CHAPITRE HUITIEME
Monseigneur Benjamin Paquet
Benjamin, le neuvième des enfants de Etienne Paquet et Ursule Lambert, naquit à Saint-Nicolas le 27 mars 1832. Il suivait immédiatement son frère Adolphe ; c'est ce qui explique pourquoi il resta toujours très étroitement uni à celuici, et l'aida tout spécialement dans ses travaux et dans l'œuvre de l'éducation de sa nombreuse famille.
Benjamin fréquenta d'abord les classes de Joseph Croteau dont il parle très avantageusement dans ses " Mémoires ". Il entra au Séminaire de Québec le 25 novembre 1845. ^a~ dame Paquet avait elle-même accompagné son fils. " Ma mère, écrit-il dans ses mémoires, me remit entre les mains du directeur du petit Séminaire de Québec ; c'était M. Louis-Jacques Casault, homme d'un extérieur sévère, mais d'une grande bonté. M. Casault fut plus tard, et pendant plusieurs années, supérieur du Séminaire et premier Recteur de l'Université. C'était un des hommes les plus distingués par sa science et son intelligence qui soient sortis du clergé. "
Le jeune Paquet, comme la plupart des écoliers nouveaux, subit l'épreuve de l'ennui qui fut forte. 11 faillit en essuyer une autre et être congédié du Séminaire comme sorcier ! ! A cinquante ans de distance, le coupable, devenu recteur de l'Université, s'amuse en ses " Mémoires " de cette innocente mystification de toute une communauté.
Benjamin Paquet avait un talent moins facile que son jeune frère Louis-Honoré. Mais il était doué d'un grand jugement, et, avec du travail, il réussit à faire de très bonnes classes. Il prit part dans ses dernières années d'études à la rédaction de " l'Abeille ", charmant petit journal auquel il s'intéressa toujours. Lorsque " l'Abeille ", dont la publication avait été suspendue pendant plusieurs années, réapparut vers 18//-78, alors que l'abbé Benjamin était à Rome, celuici adressa à la feuille écolière plusieurs correspondances signées B. P.
Dans une de ses " Lettres romaines ', il parle en témoin oculaire de l'élection de Léon XIII dont il put recueillir les premiers et fidèles échos. Om nous permettra de citer une partie de cette lettre où se révèlent le talent imagïnatif et l'âme émotionnable du distingué prélat :
Dans un instant, Vannuntio vobis gaudium magnum
avait fait le tour de Rome, et toute la population se portait au Vatican. Pendant deux heures, du haut des degrés de Saint-Pierre, je regardai avec admiration cette marée humaine qui allait toujours grandissant et envahissait la place et la Basilique. Au deuil, aux inquiétudes et aux craintes, avait succédé une joie débordante qui se traduisait de mille manières. C'est toujours un enivrement que de contempler la place Saint-Pierre, la plus belle, la plus imposante du monde entier. Mais dans cette journée mémorable, couverte d'un peuple enthousiaste et dans le délire d'une joie sainte, elle revêtait une physionomie nouvelle et rappelait les plus beaux et les plus glorieux jours de la Papauté. Un poète ne manquerait pas d'ajouter que le soleil, en versant ses flots de lumière sur le dôme gigantesque, sur l'immense colonnade, sur le panache des fontaines, sur l'assemblée, sur les statues et sur les murailles dorées du Vatican, fournissait, à lui seul, la magnificence d'une fête et l'éclat d'un triomphe \