rend d'appréciables services à l'institution du Sacré-Cœur. Sa compassion se répand en particulier sur les
épileptiques du sexe féminin qu'il soulage et console. Sa main gauche, il est vrai, ignore ce que donne sa main droite, mais celle-ci est largement ouverte sur tous ceux qui souffrent.
Qu'il plaise à Dieu de lui accorder encore de longs jours! C'est le vœu de tous ses parents, de tous ses amis, de tous les clients de son âme généreuse.
De la famille de Ignace Paquet trois filles survivent : Marie-Odile, Marie-Zénaïde, Rose-Alphonsine.
Odile, née en 1843, épousa en 1867 Benjamin Olivier,
fils de J. Baptiste, et frère de feu le Dr Louis Olivier, Polycarpe et Sylvestre Olivier, et oncle de feu l'abbé L.-A. Olivier et Xaz. Olivier, avocat. La famille Olivier est très distinguée. Des nombreux enfants de Odile, on ne compte plus que trois filles: Odile, mariée à Ovila Deniers; Eugénie à Noël Méthot dont les parents octogénaires se sont vus revivre dans un grand nombre de petits enfants, et Marie- Ange, non mariée, ange tutélaire de ses parents.
" Benjamin Olivier avait un fils nommé Alphonse, jeune homme pieux, laborieux, l'orgueil et l'espoir de son père et de sa mère, leur bâton de vieillesse. S'il leur fut agréable en toute sa vie, il plut davantage à Dieu qui l'enleva de ce monde à l'âge de trente ans. Quel langage peut exprimer la douleur des parents désolés! Cette perte irrémédiable les mit dans la nécessité de vendre leurs propriétés pour demeurer près de l'église, et près de Celui qui seul peut consoler les douleurs inconsolables 12."
12. Jules X. Paquet (notes de famille). — M. Olivier occupe, sur un emplacement cédé par la Fabrique à la Corporation scolaire et mis en
Zénaïde Paquet vit Je jour en 1857. Toute sa vie s'est écoulée sous le toit paternel. Non mariée, elle demeura avec son frère Ignace et lui rendit des services inappréciables. Son travail fut incessant et tout-à-fait désintéressé. Toujours elle fut heureuse d'accueillir avec grande cordialité ses frères et sœurs revenant à la maison paternelle. Elle perpétuait les traditions de la famille
Alphonsine, née en 1859, épousa en 1891 Benjamin Paquet, fils de Adolphe. Ce sont eux qui. depuis le décès de Ignace Paquet fils, sont les propriétaires du patrimoine dont nous avons parlé plus haut. Ils y ont élu leur domicile, tout en conservant une propriété également très belle où ils habitèrent d'abord, et qui s'est admirablement transformée dans leurs mains. En 1916, ils ont célébré leurs noces d'argent. Leur maison n'est pas seulement un foyer d'activité ; elle est le rendez-vous de tous les parents qui aiment les plaisirs sains, le chant et la musique.
Ils n'ont que deux enfants, Juliette et Ignace-Benjamin. Le temps seul soulèvera le voile qui nous dérobe leur avenir. Le jeune Benjamin avait commencé un cours classique, d'abord au Séminaire de Québec, puis au collège de Sainte-Anne : l'état de sa santé ne lui a pas permis de le continuer.
vente depuis, une maison qui pendant quelques années fut l'école modèle.