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CHAPITRE NEUVIEME

L'Abbé Louis-Honoré Paquet

Louis-Honoré, autre fils de Etienne Paquet, naquit à Saint-Nicolas, comté de Lévis, le 23 octobre 1838. Il était donc plus jeune que son frère Benjamin de six ans et sept mois. Le douzième enfant de cette belle et nombreuse famille que nos lecteurs connaissent, il reçut le baptême des mains de M. Etienne Baillargeon, frère de Mgr Baillargeon, archevêque de Québec.

Les premières années de son enfance se passèrent dans sa paroisse natale. Son activité, qui était débordante, eut pour premier aliment les travaux de la ferme et les cours primaires de l'école paroissiale. Ajoutons que la pêche et la chasse furent les délassements favoris du jeune écolier. Il conserva pour ce sport, honnête et sain, un goût prononcé. Il y devint d'une habileté peu commune et conquit souvent l'admiration de ses compagnons d'amusements. Lors de ses noces d'or, répondant à une adresse que les scolastiques des Frères Mineurs de Québec lui avaient présentée, et au cours de laquelle les étudiants, visant le héros du jour, n'avaient pas manqué de lancer d'aimables traits, en vers et en proses, à l'adresse des pêcheurs et des chasseurs, l'abbé Paquet leur fit en souriant la confidence que voici : " On s'étonne parfois de me voir si vigoureux et si bien portant, moi qui, toute ma vie, semblais être aux portes du tombeau \ Le secret de cette

1. Prêtre du Séminaire pendant de longues années, l'abbé Paquet partait pour le vacances, exténué et presque mourant. Au bout de

vieillesse toujours robuste, je vais vous le donner: c'est que j'ai toujours été bon chasseur et bon pêcheur "! "

L'un des convives ht remarquer avec autant de vérité que de finesse que ce n'était là que le symbole d'une chasse et d'une pêche d'un ordre plus élevé.

En effet, dans les vues de la divine Providence, le pêcheur de poissons devait plus tard, comme autrefois l'apôtre saint Pierre, se faire pêcheur d'âmes. Le curé de la paroisse qui s'intéressait à la famille Paquet, ne tarda pas à entrevoir dans le jeune Louis-Honoré une intelligence peu commune et des talents précoces. Aussi, avait-il conseillé cà ses parents de lui procurer une éducation plus soignée, comme on l'avait fait pour son frère Benjamin, entré au séminaire quelques années auparavant.

En 1850, Louis-Honoré Paquet commençait ses études classiques au Séminaire de Québec, où il brilla bientôt au tout premier rang. Il suffit de parcourir les palmarès de cette époque, et la liste des premiers de classes, publiée dans * l'Abeille ", pour constater quels succès notre écolier savait s'assurer par son travail et son talent. Ses principaux émules étaient Alexis Pelletier, devenu plus tard le fougueux polémiste, et Laurent Catellier, le futur professeur à la Faculté

deux mois passés sur le bord des lacs ou près de la forêt, il revenait tout transformé. Il disait avec cette pointe d'humour qui allait si bien sur ses lèvres : M La civilisation me tue ".

2. On raconte avec plaisir, dans la famille Paquet, le trait suivant qui nous montre en même temps que le caractère joyeux et l'esprit éveillé de l'abbé Paquet, son expérience et sa prévoyance dans les choses cygénétiques. Un jour d'automne, qu'il avait fait le projet d'aller à "la chasse dans les bois de Saint-Xicolas, il envoya à la bonne ménagère de l'Ermitage, où Mgr Benjamin, son frère, passait la vacance, le télégramme suivant. "Attachez Pop! Faites tremper bottes!' Et à son arrivée à l'Ermitage, le chien attaché à la patte du poêle, était là pour lui témoigner par ses gambades sa joie de le revoir; et les " bottes sauvages ", bien trempées et égouttées, étaient prêtes pour une excursion fructueuse dans les taillis giboyeux.

de Médecine. A la fin de ses études, il remporta aisément le diplôme de bachelier-ès-arts.

Pendant l'année qui termina ses études classiques, c'est-àdie en 1858-59, L-H. Paquet fut l'un des ouvriers les plus actifs de la résurrection de " l'Abeille " fondée en 1848 et qui avait cessé de paraître en 1854. Il écrivit en particulier sur le procès de Montalembert, sur l'affaire Mortara où il prit la défense du Pape, sur le " Plan d'Etudes " du Petit Séminaire de Paris, sur les Indes, sur une récente découverte scientifique. Il prit une part prépondérante à une discussion sur l'éducation organisée pour célébrer le 200e anniversaire de l'arrivée de Mgr de Laval.

Dieu l'appelait au sacerdoce. Il entra sans tarder dans l'état ecclésiastique, au grand séminaire de Québec, où il se distingua par son travail et sa régularité. De 1859 à 1861, l'abbé Paquet, tout en poursuivant ses études théologiques, remplit à l'Archevêché les fonctions de sous7secrétaire, et en 1860, il accompagna l'Evêque pendant la visite pastorale. Il fut ordonné prêtre le 21 septembre 1862. Dès l'année suivante, les directeurs du Séminaire, voyant quelles espérances ils pouvaient fonder sur lui, renvoyèrent à Rome compléter ses études, en même temps que son frère Benjamin, plus âgé que lui, et le jeune abbé L.-X. Bégin, devenu plus tard archevêque de Québec et cardinal de l'Eglise Romaine.

Quelle fut l'impression causée par l'abbé Louis-Honoré et quels succès remporta-t-il au Séminaire français de Rome? Monsieur le chanoine Barbot, une des personalités les plus marquantes du diocèse, de Poitiers, France, et en même temps un des anciens condisciples de notre abbé canadien, nous l'apprend dans une note qu'il publia quelques jours après la mort de son très cher ami 3.

3. L'abbé Louis-Honoré Paquet : Echos et Glanures, pp. 34-34 (Québec, 1916).

Quand les trois jeunes canadiens parurent à Rome, la rentrée battait son plein à Sauta Chiara. On s'empressa, curieux, autour des nouveaux venus, qui s'appelaient euxmêmes, en riant, des sauvages. On loua copieusement le futur Cardinal et le futur Monsignore : ils étaient si avenants, si bons, et s'affirmaient déjà très remarquables.

Pour Fabbé Louis-Honoré, huit jours n'étaient pas écoulés, qu'on le définissait : C'est un charmeur. Tant il se montrait à l'aise et mettait tout le monde à l'aise : tant il recrutait déjà d'amis.

De quoi était fait ce charme? De tout ce qu'il était: distinction, bonté, entrain, attraction cordiale, sans prétention, et aussi, je crois, beaucoup d'oubli de soi-même.

Il savait s'assortir aux hommes et aux choses : butinant partout, comme l'abeille, le bien et le beau: et, malgré sa santé chétive, faisant rayonner sur tout, son contentement et sa belle humeur.

Cette voix d'outre-mer .nous montre bien le beau et riche caractère de l'abbé Louis-Honoré Paquet. Du reste l'étudiant romain était aussi ardent au travail qu'aimable pour ses confrères. Il menait de front les études théologiques où il brillait par sa facilité et sa pénétration \ et l'étude de l'italien qu'il apprit bientôt à parler admirablement. Son examen de Licence eut un vif succès. Quelle sûreté d'esprit et quelle facilité de langage. Ce fut une fête et pour ses professeurs et pour les élèves. Ce " petit coq français ", observa l'un des examinateurs, chante déjà son doctorat en théologie! Le doctorat fut obtenu sans peine.

A son retour de Rome, l'abbé L.-H. Paquet succéda comme

4. On raconte qu'un répétiteur, médiocrement qualitié, ayant été nommé au séminaire français, î'abbé L.-H. Paquet fut des premiers à jauger cette non-valeur, et qu'il fut désigné par ses confrères auprès du Supérieur pour aller réclamer un changement. Le changement ne se fit pas attendre.

professeur de philosophie à l'abbé Chandonnet \; puis en 1869, à la suite d'un repos que sa santé chancelante lui força de prendre dans le Sud des Etats-Unis, il fut chargé de l'une des deux chaires de Dogme à l'Université Laval. Son enseignement fut très apprécié. Le jeune professeur se distinguait par une élocution très pure, très aisée, et par une clarté d'idées et d'expression exceptionnellement rare, choses toujours aimées des élèves.

Un de ses anciens élèves, aujourd'hui curé dans le diocèse de Québec, nous disait récemment, en parlant de l'abbé Paquet, que ce professeur d'université, par la force de son esprit, la précision de sa pensée, et l'éclat limpide de sa parole, était vraiment à la hauteur de sa fonction. " On l'aimait, ditil, on le vénérait, et en même temps il nous en imposait à tous. Puis il narrait si bien que c'était une de nos jouissances les plus douces que de l'entendre. "

En effet, l'abbé L.-H. Paquet se fit toujours remarquer par une grande correction de langage, un bon goût littéraire accompli, un tact et une noblesse naturelle qui subjuguaient tous ceux qui avaient le bonheur de le connaître et d'assister à ses leçons- Il excellait dans la discussion des questions de doctrine.

L'enseignement qu'il donna à l'Université pendant près d'un quart de siècle n'absorba pas complètement le professeur de dogme. Il sut trouver des moments libres qu'il consacra au ministère des âmes et à la prédication. L'abbé Paquet se plaça sans effort au premier rang des orateurs sacrés de son tem/ps. Il avait reçu du ciel le don précieux de la parole, et ce don, rehaussé par une voix sonore et d'un

5. Un de ses élèves a écrit de lui : " Ce professeur aurait pu dire en toute vérité: le Seigneur m'a tout donné, excepté la santé" (Chanoine Gosselin, Les étapes d'une classe, p. 178).

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timbre métallique, était vraiment remarquable6. Il lui a permis de s'illustrer dans tous les genres d'éloquence religieuse, soit dans l'homélie, soit dans le sermon, soit dans la conférence, ou dans le discours de circonstance et les improvisations.

L'abbé L.-H. Paquet écrivait peu. Sa grande facilité de parole le dispensait le plus souvent de la préparation laborieuse des mots : un plan, un canevas de discours, fait de quelques Idées maîtresses lui suffisait. Aussi, après sa mort, ce fut une tâche très difficile que de réunir en quelques chapitres ce qui constitue son œuvre oratoire. Des mains pieuses ont sauvé de la destruction et de l'oubli les restes de sa pensée et les échos de sa parole, en consignant dans des pages durables ce qui semblait digne d'être conservé et ce qui pouvait être un sujet d'édification pour les âmes religieuses qui lui survivent, en particulier au Monastère des Religieuses Franciscaines de Québec. Les mains pieuses qui ont fait revivre la plupart des sermons de l'abbé Paquet 7 dans un volume de près de 400 pages, ce sont, croyons-nous, celles de Mgr L.-A. Paquet, son neveu. Ce volume qui offre un grand intérêt, a pour titre L'abbé Louis-Honoré Paquet, Echos et Glamtres. Le chapitre qui sert d'avant-propos aurait sa place

6. Voir l'appréciation qui en est donnée dans les Echos et Glanures, pp. 80-83. L'abbé Paquet était un maître dans Part de bien dire. Très bien doué par la nature, il avait pris, comme son frère Benjamin, quelques leçons du célèbre Delsarte, et il en donna lui-même, au Petit Séminaire de Québec et dans quelques-uns de nos couvents, qui eurent une influence sérieuse. C'est au temps de ses leçons de lecture et de diction, et pour le récompenser des services qu'il rendait ainsi à la langue française, que le gouvernement français lui conféra le titre et les insignes d'Officier de l'Instruction publique. L'abbé Paquet, si modeste, ne se prévalut jamais de cette distinction.

7. Xous disons " la plupart " ; car trois des meilleurs discours de l'abbé L.-H. Paquet ont été imprimés, du vivant de l'auteur, dans le beau volume préparé en 1Q12 par le Rév. Père Alexandre M. Couget, O. F. M., et qui est intitulé: Souvenir des Noces d'or sacerdotales de Monsieur l'abbé L.-H. Paquet.

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dans cette courte biogaphiè, si l'espace le permettait ; c'est un coup d'œil d'une grande justesse sur l'œuvre oratoire de l'abbé Paquet. Nous le résumons.

La carrière d'orateur sacré de l'abbé L.-H. Paquet s'ouvre à Québec, en 1867. Tantôt dans la vieille capitale, tantôt dans les paroisses environnantes, et jusque dans les Etats- Unis, où il passa deux hivers, le jeune orateur se fait remarquer par sa façon de prêcher, si nette, si claire, et si à la portée de l'auditoire où il se trouve. Car c'est toujours avec tact et avec un grand sens de l'opportunité qu'il parle.

En 1870, l'abbé Louis-Honoré Paquet, encore jeune prêtre, fut choisi pour faire l'éloge de Monseigneur Baillargeon, quinzième évêque de Québec. Le succès qu'il remporta fut considérable. L'abbé fut hautement et sincèrement admiré par l'auditoire nombreux et distingué qui était accouru à la Basilique de Québec. Le sermon qu'il prononça fut déclaré un des mieux faits et un des mieux dits. Pourtant l'orateur n'avait eu que peu de temps à y consacrer. C'est un contemporain 8 qui nous l'apprend clans une lettre intime écrite à un ami :

L'avant-veille des funérailles de Monseigneur Baillargeon, je rencontrai l'abbé L.-H. Paquet, mon condisciple et mon ami, et je lui demandai : " Qui donc fait l'éloge funèbre de Mgr l'archevêque de Québec? — Ce n'est pas moi assurément; j'eusse été averti. "

Et le soir m:ême, de retour dans sa chambre, au Séminaire, il trouva une lettre lui demandant de bien vouloir faire le panégyrique de Mgr Baillargeon.

Le surlendemain, j'étais curieux de savoir comment l'ab-

8. M. le Dr Laurent Catellier de Québec, confrère de classe de

l'abbé Paquet, très intimement Hé avec ce dernier, et qui a suivi de

près son ami dans la tombe. (Sur le Dr Catellier, voir l'Annuaire de l'Université Laval, 1918-1919).

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bé Paquet s'en tirerait. Je me rendis de bonne heure à la Basilique. Déjà, il n'y avait plus de place. Tous les bancs étaient occupés dans la nef et dans les jubés. L'abbé L.-H. Paquet prêcha, et ce fut un sermon qui dépassa en éloquence tous ceux que j'avais entendus de lui. Et pourtant, il n'avait eu qu'une douzaine d'heures pour se préparer.

Ce fut lui qui fut choisi, en 1872, pour faire le sermon sur la présence réelle de Notre-Seigneur dans la divine Eucharistie, à l'inauguration des Quarante-Heures dans le diocèse de Québec. Cette manifestation solennelle eut lieu à la Basilique le premier de décembre. Depuis, chaque année, à la même date, les QuaranterHeures oint lieu à la Basilique, pour se succéder sans interruption ,penda<nt toute l'année, dans les églises et chapelles du diocèse de Québec. La même coutume s'est ensuite établie dans tous les autres diocèses du Canada. On verra dans la suite de cette notice comment l'abbé Paquet, appelé sur un autre théâtre, consacra les vingt dernières années de sa vie à cette œuvre si salutaire de l'adoration perpétuelle.

A l'occasion du 600e anniversaire de la mort de saint Thomas, en 1874, l'abbé L.-H. Paquet, qui était alors dans toute la force de son talent oratoire, fit à l'Université Laval l'éloge de l'Ange de l'Ecole. Il obtint un grand succès, le plus beau peut-être de toute sa carrière. Le discours qu'il prononça, parfait de forme et d'une haute allure philosophique et académique, fut publié au complet clans le " Courrier du Canada ". Plus tard, il fut mis en brochure avec le panégyrique du saint prononcé le même jour à la Basilique par le Rév. Père Bourgeois, dominicain, et un sermon sur le même sujet fait à Saint-Hyacinthe par l'abbé L.-X. Bégin. Le lendemain de la belle fête universitaire où tout le public instruit s'était donné rendez-vous, le " Journal de Québec " disait: " Le fait le plus saillant de cette séance a été le dis-

cours de M. l'abbé Louis-Honoré Paquet, professeur de théologie à l'Université Laval : c'est un morceau d'éloquence modèle."

De 1874 à 1895, époque où il fut nommé aumônier des Sœurs Franciscaines de Québec, l'abbé Paquet fit un grand nombre de sermons et de conférences. Parmi celles de ces œuvres oratoires dont les sujets sont connus, mentionnons: un sermon sur le ciel, prononcé à la Basilique de Québec, en la fête de l'Ascension, le 25 mai 1876; un sermon sur la Papauté, au même endroit, en présence du Délégué du Saint- Siège, le 31 mai T877; deux séries de conférences données à l'Université Laval, l'une sur le droit public de l'Eglise, l'autre sur le droit naturel et social ; l'éloge funèbre de Monseigneur Dominique Racine, premier évêque de Chicoutimi ; les sermons du Carême de 1893, à la Basilique; et un grand nombre d'autres conférences, sermons, discours patriotiques, etc., mentionnés dans le volume déjà cité " Echos et Glanures ", auquel nous renvoyons le lecteur.

Nous croyons devoir ajouter que l'abbé Paquet savait très bien l'anglais, et que dans plusieurs circonstances, il fut appelé à prononcer des sermons et des allocutions dans cette langue. D'une lettre écrite par l'abbé L.-N. Bégin (19 mars 1875) à son ami l'abbé Benjamin Paquet alors à Rome, et qu'on a mise sous nos yeux, nous détachons ces deux phrases : " Vous dirais-je que Monsieur Louis prêche actuellement la retraite annuelle des Religieuses de l'Hôpital-Général avec un succès qui jette les bonnes sœurs dans le ravissement! Vous dirais-je qu'il a fait un speech en anglais au concert de la Saint-Patrice de Sillery, lequel speech a failli soulever le toit de la salle par suite des applaudissements frénétiques qu'il a provoqués ! " C'était l'exacte vérité 9.

9. On raconte qu'une dame irlandaise, sous le coup de l'enthousiasme, ne put se défendre d'aller complimenter l'abbé Paquet, et

Cette revue que nous venons de faire de l'œuvre oratoire de l'abbé L.-H. Paquet, tout incomplète qu'elle est, nous donne toutefois une idée de la place très remarquable que ce prêtre québecquois devra tenir dans l'histoire de l'éloquence canadienne- française 10.

Le don séduisant de la parole dont il était doué permit à l'abbé d'étendre son influence sacerdotale bien au delà des limites de la tribune ou de la chaire. Le bien qu'il ht dans ses relations sociales ne peut être calculé. Que d'idées fausses il a redressées! que de consciences dévoyées il a éclairées! et que d'âmes, parmi nos frères séparés, il a ramenées à l'Eglise ! Il avait un talent tout particulier pour insinuer dans l'esprit des protestants la vérité, toute la vérité, sans les heurter ni les froisser.

Dans un article fort beau que l'honorable Juge Routhier a publié dans la " Revue eucharistique " peu de temps après la mort de l'abbé Paquet, et qui a été reproduit en tête des " Echos et Glanures ", nous trouvons le récit de plusieurs conversions vraiment touchantes ll, lesquelles font le meilleur éloge du zèle, de la science et du tact de ce prêtre très distingué chez qui, sous les dehors les plus aimables, se cachait le théologien et l'apôtre.

L'abbé L.-H. Paquet semblait avoir tous les talents, et il au« rait. certes, pu se distinguer dans toutes les carrières. Cette

d'agrémenter ce compliment en ajoutant que sans doute sa mère était de sang irlandais. La langue si pure, l'accent si juste de l'orateur avait créé cette impression.

10. Voir l'abbé Camille Roy, Manuel d'histoire de la littérature française, p. 92.

11. Nous ne croyons pas être indiscret en disant que les trois personnages dont il est question dans cet article, et sur lesquels l'abbé Pâ-

universalité de facultés lui avait créé des relations très nombreuses dans le monde, dont il aurait pu tirer parti pour arriver aux honneurs et à la richesse; mais il s'en servit pour le salut des âmes et pour la gloire de Dieu ; il s'en servit spécialement pour l'œuvre de prédilection à laquelle il consacra une bonne partie de sa vie, nous avons nommé le monastère et l'église des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, à Québec.

C'est en 1895 que Mgr l'archevêque de Québec, voulant fournir à l'abbé Paquet un champ d'action plus en rapport avec son état de santé, le «nomma aumônier de la communauté que nous venons de mentionner. Ce n'était pas une sinécure ! Les religieuses franciscaines nouvellement arrivées étaient pauvres, et il fallait leur trouver les moyens de vivre et leur bâtir un couvent et une église qui devaient coûter plusieurs centaines de mille piastres ! Mais l'abbé Paquet, aussi habile homme d'affaires que savant professeur et brillant prédicateur, se mit courageusement à l'œuvre. Comme le séraphique François d'Assise, il avait une confiance absolue dans la divine Providence. Cette confiance fut pour lui un stimulant, et le soutint sans cesse dans la tâche ardue que son Ordinaire lui avait confiée. Il se donna tout entier à cette pieuse entreprise qui était à l'honneur et à la louange de Jésus-Hostie. Et quelques années plus tard, à la place où se trouvait jadis une misérable masure, on vit s'élever un vaste couvent et une superbe église dont l'intérieur orné de colonnes et de balcons, peut être regardé comme un modèle d'architecture. La coupole de ce beau temple qui attire chaque été des flots de visiteurs, et qui fait la gloire de Québec, est un véritable dia-

quet exerça une influence si heureuse, sont feu Albert Lefaivre, ancien consul français à Québec, M. le professeur Oliver, aujourd'hui prêtre, et feu Monsieur Duggan, seigneur de la Malbaie.

dénie- tout étincelant le jour des grandes illuminations, et digne de couronner le sanctuaire et l'autel de marbre précieux où le Très Saint Sacrement est exposé, jour et nuit, à la vénération de fidèles adoratrices.

Le monument érigé sur la Grande Allée en l'honneur de Jésus-Hostie, et pour le bien des âmes, redit les grandeurs de la foi catholique dans la vieille capitale. Il rappelle en même temps la générosité des nombreux donateurs et bien-, faiteurs qui ont contribué à l'œuvre de l'Adoration perpétuelle, et il proclame le zèle intelligent et infatigable et l'admirable charité du prêtre qui a fondé cette œuvre et qui lui a assuré des moyens durables d'existence.

A son entrée en charge d'aumônier au couvent des Sœurs Franciscaines, l'abbé Paquet se traça un programme: i° créer à Québec un foyer d'adoration pour le Très Saint Sacrement ; 2° former des Sœurs adoratrices et grouper autour de ce centre des concours précieux et des sympathies généreuses. Ce programme, plus difficile d'exécution qu'il n'en avait l'apparence, il le suivit à la lettre, et on vient de voir comment il mena à bonne fin la fondation qu'on lui avait confiée.

L'œuvre de l'Adoration perpétuelle dans la ville de Québec, était donc en bonne voie. Mais il fallait à cette œuvre nouvelle, et encore peu connue dans le diocèse, un organe : l'abbé Paquet fonda la " Revue Eucharistique ", et cette revue pieuse, imprimée par les Sœurs elles-mêmes, se développa rapidement grâce à l'activité et au dévouement de son directeur, grâce à ses talents d'écrivain, et grâce aussi à son talent d'administration. L'organisation de l'imprimerie franciscaine missionnaire, imprimerie si bien outillée, est une preuve, entre mille, de ce grand talent administratif.

Et c'est cette même habileté dans les affaires, qui, en 1900, à la mort de Mgr Benjamin Paquet, fit choisir unanime-

nient l'aumônier des SS. Franciscaines comme directeur de la Caisse d'Economie; charge que celui-ci n'a cessé de remplir jusqu'à ses derniers jours, et qui lui a permis de rendre, par ses avis si éclairés, les services les plus imlportants.

Quoique l'œuvre du Très Saint Sacrement et la direction de la communauté des Sœurs Franciscaines fussent l'objet principal de ses occupations, elles ne limitèrent pas cependant l'activité de l'abbé Paquet. Il s'occupa aussi du Tiers- Ordre de Saint-François dans la ville de Québec. Il fonda dans la chapelle des Sœurs Fanciscaines la Fraternité du Très-Saint-Sacrement. Cette fraternité compte aujourd'hui plus de huit cents membres actifs.

Ajoutons à la liste des œuvres religieuses accomplies par l'abbé Paquet celle des Franciscains de Québec qui y arrivèrent en 1900, et dont il fut dès la première heure le protecteur et le guide. Il voulut même accepter d'être leur "Syndic apostolique ", poste qu'il occupa jusqu'à sa mort.

Les talents si remarquables de l'abbé L.-H. Paquet n'étaient pas ceux d'une intelligence froide et d'une âme toute absorbée par les soins vulgaires de la vie. Il possédait au plus haut degré les dons du cœur et de l'esprit qui rendent l'homme aimable et sociable, et qui le font rechercher non seulement de ses proches, mais d'un grand nombre d'amis 12. Il causait admirablement, et avec une distinction qui n'ex-

12. L'abbé Louis-Honoré, comme son frère Mgr Benjamin, avait en effet beaucoup d'amis, et au Canada, et en Europe. Voulant revoir, avant de mourir, cette Europe où il avait fait, jeune prêtre, un séjour de trois ans, il se rendit à Rome en 1904 avec son neveu Mgr Louis-

clnait ni la verve, ni les saillies, ni la gaîté. C'était tm artiste, parleur élégant, causeur écouté, bon musicien et bon chantre.

Il jouissait, dans la plus haute société, de cette considération qu'impose la valeur intellectuelle, et que provoque l'agrément d'une conversation à la fois digne, sensée et joviale. Le juge Routhier a écrit de lui : " C'était un homme complet, et le mieux équilibré que j'aie connu.''

Que de souvenirs joyeux et émouvants il a laissés dans sa famille et parmi ses confrères! Ecoutons M. le Chanoine Barbot que nous avons déjà cité, rappeler les qualités de son ami Paquet 1S:

Il était aussi ardent à la distraction qu'au travail, traitant tout en virtuose, tout jusqu'à ses délassements et à ses promenades.

Quand de sa voix claire, il nous chantait les vieilles chansons canadiennes, on se groupait autour de lui. Et lorsque d'une voix qui, après avoir ri, s'oubliait parfois à l'émotion, il soupirait :

et ton ami.

L'oiseau bleu, s'est endormi.

on aurait pleuré volontiers, et l'on passait avec lui sur d'autres rivages.

Adolphe et y passa l'hiver. Il assista le 8 décembre, dans la basilique de Saint-Pierre, aux fêtes grandioses du Cinquantenaire de la définition du dogme de l'Immaculée Conception. Il retrouva pendant ce voyage plusieurs de ses anciennes connaissances : à Rome même, le Père Eschbach, théologien distingué du Séminaire français, et Mgr Pillet, l'un de ses anciens compagnons d'étude, auteur d'un Essai de Code de Droit canonique, et membre de la Commission chargée de codifier le Droit canonique; dans le diocèse de Poitiers, trois de ses anciens condisciples et amis, le chanoine Lépine, Supérieur du Séminaire, le chanoine Barbot, curé-archiprêtre de Loudun, l'abbé Gabard, curé de St- Aubin de Baubigné ; à Paris, le T. R. P. Léonard, provincial des Franciscains, qu'il avait connu à Québec, et à Versailles, Monsieur Lefaivre qui lui devait son retour à la foi et aux pratiques religieuses,

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