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libérer au moyen d'annuités à long terme, et avant le droit d'émettre et de négocier des obligations ou lettres de gage portant un intérêt annuel et remboursable, soit au pair, soit avec des lots ou des primes ". La pétition était signée par quatre français, MM. Cahen d'Anvers. Joubert, Sautter et Moranges, et par quatre canadiens, les honorables J.-A. Chapleau, E.-T. Paquet, J. Wùrtele, et AI. L.-X. Carrier.
Très heureux de voir s'établir ainsi entre le Canada et la France des relations sérieuses et durables, les financiers français avaient cru devoir reconnaitre, par une compensation pécuniaire très légitime, les immenses services à eux rendus par ceux de leurs amis canadiens qui les avaient le plus aidés dans cette affaire. Ce fut le prétexte d'une tempête soulevée contre AI. Paquet par ses adversaires politiques.
Ceux-ci lui en voulaient d'être entré dans le cabinet de coalition dont il faisait partie depuis la fin d'octobre 1879. Soit qu'il eût des griefs d'intérêt public contre l'administration Joly, et qu'il désapprouvât certaines doctrines de quelques-uns de ses partisans, soit qu'il jugeât dommageable à la province la situation d'un gouvernement n'ayant qu'une majorité très minime à la législature et tenu en échec par une majorité hostile dans le Conseil, AI. Paquet s'était détaché, avec quatre autres députés, des rangs de l'armée libérale, et avait accepté les fonctions de Secrétaire provincial dans le cabinet Chapleau.
Le 3 mai et le 10 mai 1881, Thon. M. Paquet fit en Chambre des déclarations empreintes de cette franchise et de cette parfaite honnêteté qui marquèrent toujours son caractère d'homlne privé et d'homme public. Nous en extrayons les paroles suivantes :
Un ministre, pas plus qu'un député, ne doit être privé de travailler pour lui-même et pour sa famille, et de pourvoir à
son avenir. J'ai dit et j'affirme encore, que je n'ai rien reçu et que l'on ne m'a rien offert, ni directement ni indirectement, dans le but de faciliter l'adoption d'une mesure quelconque qui dépend de la Législature de la province de Québec J'ai dit aussi que la compagnie du crédit foncier dont je suis un des administrateurs n'a payé, ni à moi ni à personne autre, aucune somme d'argent, si ce n'est les honoraires de ses officiers : je ne suis pas un de ceux-là, ne recevant aucun traitement de la société hors les jetons de présence pour chaque assemblée du conseil d'administration auquel j'assiste. Cependant, après la protestation que je viens de faire, et pour éviter tout soupçon et tout embarras à mes collègues comme à mies amis, et pour ne pas faire perdre inutilement le temps de la Chambre et l'argent du public dans des discussions oiseuses, sur un sujet qui n'est pas de la compétence de la Chambre, je n'ai aucune objection à dire que les banquiers qui ont contribué avec moi à la formation du Crédit foncier, et qui ont recueilli les bénéfices légitimes du succès de cette entreprise en France, ont alloué aux promoteurs une certaine somme, à même leurs profits, pour leur collaboration dans cette entreprise. J'ai accepté ce qui m'était légitimement offert, et ce que j'ai cru être légitimement dû, pour ma part de travail dans la création de cette compagnie. Avec cette somme, j'ai payé les déboursés considérables que j'avais faits en rapport avec cette entreprise, j'ai payé les premiers versements de ma souscription au capital-actions de la compagnie, et je ferai de la balance l'usage que bon me semblera 5.
Cette déclaration fut accueillie avec satisfaction par presque toute la presse de Québec. Nous reproduisons du "Journal de Québec" (14 mai 1881) les remarques qui suivent:
5. Nous renvoyons le lecteur aux principaux témoignages de l'enquête tenue, en Chambre, sur cette affaire. Le rapport de la Chambre, adopté à l'unanimité, confirme pleinement la déclaration faite par M. Paquet. (Cf. Journaux de l'Assemblée législative de 1881, page 227).
Le Chronicle consacre un grand article pour démontrer que l'argent payé à l'honorable M. Paquet lui a été donné, non pour ses services parlementaires, mais pour ses services extraparlementaires; qu'en acceptant l'argent, l'honorable secrétaire provincial n'a aucunement enfreint les règles de la Chambre, et n'a fait que ce qu'il avait droit de faire.
Après en avoir pris connaissance, le public demeurera convaincu que cette somme d'argent avait été placée au crédit de l'honorable secrétaire provincial sans qu'il l'eût demandée, et que les directeurs de Paris, en lui faisant cette part, si large qu'elle puisse être, m'avaient nullement l'intention d'influencer son vote. La déclaration même de l'honorable M. Paquet continue pleinement notre manière de voir. C'était tout simplement une récompense accordée au principal promoteur d'une entreprise dont tout le monde se plaît à reconnaître les avantages. Car il est au vu et au su du public que M. Paquet a consacré plusieurs années de son travail et fait de grands sacrifices pécuniaires pour faire réussir le projet de cette institution financière.
M. Paquet avait dit lui-même dans la séance du 3 mai: " Tout le monde sait bien que j'ai été le principal promoteur du Crédit foncier. Ce n'est un secret pour personne qu'il y a quatre ans que j'ai commencé l'organisation de cette société. " Dans une lettre du 7 mai 1881, M. L.-N. Carrier lui rendait ce témoignage: "L'institution du Crédit foncier est due en grande partie à vous. ' Le 20 octobre 1882, M. Etienne Moranges lui écrivait de Versailles : " Croyez bien que je n'oublie pas, et que je n'oublierai jamais que c'est avec vous que j'ai commencé et mené à bien les affaires du Canada. C'est assez vous dire que je vous tiens pour mon meilleur et mon plus solide associé dans l'œuvre à poursuivre pour ressefVer les liens du Canada avec la vieille mère patrie. '
Cette lettre laisse entendre d'autres projets de l'ordre économique que M. Moranges espérait' réaliser au Canada,
surtout par le concours cle l'honorable M. Paquet. Parmi ces projets entrait l'établissement d'une institution de crédit mobilier et agricole. M. Paquet entretint, a ce sujet, pendant plusieurs années, une correspondance très active avec son ami de France.
Comme ministre. M: Paquet s'occupait activement des affaires de son département sur lesquelles il était très renseigné. En 1880, il fit voter une loi importante concernant les asiles d'aliénés de la province, leur administration générale, et surtout les frais d'entretien des personnes qui y sont reçues. En 1881 , "grâce à ses efforts, le bill concernant le Québec Central fut amendé de façon à assurer le prolongement du Lévis et Kennebec jusqu'à l'eau profonde, en traversant les quartiers Notre-Dame et Lauzon, dans la ville de Lévis, où il y aura une station, et les villages de Bienville et de Lauzon" ("Journal de Québec", 15 juin 1881). M. Paquet fut de ceux qui appuyèrent de leur suffrage la prolongation de la durée du parlement provincial jusqu'à cinq ans, et qui s'opposèrent à l'abolition du Conseil législatif.
L'honorable E.-T. Paquet, avec le sens patriotique qui le distinguait, s'occupa aussi très activement de compléter et de mettre sur un meilleur pied les archives de la Nouvelle- France.
En 1880, paraissait dans le " Journal de Québec " une étude très élaborée sur nos archives et sur les statistiques, étude où l'on montrait ce qui avait été fait et ce qui restait à faire sous ce double rapport, et dans laquelle l'auteur disait:
Nous soumettons humblement ces remarques et ces recommandations aux honorables ministres de la province, et spécialement à l'honorable T. Paquet à qui il incombe, en sa qualité de registraire provincial, de s'occuper plus particulièrement de la question importante des archives. Nous les soumettons également aux membres de la législature, afin que,
le cas échéant, ils donnent aux ministres leur concours chaleureux, si, comme nous aimons à le croire, le Gouvernement, à sa prochaine session, demande un octroi spécial pour opérer ces réformes dont l'importance et même la nécessité ne sauraient être contestées.
M. Paquet, qui n'avait peut-être pas été étranger à cette étude, sut donner suite aux suggestions très importantes que l'on venait de faire. Le 4 mars 1881, il chargea, par nomination officielle, M. Eudore Evanturel, alors employé par l'historien Parkman dans les Archives de l'Etat du Massachusetts, de copier tous les documents qu'il y trouverait en rapport avec l'histoire de notre pays. Ces manuscrits, copiés par M. Evanturel, ont été imprimés depuis par le Gouvernement de Québec sous le titre de " Documents relatifs à la Nouvelle-France ".
Nous croyons que M. Paquet chargea M. Marmette d'une mission analogue en France.
En 1882, il fit adopter un projet de loi modifiant certaines dispositions du code municipal.
En 1883, il plaida avec succès la cause de ses électeurs demandant le parachèvement d'une route de colonisation, déjà commencée par le gouvernement, entre Saint-Etienne et Saint-Lambert. Dans cette même session, il fit un discours très documenté pour engager le gouvernement de la Province à prendre part à une exposition qui devait avoir lieu à Boston, et il prit, à cette occasion, la défense des Canadiens français des Etats-Unis qu'on avait grossièrement insultés. " Le Canadien français, dit-il, est laborieux, honnête, industrieux, partout homme d'ordre. Il respecte les lois du pays qui le protège de son drapeau. Il tient à la religion de ses pères, aux traditions de famille et de nationalité; c'est sa sauvegarde, comme c'est le salut de notre race. Il sera et il est aux Etats-Unis ce qu'il a été ici, le pionnier de la civilisation. "
M. Paquet parlait peu en Chambre. C'était un modeste. Toutefois, sous l'aiguillon d'une critique abusive, il savait sortir de cette modestie, et rompre éloquemment une lance avec les adversaires les plus rudes. Certains députés de l'époque rapprirent à leurs dépens ,;. L'appréciation faite par la presse, lors de son décès, nous paraît très juste: " M. Paquet était cloué d'une intelligence remarquable ainsi que d'un don de parole qu'il eût pu faire valoir davantage, si une grande timidité naturelle et une modestie excessive ne l'en eussent empêché. En certaines occasions, surtout devant les assemblées populaires, il se montra orateur vraiment éloquent 7. S«»n extérieur très digne, sa physionomie, sa voix, son geste, tout contribuait à lui assurer la sympathie de l'auditoire. ' M. Paquet avait une voix chaude, harmonieuse et vibrante. Son font large et noferfrson œil noir, limpide et profond, son sourire si affable, ses traits si bien dessinés, faisaient de lui Tune des figures les plus attachantes. M. Paul de Cazes qui l'avait bien connu disait de lui que s'il avait eu plus d'énergie ambitieuse, il aurait pu devenir aisément le premier ministre de sa province.
Un autre de ses contemporains, M. Alfred Cloutier, a tracé de l'honorable Paquet le portrait suivant que nous croyons très vrai, et qui confirme bien les appéciations précédentes:
Pendant que la jeunesse dorée de son temps battait le pavé des villes, en quête de plaisir, lui, l'humble jeune homme de la campagne, se formait et enrichissait son intelligence d'un précieux butin.
C'était une figure à part que celle de Théodore Paquet. Il fallait le connaître intimement pour être à même d'appré-