I. — EUSTACHE LAMBERT ET SES DESCENDANTS
Nous avons déjà fait connaissance avec Eustache Lambert, lors de l'établissement de sa pêcherie à Pvtchemin, en 1651. Dans l'automne de 1652 (11 décembre), il acquit une terre de huit arpents de front sur quarante de profondeur, à l'endroit de sa pêcherie. Le contrat fut consenti par Mr. de Charny Lauzon, le 11 octobre 1653, (1) quelque temps après le retour d' Eustache Lambert d'une expédition contre les Iroquois en haut de Québec, à la tête du camp volant composé de cinquante français, et parti de Sillery le 2 juillet. (2) Cette ferme s'appela V habitation de Ste. Marie. Une maison y fut construite, que le Journal des Jésuites désigne sous le nom de cabane d* Etes tache (3). C'était un des centres favoris où se railliaient les Hurons et les autres sauvages amis des Français. Lambert sut tirer un bon parti de ses relations avec les sauvages ; il fit avec eux la traite des
(1) Greffe Rageot.
(2) Journal des Jésuites, page 183.
(3) Page 2r9
pelleteries et y amassa de l'argent. Il voulait aussi tirer de la culture de la terre sur sa ferme, tous les produits possibles. D'après le recensement de 1666, outre son fils aine, Gabriel, il y avait plusieurs engagés, entre autres, Jean Adam, menuisier, Pierre Bergeron, âgé de 78 ans et ses trois fils, André, Abraham et Etienne Bergeron. (1)
Après s'être marié, en 1656, avec Marie Laurence, il fixa sa résidence principale à Québec, sur la place royale, où il continua ses opérations commerciales qui furent heureuses. Il contracta société avec François Bissot, pour affermer les revenus de la seigneurie de Lauzon, et l'on voit qu'il surveilla ses intérêts avec soin et d'un œil jaloux. (2) Plus tard (en 167 1), il fit un contrat de 12 ans, avec le même Bissot, pour faire le commerce de la pêche aux Sept-Isles.
De compagnie avec Guillaume Bonhomme et Jacques Berthiaume, Lambert fit aussi la pêche à l'anguille, sur les rives de Lauzon, en haut de la Chaudière, et, pour cela, il acquit une concession de seize arpents vis à vis la pointe du Cap Rouge. (3) Non content de cela, il acheta, le 6 octobre 1670, de Mr. de la Martinière, administrateur de la seigneurie de Lauzon, une terre en bois debout de huit arpents, du côté est et à quelque distance de la Chaudière. (4) Il eut aussi des propriétés à la Pointe aux Tiembles, à la Canardière et à Beauport.
Il mourut la même année que son compagnon
(i) Hist. S. L. I—257.
(2) Idem. I.— 257
(3) Greffe Fillion.
(4) Hist. S. L. page 258,
François Bissot, et il fut inhumé à Québec, le 6 juillet 1673. H laissait une fortune, assez considérable dans le temps, évaluée à 31,000 livres.
De son mariage avec Marie Laurence, il avait eu trois enfants : deux garçons et une fille. Gabriel était né le 5 décembre 1657, Eustache, le 18 décembre 1858 et Marie-Madeleine, le 11 mai 1662.
Marie Madeleine épousa, le 24 janvier 1678, Louis Chartier de Lotbinière et reçut en héritage l'habitation de la Pointe aux Trembles et celle de la Canardière.
Eustache,qui prit le nom de Lambert-Dumont, Sieur de Clermont, eut l'habitation de St. Joseph de Beauport et la petite habitation près de la Chaudière. Lambert-Dumont eut une carrière aventureuse. Il alla à Orange, chercher une femme du nom de Sophie Vanneck et veuve de Edouard Scott, un marchand des iles de H Amérique Méridionale, et il l'épousa, le 31 janvier 1682, au fort St. Louis de Chambly, Il vint faire commerce à Québec et y reçut une commission de capitaine de milice. En 1691, Lambert-Dumont s'embarqua pour la France, sur levsàssesLVLSt.Françoîs Xavier et l'on n'en eut plus de nouvelles. Il laissait sa femme avec cinq enfants. (1)
Quant au fils aine, Gabriel, qui nous intéresse davantage, il hérita de V habitation de Ste-Marie et de la pêcherie établie à Etchemin par son père, vingt deux ans auparavant. De mœurs douces et paisibles comparativement à son frère Lambert Dumont, Gabriel resta, presque toute sa vie, sur la propriété que son père avait commencé à défricher en 1652 ; (2) il lui donna de
(1) Hist. S. L. 1—259-260
(2) Idem II— 4 1-
l'extension et il progressa considérablement ; nous croyons que c'est lui qui fit bâtir, près de la pointe, la grande maison en pierres, avec comble élevé et pointu, suivant la mode du temps, dans laquelle la famille Lambert a longtemps demeuré.
Gabriel Lambert mourut en 1719, à l'âge de 62 ans et fut inhumé, le 25 juillet, dans l'église de la Pointe Lévy. Il était marié, depuis le 18 juin 1683, avec Françoise Renée Roussel, fille du chirurgien Roussel, et il en avait eu huit enfants, dont deux seulement laissèrent de la postérité. L'un des deux, René Louis, marié à Elizabeth Pinguet, alla s'établir à Québec et mourut en 1736, laissant dix enfants. (1)
L'autre de ses fils, Louis-Joseph, était né en 1695. Il épousa à Québec, le 16 novembre 1722, Geneviève Rouer de Villeray, fille d'Augustin Rouer de la Cordonnière et de Dame Marie Louise le Gardeur de Tilly. De cette union, naquirent dix-huit enfants dont la postérité s'est répandue dans toute la seigneurie de Lauzon.
Lonis-Joseph Lambert que l'on appelait Monsieitr de Ste. Marie, était grand propriétaire de terres à Etchemin et il s'occupa activement de milice. En 1734, il était le premier capitaine de la paroisse de St. Joseph, en la seigneurie de Lauzon, et commandant de la rive sud, dans toute l'étendue du gouvernement de Québec. En cette qualité, il obtint, après procès, (2) que le premier banc dans l'église lui fut donné après celui du seigneur haut-justicier et que le pain bénit lui fut présenté après ce dernier.
Monsieur de Ste. Marie commandait encore les milices de la côte du sud, lorsqu'il mourut, le 21 janvier
(1) Hist. s. L. II—44
(2) Edits et Ord. page 165
i/6o. Il fut inhumé à St-Joseph de Lévy. Trois mois après, le 16 avril 1760, sa femme était inhumée à St- Nicholas.
Parmi ses nombreux enfants, citons surtout Louis- Joseph, né en 1724 et marié, à Québec, le 11 novembre 1758, avec Thérèse Fontenoy ; Louis-Charles, né en 1732 et marié à Québec, le 17 octobre 1752, avec Angélique Ménard ; Louis-Ignace, né en 1736 et marié à St-Joseph de Lévy, le 6 février 1758, avec Geneviève Bourassa, et Geneviève, née le 22 octobre 1723 et mariée, le 7 août 1751, à Jacques de la Fontaine de Belcourt (3)
Il nous est impossible de raconter ici l'histoire de tous les descendants de Louis-Joseph Lambert, commandant de la côte sud ; nous ne parlerons seulement que de Louis Ignace, marié à Geneviève Bourassa, et de ses descendants directs.
L'inventaire des biens de Louis-Joseph Lambert qui possédait trente deux arpents de front à Etchemin, fut fait par le notaire Saillant, le 31 mars 1761. La vente et le partage des propriétés et effets entre les héritiers eurent lieu, en présence du même notaire, les 2 et 3 avril de la même année.
D'après itu titre nouvel, donné le 10 mai 1765, au nom de Murray, seigneur de Lauzon, par Saillant, à Louis Ignace Lambert, celui-ci possédait à Etchemin une terre de trois arpents de front, bornée du côté nord-est à Louis Cantin, et du côté sud-ouest à Geneviève Lambert, épouse de Jacques de la Fontaine de Belcourt. Il y est dit que Louis-Ignace Lambert avait reçu dans la succession de-son père, un arpent et six perches, et qu'il avait acquis de sa sDeur, Louise Lambert, veuve de Jacques Ménard,
(l) Voir dict. Mgr Tanguay, vol. V.
l'année précédente, un arpent et demi qu'elletenait, elle aussi, de la successsion du père, (i)
Cette terre de trois arpents passa à son fils, Louis Lambert marié à Geneviève Deniers.
En 1830, vivaient à Etchemin deux respectables citoyens, Julien et Joseph Lambert. Ils étaient frères et fils de Louis Lambert et de Geneviève Deniers, dont ils avaient partagé la propriété. Tous deux étaient mariés aux deux sœurs — filles de Etienne Deniers et de M. Madeleine Malien, — du même endroit. Julien Lambert avait épousé Angélique Deniers, et Joseph Lambert avait épousé Louise Deniers.
Les deux frères mariés aux deux sœurs eurent de nombreux enfants.
Louis Lambert, fils et successeur de Joseph Lambert, vendit sa terre à feu le Docteur Gédéon Laroque, sergent d'armes de l'Assemblée Législative de Québec. Elle est aujourd'hui la propriété de M. Ed. A. Lebreton de ville Landry.
Rémi Lambert, fils et successeur de Julien Lambert, se maria d'abord avec Césarie Bégin, puis avec Julie Joncas.
La terre de feu Rémi Lambert est encore aujourd'hui la propriété de sa veuve et de son fils, Edouard Lambert.
En 1830, Louis Lambert, un parent des deux frères Julien et Joseph Lambert, habitait aussi la région de l'Etchemin, en haut de la pointe Benson.
Ce serait un long travail de faire connaître toutes les ramifications de la famille Lambert depuis le temps de la conquête (1760) jusqu'à nos jours ; nous laissons ce travail à l'historien futur de la famille.
(1) Voir papiers famille Lambert.
IL — Jean Demers (Dumets) et ses descendants.
La famille Demers s'appelait, dans les commencements de la colonie, la famille Dumet. On trouve différentes variations dans la manière d'écrire ce nom, entre autres, les suivantes : Du Met, Dumest, Dumetz. Dumais. On a écrit ensuite : DeMer, Demerse, et enfin Demers. Vers 1700, plusieurs ont été baptisés sous le nom de DuMet et mariés sous le nom de Demers.
La famille DuMet ou Demers est originaire de Dieppe, en Normandie. Deux frères, André et Jean et un cousin Etienne, arrivèrent à Québec avant 1647. Etienne demeura au Cap-Rouge pendant quelques années ; il fit baptiser ses enfants à Sillery et à Québec, et nous croyons qu'il alla, sur la fin de sa vie, se fixer dans les environs de Montréal, où l'on voit qu'il maria des enfants à La prairie et à Varennes.
André et Jean montèrent à Montréal. André se maria, à Montréal, en 1654, avec Marie Chedville et en eut douze enfants qui furent, avec les enfants du cousin Etienne, les chefs des nombreuses familles de Demers répandues dans le district de Montréal. Nous ne nous occuperons ici que de Jean Demers, qui fut l'ancêtre des Demers d'Etchemin et de St-Nicolas. Nous avons publié, en 1905, son histoire et celle de ses descendants à Etchemin, clans un livre intitulé : " La famille Demers d'Etchemin, P. O. (i)"- Nous nous contenterons d'en donner le résumé aussi brièvement que possible.
i° Jean Dumet ou Demers I.
Jean Demers, né vers 1630, à Dieppe, en Normandie,
(1) Edition de ico exemplaires seulement.
passa d'abord quelque temps, sur une terre qu'il avait prise au Cap-Rouge, avant de monter à Montréal. Il se maria, comme son frère, à Montréal, le 9 novembre 1654. Son mariage fut célébré par le Père Claude Pijart, S. J. en présence de Paul de Cliomedey, sieur de Maisonneuve, Lambert Gosse, chirurgien major, Gilbert Barbier et autres.
L'acte de mariage est écrit en latin.
Jean DuMet était fils de Jean DuMet et de Barbe Maugis de la paroisse de St-Jacques de Dieppe, en France. L'épouse s'appelait Jeanne Vedie ou Voidy (1), fille de Michel Vedie ou Voidy et de Catherine Dorbelle de St-Germain, évêché d'Angers.
Jean Deniers et son épouse laissèrent Montréal vers 1662, pour venir s'établir dans la seigneurie de Lauzon, à Etchemin, en face de Sillery.
La première terre que Jean Demers prit, d'après l'acte que lui fut consenti plus tard, le 11 octobre 1666, touchait d'un côté, à Eustache Lambert et de l'autre, à René Leduc, et le 29 juillet 1668, il acheta de Jean Adam, une autre terre qui était entre celle de Nicolas Massard et celle de François Bissot. Ces deux concessions furent confirmées, le 1er juin 1671, par M. de la Martinière (2).
Nous croyons que c'est vers 1690, que Jean Demers vendit à René Leduc, les deux terres ci-dessus et qu'il acheta des héritiers Bissot, sept arpents sur les dix que François Bissot avait obtenus du seigneur de Lauzon,
(1) C'est bien Vedie qu'il faut lire dans l'acte original de son mariage et non Redit, comme Mgr Tanguay l'a écrit. Dans son acte de sépulture à Québec, le 7 décembre 170S, elle est nommée Jeanne Voidy. Voir aussi l'histoire des Canadiens-Français, par Suite.
(2) Hist. S. L., I. 292.
en 1670, à partir de la rivière Etchemin. Nous n'avons point trouvé la date de cette transaction. C'est sur cette nouvelle propriété que, d'après le dénombrement de la seigneurie en 1723, il y avait maison, grange, étable, trente arpents de terre en labour et trois arpents en prairie. Dans " la famille Demers d'Etchemin ", nous avons donné la description de la maison, qui avait des murs en pierres de trois pieds d'épaisseur, avec grand comble pointu ; elle était bâtie à environ trente pieds au nord du chemin, un peu en arrière de la pharmacie actuelle de M. J. B. Martel. Le jardin était à droite, le long du chemin, sur les bords d'un rigolet, aujourd'hui l'étang Atkinson. La grange et l'étable étaient au sud du chemin, près du ruisseau.
Jean Demers et Jeanne Voidy eurent douze enfants, baptisés à Montréal, à Sillery et à Québec. Quatre garçons— Pierre, Eustache, René et Jean-Nicolas — et deux filles — Marguerite, mariée à André Bergeron, et Catherine, mariée à George Marion — s'établirent à St-Nicolas, où ils devinrent les souches des nombreuses familles de Demers dans cette paroisse (1). Jean Deniers, par sa longue expérience acquise, au prix de bien des travaux et de bien des sacrifices, était en position de guider sûrement ses enfants et de les établir aux endroits les plus fertiles de la côte Lauzon (2).
En 1698, Jean DeMers et son épouse se décidèrent à aller passer leurs dernières années, dans la ville de Champlain, auprès de leur fille Anne, devenue veuve, madame Cureux de St-Germain.
(1) Voir " Fragments de l'histoire religieuse et civile de la paroisse de St-Nicolas par l'hon. Et. Théod. Paquet, page 7.
(2) 25 nov. 1672, Concession à Jean Dumets, de douze arpents, touchant à François Hulin, à St-Nicolas.
Dix ans après, ils décédaient tous deux dans la même année : Jean DuMet, le 5 juillet 1708 et Jeanne Voidy, son épouse, le 7 décembre 1708. Avant leur mort, ils avaient fondé sept messes à perpétuité, dans l'église de Notre-Dame de Québec.
Le successeur et héritier du père Jean, à Etchemin, fut son fils,
20 Jean Demkrs II.
îl avait été baptisé, à Montréal, le 6 juillet 1661, et Tannée suivante, il avait suivi son père, à Etchemin. Il se maria, le 2 mai 1696, à Ste-Famille I. O. avec Jeanne L'arrivée, fille de Jean L'arrivée et de Jeanne Barbereau. Il fut marié sous le nom de DeMers.
Jean Demers s'appliqua à agrandir et à perfectionner le domaine patrimonial à Etchemin qui avait une étendue de sept arpents sur quarante.
Il eut huit enfants baptisés à Québec ou à St-Joseph de la Pointe Lévy.
Jean Demers II fut inhumé à Québec, le 11 juillet 1736, à l'âge de 75 ans.
A sa mort, sa propriété fut partagée en deux terres de trois arpents et demi chaque. La terre du nord-est échut à son fils Jean, baptisé le 25 avril 1709, et marié, le 9 février 1739, à Madeleine Dussault. Celui-ci eut douze enfants parmi lesquels, Etienne, né le 17 février 1754, fut appelé à recueillir l'héritage de son père.
Etienne légua sa propriété à Etienne Demers, son fils, qui était marié à Madeleine Maheu, de Beauport. .
A la mort de ce dernier, cette terre du nord-est fut vendue, partie à John Ritchie, partie à Pierre Lagueux.
La terre du stid-ouest bornée à l'ouest, à Joseph Roberge et au nord-est, à Jean Demers, fut donnée à l'autre fils de Jean Demers II, nommé Louis Joseph Demers.
— 3» — 3° Louis-Joseph Demers.
Louis-Joseph Deniers — le troisième ancêtre direct des Deniers actuels d'Etchemin, — avait été baptisé à St- Joseph de Lévis, le 7 mai 17.11, et il s'était marié à la même paroisse, le 15 février 1735, avec Geneviève Huart, fille de Jean Huart et d'Angélique Jourdain. Il mourut, le 18 décembre 1749, à l'âge de 38 ans, laissant sa veuve avec quatre enfants, Geneviève, Louis, Louis-Etienne et et Marguerite, âgés respectivement de 14, 12, 10 et 5 ans.
La veuve prit en mains l'administration de son bien et de celui de ses enfants et la conserva pendant une quinzaine d'années. Elle gérait les affaires de la propriété, dans l'année terrible de la conquête (1759-60). D'après le titre nouvel qu'elle reçut de Me. Saillant, notaire, le 10 mai 1765, sa propriété faisait "moitié de sept arpents et une perche appartenant à feu Jean Demers. . . faisant partie de dix arpents de terre concédés à François Bissot par contrat. . . le 12 novembre 1670, à elle appartenant et à ses enfants pour lui avoir été donné et abandonné par feu Jean Demers, son beau-père, dont elle n'a pu représenter le contrat." (1) Elle mourut le 28 novembre 1773, à l'âge 81 ans.
40 Louis-Etienne Demers.
Fils de Louis-Joseph Deniers et de Geneviève Huart, il était né en 1740, et il s'était marié àSt-Nicolas, le 16 juillet 1764, après avoir obtenu dispense, avec Marguerite Deniers, fille de Joseph Deniers et de Marie-Joseph te Gingras, une de ses parentes au troisième degré et au quatrième degré.
(1) Voir " La famille Demers d'Etchemln " page 23.
Après s'être libéré des obligations (i) de la succession, Louis-Etienne Deniers, devenu maître complètement chez lui, pût s'adonner à l'exploitation de sa terre, alors très fertile, et la mettre en état de produire le plus possible.
Il prospéra grandement. En 1781, il fut nommé syndic avec cinq autres citoyens, pour surveiller les travaux d'agrandissement de l'église de St-Joseph et, en 1794, il fut nommé marguiller de la paroisse St-Joseph.
En 1797, la charge de sous-voyer, pour mettre à exécution une loi relative aux chemins et aux ponts, à laquelle il fut appelé, lui donna beaucoup de trouble. On peut lire dans l'histoire de la seigneurie de Lauzon (2) le récit des poursuites qui eurent lieu à cette occasion ; nous en dirons quelques mots plus tard.
Louis-Etienne Deniers eut douze enfants parmi lesquels il choisit Julien, pour être son donataire. L'acte de donation (3) fut passé, le 23 octobre 1801, devant le notaire Alexandre Dumas, résidant à Québec.
Il mourut le 14 septembre 1817, à l'âge de yj ans, et fut inhumé dans l'église de St-Joseph de la Pointe Lévy. Son épouse décéda le 21 février 1831, à l'âge de 89 ans et fut inhumée à St-Jean-Chrysostôme.
50 Julien Demers.
Né le 28 octobre 1777, Julien Deniers, donataire de son père Louis-Etienne Deniers, se maria à St-Joseph de Lévy, le 25 juillet 1803, avec Geneviève Roberge, fille de Charles Roberge et de Geneviève Lambert, âgée de 16 ans seulement.
(1) Voir papiers de famille dans " la famille Demers " page 26-27.
(2) III, p. 271 et suivantes.
(3) Papiers de famille Demers.
Pendant quarante ans, Julien Deniers a joué un rôle important à Etchemin, dans le temps où le seigneur Caldwell construisait ses vastes scieries et donnait au commerce de bois une grande extension.
Il était capitaine de milice, et lors de la formation de la paroisse de St-Jean-Chrysostôme, il fut syndic de la nouvelle paroisse, pour la construction de la chapelle.
De l'union de Julien Deniers avec Geneviève Roberge naquirent douze enfants,-six garçons et six nlles,parmi lesquels nous devons signaler les noms de Julien, marié à Marcelline Halle et établi à St-Bernard, de Etienne, marié à Céleste Ainse et cordonnier à Etchemin, de Christine, mariée à Laurent Roberge, navigateur entre Etchemin et Québec, de Marie, mariée à Louis-Elie Bourget, charpentier de St-Joseph de Lévis, de Athanase, marié à Luce Bégin et établi à St-Lambert et de Benjamin, qui fut son héritier et successeur sur la terre d'Etchemin.
Julien Deniers est décédé le ier mai 1860, à l'âge de 83 ans, et son épouse s'est éteinte le 16 février 1869, à l'âge de 82 ans.
Tous deux ont été inhumés dans l'église de St- Romuald.
6° Benjamin Demers.
Il était né, le 12 septembre 1823, et s'était marié à l'église de St-Jean Chrysostôme, le 25 novembre 1845, avec Félicité Carrier, fille de Louis Carrier et de Félicité Cantin, du village de Beaulieu.
Benjamin Demers a été mêlé à tous les événements principaux qui ont amené l'agrandissement et le progrès du village d'Etchemin et surtout l'érection de la paroisse de St-Romuald, en 1854. Conjointement avec Edouard Lagueux et Narcisse Cantin, il donna une
partie du terrain nécessaire pour l'église et il fut appelé à entrer au banc d'oeuvre, en 1855.
Pendant sa vie, il fut commissaire d'écoles, conseiller municipal, et sur la recommandation du curé Sax, il fut aussi nommé juge-commissaire pour les petites causes.
En 1845, comme l'antique maison en pierres, de la famille Deniers commençait à laisser beaucoup à désirer, Benjamin Demers en avait reconstruit une autre en bois, à peu près de même grandeur que l'ancienne, au côté sud du chemin, près du ruisseau, et là aussi, à environ cent pieds de la maison nouvelle, il avait bâti une grange et une étable. En 1871, vu que le nombre de demandes d'emplacements augmentait tous les ans, il fut encore obligé de construire une nouvelle maison, sur la côte, près du couvent, et d'y transporter ses bâtiments.
Son épouse, Félicité Carrier, était décédée le 28 novembre 1864, à l'occasion de la naissance de son dixième enfant qui ne put recevoir le baptême.
Onze ans plus tard, Benjamin Demers décédait à son tour, le 5 août 1875, à l'âge de 52 ans, laissant huit enfants, savoir : Benjamin qui fut ordonné prêtre le 7 décembre 1873 ; Louis Julien, qui fut député de Iyévis à la Chambre des Communes, et marié à Elmina Giroux ; Pierre, marié , à Georgiana Cardinal ; Marie-Madeleine, mariée à Pierre Guay ; Marie-Célina, mariée à George- Napoléon Guay ; Joseph, célibataire, qui hérita de la terre de son père, Ambroise-Jérôme, alias Edouard, marié à Vénérande- Valérie Paquet et Marie-Elise, mariée à Joseph Cantin.
Par son testament du 19 juillet 1875, reçu par les notaires Simard et Légaré, Benjamin Demers avait institué son fils Joseph, son légataire universel, et les rentes
foncières des emplacements an bas de la côte ainsi que le reste du terrain non concédé à cet endroit, étaient données, pour être partagées entre eux, à six de ses enfants, savoir : Louis-Julien, Marie-Madeleine, Marie-Célina, Joseph, Ambroise-Jérôme alias Edouard et Marie-Elise.
L'acte de partage entre ces six enfants a été fait le 16 juin 1889, par le notaire Boutin dit Bourassa. Joseph qui avait reçu en héritage la terre de son père, a été obligé, pour cause de maladie, de la vendre, le 13 juillet 1905, à son voisin Henri Lagueux. Il s'est réservé sa part des rentes des emplacements au bas de la côte et les rentes des emplacements qu'il avait concédés sur la côte, en arrière du couvent.
Les terrains des emplacements concédés en bas de la côte et non rachetés, sont encore la propriété des héritiers nommés au testament de Benjamin Deniers.
Louis-Julien Deniers, un des enfants de Benjamin Deniers, acheta, en 1889, les propriétés de M. Hall, situées sur les bords de la rivière Etchemin, et sur lesquelles étaient concédés grand nombre d'emplacements.
Depuis la mort de L.-J. Deniers, en 1905, ces propriétés appartiennent à sa veuve et à ses enfants.