CHAPITRE CINQUIEME
Olivier Paquet
Olivier, autre fils de Etienne-Théodore Paquet et de Marguerite Filteau, est né à Saint-Nicolas, le 5 décembre 1813. Baptisé sous le nom de François-Xavier, il a toujours porté celui d'Olivier. Dès son jeune âge, il a manifesté beaucoup d'intelligence. Actif, entreprenant, aucune difficulté ne l'effrayait. Esprit vif, prime-sautier, il mettait la joie partout; mais malheur à qui l'attaquait: jamais les armes ni les arguments ne lui faisaient défaut. Il en a conservé quelque chose pendant toute sa vie.
A cette époque, nous l'avons vu, les écoles étaient bien rares. Des maîtres ambulants passaient par les maisons. Malgré ce système d'instruction tout-à-fait rudimentaire, le jeune élève apprit à lire, écrire, compter, de manière à gérer ses affaires, et remplir à tour de rôle toutes les charges municipales et scolaires de la paroisse.
A l'âge de 23 ans, le 4 octobre 1836, il épousa Marie- Adeline Deniers. Comme cultivateur, il s'est d'abord fixé au premier rang de Saint-Nicolas, à l'ouest de l'église, sur la terre qui plus tard a longtemps appartenu à son neveu Théodule Paquet. Bientôt, cette propriété ne suffisant plus à son ardeur, un champ plus vaste devait s'ouvrir. Avec courage il s'éloigna de la rive enchantée du Saint-Laurent, pour monter au second rang de Saint-Nicolas, dit " Vire-Crêpe ". Le voici rendu sur une bonne propriété de cinq arpents et demi de large, vis-à-vis de l'église; terre fertile, très accidentée;
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les roches n'y manquent pas. Avec l'aide de ses enfants, M. Paquet a défriché à peu près toute la partie arable de cette grande ferme. C'est avec les revenus de cette terre et de quelques autres inférieures qu'il a élevé et établi sa non> breuse famille. Pas besoin de dire qu'il a travailé, et fait travailler les siens. S'il allumait sa pipe de temps en temps, l'ouvrage n'en souffrait pas. Colon intelligent, avant tout il tenait à établir ses enfants sur de bonnes terres. Pour mieux choisir, il parcourut en voiture une partie des cantons de l'Est. Son choix se fixa sur " La Rivière Noire " ; c'est la partie la plus fertile de la paroisse actuelle de Saint-Agapit ; terre plane, facile à égoutter, sans roches, seulement à quinze milles de Saint-Nicolas. Il serait facile d'aller là de temps en temps, lorsque les circonstances permettraient de quitter la ferme d'en bas, pour entreprendre les premiers travaux. A la Rivière Noire, Olivier Paquet acquit d'abord une propriété de huit arpents de terre boisée, concédée en partie sur la seigneurie de M. Joly de Lotbinière. Plus tard, à mesure que les enfants grandissaient, il acheta d'autres terres. Partout on reculait la forêt, on travaillait le sol, on élevait des bâtisses.
M. Paquet était infirme. Vers l'âge de 40 ans, il se fit prendre la main gauche dans une machine à battre le grain. Les docteurs Fitzgerald de Saint-Romuald et Four nier de Saint- Antoine-de-Tilly furent obligés de lui amputer le bras au-dessous du coude. La chirurgie, qui depuis ce temps a marché à pas de géant, était alors à l'état rudimentaire : instruments très primitifs, pas de chloroforme. Dans ses souffrances, le patient fut admirable d'énergie et de courage. Avant l'opération, son jeune fils Benjamin, le voyant en si triste état, pâlit et menace de tomber en syncope. Le père le saisit de son bras sain, puis le dépose sur un sofa. Pendant l'opération, un de ses voisins tient une lampe, pour éclairer
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les chirurgiens: et voici que cet adulte commence à trembler. " Retire-toi, dit le blessé, ce qu'il nous faut ici, ce ne sont pas des femmes, mais des hommes! " Plus tard, lorsqu'il fut guéri, personne ne surpassait ce manchot intrépide à l'ouvrage. Aucun, même ses fils, n'excellait comme lui à manier la hache, soit pour abattre un arbre, soit pour équarrir urne pièce de bois. A force de travail, d'énergie, de persévérance', il a pu établir chez eux, avec terre, bâtiments, bétail, voitures, etc., six de ses enfants, puis aider beaucoup les autres, par l'instruction, ou autrement.
A l'âge de 59 ans, M. Paquet jugea opportun de s'éloigner de sa paroisse natale, pour aller demeurer à Saint-Agapit avec la plupart de ses fils. Son fils Julien, â qui l'état de sa santé ne permettait plus de cultiver, lui vendit son établissement. Quant â la propriété de Saint-Xicolas, elle fut acquise par Godfroi Martel. Ce dernier l'a vendu à M. Adolphe Paquet, qui, de son côté, l'a transmise à son fils Benjamin \ La maison a été démolie. Une partie du bois, surtout le bois de charpente, est entrée dans la construction de la villa de Mgr Benjamin Paquet, située près de la chapelle de Notre-Dame-de-Grâces. Pour les enfants du père Olivier, c'est une consolation de savoir que les murs qui abritèrent leur enfance appartiennent encore â un membre de la famille Baquet.
Brisé par l'âge et les infirmités, le " Père Paquet ", comme tout le monde l'appelait, menait â Saint-Agapit une existence paisible. Un mois après son départ de Saint-Nicolas, il eut le bonheur de voir son fils Xazaire monter à l'autel pour la première fois et recevoir de ses mains la sainte communion. A cette époque, plusieurs de ses enfants étaient partis de la maison paternelle. Opel plaisir c'était pour eux, quand