Evénement, 29 mai
éprendre trois volumes: le premier, ayant pour objet les prêtres natifs de Saint-Nicolas: le second, traitant de Saint- Nicolas au point de vue religieux: le troisième, faisant connaître l'histoire civile de la paroisse. La première partie de ce travail fut publiée en 1894. L'auteur amassa, sur les deux autres parties, beaucoup de matériaux : mais les circonstances ne lui permirent pas de livrer ces notes à la publicité.
Dans l'avant-propos du volume qu'il fit paraître, M. Paquet rend au clergé canadien un très bel hommage. Ces paroles tombées d'une plume laïque méritent d'être reproduites ici. Elles peignent fidèlement le solide chrétien à qui nous les devons :
L'histoire de la totalité de nos paroisses canadiennesfrançaises, écrit l'honorable M. Paquet, converge vers un centre unique qui est le prêtre, le curé. A lui. de près ou de loin, et presque toujours avec raison, se rattachent, non seulement tous les actes solennels de la vie religieuse, mais encore, et dans les paroisses nouvelles en particulier, les choses et la marche de la vie civile. Il est le médecin des âmes, le directeur des intelligences, le conseiller des familles. Aux uns. il enseigne les meilleures méthodes d'agriculture : il les encourage dans leurs rudes labeurs, les soutient, et par l'exemple leur montre le chemin du progrès. Aux autres il conseille la prudenec dans les affaires, la règle dans les habitudes et une sage modération. A tous, en un mot, suivant l'exemple du Divin Maitre, il prêche la paix, l'union, la charité. Et c'est là, disons-le, le ressort le plus puissant, le gage de virilité et de prospérité de notre race. Car, autant il est vrai que l'union fait la force, autant les divisions, les ambitions déplacées, l'orgueil vain et stupide. pour tout dire, constituent la pierre d'achoppement de nos paroisses, et, sur un plus vaste théâtre, de notre nationalité.
M. Paquet se disposait aussi à écrire l'histoire du Crédit foncier franco-canadien. Nul mieux que le promoteur prin-
cipal de cette œuvre n'était qualifié pour le faire. Il a laissé sur ce sujet, des documents aussi précieu'x qu'authentiques. Espérons qu'il se trouvera quelqu'un pour utiliser un jour tous ces matériaux. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que, dans les archives de famille de Thon. M. Paquet, sont contenues beaucoup de pièces importantes relatives à l'histoire politique d'une des périodes les plus mouvementées de la vie civile de notre province.
M. Paquet écrivait avec facilité, précision et élégance. L'une des meilleures preuves que l'on a de ses qualités d'écrivain, c'est la belle étude qu'il fit paraître dans la " Minerve " du 16 et du 17 novembre 1892 sur l'honorable John Costigan, irlandais catholique né à Saint-Nicolas, et qui était alors ministre des contributions indirectes, à Ottawa. M. Costigan représentait ses coreligionnaires de langue anglaise et de race irlandaise dans le Cabinet. Il le félicite d'avoir travaillé à obtenir pour les siens leur part proportionnelle d'influence; et il attend de lui un travail analogue en faveur d'autres groupes catholiques. " Trop souvent, dit-il, et en trop d'endroits dans notre province, les Canadiens français et les Irlandais ne s'aiment pas. Pourtant leurs intérêts, leur commune religion, leur commandent l'harmonie. Toutes deux, minorités dans ce pays où l'élément protestant a pour lui la fortune, les races française et irlandaise trouveraient dans l'union une force qui doublerait leur influence. M. Costigan est l'un de nos hommes publics les plus en état de travailler avec efficacité à cette œuvre d'entente que les esprits sérieux désirent, et sur laquelle ils ont plusieurs fois appelé l'attention de leurs compatriotes. "
Dans les grandes questions scolaires qui ont agité le pays, M. Paquet professait des idées très justes. Au cours de l'étude sur Costigan dont nous venons de parler, l'auteur retrace le rôle très important joué par cet homme politique
dans l'affaire des écoles du XouveairBrunswick, en 1872. Et il exprime en deux mots son propre jugement sur cette question de principe : " L'acte injuste de la Législature de cette province, enlevant à la minorité catholique le privilège d'avoir des écoles séparées tel qu'elle l'avait possédé jusquelà. appelait nécessairement l'intervention des autorités fédérales auxquelles incombe par la constitution le devoir de protéger les minorités, lorsqu'elles sont lésées dans leurs justes droits ou leurs attributs les plus sacrés." M. Paquet n'était pas un esclave de l'esprit de parti. Il savait montrer, au besoin, une certaine indépendance de vues. Son jugement frappe ici le gouvernement conservateur qui refusa de désavouer l'acte injuste de la législature du XouveairBrunswick. En 1896. fidèle aux mêmes principes, il approuva dans l'intimité la politique scolaire réparatrice de Sir Charles Tupper et blâma la politique libérale opposée. Xous disons " dans l'intimité " : car il se faisait un devoir de ne pas sortir de la réserve que lui imposait sa situation de fonctionnaire d'Etat.
Eloigné, comme il le fut toujours même dès sa jeunesse, des plaisirs mondains, il consacra ses dernières années à l'accomplissement paisible de ses fonctions de maître de poste, ainsi que de ses devoirs religieux. Soucieux de son propre bien et pour donner un exemple public, il était entré dans la Ligue du Sacré-Cœur de sa paroisse, Xotre-DamedirChemin. Il ne paraissait que rarement, et seulement dans les grandes circonstances, au milieu des fêtes sociales. La vie de famille lui était de plus en plus chère.
Il avait épousé, le 11 mai 1880, Mlle Marie-Emma Larue, fille de Monsieur Edouard-Auguste Larue, propriétaire des célèbres Forges Radnor (St-Maurice) et aussi des Forges Makinac, et l'un des citoyens les plus respectés des Trois-Rivières. Le mariage avait été béni par Sa Grandeur
Monseigneur Lafièche, évêque des Trois-Rivières, et les époux firent leur voyage de noce en Europe. M. Paquet était le beau-frère du Révérend Père Alfred La rue, de la Compagnie de Jésus, et de Monsieur Gédéon Désilets, ancien Zouave, ancien journaliste catholique et Chevalier de Saint-Grégoire-le-Grand. Douée d'une voix superbe, aussi forte (|ue pure. Madame Paquet, par son chant très admiré, prit part à plusieurs solennités religieuses et à plusieurs concerts de charité.
Elle donna naissance à deux enfants, Etienne-Théodore et Joseph-Maurice. Celui-ci est mort après quelques mois de vie seulement : il a été inhumé dans le cimetière de Saint- Nicolas.
Etienne-Théodore, né le 2 janvier 1883, après ses études classiques, a suivi les cours de la Faculté de Droit à l'Université Laval, et a été reçu avocat le 9 janv. 1906. Ses goûts militaires l'ont bientôt éloigné du barreau. Fait successivement capitaine, major et lieutenant-colonel, il a été inspecteur des cadets, et il a, dès le début de la grande guerre, formé et commandé le 57e bataillon canadien-français 9. Il a aussi formé, au printemps de 1918, le corps Laval de Québec, et en qualité de commandant de ce corps, il vient de partir avec lui pour l'Europe où se déroulent de si grands événements.
En 1904, M. Paquet a épousé Melle Marie-Louise Taché, fille de M. Eugène-Etienne Taché, ingénieur civil, ancien Sous-Ministre du département des Terres de la Couronne, et petite-fille de Sir Etienne-Pascal Taché, ancien premier ministre du Canada. De ce mariage sont nés quatre enfants, Claire, Hélène, Etienne-Théodore et Jules.
9. Voir, à ce sujet, la chronique parlementaire du Soleil (10 juillet 1917).
L'honorable M. Paquet, devenu grand'père, voyait grandir avec joie autour de lui le groupe aimable de ses petits enfants. Il s'adonnait à la piété qui est la force et la consolation suprême de la vie. Sa santé allait déclinant. Il a vu venir la mort d'un œil serein. Frappé d'une attaque de paralvsie, il s'est éteint le 23 mai 191 6, muni des secours de la sainte Eglise dont il fut toujours un fils croyant et pratiquant. Il avait 66 ans et quelques mois. Tous les jouxnaux de Québec firent son éloge. Le " Devoir " de [Montréal, dans une dépêche de son correspondant québecquois, résumait l'impression commune par cette appréciation très juste: " C'est une des figures les plus sympathiques et les mieux connues dans tout le district qui disparaît. "
Les obsèques de l'honorable M. Paquet ont eu lieu à Saint- Xicolas, sa paroisse natale. Au départ de la dépouille mortelle de Québec, un libéra solennel, présidé par Mgr C.-A. Marais, Vicaire général et confrère de classe du défunt, fut chanté en l'église Xotre-Dame-du-Chemin. Lne foule de parents et d'amis suivaient le cortège funèbre, et en tète tous les facteurs de FHôtel des Postes de Québec, voulant donner à leur chef disparu un dernier témoignage d'estime, s'étaient réunis et formaient une garde d'honneur extrêmement imposante.
A Saint-Xicolas, " les funérailles de l'hon. Et. -Th. Paquet ont été dignes du personnage important qu'était le directeur des Postes de Québec. On s'est souvenu que cet homme de bien a toujours porté à sa paroisse natale, à son comté et à son pays, le plus profond intérêt. Tous les citoyens se sont fait un devoir d'aller au devant de sa dépouille mortelle transportée de Québec à la gare de Saint- Xicolas. La tombe fut déposée dans la chapelle de Xotre- Dame-de-Grâces construite en face du vieux manoir où il "est né, et où il a passé sa studieuse jeunesse. M. Paquet re-
posa ainsi quelques heures dans ce pieux sanctuaire où, vivant, il était allé si souvent prier. Bientôt tune foule nombreuse envahit la petite chapelle. Les Sœurs et leurs élèves vinrent à leur tour, offrir leurs suffrages pour le défunt. De magnifiques tributs de rieurs, offerts les uns par les employés du Bureau de Poste de Québec, les autres par les officiers du 57e régiment, d'autres encore par les sous-officiers et soldats de ce régiment, d'autres enfin par des amis de la famille, couvraient littéralement la tombe 10 ". Mgr L.-A. Paquet fit la levée du corps, et l'abbé Maurice Laliberté chanta le service, assisté de M. l'abbé Alf. Paquet et du révérend M. Cantin, curé de la paroisse. Parmi les autres prêtres présents, on remarquait M. le chanoine Laflamme, curé-archiprétre de Québec, M. le chanoine Beaulieu de l'Archevêché, et M. l'abbé Langlois, professeur de théologie à l'Université Laval.
Le corps de M. Paquet fut déposé dans le lot de famille du cimetière. Et, quelques mois après, un très beau monument funéraire, à la fois simple, élégant et religieux, se dressait là, sous forme de croix, à la mémoire de ce chrétien si convaincu et de ce citoyen si bien doué par la nature, si estimé de tous ses amis, et qui remplit des fonctions si élevées dans la vie civile et politique de son pays.
" Il dort à l'ombre de son vieux clocher, dans le coin de terre béni qu'il avait lui-même choisi pour sa dernière demeure, à côté de ses ancêtres et de son fils Maurice. Mais son souvenir restera vivace dans le cœur de ceux qui l'ont connu et aimé. Son nom a sa place toute marquée dans l'histoire ». "