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Le 22 mai 1875, il fut nommé missionnaire apostolique

pèlerinage les plus célèbres, soit en Italie, soit en France, soit en Palestine.

Dans le printemps de 1874, il fit le voyage d'Orient avec l'abbé Auguste Roussel, son confrère du Séminaire de Québec. Partis de Rome le 12 février, les voyageurs y étaient de retour le 12 avril. Ils se rendirent jusqu'en Egypte où ils firent l'ascension des pyramides. Xous voyons, par le journal de voyage de l'abbé Paquet, que ce digne prêtre, dans ses pérégrinations pieuses, n'oubliait ni ses parents, ni ses amis, ni so<n pays. Un jour, par exemple, qu'il a dit la messe dans la grotte de la nativité de Saint-Jean-Baptiste, il note cette intention patriotique : " Je prie pour le peuple entier des Canadiens-français dont saint Jean est le patron national."

Au cours de ce voyage, l'abbé Paquet fit la connaissance de Son Altesse royale le duc de Parme, avec lequel il demeura lié. An retour, celui-ci voulut bien lui envoyer sa photographie " avec ses compliments les plus affectueux ".

Dans l'automne de cette même année, il prêcha la retraite annuelle aux élèves du Séminaire français, à Rome, élèves choisis parmi les plus brillants dans les diocèses de France. Pendant le carême de Tannée suivante, 1875, il fit à ces mêmes élèves une série de conférences spirituelles. Ces conférences, marquées au coin d'un grand sens pratique, devaient être très goûtées, puisqu'on l'invita à prêcher une nouvelle série d'instructions en 1876. Les prêtres-directeurs du Séminaire français le regardaient comme un des leurs.

Il revint, en cette année 1876, passer l'été au Canada, puis il retourna à Rome où il demeura encore deux ans consécutifs. ■ 1

Nous avons dit que Mgr Benjamin Paquet fit, auprès du Saint-Siège, deux autres séjours d'affaires. Il était à Rome, lorsque fut créée, en 1889, l'Université de Washington. Il y eut, à cette occasion, au Collège américain du Nord, une

grande fête d'inauguration à laquelle prirent part plusieurs cardinaux et d'autres personnages éminents. Mgr Paquet, alors recteur de l'Université Laval, était présent. Et, au nom de la première Université catholique de l'Amérique, il porta un toast de bienvenue à la nouvelle université américaine et fut très applaudi.

Par son journal de voyage, nons constatons qu'il fit, vers cette époque, un pèlerinage à Genezzano où se trouve le célèbre sanctuaire de Notre-Dame du Bon Conseil. Le pieux prélat avait, pour Notre-Dame du Bon Conseil, une dévotion toute particulière; et nous croyons que c'est par ses soins que fut installée au Grand Séminaire l'image de ce nom, entourée depuis par les séminaristes des marques de la plus tendre piété.

Nous laissons maintenant la parole à Mgr J.-C.-K. -Laflamme, qui en juin 1900, à l'occasion de la clôture de l'année universitaire, fit de Mgr Benjamin Paquet le bel éloge suivant :

" Le Séminaire de Québec et le clergé canadien sont en deuil: Mgr Benjamin Paquet est mort hier après-midi (25 février 1900). C'est ainsi que le Courrier du Canada annonçait à ses lecteurs le décès de Mgr Paquet, Protonotaire Apostolique, Membre du Conseil universitaire et Doyen de la faculté de Théologie. Depuis plusieurs années, la santé de notre regretté confrère laissait beaucoup à désirer. Une grave affection du foie, une dyspepsie opiniâtre, avaient peu à peu miné ses forces. Cependant, personne ne croyait le dénouement fatal si rapproché. Ce n'est que huit jours avant sa mort que les médecins, à la suite d'une crise plus violente que les autres, ont commencé à concevoir des inquiétudes

sérieuses. Des années de lutte contre une affection essentiellement débilitante, avaient enlevé à la constitution de Mgr Paquet la meilleure part de son énergie de résistance. Luimême se sentit frappé à mort dès les premiers jours, et il mit immédiatement tous ses soins à se préparer au terrible passage du temps à l'éternité.

" Les sentiments de la foi la plus ardente, de la piété la plus vive, prirent chez lui un nouvel accroissement, si possible, pendant ces derniers jours. D'une patience inaltérable, il endurait, sans aucun murmure, les ennuis de ces interminables journées de maladie, passant son temps dans la méditation et la prière. A ceux de ses confrères qui lui disaient qu'ils allaient prier pour sa guérison, il répondait toujours:

Xon, pas cela; mais priez pour (pie je fasse une bonne mort. "

" Cette grâce, Dieu la lui a accordée pleine et entière. Il s'est éteint le 25 février, conservant sa connaissance presque jusqu'au dernier moment, écoutant avec attention les aspirations pieuses que lui suggéraient ses confrères et prenant part aux prières qu'on récitait près de lui. On ne pouvait faire une mort plus édifiante.

" Il repose maintenant sous les voûtes de notre chapelle, à côté du vénérable Mgr de Laval et des confrères qui l'ont précédé dans la tombe.

' Ceux qui pénètrent dans notre cimetière, sont quelque fois surpris de voir l'emplacement de chaque tombe désigné uniquement par une simple croix, portant, pour toute inscription funéraire, le nom de celui qui repose à ses pieds. C'est, après la mort, l'égalité de la vie de communauté qui se continue. A Dieu seul appartient le droit de faire des distinctions, d'établir le degré dans le mérite. Mgr Paquet cependant, sans le savoir, disons-le bien vite, s'est élevé, dans notre chapelle, le plus beau monument qu'un prêtre puisse

rêver. Dès qu'il apprit qu'un certain nombre d'anciens élèves s'engageaient à donner les petits autels, il voulut bien paver à lui seul l'autel dédié à la Bonne Sainte-Anne. Son nom y est maintenant inscrit, invitation touebante aux prêtres qui y célèbrent à penser devant Dieu au généreux donateur.

" Mgr Paquet est mort à l'âge de 68 ans. Cette longue carrière a été si bien remplie, que nous ne pouvons songer à la parcourir en détail, dans le peu de temps mis ce soir à notre disposition. Nous devons nous contenter d'en toueber les principaux points, laissant à un biographe futur le plaisir de traiter convenablement ce sujet.

" Il appartenait à l'une des plus respectables et des plus chrétiennes familles de la paroisse. Son curé, l'abbé Etienne Baillargeon, frère de Mgr C.-F. Baillargeon, archevêque de Québec, le distingua bientôt parmi les enfants de son âge. Ce fut sur les conseils de ce digne prêtre que le jeune Benjamin entra au Séminaire. Sa conduite y fut toujours excellente, et ses talents, aidés par une application très consciencieuse, lui assurèrent de brillants succès. La preuve, nous la trouvons dans le diplôme de bachelier es Arts, qu'il remporta, en 1854, à la fin de son cours d'études. Les examens du baccalauréat étaient inaugurés cette année-là, l'Université venant à peine d'ouvrir ses cours. Les esprits n'étaient pas encore, pour ainsi dire, apprivoisés avec ces redoutables épreuves, comme ils le sont devenus depuis. Aussi, arriver au diplôme, même le second, était une excellente note, alors que le très grand nombre ne pouvaient pas atteindre cette distinction.

" En 1857, il avait terminé ses études théologiques et était ordonné prêtre le 20 sq^tembre. Immédiatement après, il fut appelé à l'un des premiers vicariats de l'archidiocèse. et remplaça l'abbé Dominique Racine, plus tard évêque de Chicoutimi, comme vicaire à la cure de Québec.

" Chargé spécialement de la desserte de Notre-Dame des Victoires, il trouva cette église fortement endettée, par suite des grandes réparations qu'on venait d'y terminer. Cinq ans après, la dette était à peu près complètement disparue, grâce à la haute capacité administrative du jeune desservant.

" Nous avons eu la bonne fortune d'interroger un des compagnons de Mgr Paquet pendant ces années de vicariat, et il a résumé tous ses souvenirs en disant que le jeune Paquet était un vicaire modèle, à tous les points de vue; le plus charmant compagnon qui se puisse voir. Sa prédication était religieusement écoutée et hautement appréciée. Les retraites qu'il prêchait de temps en temps, surtout aux dames, ont laissé les meilleurs souvenirs.

" Aussi personne ne fut étonné quand, à l'automne de 1862, après cinq ans de vicariat, on le vit entrer au Séminaire et se consacrer tout particulièrement à la carrière de l'enseignement. C'était porter ses talents sur un nouveau théâtre, aussi méritoire, sinon aussi brillant que le ministère paroissial.

" On lui confia la classe de troisième, et, par conséquent, il dut, après une interruption de plusieurs années, renouveler connaissance avec les charmes mystérieux des grammaires latine et grecque. Mais le travail ne le fit jamais reculer, et, à voir la sûreté et l'aisance avec lesquelles il s'acquittait de sa besogne, on eût dit qu'il venait à peine de laisser les bancs de la rhétorique. Ses élèves en ont gardé le meilleur souvenir. Voici ce que mous écrivait l'un d'entre eux â la date du 29 mai dernier :

M. l'abbé Paquet, étant séminariste, avait déjà été professeur de troisième, et la réputation de sévérité qu'il s'était acquise alors, n'était pas encore oubliée en l'année 1862-63; les écoliers ont toujours bonne mémoire pour ces choses-là. Aussi ce fut avec crainte et trembjement que mes confrères

et moi nous apprîmes que nous devions l'avoir pour professeur.

Xos appréhensions, heureusement, ne furent pas de longue durée : nous fûmes bientôt agréablement surpris de constater que notre professeur, tant redouté, s'efforçait de se montrer plein d'indulgence pour ses élèves.

L'abbé Paquet, il m'en souvient, nous traitait un peu en philosophe. Dans toutes ses relations avec nous, il faisait plus souvent appel à la raison qu'au sentiment ; rarement aux menaces. Fallait-il réprimander et corriger un élève coupable de négligence ou d'étourderie, il simulait une grande répugnance à punir; il s'efforçait d'inspirer la honte au coupable, qui finalement n'était mécontent que de luimême. Je ne crois pas qu'il ait jamais puni un élève.

Pour nous stimuler au travail, l'abbé Paquet employait un moyen très ingénieux : il nous faisait concourir avec ses anciens élèves. Il avait conservé un bon nombre de copies de narrations, de versions et de thèmes faits par eux. Quand notre travail, sur les mêmes matières, lui paraissait inférieur, il prenait un malin plaisir à nous lire, selon les circonstances, soit une narration, soit une version ou un thème signé bien souvent par un élève qui est maintenant juge de la Cour Supérieure, l'honorable Henri Taschereau.

Notre classe se composait de trente-sept élèves. C'était, à cette époque, un nombre plus qu'ordinaire pour une classe de troisième. Chose remarquable, parmi les plus forts, il s'en trouvait plusieurs qui donnaient fies signes de précocité, et qui paraissait déjà s'occuper, plus qu'il me convenait, de leur avenir. Cette tendance n'échappa pas à l'œil de notre professeur, qui, dans un moment d'humeur sans doute, se fit prophète de malheur: "Votre classe, dit-il, est menacée de perdre sa tête avant deux ans." Il se fit en effet un tel exode, en seconde et en rhétorique, que notre classe fut réduite à une dizaine d'élèves, faible corps à qui je dus servir de tète pendant les deux années de philosophie et de physique.

" Mais cette année de professorat dans une classe d'humanité ne devait être pour le jeune abbé qu'une première étape, • mieux l'entrée d'une carrière qui se poursuivrait ensuite

sur un théâtre plus élevé et constituerait comme la meilleure partie de la vie de notre confrère.

" Il fut bientôt choisi pour l'enseignement de la théologie, dans la faculté qu'on voulait définitivement organiser à l'Université, et, à l'automne de [863, il partait pour Rome, avec deux compagnons: son frère, monsieur l'abbé L.-H. Paquet, actuellement aumônier des Sœurs Franciscaines, et monsieur l'abbé L.-X. Bégin, qui devait devenir successivement évéque de Chieoutimi et archevêque de Québec. C'est ainsi que la longue liste des professeurs de notre faculté avant suivi les cours des universités romaines, inaugurée par Son Eminence le Cardinal Taschereau, se continuait par ces trois nouvelles recrues, pour se prolonger, sans interruption, jusqu'à nos jours.

" Le centre d'études théologiques le plus célèbre à Rome, à cette époque, était sans contredit le Collège Romain ou Université Grégorienne. Les professeurs qui en occupaient les chaires ont tous laissé un grand nom dans les sciences théologiques et ils jouissaient d'une réputation universelle. Le Père Ballerini enseignait la morale, le Père Franzlin, plus tard cardinal, ainsi que le Père Cardella, longtemps rédacteur à la Chnltà Cattolica, occupaient les chaires de dogme. Au Père Tarquini était confié l'enseignement du Droit public de l'Eglise; an Père Patrizzi, celui de l'Kcrirture Sainte et de langues orientales: au Père Amellini, l'Histoire Ecclésiastique.

" Sous la conduite de tels professeurs, les progrès des élèves ne pouvaient être que très rapides. D'autant plus que les trois jeunes abl>és canadiens se livraient au travail avec une ardeur infatigable. Aussi occupèrent-ils bientôt un rang très en vue parmi les étudiants de la célèbre université.

* La présence de canadiens était, dans une certaine mesure, uuq sorte de curiosité naturelle pour le reste des étu-

(liants français et italiens. A cette époque, déjà distante de près de quarante ans. on n'avait que des idées fort indécises sur le Canada et ses habitants. De nos jours encore, on s'étonne parfois en France de voir des Canadiens qui parlent français et qui ne sont pas tatoués. Il y a quarante ans, canadien et sauvage, iroquois ou micmac, étaient à peu près synonymes. Aussi, les étudiants européens, qui connaissaient le langage imagé de nos sauvages, peut-être pour en avoir lu quelque chose dans les relations des missionnaires, avaientils donné aux jeunes abbés du Séminaire de Québec des noms à l'indienne. Monsieur Bégin était le " Cerf agile ", Monsieur L.-H. Paquet, le " Renard subtil ". et Monsieur Benjamin Paquet, le " Castor laborieux ". Vous me pardonnerez de rapporter ici ces détails qui n'ont certes pas une grande valeur historique. Mon but est de faire bien connaître l'opinion qu'avait alors l'élite des étudiants du monde catholique sur leurs confrères canadiens, et il n'y a rien en tout cela qui soit compromettant pour les uns ou pour les autres.

4 Le jeune Benjamin Paquet se consacra surtout a l'étude de la théologie morale. Il avait voué une espèce de culte au Père Ballerini dont il suivait les cours avec une véritable passion. Il admirait ses idées à la fois larges et justes. Et ce sont elles, avant tout, qu'il s'est toujours efforcé de faire prévaloir pendant les longues années de son enseignement théologique dans note faculté. Le Père Ballerini était regardé comme le meilleur casuiste du monde entier. Son élève fut toujours digne de lui. Ceux qui l'ont consulté, et ils sont légion, se rappellent encore la sûreté de jugement et la force de doctrine qu'il mettait à débrouiller les cas les plus compliqués. La réponse ne se faisait pas longtemps attendre, et toujours elle arrivait satisfaisante et convaincante pour celui qui était dans le doute ou l'embarras.

" Aptes trois ans d'un travail ardu et incessant, le diplôme de docteur vint couronner les efforts de l'étudiant. Il subit son examen avec- grand succès, devant les plus fameux théologiens de l'Université Grégorienne, entre autres devant le P. Perone, l'auteur d'un traité de théologie aussi savant cjue solide.

"Au Séminaire français, ou les étudiants canadiens pensionnaient alors, directeurs et élèves avaient une très grande confiance dans son jugement et son tact théologique. Il était le chef reconnu de la petite colonie canadienne, et cette colonie, comme nous venons de, le voir, faisait très bonne figure. On la consultait souvent et elle jouissait de l'estime générale. Les Pères du Séminaire français le regardaient comme un homme mûri à la fois par l'expérience et par l'étude. Cette première im'pression, ils l'ont toujours gardée. La plupart de ceux qui l'ont connu alors sont restés en correspondance avec lui, et, lorsqu'un canadien allait leur faire visite, une des premières questions qu'ils posaient au visiteur, était de s'informer de la santé de leur ancien élève.

" Dans les voyages subséquents qu'il fit à Rome, à propos de la question universitaire, il avait rencontré un grand nombre d'évêques français", de supérieurs d'ordres religieux et autres ecclésiastiques de distinction, et il s'en était fait autant d'amis. Les relations que plusieurs d'entre eux ont continué d'avoir avec lui jusqu'à sa mort sont une preuve de la haute estime qu'ils avaient de sa persoinne.

" A la Propagande, on a toujours fait grand cas de son opinion. On le regardait comme un type d'honnêteté, de franchise et de droiture. Quelques-uns des principaux em-

5. On conserve dans la famille un gros volume formé des divers mandements que Mgr Paquet reçut en hommage de ces évéques de France, ses amis. îl y a là un mandement de Mgr Pie, l'illustre évêque de Poitiers.

ployés lui avaient voué une véritable amitié. Citons entre autres, Mgr Zitelli, MM. Pierantozzi et Agnozzi, pour ne rien dire du Cardinal Préfet lui-même.

1 En 1866, il revenait de Rome et était chargé du cours de théologie morale à notre faculté, poste qu'il occupa effectivement pendant de longues années. Ses élèves gardent encore très vif le souvenir de sa parole claire et facile, de la justesse et de la précision de sa doctrine. Sa science, perfectionnée à Rome, jointe à l'expérience des travaux du ministère, donnait à son enseignement un caractère positif et pratique, tel que le désiraient des lévites appelés à travailler bientôt eux-mêmes au ministère paroissial.

" Le cours public qu'il donna en 1871-72 sur le droit naturel, alors que l'opinion publique était vivement agitée à propos des questions de libéralisme, eut un grand retentissement. Le professeur, pour traiter ces questions brûlantes, s'appuyait exclusivement sur les documents pontificaux et Penseignemient de ses anciens professeurs de Rome, Les cinq dernières leçons de ce cours furent publiées en brochure sous le titre : a Le libéralisme ". On nous permettra de citer ici la fin de la dernière leçon. Elle sert comme de conclusion à tout l'ouvrage. On verra que ces éloquentes paroles n'ont rien perdu de leur actualité :

Messieurs, jeunes gens pleins de talent et d'avenir, réunissons nos forces pour achever de développer les germes de la véritable civilisation qui se trouvent au milieu de nous. Mais pour cela, gardons-nous de la discorde, et aussi des entraînements vers les choses frivoles et superficielles. N'oublions pas que, tant que les peuples de la Grèce et de Rome surent allier à la religion la culture des lettres, des arts et de la philosophie, ils occupèrent le premier rang parmi les nations civilisées; il y avait là lumière, force et courage. Tant que la France, dévouée à la religion catholique et attachée aux

études sérieuses, aux nobles travaux de l'intelligence, sut mépriser l'impiété, l'oisiveté et les frivolités d'un théâtre corrupteur, elle fut grande et forte; son nom était respecté de tous et entouré de l'auréole d'une gloire bien méritée; elle était la terreur de ses ennemis. Mais une effroyable série de malheurs et de lxmleversements sociaux n'ont pas tardé à montrer de nouveau les conséquences funestes et inévitables qui accompagnent l'irréligion," le désœuvrement, les occupations futiles et le défaut de principes solidement établis.

Messieurs, tant que notre petit Canada saura allier l'esprit chrétien à de nobles travaux, à la culture des lettres, des sciences, des arts et de la philosophie, il marchera aussi d'un pas sûr et ferme, dans les voies du véritable progrès, il aura les lumières de la véritable civilisation.

" Le P. Cardella, rédacteur à la Civil ta cattolica ", a donné, dains sa Revue, un compte-rendu de cet ouvrage en termles très élogieux.

" L'ouvrage de Mgr Paquet fut réédité à Rome, à l'imprimerie même de la Propagande en 1877 et enrichi d'un bref fort élogieux de Pie IX. L'auteur était alors à Rome depuis quelque temps. Il venait d'obtenir du Saimt-Siège la Bulle Inter varias sollicitudities, qui érigeait canoniquement l'Université Laval, et lui accordait les plus amples privilèges. C'était une suprême récompense pour les sacrifices déjà faits, et un puissant encouragement à poursuivre le travail commencé et continué depuis sans relâche, en dépit des nombreux obstacles et des ennuis de tout genre qui surgissaient tous les jours. L'LTuiversité Laval n'oubliera jamais qu'elle doit cette haute faveur pontificale, et, par conséquent, son rang de première université catholique d'Amérique, au zèle infatigable de son ancien professeur.

' Mgr Paquet nous revint de Rome avec les titres de Consulteur de la S. C. de l'Index et de Prélat Domestique de Sa

Sainteté. En 1889. il recevait le brevet de Protonotaire Apostolique 6.

'"En 187g, il renonça définitivement à l'enseignement pour occuper le poste de procureur du Séminaire. C'est sous son administration qu'a été bâti le Grand Séminaire actuel, l'un de plus beaux de la Puissance. Cette construction a été son œuvre par excellence eouime procureur, et ceux qui l'ont vu à l'ouvrage, savent quelle somme énorme de travail elle lui a coûtée.

" Après avoir occupé ce poste pendant six ans, il fut nommé directeur du Grand Séminaire. Ecoutez ce que disent aujourd'hui ceux qui furent alors sous sa direction. "Sac paternelle bonté et sa douceur le faisait chérir lui-même de ses lévites autant que sa science et son expérience lui donnait de prestige sur eux. Les prêtres qu'il a formés ont conservé pour lui un tel attachement, une affection filiale si profonde que nous les avons rarement entendus parler de lui sans émotion.

" Il se dépensait sans mesure pour ses grand-séminaristes, maintenant toujours une inflexible discipline, mais faisant en même temps tout en son pouvoir pour leur faire passer agréablement les jours de congé. Sa grande piété n'avait rien de rébarbatif, ni de trop austère. Les anciens n'ont pas oublié les grands jours de fête à Maizerets, ni les joyeuses promenades à Saint-Nicolas, alors qu'on s'amusait tant et si

6. A cette occasion, Mgr Paquet, sur l'invitation de M. l'abbé Bureau, curé de la paroisse, usant d'un privilège qui appartient aux Protonotaires apostoliques, chanta la messe avec mitre et selon le rite pontifical, dans l'église de Saint-Nicolas.

bien, tout en faisant très large la part du bon Dieu et de la prière.

" La piéré, voila la vertu que >fgr P%uef t^raàt à hanûV quer par dessus tout à ses élèves. Pour nous en convaincre, il suffit de lire ce qu'écrivait dernièrement l'un d'eux dans les " Annales de l'association des prêtres adorateurs ", et que nous trouvons reproduit dans la "Semaine religieuse:" de Québec du 14-a.v-riL defci présente année:

Je puis dire que si j'ai quelque dévotion au Saint-Sacrement, je le dois à ce prêtre zélé, qui fut notre directeur au Grand-Séminaire et qui n'a cessé de nous porter par ses exhortations et ses exemples à cette dévotion qu'il appelait la dévotion du prêtre par excellence. Il nous répétait que le sacerdoce avait été institué en même temps que l'eucharistie, afin que le prêtre se rappelât toujours que la raison d'être de sa dignité était l'eucharistie, et que là aussi se trouvait ïe secours surnaturel nécessaire pour se maintenir à la hauteur de cette dignité.

Il inous recommandait d'avoir une grande dévotion envers le Sacré-Cœur, présent et vivant au Saint-Sacrement.

Il a. sinon établi, du moins généralisé la pieuse coutume qui existe au Séminaire de Québec, d'économiser quelques instants sur le temps accordé pour le lever afin de se rendre le plus tôt possible à la chapelle et, dans l'entretien avec Jésus au tabernacle, de se mieux préparer à l'oraison qui doit suivre.

Une autre recommandation du pieux directeur était de se rendre le soir aux pieds de Jésus, avant le coucher, pour épancher son cœur aux pieds du bon maître et recevoir sa bénédiction avant d'aller prendre son repos.

Sa coutume était de faire des conférences spirituelles en présence du Saint- Sacrement plutôt que dans une des salles du Grand-Séminaire : ainsi la grâce descendait dans les cœurs en même temps que la doctrine.

Neuf jours avant sa mort, je le voyais une dernière fois prosterné pendant une heure entière en présence du Saint-

Sacrement exposé, dans l'attitude du plus pofond recueillement. J'en fis la remarque à plusieurs confrères: Comme Mgr Paquet m'a édifié ce matin à la Basilique! Comme c'est un prêtre qui prie bien! comme il aime le Saint-Sacrement! Après sa mort, il fut exposé cinq jours dans la chapelle de la Congrégation où est gardé le Saint-Sacrement. Il avait bien mérité cet honneur, lui qui pendant sa vie avait adoré Jésus-Hostie avec tant d'amour et de ferveur.

" Mgr Paquet avait occupé les principaux postes du Séminaire, sauf celui de Supérieur et de Recteur de l'Université. Il y fut appelé en 1887 et réélu en 1890. Nous touchons ici à l'histoire absolument contemporaine, et il serait oiseux de mentionner devant ceux qui m'écoutent des talents de direction, des qualités administratives qu'ils ont pu apprécier euxmêmes à leur juste valeur. Je mentionnerai cependant un fait dont il est important de conserver le souvenir. Obligé d'aller à Rome en 1888 pour les interminables affaires de l'Université, il y passa tout l'hiver. Ce fut à cette occasion qu'il obtint, pour le Séminaire, plusieurs dons d'une haute valeur intrinsèque, et qui étaient encore rehaussés par la dignité suprême du donateur qui n'était autre que le Saint- Père lui-même. Nous en avons rénumération dans une note trouvée après sa mort et qu'on a bien voulu nous communiquer :

Le Saint-Père, écrit-il, a fait remettre au Recteur de l'Université Laval, Mgr B. Paquet, pour la chapelle du Séminaire et de l'Université, une mosaïque d'une grande beauté et de proportions assez considérables : elle a, avec son encadrement, qui est fort riche, quatre pieds de hauteur sur trois pieds et demi de largeur.

Elle est ancienne et avait été donnée à un pape par un empereur d'Autriche. Elle se trouvait dans le petit palais ou casimo de Pie IV, situé dans les jardins du Vatican, casino

que Léon XIII a habité pendant le mois de juillet et d'août de cette année.

Les papes, d'habitude, ne donnent ces espèces de cadeaux qu'aux souverains. Léon XIII a bien voulu faire une exception pour l'Université Laval qu'il aime d'une manière toute particulière.

Cette mosaïque, copie de la " Compassion " du Titien, est certainement la plus grande, la plus belle et la plus vénérable qui se trouve au Canada, tant à raison du sujet qu'elle représente qu'à raison de son donateur.

Elle donne une idée parfaite de la manière dont sont faits ces objets d'art et de ce que sont les grandes mosaïques des basiliques de Rome. L'original de la " Compassion " du Titien se conserve à Munich 7.

Le Séminaire a reçu en même temps deux présents de l'exposition vaticane : une étole d'une grande richesse, portant, en broderie d'or et de soie, les armes de Léon XIII répétées cinq ou six fois, et un joli ostensoir, qui a été mis à l'usage de la chapelle du Grand Sémnaire.

;< Pendant qu'il était supérieur, Mgr Paquet passait une grande partie de ses vacances au Petit-Cap. Il prenait une large part aux amusements des enfants, se mêlant à tous leurs jeux et assistaient à leurs soirées. Tous les habitués se rappellent encore la fameuse chanson de Napoléon qu'il entonnait d'une voix puissante quand son tour était arrivé, et à laquelle tous les assistants faisaient chorus avec enthousiasme. Grâce à son initiative, de grandes améliorations avaient été faites à notre résidence d'été. On avait construit une maison spéciale pour les écoliers pensionnaires, et la famille du fermier avait été consignée dans l'ancien édifice de Liesse, de manière à être complètement isolée des prêtres

7. Cette œuvre d'art est précieusement conservée dans la chapelle de l'Université Laval. Les visiteurs s'arrêtent avec intérêt devant ce tableau, dans la première chapelle latérale, du côté de l'épitre.

et des écoliers. Et, pour qu'on ne perdît jamais de vue l'idée du Dieu souverain maître du travail de l'année et du repos des vacances, il avait fait graver au-dessus de l'entrée principale du Château, la sentence suivante: " Vtere hora presenti, menor ultimœ " .

" Après ses six années de rectorat, il reprit avec un grand plaisir, la charge de directeur du Grand Séminaire, où il se trouvait tout à fait dans son élément.

' Mais déjà sa santé faiblissait sensiblement, et en 1896, il fut forcé de renoncer définitivement à la direction et se vit condamné à un repos absolu, repos qu'il avait certes grandement mérité.

" Dès lors, il resta pendant l'hiver au Séminaire, où il édifiait tous les confrères par son impeccable régularité, et prodiguait à tous les conseils que l'an demandait à sa sagesse et à son expérience.

" La belle saison, il la passait à Saint-Xicolas, dans son manoir de l'Ermtitage. Cette retraite, en dépit de son nom, ne ressemblait que de loin aux solitudes des Antoine et des Pâcôme. La pieuse chapelle qu'il y a fait construire est un bijou en son genre; elle est aussi pieuse que richement décorée. Son manoir, l'ermitage proprement dit, était une excellente résidence, très grande, afin de pouvoir y exercer une large hospitalité à l'égard de ses nombreux visiteurs des vacances.

"Voilà comment se sont passées les dernières années d'urne vie consacrée presque entièrement à l'œuvre du Séminaire. Nous pouvons la citer sans crainte comme un véritable modèle de vie ecclésiastique, animée d'un bout à l'autre du plus pur esprit sacerdotal.

" Mgr Paquet, à part ses confrères du Séminaire, comptait de nombreux amis que sa mort a vivement affligés. Voici ce qu'écrivait l'un des premiers citoyens de Québec, le lendemain de sa mort :

Mgr Paquet m'honorait de son amitié et j'étais heureux <le posséder son estime, car je connaissais son mérite et son dévouement.

Sa vie a été très laborieuse, très utile et remplie de vertus.

11 a rendu des services signalés à la cause de l'instruction supérieure et il s'est identifié à tous les travaux et à tous les succès du Séminaire de Québec et de l'Université Laval pendant plus de quarante ans. Cette dernière institution perd en lui un ami dévoué et un soutien puissant. Le Séminaire perd aussi un professeur distingué et l'un de ses directeurs les plus éclairés; il saura, j'en suis sûr, vénérer sa mémoire comme celle de l'un de ses fondateurs et d'un protecteur, car, parmi ses prêtres, qui a plus travaillé et plus contribué que lui, soit au Canada soit en Europe, à faire triompher sa grande cause : celle du relèvement des études classiques, des sciences ecclésiastiques et professionnelles? Mgr Paquet a été un grand éducateur, le public le sait et doit le proclamer en reconnaissance.

Vous savez encore mieux que ses amis, combien il était bon, modeste et pieux; son cœur, aussi grand que son intelligence, était rempli de charité et de générosité 8 ; il était l'ami et le protecteur du pauvre, comme le meilleur conseiller du riche- En descendant dans la tom'be, 11 laisse la réputation d'un saint prêtre, d'un citoyen qui a rendu de grands services à son pays, et il ne laisse derrière lui, sur cette terre, que des amis pour le regretter et pleurer sa mort. Je vous écris ces quelques lignes sous le coup d'une bien vive émbtion, incapable de vous exprimer toute ma douleur comme de rendre justice à la mémoire et aux vertus de l 'homme distingué qui vient de mourir, de celui qui nous a tant aimés et qui m'a honoré de son estime.

" Cette lettre est comme la conclusion naturelle et le résumé de mon travail. Permettez-moi d'ajouter, en épilogue,

8. Rien certes de plus vrai ; Mgr Paquet aida de ses deniers beaucoup d'écoliers, de séminaristes, et d'étudiants à l'Université. Il s'intéressa toujours particulièrement à la jeunesse ecclésiastique et laïque.

cette sentence qui se trouve sur l' image-souvenir distribuée par la famille aux amis du regretté défunt : " Sa mémoire sera louée de plusieurs et elle ne tombera pas dans l'oubli. '

Ajoutons à ces paroles de Mgr Laflamnie les quelques renseignements qui suivent et qui complètent la présente biographie, en attendant que l'histoire retrace au long cette vie si bien remplie.

Pendant son séjour à Rome, c'est-à-dire tout le temps que durèrent ses différentes niassions, le prélat canadien a tenu um journal dont les pages seront précieuses pour l'histoire de l'Université Laval et celle de l'Eglise de Québec. Il sera également intéressant de faire la revue des manuscrits, sermons, instructions de retraites, conférences spirituelles, théologiques, que Mgr Benjamin Paquet a laissés 9. Son œuvre oratoire, comme celle de son frère l'abbé Louis-Honoré, a été très considérable. Il n'avait ni la voix prenante, ni la diction élégante de ce dernier ; mais sa pensée était forte et nette, sa parole chaude et naturelle. Il excellait dans l'instruction et la causerie familière.

Il fut l'orateur de plusieurs circonstances solennelles. Mentionnons en particulier le discours qu'il fit à la Cathédrale de Québec, le 10 avril 1869, à l'occasion des noces sacerdotales de Pie IX, et le sermon remarquable qu'il pro-

9. Il a prêché un très grand nombre de retraites soit dans les séminaires et les collèges, soit dans les paroisses. Il a été chargé pendant quelques années, de leçons spéciales pour les élèves des deux Facultés de Droit et de Médecine. Nous trouvons son nom parmi les conférenciers de l'Institut Canadien. La chronique nous apprend qu'il fit, à Chicago, le sermon de circonstance, lors de la bénédiction de l'église franco-américaine de cette ville.

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nonça à la Cathédrale en 1891, devant l'épiscopat canadien, à l'occasion de la translation des restes mortels de trois missionnaires jésuites. Ces ossements, déposés an cimetière Belmont, en 1878, y furent repris en 1891 et ramenés en triomphe et déposés à la chapelle des Ursulines 10.

En 1884, Mgr Paquet prononça dans la chapelle dn Séminaire l'éloge funèbre de l'abbé Lagacé, principal de l'Ecole Normale Laval. Il y laissa parler son cœur, car il était l'ami intime de ce prêtre distingué qui fut grand éducateur et maître véritable dans l'art de bien dire.

A part son ouvrage sur le libéralisme religieux, Mgr Benjamin Paquet est l'auteur d'une " -notice biographique " fort intéressante sur Mgr C.-F. Baillargeon, archevêque de Québec et d'une " lettre-préface " très substantielle sur Monseigneur de Laval, lettre qui sert d'introduction à la Vie du premier évêque de Québec, par M. l'abbé Auguste Gosselin. Divers écrits de sa plume démontrent qu'il savait se montrer, au besoin, polémiste vigoureux X1.

Mgr Benjamin Paquet était de ceux qui croient que l'Eglise gagne beaucoup à se tenir au-dessus des partis politiques et à ne lier son sort à aucun d'eux. Il fut en cela toujours pleinement d'accord avec son archevêque, le cardinal Taschereau, et avec son compagnon d'études et d'enseignement, le cardinal L.-N. Bégin. Toutefois, certaines circonstances lui dictèrent une manière de voir plus concrète. Nous savons qu'il désapprouva l'exécution de Riel et qu'il approuva avec l'Episcopat canadien la politique repara-

10. Pour les détails de cette fête mémorable, voir les Annales de la Soc. S.-Jean-Bte, vol. III, pp. 228 et suivantes.

ir. C'est ainsi qu'étant Supérieur du Séminaire il protesta avec vigueur et avec logique, dans les journaux, contre certaines taxes imposées par le Conseil de Ville au Séminaire et aux communautés religieuses.— Il écrivit aussi en 1893 deux lettres retentissantes, en faveur des études classiques, dans le Courrier du Canada.

trice de 1896, relativement à la question scolaire manitobaine. Quand le temps sera venu, l'histoire impartiale se chargera de faire justice des calomnies et des injures par lesquelles, en certains quartiers, on a tenté de ternir sa mémoire. '

Mgr Paquet comptait non seulement au Canada, mais encore en Europe, de très nombreux amis. Parmi les plus intimes, à part ses amis italiens mentionnés par Mgr Laflamme, rappelons avec le nom de Mgr Persico deux autres noms : celui du Révérend Père Brichet, Procureur du Séminaire français de Rome, fin causeur comme Mgr Paquet luimême, et avec qui celui-ci entretint toujours une correspondance très active: et celui de M. l'abbé Costa de Beauregard, ancien condisciple, à Rome, de notre prélat canadien, appartenant à l'une des grandes familles de France, et fondateur d'un vaste orphelinat à Chambery. Mgr Paquet l'alla voir en 1889 et fut reçu par lui " avec de grandes démonstrations d'amitié12" (Journal).

Nous trouvons dans les annales de la chapelle de Xotre- Dame-de-Grâces les détails suivants aussi édifiants qu'intéressants, sur les derniers jours de Monseigneur Paquet : " Mgr n'est tombé dangereusement malade que huit jours avant de mourir. Cependant, pendant tout l'hiver, un secret pressentiment qu'il ne pouvait dissimuler, et qui allait jusqu'à la persuasion, l'avertissait de sa fin prochaine; c'était bien là une grâce particulière du ciel. Aussi, sous l'empire de ce sentiment, le vénérable malade sembla redoubler de fer-

12. Après avoir visité l'orphelinat de son ami, Mgr Paquet dans son journal (28 juin 1889) fait cette remarque qui montre combien le prélat, même éloigné du Séminaire, y restait toujours présent de cœur: "Xe Séminaire pourrait avec avantage faire venir une couple de jardiniers pris parmi les orphelins. J'en ai parlé à M. Costa de Beauregard qui m'a promis que nous serions très bien servis. On fait à l'orphelinat une magnifique culture de légumes, de fruits et de fleurs."

veur dans ses exercices religieux auxquels, du reste, il avait toujours été inviolablement fidèle, et uni des derniers livres qu'il ait ouverts, et qu'une main amie a trouvé sur sa table le jour de sa mort, est un ouvrage de piété sur la manière de se bien préparer à la mort.

" Les funérailles, célébrées à la Basilique, ont été des plus belles qui puissent honorer la mémoire d'un prêtre. Presque toute la ville de Québec, et tout le clergé du diocèse, sans compter grand nombre d'étrangers, y assistaient. "

Lorsque Monseigneur Benjamin Paquet mourut, les lettres et les télégrammes de condoléances affluèrent de toutes parts. Ce fut un concert de louanges. Les funérailles qui eurent lieu à Québec, dans la Basilique, comme nous venons de le voir, la chapelle du Séminaire n'étant pas encore terminée, furent extraordinai rement imposantes. Le service fut chanté par sa Grandeur Mgr L.-X. Bégin 13, archevêque de Québec, et ami intime du défunt ; et s'il n'y eut pas d'éloge funèbre en cette circonstance, c'est que les règles du Séminaire s'opposent à ce que pareil éloge soit prononcé le jour des funérailles d'un de ses membres.

Nous terminerons ce chapitre par quelques extraits d'un bel article paru alors dans le " Catholic Record ", et qui semble dû à la plume d'un ancien élève de Mgr Paquet :

Par la mort de Mgr Benj. Paquet, l'Université Laval a perdu un ami véritable et fidèle. Il a consacré le meilleur de sa vie et de ses talents au progrès de cette institution dont la position actuelle dans le monde intellectuel est due, dans une bonne mesure, à sa prévoyance et à son infatigable labeur. Mgr Paquet était appelé par instinct et par éducation à prendre une large part dans le développement des destinées

13. Le Cardinal Bégin rendit (nous le verrons plus loin) ce même suprême devoir à son autre ami d'études, l'abbé L.-H. Paquet, frère de Mgr Benjamin.

de ce grand établissement scientifique. Non seulement il pouvait réclamer sa bonne part de sagesse acquise par l'expérience des années, mais encore une connaissance de la nature humaine qui dépouille l'âme de tout orgueil et de toute rigueur et y laisse la bonté. Cette bonté a été souvent mise à l'épreuve par ceux qui lui devaient autre chose que de l'ingratitude, mais il ne s'en est jamais départi, embellissant sa vie par la charité et l'humilité et aidant aux autres à comprendre que le succès digne de ce nom doit être appuyé sur ces vertus. Il était franc comme l'acier pour ses amis, excellent conseiller et camarade même de ses élèves. Prompt à la censure quand il se passait quelque chose compromettant la discipline, c'était pourtant un directeur d'ime sage tolérance, enclin à excuser et à s'en prendre à l'irréflexion î Qui, parmi le grand nombre de ceux qui l'ont appelé un jour directeur, ne reconnaîtra pas en lui un bienfaiteur spirituel? Ils sont tous dans les champs toujours plus grands de la moisson : quelques-uns dans les villes et les collèges, ou à la campagne ; d'autres à la faction de la sentinelle dans le Xord- Ouest et autres pays de missions, mais tous, en apprenant qu'il est entré dans la demeure éternelle, sentiront qu'ils ont perdu un ami.

Les restes mortels de Mgr Benj. Paquet reposent, comme il a été dit, clans le caveau de la chapelle du Séminaire dont la reconstruction, après l'incendie de 1888, fut commencée sous sa direction. Cette chapelle et l'autel Sainte-Anne, près du sanctuaire, côté de l'Epitre. qui est un don personnel du regretté prélat, s'ajoutent à bien d'autres œuvres pour garder et immortaliser son souvenir.

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