FORMATION DE LA PAROISSE DE ST-ROMUALD D'ETCHEMIN (1S
Décret d'érection. — M. P. T. Sax, premier curé. — La chapelle provisoire—Construction du presbytère et de l'église. — Bénédiction de l'église (1856).— Répression des désordres.— Les moulins de Caldwell passent à M. Henry Atkinson. — Augmentation des familles. — Caractère du curé Sax.
Nous sommes rendus à l'année 1854 qui fait époque dans les annales d'Etchemin. Cette année méritait, comme on Ta fait d'ailleurs, d'être inscrite, en lettres d'or, au fronton de cette église construite en pierres solides, que nous nous plaisons à considérer comme une
)orne monumentale entre le passé et l'avenir, dans les annales de la place.
En cette année 1854, si nous jetons un regard en
irrière, nous voyons que le territoire d'Etchemin, "entre les deux rivières," a été desservi d'abord pendant cent
Cliquante ans (1 679-1 829), par les curés de St-Joseph de la pointe de Lévy et pendant vingt-cinq ans (1829-1854),
>ar les curés de St-Jean-Chrysostôme. Désormais ce territoire, organisé en paroisse, va avoir son autonomie,
:'est-à-dire son gouvernement propre, au point de vue religieux comme au point de vue civil. En d'autres termes, Etchemin va avoir son église, et avec l'éo-Kse un homme chargé d'une mission spéciale et venant d'en haut, qui s'appellera le ciirè.
Le curé, ministre de Dieu, résidera au milieu des paroissiens qui s'appelleront ses ouailles ; il n'aura pas de famille, mais il sera de la famille de tout le monde. Il sera appelé dans tous les principaux actes de la vie, comme témoin, comme conseil, comme agent reconnu d'une institution fondée par le Christ, au nom duquel, il baptisera, prêchera, pardonnera les fautes aux pécheurs repentants, bénira le berceau, l'anneau nuptial et la tombe. Il sera le consolateur des affligés, le canal dispensateur des biens du riche envers les pauvres et le dépositaire des secrets les plus intimes et des douleurs de son peuple dont il séchera les larmes. Il parlera haut et ferme pour le bien des âmes et de la religion, dont il est le représentant, envoyé par l'évêque chargé de régir le diocèse qui a été confié à ses soins.
Etchemin va avoir aussi son conseil municipal chargé de veiller sur les affaires temporelles de la paroisse, de pourvoir à l'entretien des rues, de maintenir le bon ordre, etc., des commissaires d'écoles qui devront choisir des maîtres capables de former l'intelligence et le cœur des enfants et de leur inculquer les connaissances indispensables pour devenir des citoyens utiles et des chrétiens sincères.
Considérée à ce double point de vue, la formation de la paroisse en 1854, est un fait important qui annonce une ère nouvelle.
Mais comment arriva-t-on à obtenir la permission de commencer les fondations d'une église ?
Dès le 10 novembre 1847, ^es habitants d'Etchemin sollicitaient, par requête à l'évêque, en l'accompagnant d'un magnifique plan fait par l'arpenteur P. Lambert, la permission de bâtir une église sur la propriété de Joseph Lambert qui se trouvait au centre de la popula-
tion. M. W. Benson, le propriétaire protestant du chantier de ce nom, appuyant cette demande, offrait, le 22 novembre, un terrain de cinq acres en superficie, pour l'église, avec réserve d'un chemin et de plus il mentionnait une souscription personnelle de $200.00.
Mais cette demande ne fut pas agréée, et les habitants d'Etchemin furent englobés dans la cotisation homologuée pour la construction de l'église de St-Jean- Chrysootôme, dont la première pierre fut bénie en 1849, comme nous l'avons déjà dit.
En 1853, les gens d'Etchemin, canadiens et irlandais, revinrent à la charge et dans leur requête du 27 septembre, (1) ils alléguaient entre autres choses, à peu près comme dans leur requête de 1847, qu'entre les deux rivières, il y avait 47 terres, 81 emplacements et que plusieurs familles logeaient avec d'autres familles. La population était, disaient-ils, de 1631 âmes, dont 1051 communiants et 580 enfants, et elle augmentait rapidement. La distance pour se rendre à l'église de St-Jean Chrysostôme était de quatre milles et plus ; la grande majorité des familles n'avaient pas de voitures, et les chemins en général étaient mauvais ; en sorte que le plus grand nombre n'avait aucune instruction religieuse. La requête terminait en demandant à l'évêque de fixer une place pour la construction d'une église.
Le 26 octobre, le curé Beaumont de St-Jean et ses paroissiens, au nombre de 130, filèrent une opposition au projet. " On vient de terminer l'église, disaient-ils, et beaucoup de familles du bord de l ^eait n'ont pas encore payé, pour cette église, ce que la loi les oblige de payer. ^L'année dernière, on a déjà détaché une partie
(1) Les signataires étaient au nombre de 380. Voir cette requête avec les noms des signataires, en appendice.
du rang de St-Augustin, pour l'annexer à la nouvelle paroisse de St-Eambert. Si maintenant on enlève à St- Jean les familles d'Etchemin, comment le curé pourra-il vivre ? comment la fabrique pourra-t-elle payer ses dettes?"
M. le grand-vicaire C. F. Cazeau fut député par l'évêque pour aller vérifier les allégués des requêtes des demandeurs et des opposants.
M. le grand-vicaire se rendit sur les lieux, le 27 octobre, pour remplir la mission qui lui était confiée. Il tint l'assemblée clans la maison de Edouard Lagueux sur le grand chemin, entendit le pour et le contre, puis, suivi de toutes les personnes présentes, il monta sur la côte, pour visiter le terrain qui était offert par trois citoyens. Là, il planta une croix, à droite de la route Taniata, à l'endroit du maître autel d'une église que l'on pourrait y bâtir, et il s'en retourna à Québec faire rapport à l'évêque.
M. le grand-vicaire ne s'était point compromis ; seulement, le fait d'avoir planté une croix fit répandre le bruit que le bord de Peau aurait son église. C'est alors, que les marguilliers de la fabrique de St-Jean firent, le 16 novembre 1853, une nouvelle protestation, au nom des intérêts de leur fabrique qui devait, disaientils, la somme de ^1735. et ils demandaient à l'évêque de vouloir attendre à l'été suivant, lors de sa visite pastorale, pour voir par lui-même, avant de se prononcer sur la question en litige.
Deux jours après cette nouvelle protestation, le 18 novembre 1853, l'évêque lançait son décret canonique érigeant en paroisse, sous le vocable de St-Romuald, abbé, le territoire borné au nord-ouest par le fleuve St- Eaurent, au sud-ouest par la rivière Chaudière, au. sud-
est par les concessions Hêtrière, St-Jean et Taniata, au nord-est par la rivière Et chemin, et comprenant quatre milles de front sur un mille et demi de profondeur, (i)
L'église devait être bâtie en pierres, ainsi que la sacristie y attenante, à l'endroit où M. le grand-vicaire avait planté la croix.
Les gens d'Etchemin qui devaient encore à l'église de St-Jean, n'étaient point exemptés de l'obligation contractée et imposée suivant la loi.
St-Romuald, le patron de la nouvelle paroisse, dont on célèbre la fête, le 7 février, appartenait à une famille noble de Ravenne. Entré en religion à l'âge de vingt ans, il y passa un siècle dans les plus grandes austérités. Il réforma plusieurs ordres religieux de St-Benoit, fonda l'ordre nouveau des Camaldules, fut doué du don des miracles et des prophéties, et mourut à l'âge de 120 ans, nous dit le bréviaire romain.
Le 14 décembre 1853, ^e curé Beaumont de St-Jean vint présider, dans l'école d'Etchemin, une assemblée des nouveaux paroissiens, pour élire des syndics qui devaient agrandir l'école, pour la transformer en chapelle provisoire et commencer le presbytère destiné à recevoir un curé. Les syndics élus furent Edouard Lagueux, écuier, Pierre Lambert, écuier, John Stanton, Léon Côté, Edouard Horion. Les autres personnes qui signèrent le document d'élection, furent : P. Beaumont, curé, Elisée Legendre, Pierre Bourassa, Antoine Halle, John Mc- Naughton, Jean-Bte Vachon, Thomas Wilson, Etienne Gauvreau, Pierre Lagueux, Edouard Croteau, Xavier Guay et Augustin Simoneau.
Les syndics avaient mission de faire tous les
(i) Voir, à l'archevêché de Québec, les documents ci-dessus dans les cartables de la paroisse de St-Romuald.
ouvrages qu'on leur demandait, avant l'organisation d'un corps de fabrique, par le moyen de souscriptions volontaires, et sans recourir à aucune cotisation légale.
On s'occupa aussitôt de faire reconnaître au civil le décret canonique de l'évêque, et le décret d'érection civile de la paroisse de St-Romuald d'Etchemin porte la date du 24 mars 1854.
L'hiver et l'été de 1854 se passèrent dans l'expectation. Les syndics firent marcher leurs travaux et dans les premiers jours d'octobre, le curé, nommé par l'évêque, arriva. Il s'appelait PIERRE-TELESPHORE SAX. Américain par son père et canadien par sa mère il parlait le français et l'anglais. Il était né à Québec, le 11 novembre 1822. Son père élevé aux Etats-Unis, s'appelait William Sax et exerçait à Québec les fonctions d'arpenteur du gouvernement ; sa mère, native de Lacadie, dans la Province de Québec, se nommait Osithe Tremblay ; c'était comme quelqu'un l'a dit, une femme extraordinaire, riche de mérites et de vertus, dont Québec n'a pas perdu le souvenir.
Le jeune Pierre fit ses études au petit séminaire de Québec, en même temps que son frère William, qui fut moissonné à la fleur de l'âge, alors qu'il était ecclésiastique au grand séminaire de Québec, et qui donnait les plus grandes espérances. Il se fit remarquer dès lors par ses talents supérieurs, sa vive intelligence, sa riche mémoire et par un goût prononcé pour la lecture des ouvrages sérieux et instructifs.
Il fut ordonné prêtre, le premier d'octobre 1846.
Nommé vicaire à la cathédrale de Québec, il fut appelé, comme plusieurs autres prêtres, à assister les malheureux émigrés irlandais malades à la Grosse Isle en 1847, et il contracta la terrible fièvre typhoïde qui
M. P. T. vSAX, PREMIER CURÉ.
mit ses jours en danger. Député à Rome en septembre 1850, auprès de M. le grand vicaire G. F. Baillargeon, il assista à la consécration épiscopale de ce dernier, comme évêque deTloa et coadjuteur de l'archevêque de Québec II revint avec lui au Canada, et pendant quelques mois, il demeura à V archevêché de Québec.
M. Sax fut ensuite envoyé à la desserte de Laval où il demeura trois ans.
Il faisait son entrée dans la nouvelle cure de St- Romuald, au commencement d'octobre 1854, et c'est là, dans cette paroisse dont il devait être le fondateur, que la Providence voulait qu'il fit briller clans tout leur éclat, les qualités de sa belle intelligence et de son esprit vraiment large et judicieux.
Tout y était à faire et à organiser ; les ressources étaient modiques, mais le nouveau curé était fermement décidé de mener à bonne fin l'entreprise qui lui était confiée. D'ailleurs, nul plus que lui ne semblait avoir les capacités nécessaires pour cela. Dès les premières paroles qu'il adressa à ses paroissiens, le 8 octobre, dans la chapelle improvisée où l'on se trouvait un peu à l'étroit, il leur demanda trois choses : du courage, de la générosité et de la bonne volonté. Du courage, il en fallait pour bâtir un presbytère et une église en rapport avec les besoins présents et futurs de la nouvelle paroisse ; de la générosité, il en fallait pour arriver, avec de faibles ressources, à faire face à des dépenses considérables ; enfin de la bonne volonté, il en fallait aussi pour renverser les difficultés, conserver la bonne harmonie entre tous et diriger toutes les forces vers le même but.
Au sortir de la chapelle, après le sermon d'entrée que le curé avait donné en français et en anglais avec
une égale facilité, et aussi avec un accent tout à la fois naturel, clair et précis, un vénérable vieillard prononçait ces paroles vraiment prophétiques que nous avons entendues : " Nous avons là le curé qu'il nous faut ! "
Le curé Sax devait trouver dans ses paroissiens ce qu'il leur avait demandé. Lui-même d'ailleurs devait donner l'exemple ; son courage ne devait jamais faiblir ; il devait sacrifier généreusement son temps et son travail et montrer en tout temps non seulement une bonne volonté mais une volonté ferme et inébranlable qui, secondée par une capacité supérieure et une habilité peu commune pour la gestion des affaires, devait réussir à opérer de grandes choses.
La fabrique fut organisée et les premiers marguilliers avaient été élus le 9 juillet 1854, sous la présidence du curé Beaumont. Leurs noms étaient : MM. Edouard Lagueux, Léon Côté et Edouard Horion, marguilliers du banc, et Benjamin Côté, Joseph Forcacle, Antoine Halle, Etienne Roberge père, et Julien Lambert, anciens marguilliers. Le terrain appartenant à la fabrique avait été généreusement donné par trois citoyens qui étaient voisins : MM. Narcisse Cantin, Edouard Lagueux et Benjamin Deniers. Ce terrain comprenait une superficie d'environ sept arpents et demi.
L'église que nous avons vue s'élever majestueusement sur la côte et qui était une merveille pour nous qui n'avions pas entendu parler des sept merveilles de la Grèce, était bâtie sur le terrain de M. Lagueux. Le cimetière fut organisé à l'est de la route Taniata, sur le terrain de M. Deniers, et le presbytère fut construit à l'ouest de l'église, sur le terrain de M. Lagueux qui prit en compensation, le terrain de M. N. Cantin.
Les travaux de l'église furent commencés dès le
printemps suivant, d'après contrat passé, en janvier 1855, avec M. Gaboury. L'église avait une longueur de 150 pieds et une largeur de 65 pieds (1) avec une sacristie de 45 sur 30 pieds. Les pierres qui devaient être taillées, furent prises au petit cap où était la chapelle provisoire, et aussi près du bassin de la Chaudière.
Le presbytère, construit aussi en pierres, et commencé en 1854, avait 40 pieds sur 30, avec allonge pour cuisine. Il fut prêt à recevoir le curé qui logeait en attendant dans une maison, en bas de la côte quelques jours après un incendie qui dévora, le 17 mai 1855, sept ou huit maisons, de chaque côté, de la route Taniata depuis le chemin du roi en montant, avec aussi une grange appartenant à M. Narcisse Cantin, quelques arpents plus loin.
Avec les notes que le curé Sax a laissées dans le premier registre de St-Romuald, on peut suivre les progrès des travaux de construction de l'église en 1855 et 1856. Ces notes sont très claires et n'ont pas besoin de commentaires ; nous les reproduisons textuellement :
Travaux à l'église en 1855.
— Le 15 avril, 011 a commencé à creuser les fondations de l'église.
— Le 20 avril, a été posée la première pierre des fondations, à l'angle sud-ouest de la tour, par Joseph Bittner, maçon. (2)
— Le 20 juillet, le comble était placé sur la sacristie.
(1) Le décret canonique avait été amendé de manière à lui donner cette grandeur.
(2) M. Bittner venait de Beauport ; il s'est établi à St-Romuald avec sa famille, depuis cette époque.
— Le 25 août, la maçonnerie dn chœur ainsi que la charpente étaient terminées.
— Le 15 septembre, les maçons ont failli.
— Le 20 septembre, les travaux furent repris par la fabrique.
— Le 25 octobre, la charpente du comble était terminée.
Le Presbytère
Le 15 novembre, le froid intense et subit arrêta les travaux des maçons. Il reste encore le pignon du portail à faire.
Le 25 décembre, les ouvriers en fer-blanc ont fini de couvrir l'église et la sacristie. "
A la Noël donc de 1855, les paroissiens de St-Romuald, pouvaient voir où en étaient rendus les travaux
de l'église commencés au printemps, et ils avaient la douce espérance de pouvoir se dire que de bonne heure, au printemps suivant, ils laisseraient leur chapelle provisoire bien trop petite pour contenir toute la population d'Etchemin.
Egijse de St-Romuald TRAVAUX A L'ÉGUSE EN 1856.
15 février. — La sacristie était terminée et la messe
y était dite sur semaine jusqu'à la bénédiction de l'église.
3 avril. — L'église a été bénie par Mgr Baillargeor.
Le sermon a été donné (i) par M. Baillargeon curé de St-Nicolas, — la grand'messe, chantée par M. Antoine •Racine, chapelain de l'église St-Jean de Québec.
Ont assisté messieurs Joseph Auclair, curé de Québec, J. Déziel, curé de N.-D. de Lévis, N. F. Fortier; curé de St-Michel, J. B. Bernier, curé de St- Anselme, E. Langevin, secrétaire du diocèse, G. Drolet (2) et D. Racine, vicaires de Québec, Ed. Bonneau, asst-chapelain de St-Patrice, L. Bolduc, de St-Roch, P. Harkin, curé de St-Colomban et plusieurs autres.
10 avril. -L'ouvrage en maçonnerie du portail a été repris et terminé le 5 juin.
6 juillet. — Le clocher a été commencé et les ouvriers ne Pont terminé que le 15 novembre.
20 novembre. — La première couche d'enduits sur la voûte a été posée et les échafauds disparus.
" Pour la fête de Noël, les autels étaient placés, la crèche ornée, et la statue de la S te Vierge exposée dans sa chapelle. — La messe de minuit fut chantée par M. Horan, prêtre, principal de l'Ecole Normale, et c'est à cette messe qu'ont servi pour la première fois, le calice, le ciboire, les burettes, les parures des autels et les ornements arrivés de France dans le cours de l'été."
D'après ces notes du curé Sax, on voit que les travaux ont marché assez rondement. Il n'y eut qu'un accident qui coûta la vie à l'un des ouvriers de l'église. Cet ouvrier nommé Achille Vallée, de St-Thomas de Montmagny, tomba le 9 juin 1856, du haut d'un échafaud dans le chœur de l'église, et se brisa les membres ; il mourut peu de temps après.
(1) En français.
(2) M. G. Drolet donna aussi ce jour là, un ser.non eu anglais (note de l'auteur.)
La chapelle provisoire revint à sa destination primitive, après la bénédiction de l'église. Le terrain avait été cédé, le 8 août 1829, Par Julien Demers, aux commissaires d'écoles pour y tenir l'école dn village. L'école y fut installée de nouveau après avoir été tenue pendant près de deux ans, dans une maison de M. Edouard Lagueux, sur le chemin du roi. Pendant plusieurs années, elle fit bon ménage avec la cour des commissaires et le conseil municipal qui tenaient leurs séances au bout sud-ouest de la maison. Notons en passant que, dans le temps, le chemin Taniata ne passait qu'au nord-est de la maison d'école, en faisant une courbe ; le chemin qui descend tout droit aujourd'hui, au sud-ouest de la maison d'école, n'a été ouvert que vers 1885.
Mais où a-t-011 puisé les fonds pour bâtir l'église et le presbytère de St-Romuald ? Il est évident que, dans une paroisse comme l'était celle de St-Romuald, où grand nombre de familles n'étaient pas propriétaires, on ne pouvait recourir à une cotisation légale imposée sur les propriétés, au pro rata de leur valeur ; cette cotisation aurait été trop onéreuse pour ceux qui possédaient quelque propriété. Il fallut donc escompter l'avenir, c'est-à-dire emprunter, et travailler avec économie à payer l'intérêt et un amortissement sur le capital emprunté, au moyen du casuel, du revenu des bancs, des souscriptions généreuses des paroissiens et des profits de bazar ou de loterie.
A St-Romuald, l'emprunt de $20,000.00 que la municipalité de la paroisse avait obtenu du gouvernement pour la construction d'un quai et que la municipalité, passa à la fabrique, avec l'assentiment général, le 18 octobre 1857, permit à celle-ci de marcher d'une manière
plus aisée, et de faire payer plus tard, aux descendants des premiers citoyens de la paroisse leur quote-part dans la dette contractée pour la construction de l'église et du presbytère. Cet emprunt municipal, réduit à $15,000.00, fut remboursé au gouvernement de Québec, trente-un ans plus tard, en 1888, par la fabrique qui avait assumé les charges et obligations de la municipalité. A cette fin, la fabrique emprunta de M. Edouard Couture de Lévis, la somme de $15,000.00, avec obligation de payer annuellement une somme de $1,000.00 pendant 28 ans, pour rembourser capital et intérêts. Cette somme de $1,000.00 est maintenant payable jusqu'en l'année 1916 inclusivement, au collège de Lévis, auquel M. Edouard Couture a transporté cette créance.
La fabrique de St-Romuald a toujours été en position de faire honneur à ses affaires, grâce au revenu du casuel et du loyer des bancs, grâce aussi à la grande économie pratiquée par le curé Sax et ses successeurs à la cure de St-Romuald.
Ce revenu, gonflé suivant les circonstances, des dons et des souscriptions des paroissiens et du produit de quelques bazars, a toujours permis de faire des travaux de réparations même assez considérables, sans recourir à la taxe directe d'une cotisation imposée sur les propriétés ; chose qui occasionne presque toujours des tempêtes dans les paroisses, comme nous l'avons vu à St-Joseph de la Pointe Lévy, au temps des curés Berthiaume (1 780-1 790) et Masse (1801-1803), et comme on le voit, surtout dans les vieillesparoisses où les bancs donnent un revenu insignifiant, parce qu'ils se vendent encore, au capital pour la vie, avec une petite rente annuelle d'un demi dollar ou d'un dollar au plus.
Mais revenons au curé Sax qui a mis le pied dans
la nouvelle paroisse en octobre 1854, et qui doit en garder la direction pendant vingt-quatre ans : seize ans et neuf mois seul, et sept ans et trois mois, avec l'aide d'un vicaire (18701878).
En même temps qu'il construisait le presbytère et l'église, il s'appliquait à former des clercs pour servir aux offices de l'église et des chantres pour réhausser la beauté des cérémonies du culte. Le groupe de chantres auxquels il enseigna lui-même le plein chant, faisait déjà bonne figure, au jour de la bénédiction de l'église. Il voulut avoir un orgue en 1865, dans son église non encore finie à l'intérieur. Cet orgue, fabriqué par M. Mitchell de Montréal, fut remplacé plus tard par un autre plus considérable qui existe encore.
Laissons-le à ses offices, à sa prédication, à ses catéchismes, à l'administration des sacrements, à toutes ces œuvres curiales que tout curé remplit avec zèle (1).
Jetons un coup d'ceil rapide sur le premier rapport que le curé Sax envoya à son évêque en 1856.
Ce rapport nous dit que la paroisse de St-Romuald d'Etchemin comprenait alors 24 familles cultivant la terre ; toutes les autres vivaient autrement que par la culture de la terre en travaillant dans les moulins, dans les chantiers, ou en faisant quelque commerce. Ces dernières familles étaient au nombre de plus de deux cent cinquante.
La population catholique était de 1500 âmes; la population protestante était de 150 âmes.
Il y avait environ 1000 communiants, dont 750 canadiens et 250 irlandais. Il constate une diminution
(1) Le curé Sax organisa la Confré'rb du Scapuliire du Mont Carmel en 1857.
dans le nombre des irlandais, depuis que la ligne du Grand- Tronc de Québec à Richmond était terminée. Ces irlandais émigrent ailleurs où ils peuvent trouver l'ouvrage qui leur plaît. Mais il y a augmentation dans le nombre des familles canadiennes depuis que l'église a été construite.
Il y a aussi une population mouvante ; ainsi 300 ou 400 jeunes gens venant des paroisses environnantes viennent passer quelque temps à Etchemin pendant l'été et s'en retournent à l'automne dans leurs familles ou vont dans les chantiers.
Dans la première année de l'existence de la paroisse (1855), il y a eu 109 baptêmes, 53 sépultures et 10 mariages.
Il y avait trois écoles en opération dans la paroisse: elles étaient tenues, l'une par un maître et les deux autres par deux maîtresses.
L'église et le presbytère avaient coûté dans les $30, 000,00.
La tempérance, prêchée en 1849 à St-Jean-Chrysostôme, était bien observée par ceux qui alors avaient pris la croix ; cependant il y avait des désordres causés par la boisson que l'on se procurait dans des maisons qui en vendaient en cachette. Il y avait aussi des désordres .parmi les protestants ; ne pouvant y remédier, il n'avait pas autre chose à faire qu'à les déplorer. Les matelots, passant dans les chemins, ne se gênaient pas aussi pour prendre ce qui leur tombait sous la main ; on appelait cela le crimping des matelots.
Le revenu du curé était de $800.00 environ, provenant i° de la dîme de 80 minots d'avoine, 10 minots de blé et 1 minot de pois; 2° du supplément d'un écu (50 cts) par communiant ; 30 d'un, supplément spécial
de $300.00 que les principales familles s'étaient engagées à payer pendant cinq ans et 40 du casuel.
Le curé Sax fut obligé, pendant une dizaine d'années, d'assumer, pour maintenir la paix et de la concorde dans sa paroisse, les rôles ^C officier de police et de procureur de Sa Majesté la Reine.
Comme il vient de le dire, les désordres causés par les boissons enivrantes étaient assez nombreux et assez fréquents, dans les deux races qui habitaient la paroisse et auxquelles venaient se joindre beaucoup d'étrangers, pendant la saison d'été.
Aucune police n'était organisée pour arrêter les rixes et punir les délinquants. Seulement, à raison des circonstances du lieu exposé à des troubles sérieux, le magistrat de la place était armé de pouvoirs spéciaux que lui avait conférés le gouvernement.
Alors, lorsqu'une chicane s'élevait ou qu'une bataille en règle allait commencer, on courait vite avertir le curé Sax. Le curé arrivait, donnait ordre aux enfants et aux femmes de rentrer dans leurs maisons, faisait sa semonce aux délinquants et priait les parents et les amis de ces batailleurs, de s'en charger pour la nuit, en veillant sur eux et en les bâillonnant même s'ils ne cessaient de blasphémer. " Demain à 10 heures, vous devrez vous rendre chez le magistrat," ajoutait-il. Et il allait ensuite chez le représentant de la justice qui était un des premiers marguilliers de la paroisse, M. Edouard Lagueux, faire sa déposition et donner les noms des témoins.
Le lendemain, un constable menait facilement à la cour les batailleurs qui étaient alors complètement dégrisés. Le curé Sax exposait en deux mots la cause, et les accusés plaidaient presque toujours coupables, en sorte que le procès était généralement court. Ce qui
quelquefois était le plus long, c'était le sermon du respectable magistrat, avant de prononcer la sentence de la Cour.
L'autorité du curé était reconnue et acceptée de tous. Les coupables étaient souvent les premiers à reconnaître la justesse de sa sévérité à leur égard.
C'est par ce moyen extraordinaire, un peu connu d'ailleurs de la race irlandaise fixée à St-Romuald, que le curé Sax arriva à maintenir l'ordre dans la paroisse, jusqu'à ce que les autorités municipales furent en état de se servir des pouvoirs que leur accordait le code municipal.
Le 22 juin 1857, les paroissiens de St-Romuald furent les témoins, quoique un peu éloignés, de l'incendie du bateau à vapeur, le u Montréal," qui était parti de Québec vers 4.30 heures, pour Montréal. Ils virent la fumée qui s'échappait du vaisseau en flammes, près du Cap-Rouge. Une panique s'était emparée des passagers et plus de deux cents personnes périrent.
Cependant la population de la paroisse augmentait tous les ans. Le haut clocher de la nouvelle église bâtie sur la côte, dominant toutes les maisons construites en bas, sur les bords du fleuve, attirait les regards et semblait inviter les familles canadiennes des vieilles paroisses à venir s'y fixer. Le pont sur l'Etchemin tenait bon depuis 1831, et rendait facile la communication avec la Pointe Lévy et aussi avec Québec ; malheureusement, au bassin de la Chaudière, on avait été obligé de démolir le pont en 1852, et l'on en était revenu à la traverse irrégulière et souvent périlleuse du bac d'avant 1830. Le chemin du roi se bordait, de plus en plus de maisons confortables des deux côtés, depuis la rivière Etchemin jusqu'à New-Liverpool. Les chantiers
de Benson et d'Hamilton étaient en pleine activité et employaient beaucoup d'ouvriers ; les bâtiments venaient en grand nombre prendre des chargements à New-Liverpool et nous nous rappelons que, vers 1860, la rade de Québec jusqu'à New-Liverpool était littéralement couverte, au printemps, de vaisseaux à voile qui venaient prendre les bois du pays pour les transporter en Angleterre. Seuls les moulins de Caldwell avaient perdu leur activité d'autrefois. On sait pourquoi ; nous l'avons déjà dit. Le drame du procès de Sir John Caldwell avait été interrompu en 1836 par un brusque ajournement des chambres et avait été suivi d'un entr'acte sanglant en 1837-38, dans lequel plusieurs des nôtres montèrent sur Péchafaud .ou furent obligés de prendre le chemin de l'exil. La catastrophe arriva en 1864, pour Sir John Caldwell qui dût s'en aller mourir sur la terre étrangère. On en lira les détails dans le sixième volume (en préparation) de l'histoire de la seigneurie de Lauzon.
La seigneurie passa entre les mains du gouvernement du Canada qui garda la perception des rentes et vendit les principales propriétés, comme les moulins, à des particuliers.
Les moulins de St-Henri et ceux d'Etchemin devinrent en 1856 la propriété de M. Henry Atkinson, richissime propriétaire de Spencer Wood, dont le château avait été pendant longtemps le rendez-vous de la société élégante de Québec, et dont les serres, les parcs et la galerie de peintures attiraient pendant la belle saison, grand nombre de curieux et de virtuoses. M. Henry Atkinson remit les moulins en pleine activité ; il se construisit à l'ouest du grand moulin, au centre des opérations, une grande maison qui servait de logement et dans laquelle il tenait aussi ses bureaux. Ses moulins
passèrent, vers 1862, entre les mains de M. Henry Atkinson, son neveu, qui continua, pendant plus de quarante ans, à les faire fonctionner jusqu'à sa mort arrivée le 21 mai 1906. Au chapitre dix-neuvième de ce livre, nous donnerons une notice biographique de ce digne citoyen.
N'oublions pas de mentionner ici, avec reconnaissance, que les deux tableaux suspendus aujourd'hui dans la sacristie de l'église de St-Romuald, l'un représentant le mariage mystique de Ste- Catherine de Sienne, et l'autre, représentant le grand prêtre Jaddus expliquant à Alexandre le Graitd, la prophétie qui le concerne dans V Ancien-Testament, ont été présentés à M. Sax, par cet ami des beaux arts qui s'appelait M. Henry Atkinson, l'oncle, châtelain de Spencer- Wood.
Ces deux tableaux, malheureusement non signés, ont dû avoir été achetés comme bien d'autres, pendant la révolution française, et transportés en Angleterre. Ce sont, dans tous les cas, deux tableaux excellents qui de plus témoignent hautement des bonnes relations, que le curé Sax a entretenues avec les MM. Atkinson, oncle et neveu, qui ont fait leur marque à Etchemin. Nous devons en dire autant de ses relations avec les autres protestants influents de la paroisse, entre autres, les MM. Benson de New-Liverpool qui, dit-on, aimaient à le consulter dans certaines affaires importantes.
Lors de la construction de l'église, plusieurs marchands de bois de St-Romuald fournirent généreusement grand nombre de matériaux importants.
S'il nous est permis de donner ici notre témoignage personnel, nous affirmerons hautement que nous avons toujours admiré le tact et l'habilité que le curé Sax déployait dans ses relations avec tout le monde ;
avec les grands comme avec les petits, avec les riches comme avec les pauvres, avec les bourgeois comme avec journaliers, avec les protestants comme avec les catholiques, avec les gens instruits comme avec ceux qui ne l'étaient pas, avec ceux qui occupaient une place officielle dans la paroisse comme avec ceux qui gagnaient leur vie au lavage des madriers chez MM. Hamilton. Autoritaire comme il était, il savait cependant user d'une souplesse vraiment étonnante, pour traiter chacun suivant son rang, son caractère, ses goûts et même ses prétentions. Selon les personnes, il était tantôt fin diplomate et plein de déférence, tantôt poli à l'extrême et très aimable, tantôt joyeux et fin causeur, tantôt ironique et sarcastiqne même, tantôt rigide et sévère. Les irlandais comme les canadiens respectaient son autorité : il était le père et le conseiller de tous.
D'après notre connaissance personnelle, quand il s'agissait d'affaires, il faisait la correspondance d'un grand nombre de ses paroissiens et autres. Un jour un curé voulait avoir pour son église une cloche d'un poids assez respectable et ne savait comment y arriver. " Je vais arranger votre affaire," dit le curé Sax. Il se met à son bureau, donne une commande à la compagnie de Mears & Stainbank, fondeurs de cloches de Londres, et il dit au curé : " Préparez votre bénédiction de cloches pour le mois de juin prochain ; votre cloche arrivera à Québec par les premiers bateaux de mai. Quand il s'agira de payer la note, veuillez m'apporter l'argent et je réglerai avec les manufacturiers. " Et le bon curé qui voulait une cloche, était émerveillé de voir que, en un quart d'heure, toute l'affaire était bâclée par le curé Sax.
N'oublions pas de dire aussi que le curé Sax était grand amateur des fleurs les plus belles et les plus choi-
sies : au mois d'août de chaque année, son jardin était ravissant à voir, et les étrangers venaient, en grand nombre, y faire une visite.
La serre qu'il avait construite contenait aussi une belle variété de raisins. En automne, c'était au presbytère de St-Romuald que les prêtres de l'arronditsement, se réunissaient en conférence qu'ils tiennent quatre fois par année, pour discuter des questions de théologie ou de discipline ecclésiastique. C'était alors ce qu'ils aimaient à appeler, la conférence aux raisins.