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CHAPITRE SIXIEME

Etien ne-Théodore Paquet

L'aîné des fils de Etienne Paquet et Ursule Lambert s'appelait Etienne-Théodore, et avait été baptisé sous ce nom, le 7 avril 1822.

L'aînesse fut pour ' Théo " (comme toute la famille l'appela toujours) une charge plus qu'un privilège. Il devint de bonne heure le bras droit de son père dans les travaux si rudes auxquels les cultivateurs de cette époque, qui n'avaient pas l'outillage perfectionné d'aujourd'hui, devaient se livrer.

A 25 ans, il songea à se marier. Son père avait décidé de lui donner la propriété voisine de la sienne du côté ouest, propriété achetée à cette fin, et qui devint plus tard la terre de Théodule. Une page entière des " Mémoires " de Mgr Benjamin va nous mettre au courant de ce projet d'établissement. Le prélat, encore garçonnet, avec l'espièglerie de cet âge, avait saisi une conversation secrète échangée entre ses parents, Etienne Paquet et son épouse, au mois de janvier 1845, et il la rapporte intégralement:

Ursule, dit mon père, voilà les enfants qui grandissent; déjà plusieurs sont d'âge à songer à s'établir.

— Parmi les garçons, reprit ma mère, il n'y a que Théo qui puisse raisonnablement songer à nous quitter. D'ailleurs, sa propriété est achetée. Avec quelques réparations, la maison sera bientôt prête. . . Je crois qu'il a déjà jeté les yeux sur sa future.

— Tu crois que Théo désire se marier prochainement? Je ne me suis aperçu de rien.

— Tu ne vois rien, toi, Etienne. Moi, je vois tout ; les enfants ne peuvent pas faire un clin d'œil sans que je m'en aperçoive.

— Mais à qui Théo songe-t-il à s'adresser?

— Vraiment! tu ne connais pas sa blonde, ou sa brune? Tout le monde en parle cependant. . . Nathalie !

— La petite Nathalie Moffet?

— Oui, oui, la petite Nathalie Moffet. Et j'en suis fort aise. C'est une jeune fille accomplie qui a eu l'avantage d'être élevée par ta mère et par ton frère Benjamin. Rose (épouse de ce dernier et sœur de Madame Etienne) y a aussi mis la main. Elle n'est pas fortunée, mais ses belles qualités et ses vertus sont la dote la plus précieuse qu'un jeune homme bien élevé doive rechercher dans une femme. Avec cela, remarque qu'elle est fort jolie.

— Et tu penses que Théo la recherche ? quelles preuves en a s- tu ?

— Tiens, cher Etienne, le lendemain du jour de l'an, j'ai été témoin de toute une conversation qui se faisait entre eux, seulement par les yeux. . . Va, je m'y connais. . . Compte sur un mariage certain d'ici à* deux ans entre Théo et Nathalie.

Ce mariage eut lieu en effet, le 25 janvier 1848, comme mous le trouvons consigné dans les registres de la paroisse.

Théo Paquet alla s'établir sur la terre qui lui avait été destinée, et c'est là que vint au monde son fils unique, dont il sera question dans un chapitre distinct. Toutefois les circonstances le firent bientôt émigrer de ce domaine un peu étroit pour son activité vers la terre ancestrale elle-même où l'appelait la confiance de son oncle Benjamin.

Celui-ci, héritier du bien patrimonial, comme nous l'avons vu plus haut, n'avait pas d'enfants. La maison de son frère Etienne, au contraire, en regorgeait. De plus, l'aîné des garçons d'Etienne avait épousé la protégée de l'oncle Benjamin, Melle Moffet. Il parut tout naturel que Théo et sa jeune

• -use fussent appelés au foyer des ancêtres. Ils y furent accueillis à bras ouverts, et ils se montrèrent dignes, tous deux, de cette situation privilégiée qui leur était faite.

A l'école de son oncle Benjamin, Théo Paquet put développer avec grand profit ses aptitudes innées pour la direction d'une ferme et aussi pour la gestion des affaires de commerce dont la maison des ancêtres était devenue le centre. Il ne tarda pas à être considéré comme l'un des personnages les plus importants de la paroisse.

Théo Paquet était d'une taille moyenne, mais bien charpenté. Il avait un front large et régulier, une figure virile, une tête solidement assise sur de fortes épaules. C'était, en même temps, une bonne nature, étrangère à la passion et à la rancune. D'un caractère conciliant, il abhorrait les querelles. Ses avis étaient empreints de cette humeur pacificatrice, pleine de bon sens. Un habitant de Saint-Xicolas s'était rendu coupable d'un délit qui lui causait des appréhensions. Il voulait s'expatrier. Monsieur Théo qu'il avait consulté, lui dit : " Mon cher, il ne faut pas changer de pays, mais changer de vie. '

Monsieur Paquet aimait les conversations sérieuses, et il recherchait les occasions de s'instruire. Il ne reçut pas dans sa jeunesse d'autre enseignement profane que celui du vieil instituteur ambulant, MacDonald, dont nous avons parlé. Il appréciait cependant l'instruction et aimait la lecture. Un hiver qu'il était malade et contraint de garder la maison, il acheta une grammaire anglaise, se mit à l'étudier, et finit par se rendre capable de lire et de comprendre l'anglais. Soucieux de se renseigner sur le mouvement des affaires, il

s'abonna dès lors au " Chronicle " de Québec, et il reçut ce

journal jusqu'à sa mort.

Doué d'un jugement peu commun, s'il eût reçu dans un collège, une éducation plus relevée, et s'il eût embrassé soit l'état ecclésiastique, soit quelque profession libérale, il aurait pu être un <\q< premiers hommes de sa province. Il avait des idées nettes, des opinions bien motivées. Sans être un causeur aussi animé que quelques autres de ses frères, il intéressait par son langage si sensé, marqué parfois d'une originalité de bon aloi.

M. Paquet était, en outre, un homme intrépide et résolu, en même temps que dévoué pour ses semblables. Le fait suivant, qui remonte à une année avant son mariage, le prouve bien. Citons d'abord le "Journal de Québec" (10 août 1847) :

Un événement affreux vient de plonger la paroisse de Saint-Xicolas dans un deuil inexprimable. Hier, samedi, un bateau, appartenant à M. Dion de Saint-Antoine, fortement chargé de barils de poissons et ayant à son bord dixneuf passagers, fut englouti par les flots dans une bourrasque de vent du nord-est, un peu plus haut que l'église de Saint-Xicolas. Seize personnes de Saint-Antoime perdirent la vie, et les trois autres échappèrent à cette fin misérable comme par miracle. Parmi toutes ces victimes de la tempête, il y avait sept mères de famille, un jeune homme de dix-sept ans, et huit jeunes filles. Treize corps ont été trouvés aujourd'hui et apportés à l'église au milieu d'un immense concours de personnes en pleurs. Ils seront déposés mardi dans la même fosse. — A ces détails, reprend le " Journal de Québec ", nous pouvons en ajouter d'autres d'après le récit fait par l'une des personnes échappées à la mort, Il paraît que le vent s'étant élevé tout à coup, les passagers effrayés contraignirent le conducteur de l'embarcation à s'approcher de terre. Le bateau frappa sur une roche à fleur d'eau; ce qui le fit pencher et presque chavirer. Les tonneaux roulèrent

d'un côté, jetant à l'eau les passagers dont plusieurs furent tués du coup. Les vagues poussées par un vent impétueux eussent bientôt englouti tout le monde, si un homme courageux. M. Paquet, ne fût venu avec une petite embarcation sauver les trois personnes qui avaient pu se maintenir sur le bateau naufragé. Ce bateau était parti du marché de la Basse-Ville samedi à midi, et il était arrivé avec la haute mer à Saint-Xicolas ; et il en repartit hier vers les deux heures du matin. C'est peu de temps après, à peu près à une demilieue au-dessus de l'église de Saint-Xicolas, que l'accident arriva. Les trois personnes qui se sont sauvées sont F.-X. Dion, propriétaire du bateau, son fils et une jeune femme.

Commentant ce sinistre dans ses " Mémoires ", Mgr Paquet ajoute: " F.-X. Dion et son fils furent sauvés par mon frère Théo et Rémi Deniers, lesquels, éveillés par les cris de détresse de naufragés (l'accident eut lieu en face de l'anse), volèrent à leur secours. La jeune femme fut sauvée par les frères Baker, du moulin. Théo et Rémi Deniers faillirent être victimes de leur dévouement. Ils n'avaient pour opérer ce sauvetage qu'un petit et misérable canot que les flots couvraient à chaque instant. Ils firent quatre ou cinq voyages au bateau naufragé pour sauver ces deux hommes, et ils étaient, selon l'expression de mon frère, presque constamment entre deux eaux \ "

Homme d'un grand esprit de foi, XI. Théo Paquet assistait très régulièrement aux offices religieux et chantait au chœur; car il savait très bien le plein chant et même la musique: c'était une voix de baryton. Un trait qui révèle sa nature généreuse et son appréciation des choses saintes, c'est le don d'un terrain ou emplacement qu'il fit à son frère Mgr Benjamin pour l'érection d'une chapelle, la chapelle de Xotre-Dame de Grâces. M. Paquet fit plus : il donna volon-

i. L'une des jeunes filles qui se noyèrent était Adeline Rousseau, fille de Benjamin Rousseau et cousine germaine de Mgr Benjamin.

tiers le bois de charpente nécessaire à cette construction nouvelle, et il n'épargna ni son temps ni celui de ses domestiques pour mener à bonne lin une si pieuse entreprise.

Cet homme de bien était universellement estimé de ses concitoyens. Malgré les nombreux soucis que lui imposaient les soins de sa ferme et la conduite de son magasin, il fut conseiller de Saint-Nicolas, et maire de 1866 à 1873, et se prodigua de toutes manières, par la parole et par l'exemple, pour doter la paroisse des améliorations les plus utiles et pour défendre ses intérêts. C'est a lui que remontent les premiers essais de macadamisage des chemins.

" En 1864, lisons-nous dans les notes de son fils Thon. E.-T. Paquet, commencèrent une longue série de difficultés et de procès, relativement au chemin du moulin, entre les paroissiens et le propriétaire des scieries. Ce dernier s'appuyant sur une décision du Conseil de comté qui fermait le chemin, voulut empêcher les habitants de s'en servir plus longtemps. Le procès conduit par mon père et Ignace Gagnon, propriétaire du bateau à vapeur, d'un côté, et M. W.- G. Ross, de l'autre, dura jusque vers la fin de l'année 1866 où les requérants recouvrèrent leur droit de passage. '

M. Paquet voulait le progrès. Il parvint à mettre sa terre au premier rang des meilleures fermes, non seulement de sa paroisse, mais de toutes les paroisses de la région. Il remporta, une année, dans le comté de Lévis, le premier prix pour ferme modèle, comme le firent bientôt à leur tour son cousin Ignace et son frère Adolphe. Il remporta également quelques premiers prix à l'Exposition provinciale de Québec. Il avait été choisi vers cette époque comme président de la Société d'Agriculture du comté de Lévis. Il donna à cette société une attention intelligente et une collaboration active appuyée sur une longue expérience.

C'est sur sa propriété, nous l'avons dit au chapitre qua-

trième, que fut introduite, grâce à l'initiative de Mgr Benjamin Paquet, la culture en grand du groseillier et celle des belles variétés de pommes qui ont fait, sur le marché, un nom si enviable à la paroisse de Saint-Nicolas. Cette première plantation de pommiers comprenait la fameuse, la poche, l'astrakan rouge, et l'alexandre. Elle date de soixante ans. D'autres plantations lui ont succédé depuis, ajoutant plusieurs variétés nouvelles : et l'exemple donné sur la propriété de " M. Théo " a rayonné tout autour. De sorte qu'aujourd'hui la paroisse de Saint-Nicolas compte plusieurs vergers, riches des arbres les mieux choisis, et rivalisant par le rendement avec les vergers les plus renommés du district de Québec ~. C'est le fruit de l'action conjointe des frères Théo et Benjamin Paquet, continuée par l'action non moins intelligente de leurs cousins Ignace et Jules Paquet, et par celle de M. Théodule.

Les durs travaux de sa jeunesse avaient usé les forces de M. Théo Paquet: il sentit sa santé décliner, moins sous le poids des ans que sous celui d'une vie extrêmement remplie.

L'une de ses consolations était de regarder et de visiter la jolie chapelle de Notre-Dame de Grâces, située en face de sa maison, et dont il avait été l'un des plus généreux bienfaiteurs. Que de fois M. Paquet, au soir des longues journées d'été, si pénibles et si fatigantes pour le cultivateur, n'est-il pas allé s'agenouiller aux pieds du Saint-Sacrement, et remercier le Seigneur, par l'entremise de Notre-Dame de Grâces, des bienfaits accordés à lui et à sa famille ! Il savait apprécier à sa juste valeur l'insigne privilège de posséder

2. En parlant des vergers de la famille Paquet, on trouvera bon que nous consignions le nom d'un serviteur maintenant disparu, qui y travailla presque toute sa vie avec un zèle, une constance et un savoirfaire admirables, et qui peut être cité comme le modèle des serviteurs honnêtes, dévoués et fidèles: Lazare Simoneau.

près de sa demeure, et sur cette terre arrosée des sueurs des ancêtres et des siennes, un temple du Dieu vivant et l'un des plus gracieux sanctuaires de Marie.

Etienne Théodore Paquet est mort le 13 janvier 1888, entouré des siens, et muni de tous les secours de l'Eglise dont il avait toujours été un fils obéissant et dévoué. Il n'avait pas encore atteint l'âge de 66 ans.

Ses funérailles qui furent imposantes attirèrent à l'église paroissiales une foule considérable. Ce témoignage d'estime était pleinement justifié par la carrière du défunt, par sa réputation de probité et de bienfaisance, et par les services innombrables qu'il avait rendus à sa paroisse, à son comté, et à tous ses amis.

Nous ne saurions mieux clore cette appréciation d'un des citoyens les plus distingués de Saint-Nicolas qu'en reproduisant l'article ému écrit, lors de sa mort, par M. J.-Bte Cloutier. l'un de ses grands amis, et paru dans le " Courrier du Canada ".

Après avoir enregistré la nouvelle du décès de son ami, M. Cloutier ajoute:

M. Et. -Théo. Paquet était une de ces natures attrayantes et sympathiques que Ton aime à rencontrer souvent. Aussi, ne lui connaissait-on pas d'ennemis. Son hospitalité était proverbiale. Sa maison et sa table étaient ouvertes à tout le monde. Apprenait-on qu'un étranger était en promenade à Saint- Nicolas, il était inutile de le chercher ailleurs que chez lui. Doué, comme tous les membres de sa famille, de talents remarquables, bien que ne possédant qu'une instruction fort élémentaire, il était parvenu, par sa propre initiative, à écrire le français correctement et à acquérir une foule de connaissances. Il pouvait causer avantageusement avec les gens instruits qu'il étonnait souvent par ses vives saillies, et par ses reparties adroites.

Son étude de prédilection, c'était l'agriculture, où il joignait la pratique à la théorie. Sa ferme était une des mieux

tenues de Saint-Xicolas. Les consommateurs de Québec en savent quelque chose.

Ses rares talents et son amabilité lui avaient gagné l'estime de tout le monde. Il a occupé toutes les charges auxquelles un cultivateur intelligent puisse aspirer: conseiller municipal, maire de la paroisse, président des commissaires d'école, membre des jurys d'expositions d'agriculture, on le retrouvait partout où il y avait quelques services à rendre à ses co-paroissiens. Il y avait chez lui absence complète d'amourpropre. Son seul but en faisant le bien était de rendre service aux autres.

Sa nature l'avait doué d'une assez belle voix. A dix-sept ans. il était chantre dans l'église ; et là comme ailleurs, il a rendu de grands services. Jamais le pauvre qui l'a invité à chanter sur semaine, même dans les saisons les plus pressées, n'a été refusé. Il a passé en faisant le bien.

Aussi, sa mort a-t-elle été celle du véritable chrétien.

Pauvre ami ! Ta carrière n'a pas été longue, mais elle a été bien remplie î Veuille te souvenir là-haut de celui qui pleure sur ta tombe, et qui fut, autrefois, l'admirateur de tes vertus.

Monsieur Paquet, ainsi qu'il a été dit plus haut, avait uni sa destinée à une jeune fille, Melle Nathalie Moffet, élevée chez son oncle Benjamin, dont lui-même allait recueillir l'héritage patrimonial.

Madame Paquet, la " tante Nathalie ", comme l'appelle la génération actuelle, semblait d'une complexion un peu faible. Elle était délicate, mais elle prit peu à peu un embonpoint prononcé. Elle jouissait, au fond, d'une excellente santé et d'une puissance d'action qui pouvait se disperser sur les objets les plus divers. Jamais ménagère canadienne ne joignit à un plus haut degré les talents les plus variés : celui d'administrer une maison de cultivateur, de diriger avec profit, en

l'absence de son mari, les affaires d'un comptoir, et de faire aux hôtes les plus distingués les honneurs d'un salon; et celui beaucoup plus précieux que tous les autres talents, de prodiguer à Dieu les marques de la piété la plus vive.

L'industrie laitière n'en était pas alors au degré de perfectionnement qu'elle a atteint de nos jours. Chez les cultivateurs à l'aise et qui gardaient de grands troupeaux, l'écrémage du lait et la fabrication du beurre prenaient un temps considérable. Madame Paquet, sans se lasser, et avec une assiduité et une régularité admirables, pourvoyait à tous ces travaux. Elle avait deux servantes qui faisaient sans doute leur part de la rude besogne; mais elle leur donnait l'exemple. Du reste, elle était très bonne pour elles, et celles-ci lui en gardèrent toujours la plus reconnaissante affection.

Xous avons dit que Monsieur Paquet continua le commerce général établi par son oncle Benjamin. Ce commerce, en certains jours et à certaines heures du jour, exigeait de la part du propriétaire un travail assidu et empressé. Lorsque Monsieur Paquet était absent, ce qui arrivait naturellement souvent. Madame Paquet répondait elle-même aux clients. Elle les servait avec bonne humeur, et de façon à contenter tout à la fois la caisse du vendeur et le moral de l'acheteur.

Et au milieu de tous ces travaux, et des mille soucis d'une ménagère qui voit tout et qui dirige tout, Madame Paquet,, surtout pendant les vacances, trouvait le moyen de recevoir un grand nombre de visiteurs, de causer avec eux, de les convier à une table où étaient servis les mets les mieux apprêtés. Xous dirons plus loin quels étaient ces visiteurs. Faisons de suite observer que Madame Paquet était une causeuse remarquable par l'agrément des manières, l'apropos, la correction et la vivacité du langage, et par la fidélité d'une mémoire qui savait fournir à point les anecdotes les plus piquantes et les traits les plus intéressants. Elle comptait à

Québec et ailleurs beaucoup d'amis, c'est-à-dire tous ceux qui. une fois, avaient été reçus par elle, et avaient goûté le charme de son hospitalité.

Sa maison était, tout particulièrement, la maison des prêtres. Ceux-ci s'y trouvaient chez eux. Dès que la chapelle de Xotre-Dame de Grâces fut construite, elle voua a ce sanctuaire un véritable culte. Laissons ici parler l'annaliste, M. Jules X. Paquet, qui a si bien connu sa cousine et qui l'a si justement appréciée. Monsieur Jules écrivait donc en 1887 : " Partout où s'offre le saint sacrifice, où se célèbre une solennité religieuse, il est un personnage indispensable auquel revient une partie de l'honneur du culte extérieur; c'est le sacristain. Depuis l'érection de la chapelle jusqu'à ce jour. Madame Et. -Théo Paquet, sans porter les insignes ni recevoir les émoluments de la charge, remplit les devoirs de sacristine avec un zèle et un dévouement qui me se sont pas ralentis. Bien volontiers, depuis quelques années. Monsieur Jules X. Paquet lui vient en aide, mais Madame Et. -Th. Paquet n'en continue pas moins d'être la gardienne vigilante, l'anee visible de Xotre-Dame de Grâces. Elle veille sur la lampe du Saint-Sacrement comme sur son cœur; elle maintient l'ordre, la propreté, s'occupe du blanchissage du linge, etc., etc. Son jardin et son parterre émaillé de fleurs variées, sont consacrés à Xotre-Dame de Grâces, pour l'orner, l'embellir, pour rendre hommage à Jésus-Hostie. Au jour des grandes solennités, alors qu'il faut faire de plus grands préparatifs, c'est à Madame Et. -Th. Paquet, et toujours à elle, que l'on a recours. On le sait, tout ce qu'elle possède dans sa demeure est à la disposition de la chapelle. Souvent elle est souffrante et fatiguée par ses nombreuses occupations ; qu'importe, la gaieté brille sur son front, le sourire sur ses lèvres. La chapelle! c'est son trésor; elle y revient sans cesse avec bonheur: à tous, elle en montre la

voie. Le petit Théodore, son petit rils âgé à peine de (jnatre ans. vient offrir an petit Jésus, à l'exemple de sa grand' maman, les fleurs qu'il a lui-même cueillies dans le parterre. Ainsi, Madame Et. -Th. Paquet vécut toujours en relations éiroites d'amitié et de bons offices avec Notre-Dame de Grâces, la Grande Dame du ciel. "

Devenue veuve. Madame Paquet eut un surcroît d'occupations domestiques imposé par le gouvernement du vaste domaine rural que lui laissait son mari. Son courage ne faiblit pas. Aidée tour à tour des conseils de son fils, l'honorable Théodore, et de ceux de son voisin et cousin, Monsieur Ignace, elle présida avec énergie pendant près de quinze ans à l'exploitation de la terre ancestrale. L'âge cependant trahissait sa force d'âme. Le jour vint où elle dut se condamner au repos. De plus en plus faible, elle fut transportée à l' Hôpital-Général où elle décéda pieusement, le 8 novembre 1903, à l'âge de 80 ans et 8 mois, non loin de la tombe de sa belle-sœur et amie d'enfance, Mère St-François de Borgia.

Le corps de la vénérable défunte reçut les devoirs suprêmes à Saint-Nicolas. Déposé dans le sanctuaire de Notre- Dame de Grâces transformé en chapelle ardente, il passa ainsi, sous la garde de Marie, la dernière nuit de son séjour sur la terre des ancêtres. Et le lendemain, après un service solennel chanté par l'abbé L.-H. Paquet, beau-frère de la défunte, au milieu d'une foule considérable de parents et d'amis, il fut inhumé dans le caveau de l'église paroissiale où reposait déjà le corps du mari défunt, Monsieur Et. -Théodore Paquet.

Sur l' image-souvenir imprimée à la mémoire de Madame Paquet, nous lisons ces deux sentences de l'Ecriture ; La femme forte est la joie de son mari, et elle lui fera passer en paix les années de sa vie (Eccl. XXVI, 2). La piété est utile à tout ; elle a les promesses de la vie présente, et celles de la vie future (1 Tim. IV, 8).

Nous avons là, très bien résumés, les deux aspects principaux de la vie de Madame Paquet : son rôle de maîtresse de maison, et sa mission de chrétienne.

Adolphe Paquet. — 77. Mme Paquet. — 777. L'abbé L.-A. Paquet, à la Propagande.

IV. Mme Ad. Paquet à 18 ans. — V. Rde Sr Marie de la Visitation.— VI. L'abbé

M. Lalibcvtc.—Vll. Rdc Sr Si-Louis du Carmel.

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