‹ La Paroisse de St-Romuald d'Etchemin avant et depuis son érectionChapitre 2 sur 73 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Une pêcherie établie à Etchemin en 165 1 par Eustache Lambert. — A cette occasion, on fait connaître la seigneurie de Lauzon et ses premiers colons, — la rivière au loup-marin ou Etchemin, — les sauvages Etchemins, — la topographie du sol entre les deux rivières, — les sauvages Abénaquis, — la rivière- Bruyante ou Chaudière, avec son bassin et son saut.

®N était au printemps de 1651.

Une flotille de deux ou trois canots et contenant quelques français et quelques sauvages Hurons, sous la conduite d'un chef français, alors âgé de trente-trois ans, se détachait de la ville de Québec pour aller établir une pêcherie, sur la rive sud du St. Laurent, en face de la mission de Sillery.

Le chef de cette flotille était un personnage marquant dans les commencements de la colonie française à Québec. Sa carrière devait être courte, mais pleine de dévouement et d'activité. (1)

Hist. S. Iv. 1-254 et suiv.

Il s'appelait Eustache Lambert.

"C'est en qualité de donné au service de la Compagnie de Jésus que Lambert vint au Canada. De 1645 à 1647, on Ie voit accompagner les Pères Jésuites dans leurs lointaines et périlleuses missions de l'ouest. (1) Il avait laissé en France, dans le Boulonnais, son pays d'origine, sa vieille mère Françoise Boningle et une sœur Jeanne Bigot. Le 27 septembre 1650, il avait abandonné aux Ursulines de Boulogne, un tiers des biens qu'il pouvait retirer de sa famille, à condition qu'elles prissent soin de ses parents dans leur vieillesse.

"En 1650, quand les Hurons, chassés de leurs terres par les Iroquois, vinrent se réfugier sous les canons de Québec, Lambert les suivit avec le Père Chaumonot dont il semble avoir été le fidèle compagnon, de même que Guillaume Couture le fut du Père Jogues. Le journal des Jésuites appelle ce dévoué serviteur, Eustache tout court, comme il dit en parlant de Couture, le bon Guillaume.

" Quoique aussi bon interprète que Couture et Guyet, (2) Eustache Lambert manquait complètement d'instruction. Il ne savait pas lire et l'on trouve sa marque apposée à tous les contrats du temps, à la mode sauvage ; mais en revanche il savait manier l'aviron, le fusil et l'épée. " (3)

Les voyages au pays des Hurons lui avaient donné une grande expérience de la vie au Canada et l'avaient préparé au genre de commerce qu'il allait entreprendre.

En visitant la mission des Pères Jésuites à Sillery, il avait jeté les yeux sur les rivages et les terres de la

(1) Journal des Jésuites pp. 64-65.

(2) Guyet est l'ancêtre des Guay de Lévy.

(3) Hist. S. L. 1-255.

côte sud et il n'y avait aperçu aucun établissement. Il savait que cette terre avait été érigée en seigneurie, le 15 janvier 1636, et concédée à Simon Lemaître qui l'avait passée quinze jours après, le 29 janvier 1636, à Jean de Lauzon (1). Elle portait le nom de Seigneurie de Lau- 207i et comprenait six lieues de front sur le fleuve, — trois lieues de chaque côté de la rivière Bruyante ou Chaudière,— et six lieues de profondeur. Il avait vu à la Pointe-Lévy, Guillaume Couture, compagnon des Jésuites comme lui, devenu en 1647, premier colon de l'endroit, et le sieur de la Rivière, François Bissot, marchand bourgeois de Québec, qui y avait pris une concession voisine de celle de Couture, depuis 1648.

Il avait aussi visité à la Pointe Lévy une maison en pierres appelée la Cabane des Pères. Les Jésuites y avaient établi sur la grève, une pêcherie à l'anguille qui promettait de devenir fameuse dans la chronique locale.

Il n'est donc pas étonnant de voir Eustache Lambert qui devait maintenant donner à sa vie une nouvelle orientation, aspirer à suivre les exemples qu'il avait sous les yeux et essayer de tenter fortune par la pêche, la traite .ou la culture de la terre.

La journée était belle, le soleil de mai était radieux et le courant de la marée montante entraînait ra pidement les canots de Lambert.

En remontant le fleuve, il pût voir trois établissements nouveaux, sur les hauteurs d'une coulée de la côte Lauzon, (2) et appartenant, depuis le 27 octobre 1649, à Jacques Coquerel, à François et à Pierre Miville. Quelques petites rivières, gonflées par les eaux du printemps, déroulaient leur nappes blanches sur le versant

(1) 4ème gouverneur de Québec, (1551-1656).

(2) La coulée Patton, dans St, David, Hist. S. h. I.— 70.

— iode la colline de Lanzon. La falaise lui parût raide et comme coupée à pic, et Peau du fleuve allait baigner le pied de cette falaise. Point de chemin, si ce n'est à travers les rochers et les précipices.

Lambert constata avec vérité que la colonisation avait fait peu de progrès sur la rive sud, depuis la fondation de Québec en 1608, c'est-à-dire depuis 43 ans.

Les canots arrivèrent bientôt à une rivière qui se. jette dans le fleuve, à environ quatre milles de Québec, vis-à-vis la Pointe-à-Puiseaux. Les sauvages l'appelaient la rivière an loup-marin, parce que alors ils pouvaient tuer plusieurs de ces amphybies dans les ilets situés à l'embouchure de cette rivière. Mais depuis Champlain (1), elle était connue sons le nom de rivière des Etchemins, du nom des sauvages Etchemins qui s'en servaient pour descendre au fleuve St-Laurent.

Quelques familles de cette tribu venaient d'arriver et dressaient leurs tentes sur les îlets de l'embouchure de la rivière, avant de se rendre à V Anse aux Sauvages, à la Pointe Lévy.

Eustache Lambert s'arrêta pour causer avec ces sauvages. En peu de temps, il apprit que les Etchemins occupaient un vaste territoire situé sur les flancs des Alléganys et arrosé par les rivières Pénobscot, Kénnebec et Etchemin. En hiver, ils chassaient l'orignal, le caribou, l'ours, le chevreuil, la martre, le castor, etc. La peau de l'orignal et du caribou servait à la confection de leurs raquettes. Au printemps, ils allaient par les rivières jusqu'à l'océan, pour y chasser les marsouins, les loups-marins, etc., ou bien ils descendaient an fleuve St- Laurent par les rivières Pénobscot et Etchemin.

(r) 1er gouverneur de Québec (1608-1635).

Le voyage sur ces deux rivières leur prenait plusieurs jours. Ils le faisaient aux premiers jours du printemps, après la fonte des neiges, pour profiter de la crue des eaux, vu que la rivière Etchemin était peu navigable, contenait beaucoup de satits ou rapides et peu d\eau, surtout en été.

Le campement était élémentaire et coûtait peu de travail. Au centre était le foyer où le feu devait être allumé. "Les femmes allaient chercher des perches qu'on disposait autour du feu. On les enfourchait entre elles, en les faisant reposer l'une contre l'autre, et on y étendait des peaux ou des nattes faites de roseaux tendres ou des écorces. La place à l'entour du feu était jonchée de brindilles de pin sur lesquelles on jetait des nattes ou des peaux de loups-marins ....

" Les hommes se faisaient gloire de ne travailler que pour la chasse, la navigation ou la guerre. Ils laissaient aux femmes ou aux filles toutes les autres occupations. C'étaient elles qui écorchaient les bêtes, coupaient le bois, tandis que les guerriers, mollement étendus dans leurs cabanes ou sur le sable des grèves, fumaient leur calumet." (i)

En prenant congé des sauvages Etchemins, Eustache Lambert jeta un coup d'œil sur les îlets de l' Etchemin qui disparaissent aujourd'hui sous les quais construits, pour recevoir les bois préparés aux grandes scieries de la place ; il vit qu'entre ces îlets, poussait un foin sauvage qui devait être abondant en été et qui pouvait être d'une grande utilité pour la nourriture du bétail, tandis que les bords étaient ombragés de grands ormes séculaires.

(i) Hist. S. L. 1-7

Il s'arrêta à environ vingt arpents plus loin, sur une pointe que l'on appelle aujourd'hui la Pointe Bensvn, juste en face de l'établissement des Pères Jésuites à Sillery. C'est là que Lambert donna des ordres pour élever une cabane, un peu à la sauvage, avec des perches, des branches de sapins, des peaux et des couvertes que l'on avait apportées, et aussi pour préparer les matériaux d'une claie qu'il venait construire sur le rivage, non loin de l'endroit où il avait déposé ses canots.

Du sommet de cette pointe, élevée à une hauteur d'une cinquantaine de pieds et s'avançant un peu dans le fleuve, Hustache Lambert pût contempler le splendide panorama qui se déroulait à ses regards. En face de lui, en bas et en haut de la pointe, coulait le fleuve St. Laurent qui lui apparût vraiment grand et majestueux par son volume d'eau, alors augmenté par la haute marée et tout illuminé des rayons chauds et vivifiants d'un soleil printannier, et il dût nécessairement prendre plaisir à le comparer aux rivières relativement petites des pays d'outremer, surtout de son pays natal.

Du côté d'en bas, ses yeux aperçurent, sur la côte nord, la mission de Sillery, la Pointe à Puiseaux, la ville de Champlain bâtie sur les flancs du cap Diamant, et, comme fond au tableau, l'Isle d'Orléans et la côte de Beaupré avec ses montagnes découpées et fermant l'horizon. Sur la côte sud, il vit le cap ou la pointe de Lévy, la côte abrupte et escarpée de Lauzon qu'il venait de côtoyer jusqu'à la rivière Ktchemin. Plus près de lui, les îlets où il avait visité le camp sauvage et la pointe sur laquelle il venait réaliser l'un de ses projets, formaient comme une anse de courbure légère dans laquelle l'eau de la marée montante déferlait sur le sable avec la plus grande tranquillité. Il remarqua que,

au fond de l'anse, le terrain était disposé comme en amphithéâtre et formait ainsi l'un des beaux sites de la côte Lauzon. Près du fleuve, et sur une profondeur d'environ cinq arpents, le sol est bas, presqu'au niveau du fleuve, et se présente avec les apparences de la plus grande fertilité pour la récolte du foin, du blé, de l'avoine et des autres grains ; trois petits ruisseaux, descendant des hauteurs d'en arrière, y déroulent leurs eaux claires et fraîches, avant de se perdre dans le grand fleuve. Vient ensuite un premier plateau élevé d'environ cinquante pieds et enlaçant d'une manière uniforme et continue toute l'anse, depuis la pointe jusqu'à la rivière Etchemin : le sol paraissait avoir la même fertilité qu'en bas. Enfin, à une dizaine d'arpents du fleuve, s'étend un autre plateau, plus élevé que le premier et couvrant toute l'étendue jusqu'à la rivière. Au bord du fleuve, une rangée de grands ormes semblait avoir été plantée par la main de la Divine Providence pour protéger le sol et la forêt, contre l'invasion des eaux soulevées parles tempêtes des vents et, sur toute l'étendue des plateaux ainsi qu'en bas, le sol était couvert à perte de vue, d'une forêt de bouleaux, de pins, de frênes, de merisiers, de sapins, d'épinettes, de cèdres, etc. Au-dessus des arbres, des centaines d'oiseaux de toute grosseur, libres de toute inquiétude de la part des chasseurs, prenaient leurs ébats dans les airs, pendant que, à travers la forêt, courait le gibier, comme le lièvre, le chevreuil, la loutre, la martre, etc. C'était là le pays d'Etchemin dans toute sa beauté primitive, en 1651, avant que la hache du colon eut pénétré dans la forêt.

Du côté d'en haut de la pointe, le spectacle était encore splendide, mais à part du fleuve qui était toujours grand et qui semblait se resserrer à une distance d'une

couple de milles, la nature du sol apparaissait, sur les deux rives, comme étant rocailleuse, escarpée et sauvage. Du côté nord, on voyait" un enfoncement: c'était l'embouchure de la rivière du Cap-Rouge et dans le lointain, se dessinaient les côtés des seigneuries des Maures et de Dombourg.

Du côté sud, Eustache Lambert aperçût à ses pieds une vaste et splendide anse, toute recouverte des eaux du fleuve qui allait baigner le pied de la falaise en beaucoup d'endroits ; et cette falaise lui parut escarpée et ressemblant beaucoup à celle de la côte de Lauzon, en bas de î'Etchemin. Elle ne présentait que deux découpures : l'une, à environ une dizaine d'arpents, qui lui sembla comme une cvulée par laquelle on pourrait pénétrer sur les hauteurs de la falaise, et l'autre, à une couple de milles, qui n'était autre que l'embouchure de la rivière Bruyante ou Chaîtdièrc, en haut d'un cap dénudé qui était assez élevé, (i). Ses yeux distinguèrent à ce dernier endroit, quelques canots qu'il supposa montés par les sauvages Abénaquis qui venaient souvent y passer l'été, en se servant delà Chaudière pour descendre au fleuve.

Voulant continuer de suite son exploration du pays environnant, il résolut d'aller rencontrer ces sauvages, dès le lendemain, pour visiter le bass??? et le saut de la Chaudière.

Les sauvages Abénaquis reçurent, avec de grandes démonstrations de joie, celui qui avait été le compagnon des Hommes de la prière, au pays des Huronsetils écoutèrent, avec tristesse, le récit des atrocités commises par les Iroquois contre les Hurons.

(i) Sur une carte de 1688, publiée dans l'histoire deN.-D. de Ste- Foy, ce cap porte le nom de " Cap Brûlé."

D'un autre côté, Eustache Lambert connût bientôt que les Abénaquis, — nation aux mœurs douces et policées et amie des Français — faisaient leurs demeures, à l'ouest des Etchemins, sur les hauteurs de la rivière Chaudière, jusqu'à la rivière Richelieu. La rivière Chaudière était leur chemin de descente au pays des Français. C'est par cette rivière, que le Père Druillettes, S. J. était monté, en 1647, Pour aller Passer l'hiver chez les Abénaquis. Les sauvages lui dirent que la Chaudière était en général peu navigable, mais qu'elle était plus forte que l'Etchemin. Elle reçoit plusieurs tributaires sur son parcours et elle prend sa source dans un lac qu'ils appelaient Namesokantic (Mégantic), qui veut dire : lieu oh se prennent les poissons.

La rivière est large en certains endroits ; mais en d'autres, elle est si étroite qu'un petit enfant peut atteindre d'une rive à l'autre avec une pierre. Il y a beaucoup de rapides et de sauts, et les sauvages commençaient à faire à Lambert la description du grand saut de la Chaudière, à quatre milles du bassin, quand il les arrêta et les invita à lui montrer cette merveille.

Le bassin était devant lui ; il y pénétra sur un canot d'écorce et il le vit encaissé des deux côtés, dans des collines élevées et pouvant donner un abri sûr à des vaisseaux tirant trois ou quatre brasses d'eau, et cela, sur une longueur de six ou sept arpents. Ce bassin se divise en deux baies, de forme ovale, que les gens appellent le grand et le petit bassin. La largeur de ce bassin peut être de 150 à 160 pieds.

Lambert laissa le canot au fond du bassin et s'engagea à travers les sentiers (1) connus des sauvages, pour

(1) Le portage se faisait sur les hauteurs à peu près dans la direction du chemin du r,aut d'aujourd'hui (carte de 1688, déjà citée).

franchir la distance qui le séparait de la chiite. Comme le temps était très calme, le bruit sourd et monotone de du saut parvenait à ses oreilles ; c'est ce bruit qui avait fait donner à cette rivière, par Chaniplain , le nom de rivière Bruyante.

Depuis le bassin jusqu'à quelques arpents du saut, l'eau descend " dans une tranchée étroite, pleine de tourbillons, de convulsions et de bouillonnements. Au fond de cette gorge, dominée de chaque côté par de noirs escarpements, les ondes broyées .... roulent déchaînées comme un torrent, remplissant l'air de leurs sauvages clameurs ". (i)

A environ un mille du bassin, les sauvages attirèrent l'attention de Lambert sur deux ruisseaux, l'un à droite, l'autre à gauche, " qui venaient entrouvrir les murailles qui enlacent la rivière et y jeter leurs eaux (2)" : ce sont les rnisseatix des grandes prairies. Lambert prévit immédiatement tout le profit que l'on pouvait tirer de ces prairies naturelles, dans un endroit aussi écarté, au milieu des bois de la forêt.

Enfin, après deux ou trois heures de marche, quelque chose comme un brouillard qui s'élève dans les airs frappa les yeux de Lambert et bientôt il sentit qu'une pluie fine mouillait ses habits. Il avait devant lui une immense nappe d'eau, toute éclatante de blancheur, haute de cent trente pieds et large de quatre cent pieds." ' De gros rochers, suspendus sur les bords du précipice, séparaient la nappe d'eau en trois parties et la masse d'eau s'engouffrait dans un abime d'une profondeur

impossible à mesurer , Une certaine quantité d'eau,

se brisant sur les parois abruptes des rochers, jaillissait en

(1) Hist. S. h. Introduction XXIII.

(2) Hist. S. L. loco citato.

o-erbes étincelantes aux rayons du soleil. . . .Tout l'ensemble, vu à quelque distance, ressemblait à une chaudière gigantesque remplie d'eau en ébullition et d'où s'élevait une buée semblable à la vapeur. " (i)

C'était le saut de la Chaudière, spectacle vraiment beau et réjouissant,au milieu des rochers à l'aspect étrange et pittoresque et dans le calme et la paix des alentours qui constrastaient agréablement avec le bruit assourdissant de la chute.

Si la visite de Lambert avait été faite pendant la saison d'été, alors que les eaux diminuées de la rivière ne coulent que du côté ouest, il aurait pu s'avancer sur le bord de la chute et descendre quelques marches taillées dans un roc d'une nature un peu schisteuse. Là, il aurait pu examiner des cavités bien arrondies et creusées à des profondeurs de quinze, vingt pieds et plus. Au fond de ces cavités, il aurait remarqué des cailloux ronds et durs comme le granit, dont la puissante masse d'eau s'était servie, (2) pendant des années et des années, pour percer des trous vraiment extraordinaires que le peuple appelle des chaudières.

Le terrain des environs offrait l'aspect d'un pays uni, sans accidents; le sol paraissait fertile et était couvert d'une forêt de hêtres, de pins, de bouleaux, etc. Au-dessus de la chute, la rivière était assez large, et ça et là, apparaissaient des îlots.

Les sauvages affirmèrent que l'on prenait beaucoup de poisson, à certains endroits de la rivière ; il y avait de la carpe, du brochet, de l'achigan, du poisson blanc, etc. Et ils dirent que, vers la fin de mai, pendant trois ou quatre jours, la rivière, au pied de la chute, se cou-

(1) Voir Hist. S. Iy. que nous résumons. Introduction XXII.

(2) L'eau seule peut faire ce travail.

vrait de poissons qui remontent les rapides et viennent frayer sons les bouillons de la chiite ; ils y fourmillaient par milliers et on pouvait les prendre à la main, tant ils étaient pressés et engourdis.

Muni de tous ces renseignements qui devaient lui servir avant longtemps, Eustache Lambert reprit le chemin du bassin et revînt en toute hâte aux travaux de .sa pêcherie.

L'endroit pour la pêche semblait bien choisi. L'anguille surtout abondait, et Lambert s'attendait à y prendre aussi le saumon, l'esturgeon, l'alose et d'autres poissons, selon les saisons de l'année. Dans le contrat qui lui fut consenti, le n octobre 1653, ^ devait payer le dixième de l'anguille, au seigneur de Lauzon qui s'engageait à lui fournir les barils et le sel. Lambert se libéra de cette redevance, le 22 septembre 1671, moyennant la somme de trois cents livres dont la moitié fut payée en argent et l'autre moitié, en castor. (Greffe Rageot) (1)

Lambert ne fut pas le seul d'ailleurs à faire la pêche à Etchemin, en ce temps là. Les Jésuites de Sillery envoyaient tendre des rets sur les rives de la côte sud. Le Journal des Jésuites, à la date du 30 Juin de cette même année 1651, nous apprend que deux Algonquins furent pris à la rivière du saut de la Chaudière, vis à vis de Sillery, par cinq Iroquois. " Notre frère, Pierre Feauté, ajoute le Journal, (2) y avait été le jour précédent, et y alla le même jour pour visiter ses retz. "

Quant à Eustache Lambert, il était encore, en cette année 1651, le compagnon du Père Chaumonot, S, J. Il

(1) Hist. S. L. I—256.

(2) page 156.

était allé demeurer avec lui, le 25 mars, à l'Isle d'Orléans où l'on projetait d'établir les Hurons, et le 26 juin, il partait pour Taçloussae, avec le même Père et quelques canots hurons pour y faire la pêche. Il retourna à Québec, le 26 juillet.

Pour l'avantage du lecteur qui aimait à connaître et à étudier avec nous, ce qu'était Etehemin en 1651, nous avons jugé à propos de réunir, dans la narration d'un seul voyage fait par Eustache Lambert, toutes les connaissances acquises par lui, dans plusieurs voyages qu'il fit nécessairement à Etehemin, à l'occasion de l'établissement de sa pêcherie, que l'histoire de la seigneurie de Lauzon nous dit avoir été fait en 1651. (1)

(1) Hist. vS. L. I—256.

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