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CHAPITRE SEPTIEME

Adolphe Paquet

Ce fut le quatrième fils de Etienne Paquet, Adolphe, qui recueillit l'héritage du bien paternel et fut appelé à l'agrandir et à l'enrichir du fruit de ses travaux.

Adolphe Paquet était né le 4 septembre 1830. Il avait eu pour parrain Rémi Deniers, et pour marraine Marie Paquet (sa tante Olivier Grégoire), et il avait reçu le baptême des mains du curé de la paroisse, M. l'abbé Michel Dufresne.

Il était d'une constitution délicate, et s'il ressemblait beaucoup à son père, ce n'était pas par la vigueur physique, mais par plusieurs qualités morales, et aussi par les traits du visage. Comme la plupart de ses frères et sœurs, le jeune Adolphe fréquenta les classes de Joseph Croteau, instituteur remarquable dont Mgr Benjamin Paquet, dans ses mémoires intimes, a fait un si juste éloge \ C'est dans l'enseignement très chrétien de cet excellent maître d'école, en même temps que dans les paroles et les exemples de ses parents et les instructions de son curé, qu'il puisa l'esprit profondément religieux dont on le vit toujours animé.

Jeune homme, Adolphe Paquet montrait toute la gaieté et l'exubérance de son âge. 4' Il excellait dans les danses, dit la chronique du temps, mais il se surpassait dans les gigues. Les demoiselles le dévoraient des veux, et ambitionnaient

I. Cf. Mgr L.-A. Paquet, Etudes et appréciations. Mélanges canadiens, pp. 27-28.

l'honneur de danser avec lui." Lors d'un tricot célèbre donné par Etienne Paquet en 1845, '•' ^ l'admiration de tous les spectateurs. Comme la plupart des membres de sa famille, il aimait beaucoup le citant. Doué d'une voix de ténor très souple, très haute et très juste, il apprit de banne heure à célébrer les louanges de Dieu. Il fut. pendant toute sa vie. l'un des chantres les plus assidus et les plus admirés à l'église de sa paroisse. 11 savait très bien le plein chant qu'il enseignait volontiers aux jeunes. Il s'acquittait superbement du chant des cantique- : et, lorsqu'il y avait un service ou une cérémonie religieuse spéciale, on ne faisait jamais appel en vain à ses :alen:< e1 à -a bonne volonté.

Le 13 janvier 1857. Adolphe Paquet unit sa destinée à celle d'une pieuse fille de très bonne famille et de grande vertu. Eléonore Demers, née le 31 décembre 1838 du mariage de Modeste Demers. cultivateur, avec Esther Fréchette 2, et baptisée le 1er janv. 1839 par M. l'abbé Et. Baillargeon.

La famille Paquet, déjà alliée a la famille Demers. s'y rattachait ainsi par un nouvel anneau. Eléonore Deniers demeurait alors chez son grand'père et parrain, le capitaine Frédéric Demers, du bas de la paroisse de Saint-Xicolas. C'est là que son futur époux alla solliciter sa main, et que cette main si pure, si justement recherchée, et qui devait se montrer si fidèle et si dévouée, lui fut accordée. Le mariage fut béni, dans l'église de Saint-Nicolas, par le révérend Monsieur Baillargeon. curé de la paroisse.

2. Monsieur Modeste Demers était réputé pour son humeur serviable, sa bienveillance envers les pauvres, son jugement sain et personnel. Madame Demers. son épouse, par sa piété tendre, son activité, sa bonté cordiale, hospitalière et généreuse, était elle-même une personne d'un rare mérite. Elle était une parente du poète lauréat. Louis-Honoré Fréchette. En 1888, Monsieur et Madame Demers ont eu le bonheur de célébrer leurs noces d'or, entourés de leurs nombreux enfants et petits-enfants, et ils ont vécu jusqu'à un âge très avancé.

De cette union naquirent treize entants, dont trois morts en bas âge, Etienne-Théodore, Eva- Antoinette, Bernadette- Eléonore, et dix qui ont atteint l'âge mûr: Joséphine. Louis- Adolphe, Benjamin. Alphonse, Eugénie. Marie-Louise, Ludivine, Alice, Albert, Achille \

Monsieur Alfred Cloutier (qui avait conçu le projet d'écrire l'histoire de la famille Paquet ) avait demandé à l'aîné des fils de monsieur et Madame Adolphe quelques détails sur le caractère de ses parents bien-aimés. Il en reçut cette lettre que nous sommes heureux de reproduire ici :

Séminaire de Québec, 15 mai ioiJ-

Monsieur Alfred Cloutier,

Avocat.

Cher Monsieur,

Vous m'avez demandé quelques notes sur mon père et ma mère. Bien que les appréciations dictées par la piété filiale échappent difficilement à certains soupçons de partialité, je ne saurais vous refuser ce que votre souci d'historien consciencieux et véridique vous fait solliciter de moi. Et je ferai tout en mon pouvoir pour contenir dans les bornes de la stricte vérité l'émotion profonde et instinctive de mon cœur.

Vous avez vous-même très bien connu mon père, et je ne vous apprendrai rien en vous disant ce que révélait son œil vif et bon, sa figure franche et loyale, sa démarche assurée. Il est rare de rencontrer parmi nos cultivateurs un causeur aussi disert que ne l'était ce simple fils d"' 'habitant" '. Sa correction de langage le mettait tout à son aise dans un groupe de citadins. Sans autre bagage intellectuel de jeu-

3. Au registre des baptêmes, selon une belle coutume très répandue au Canada, nous remarquons que le premier prénom de toutes les filles est Marie, et le premier prénom de trois des garçons est Joseph.

nesse que la science 1res rudimentaire puisée aux petites écoles, il s'était formé par ses lectures, par sou assiduité attentive aux instructions religieuses, et par un contact fréquent avec des esprits cultivés, un fonds de connaissances qui surprenait ses interlocuteurs.

Doué d'une intelligence très ouverte, il s'intéressait naturellement à toutes les questions publiques, questions politiques, questions 'municipales, questions scolaires, questions paroissiales, et il parlait de ces choses, sinon toujours sans animosité, du moins avec un large bon sens. Dans les fonctions qu'il a remplies soit comme juge de paix, soit comme maire de la paroisse, soit comme président de la commission scolaire, il eut maintes fois l'occasion de montrer la droiture de son esprit, la sûreté de son jugement, et la ténacité vigoureuse de son action.

Il voulait le bien, le progrès, il le voulait ardemment et même passionnément, et la Providence lui a permis d'eu être toute sa vie, et dans toutes les sphères où sou pied s'est posé, l'instrument efficace.

Héritier du bien paternel, il a su le faire fructifier par ses talents et ses sueurs, par son souci d'élargir le champ de culture, d'enrichir le sol, d'améliorer le bétail, d'accroître la valeur des produits, et de s'assurer sur le marché les prix les plus rémunérateurs. Jamais cultivateur ne fut plus actif ni plus soigneux. Rien n'échappait à la vigilance de son regard toujours en éveil. Je le vois encore parcourant d'un pas agile toutes ses terres, remettant chaque chose en sa place, observant l'effet des pluies, constatant la croissance des grains et l'apparence des récoltes, et diagnostiquant avec confiance les promesses de l'avenir. Comme ses frères Etienne- Théodore et Théodule, et comme son cousin Ignace, il alliait au culte des meilleures traditions l'usage des méthodes et des expériences les plus progressives.

Epoux fidèle et dévoué, il a fait pendant plus d'un demisiècle le bonheur de celle qu'il s'était associée, qui l'entourait des soins les plus tendres et les plus délicats, et qui appréciait si hautement ses qualités et sa vertu.

Père de famille vigilant et bon, il nous a laissé, avec le souvenir d'une foi admirable, les plus parfaits exemples de

la charité, de la probité, de la franchise, de l'attachement au devoir. Il nous voulait instruits, laborieux, niais surtout religieux. Jamais je n'oublierai l'attitude recueillie qu'il gardait à l'église, son soin constant de ne perdre ni la messe ni les vêpres, l'attention qu'il prêtait aux sermons et aux catéchismes, et l'esprit chrétien qui inspirait son langage et toute sa conduite.

Dans ses dernières années, l'été, trop faible pour se rendre à l'église paroissiale, il venait entendre la basse messe dans la chapelle de Notre-Dame de Grâces, et, soit qu'il attachât les yeux sur son livre de prières, soit qu'il déroulât les dizaines de son chapelet, il paraissait dominé et comme absorbé par le sentiment de la présence divine. Cette image de mon père inclinant devant l'autel ses quatre-vingts ans, et versant dans le sein du Dieu immolé par son fils les prières brûlantes de sou âme, ne s'effacera jamais de ma mémoire.

Il était digne, à tons égards, de l'épouse que son ange protecteur lui avait si providentiellement choisie.

Toutes nos mères canadiennes, en général, méritent d'être louées par leurs enfants.

Je n'élèverai pas ma mère au-dessus des autres mères. Mais je voudrais dire, sans fausser l'histoire, tout ce qu'il y avait en elle de distinction native, de sagesse prévoyante, de piété, d'activité, de foi éclairée, de tendresse et de dévouement.

Ma mère n'avait pas reçu la formation privilégiée que donnent aujourd'hui nos couvents. Mais Dieu y avait suppléé par un ensemble remarquable de dons naturels et surnaturels. Une photographie nous la représente à l'âge de dix-huit ans où elle se maria: pose modeste, traits fins et réguliers, figure douce et légèrement pensive. Elle était de haute taille, élégante dans son vêtement très simple, avec des cheveux tirant sur le blond. Elle prit plus tard un certain embonpoint, lequel, du reste, n'altéra jamais ses airs de grande dame et la grâce austère de son maintien.

Elle causait bien, posément, sans se livrer à un flux de paroles. La réflexion ne désertait jamais ni son esprit ni ses lèvres. J'ai toujours admiré sa grande pondération eu toutes choses, et l'instinct qui la portait à se rendre compte de tout.

Elle tenait cet instinct de son père (noire grand' père Modeste) qui, chaque fois que j'allais le voir, me harcelait de questions sur la nature de l'âme, sur notre état après la mort, sur des cas de justice et de restitution. Modeste Deniers avait un esprit à tendance philosophique, et l'esprit de ma mère, par une loi profonde, hérita de là quelques-unes de ses meilleures qualités.

Elle eu usa pour le gouvernement de sou petit royaume où enfants et serviteurs étaient soumis à l'empire d'une règle faite d'affection, de générosité, de prudence, et de la plus clairvoyante fermeté.

Le mot " éducation des enfants" n'était pas pour elle une formule vainc. Elle plaçait avant tout le reste l'éducation religieuse; et, après nous avoir enseigné comment il faut prier et servir Dieu, elle suivait avec un soin extrême tous nos mouvements, elle surveillait toutes nos relations, elle épiait en quelque sorte tous les battements de notre cœur et toutes les manifestations de notre conscience.

Elle nous poussait le plus loin possible dans l'accomplissement des pratiques de la religion. Et donnant elle-même l'exemple, avec quelle piété elle assistait à la messe et recevait les sacrements! Avec quel esprit de foi elle prenait part aux prières communes faites le soir sous sa direction, prières qu'elle prolongeait par de ferventes oraisons particulières et où elle demandait, dans un colloque intime avec Dieu et la Vierge sainte, des grâces de tout genre pour son mari et tous ses enfants!

L'image mortuaire par laquelle ses fils ont voulu honorer son nom et conserver sa mémoire, lui applique à bon droit ce passage de la Bible: Elle a suivi avec soin les affaires de sa maison, et elle n'a pas mangé son pain clans l'oisiveté (Prov. XXXI, 2j). Jamais je n'ai vu ma mère inactive. Et le dimanche où vaquent les œuvres servîtes, elle consacrait les loisirs qui lui restaient à quelque lecture édifiante faite tantôt dans un manuel de prières, tantôt dans les " Annales de la Bonne Ste-Anne " ou dans le " Semaine religieuse ". Economie, propreté, amour du travail, et pourquoi ne pas le dire? ingéniosité merveilleuse dans l'art de dresser une table et de recevoir des hôtes, telles étaient les qualités, appréciées

de tous, qui distinguaient an plus haut degré ce modèle des

ménagères canadiennes.

Avec cela, de la gaieté, une humeur toujours égale, une bienveillance toujours serviable, un dévouement toujours généreux que cette mère chérie prodiguait sans distinction à chacun de ses dix enfants. Je dis sans distinction: il y en avait une pourtant. C'était celle que lui dictait un respect profond du prêtre, et qui la faisait s'abaisser, ainsi que son mari, devant son fils aîné promu, malgré son indignité, au rang sacerdotal , et que tous deux dès lors cessèrent de tutoyer.

Et ce fils incapable de jamais oublier de telles délicatesses et de telles tendresses, prie Dieu chaque jour de vouloir bien, dans sa bonté, reformer là-haut, sous le regard des anges, les cadres de famille brisés par la mort, et grouper de nouveau autour des êtres aimés à qui nous devons la vie nos âmes béatifiées et nos corps transfigurés.

Et en attendant ce jour béni, nous garderons bien avant dans nos cœurs la pensée d'un père qui honora si chrétiennement les siens, et le souvenir d'une mère qui s'y dévoua avec un amour si fort et une conscience si pure.

Heureux de déposer sur leur tombe cet hommage de filiale gratitude, je vous prie d'agréer, cher M. Cloutier, l'expression de mes meilleurs vœux pour vous-même et pour l'œuvre que vous avez entreprise.

Louis Ad. Paquet, pire.

Adolphe Paquet (Monsieur Adolphe, comme on l'appela longtemps, puis le père Adolphe) fut, à Saint-Nicolas, l'un des promoteurs les plus actifs et les plus heureux de la culture soignée et raisonmée. Il avait pour la terre, la bonne terre nourricière si féconde entre les m'ains de ceux qui savent l'exploiter, un culte véritable. Sa faible santé ne lui permit jamais les rudes travaux; mais il excellait à diriger,

avec autant de fermeté que de bonté, les domestiques entrés à son service, et qui professaient pour lui le plus grand respect.

Il compléta le défrichement du domaine patrimonial, et c'est par ses soins que le bien, à lui légué par son père, s'est orné de cette large et riche prairie qui borde la route du second rang. La culture de la pomme de terre prit, sous sa main, des proportions plus considérables. Il rechercha les meilleures variétés de ce tubercule précieux, et il se montra dans ce genre de culture, le digne émule de ses deux frères Théodore et Théodule, et de sou cousin Ignace. Le premier prix de ferme modèle lui fut décerné au moins une fois, et il conquit, à plusieurs reprises, à l'exposition du comté de Lévis, un très grand nombre de prix pour le gros et le menu . bétail, ainsi que pour les légumes et les céréales. Il fit planter beaucoup d'arbres fruitiers. Il s'honorait du titre de cultivateur dont il comprenait toute la noblesse, et qui s'allie si bien à ceux de citoyen et de chrétien.

Pendant plusieurs années, les habitants de Saint-Nicolas lui marquèrent toute leur confiance en le chargeant de la direction de leurs affaires municipales et scolaires. Adolphe Paquet fut maire de sa paroisse de 1878 à 1886. Sous son administration, plusieurs questions importantes furent agitées, entre autres, celle du macadamisage de la route du moulin. Le Code municipal lui était familier. Il ne cessa de déployer, dans l'exercice de ses fonctions, le plus grand zèle pour le bien général de Saint-Xicolas, et par ses sag'es avis il exerça, au conseil de comté où il se rendait régulièrement, une influence salutaire.

Dans le domaine scolaire, son action ne fut pas moins remarquable. Elu à la présidence de la Commission des Ecoles en 1888, charge qu'il remplit pendant quatre ou cinq ans, il porta toujours le plus vif intérêt au progrès des études ru-

raies. Dans les questions douteuses, il se faisait un devoir d'aller consulter le Surintendant de l'Instruction publique. Nul, dans sa sphère, n'appréciait mieux que lui les avantages qu'une éducation soignée, au double point de vue des connaissances et de la formation morale, peut donner. Il le prouva tout spécialement par les sacrifices qu'il sut s'imposer pour faire instruire, le mieux possible, ses propres enfants.

L'activité, le nom et l'influence d'Adolphe Paquet lui avaient créé de très nombreuses relations sociales. Les hommes politiques qu'il favorisait de son suffrage ne manquaient aucune occasion de lui témoigner leur estime et leur reconnaissance ; reconnaissance d'autant plus juste que ce citoyen parfaitement intègre n'agissait, dans sa vie publique, que par les motifs les plus désintéressés. Il lisait avec intérêt les journaux. Il discutait avec ardeur les questions du jour. Il ressentait vivement ce qu'il considérait comme un malheur pour son pays. Deux événements, entre autres, l'affligèrent singulièrement : le supplice de Riel, et la chute du pont de Québec qu'il put voir s'écrouler, en quelque sorte, du seuil même de sa maison. "C'est une calamité nationale," s'écriaitil tout ému. La conscription qui a été votée, à l'encontre des véritables intérêts canadiens, lui eût arraché un cri d'angoisse beaucoup plus poignant encore.

Sur l'esprit religieux de feu Adolphe Paquet, nous n'ajouterons rien aux belles remarques de son fils. C'était, de l'aveu de tous, un modèle de régularité, le type de l'homme de bien attaché à sa foi et soucieux de l'honneur de l'Eglise, un exemple vivant pour sa famille et tous ses co-paroissiens. Tous les curés de la paroisse, et pour ne nommer que les plus anciens, l'abbé Baillargeon, l'abbé Gauvreau, l'abbé But reau, professèrent pour lui la plus haute estime. En 1884, ce fut lui qui organisa, à l'occasion du 25e anniversaire de prêtrise de M. Bureau, les fêtes jubilaires, qui lut l'adresse

au héros de la fête, et qui fit peindre au Bon-Pasteur le portrait à l'huile de ce prêtre vénéré, dont les paroissiens lui offrirent l'hommage, et qu'on voit suspendu aux murs de la sacristie de Saint-Nicolas. Toutes les nouvelles religieuses, surtout celles du Pape, l'intéressaient vivement. Tous les grands mouvements religieux de la paroisse pouvaient le compter au nombre des coopérateurs les plus efficaces.

Il était, en cela, admirablement secondé par Madame Paquet, son épouse, laquelle, de son côté, fut le modèle des mères chrétiennes et des paroissiennes de campagne, régulière dans ses pratiques de piété, assidue à tous les offices, et guidée en toute circonstance par un sens très vif des choses de la foi.

La voix publique atteste que Madame Adolphe Paquet fut Tune des femmes les plus accomplies dont Saint-Nicolas puisse se glorifier. Douée d'un jugement rare, elle était comme l'incarnation féminine de la droiture et du bon sens. De quel dévouement elle entourait son mari, ses enfants! Avec quels soins elle conduisait sa maison ! Avec quelle aisance et quelle cordialité elle recevait ses hôtes! Son hospitalité était proverbiale. Elle vit s'asseoir à sa table, et défiler clans son salon, des personnages de tout rang, ecclésiastiques et laïques, et sa conversation, comme celle de son mari, n'avait rien de rustique ni d'embarrassé. Aussi, la maison d'Adolphe Paquet était-elle très fréquentée. Garçons et filles aimaient le chant comme leur père 4. Les plus belles soirées

4. Madame Paquet, aussi, comme nous le disait récemment un de ses fils, aimait le chant et la musique. Sans être douée d'une voix éclatante, elle chantait juste; et, dans les soirées de famille, elle se plaisait, pour faire plaisir aux enfants et aux amis, à chanter les strophes champêtres de Adolphe Porte, avec ce refrain où se peignait si bien sa douce gaîté :

Loin du bruit des villes

Chantons toujours

Nos plaisirs tranquilles

Et nos beaux jours.

musicales s'improvisaient en un clin d'oeil, et elles faisaient les délices de tous ceux qui y assistaient.

Pendant plusieurs années, cette famille heureuse aie connut que la joie de vivre. Un jour vint cependant où elle dut, comme toutes les autres, paver son tribut à la mort.

En 1893. Eugénie, la seconde des filles, qui avait épousé, quelques armées auparavant le Dr Nazaire Gingras, s'éteignit à Saint-Agapit-de-Beaurivage après une douloureuse maladie, laissant à son mari désolé deux enfants, Joseph et Ludivine, en bas âge. En 1909, Marie-Louise, la troisième des filles, épouse de François-Xavier Roberge, commismarchand de Thetford, s'éteignit presque subitement à son tour, laissant après elle trois jeunes enfants, Rose-Albine, Daniel 5 et Thérèse.

Ces deuils cruels eurent leur compensation dans les nombreux événements qui furent pour Monsieur et Madame Paquet, au cours de leur longue existence, le principe des plus pures et des plus consolantes émotions. Nous n'en mentionnerons que quelques-uns.

L'aîné des fils. Louis-Adolphe, après quatre années d'études théologiques faites à Rome, fut promu au sacerdoce, dans la basilique de Saint-Jean de Latran, le 24 mars 1883. Il revint à Québec le 19 août de la même année, et le lendemain il monta à Saint-Nicolas où son retour fut salué par

5. Daniel Roberge, quoique très jeune, s'est enrôlé volontairement il y a deux ans, clans un des régiments canadiens organisés pour la " grande guerre ". Blessé à la bataille de Paschendale, il s'est remis de ses blessures dans un hôpital d'Angleterre, et il est retourné au front. Au moment où nous traçons ces lignes, il est au fort de la mêlée d'où dépendra peut-être l'issue finale de l'immense conflit.

de grandes réjouissances familiales et même paroissiales.

En 1889, Ludivine, la quatrième des filles, prit l'habit religieux, chez les Sœurs de la Charité de Québec, sous le nom de Marie de la Visitation. Elle prononça ses premiers vœux en 1891, et ses vœux perpétuels en 1896.

En 1905, les amis de M. Adolphe Paquet se concertèrent pour lui offrir, à l'occasion du 75e anniversaire de sa naissance, des marques particulières de leur estime. Voici ce qu'un journal de Québec, sous le titre de " fête inoubliable ', publiait à ce sujet :

Dans la soirée de jeudi dernier, le 26 courant, environ une centaine de citoyens à la tête desquels se trouvait le populaire député de Lévis M. Cléophas Blouin, se dirigeaient vers la demeure de M. Adolphe Paquet, riche cultivateur de Saint-Nicolas, pour le fêter à l'occasion de l'anniversaire de sa 75e année.

Bien que la chose fût tenue cachée jusqu'à la dernière heure, la réception fut digne des visiteurs et des cadeaux princiers qu'ils venaient offrir comme une preuve de leur amitié et de leur considération, au héros de la fête.

Une magnifique adresse, dans laquelle il était fait de très délicates allusions à la carrière publique de M. Paquet lui fut lue par M. Basile Olivier, avec présentation de cadeaux, à M. et Madame Paquet. M. Paquet sut trouver des termes émus pour répondre. Il fit l'éloge de sa paroisse, une des plus belles du comté de Lévis, dit-il, et de ses concitoyens qui l'avaient toujours puissamment aidé, lors de son long règne comme maire, dans toutes les améliorations qu'il avait suggérées. A cause des immenses travaux que l'on y exécute, fit-il remarquer, depuis que l'on a commencé la construction du pont sur notre terrain, la paroisse de St-Nicolas est destinée à devenir un des points les plus importants du comté. Il faudra donc à l'avenir avoir l'œil plus ouvert sur nos affaires publiques, soit qu'il s'agisse d'octroyer des franchises, ou de réclamer nos droits et faire valoir nos' privilèges. C'est aux hommes du présent et à ceux de l'avenir qu'incombe ce

devoir. Cette partie de son discours fut principalement soulignée par de longs applaudissements.

M. le député Cléophas Blouin, prononça ensuite un joli discours, comme d'ailleurs il est coutumier du fait, et avec un tact tout particulièrement délicat, fit passer devant son auditoire les membres de la famille Paquet, dont les noms et la réputation appartiennent autant au pays qu'à la paroisse de Saint- Nicolas. Ici même où nous fêtons la 75e année de M. Paquet, sont nés ses frères Monseigneur Benjamin Paquet, une des personnalités les plus remarquables de l'Université Laval; M, l'abbé Louis Paquet, un des orateurs les plus distingués de notre clergé, doublé d'un théologien et d'un érudit ; ses fils, Mgr L.-A. Paquet, maintenant à Rome, dont les œuvres théologiques sont connues par tout le monde catholique, M. le Dr Albert Paquet qui nous arrive de Paris, avec une réputation digne de ses talents et de ses capacités, M. Achille Paquet, E. E. M., ses aînés, ses cousins, ses neveux, etc., tous des cultivateurs modèles qui ont choisi la meilleure part. Avec une pareille lignée, on se passe de noblesse à parchemin.

M. Alfred Cloutier, avocat, parla ensuite, et sut trouver dans son cœur et sa mémoire des choses suffisantes pour provoquer une émotion visible. M. le docteur Albert Paquet, fils de M. Adolphe Paquet, toucha la note de la reconnaissance avec un rare bonheur. M. Elzéar Paquet, marchand de Québec, dans une improvisation naturelle et pathétique, retraça les annales de la famille. Notre vieil ami M. Ignace Paquet, finit la série des discours, et le reste de la soirée se passa dans les amusements les plus variés.

Le 3 janvier 1907, Adolphe Paquet et son épouse eurent le bonheur de célébrer leurs noces d'or au pied des autels où, cinquante ans auparavant, ils s'étaient juré amour et fidélité ,J. La messe d'actions de grâces fut dite par leur fils, Mgr L.-A. Paquet, Protonotaire Apostolique, et servie par le

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