‹ La paroisse de ValnayChapitre 3 sur 10 · IS · texte numérisé non relu

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Mais déjà des pas pesants se faisaient entendre. Abel rajusta son rabat comme un homme qui n'est pas habitué à de pareilles escarmouches; Marianne essuya ses yeux; et le laboureur Bastien se présenta bientôt, impatient de savoir la décision de Marianne, comme si le diable l'eût envoyé là pour achever de faire perdre au tendre Abel Rideau le peu qui lui restait de bon sens et de cervelle.

— Salue, mdme xMarianne, et vous aussi, curé Rideau. Il paraît que vous avez pas mal causé tous deux; vous avez Tair un peu éveillés, et je vous prie honnêtement de me dire en deux mots vos idées sur l'état de mes affaires et si elles sont en bon chemin.

— Oui, Bastien, dit le curé d'un air timide; oui, ccriaincnient , vo5 affaires vont

selon vos vœux. Vous ne pouvez pas trouver étrange que Marianne pleure encore son mari à l'heure môme où elle songe à en accepter un autre.

— Vous voulez donc m'épouser, Bastien ? dit Marianne à mi-voix. J'ai peur que vous ne vous trompiez sur mon compte ; je ne suis pas d'humeur heureuse, et vous méritez de trouver une meilleure femme. Vous n'avez jamais pleuré, vous.

— C'est vrai, Marianne, mais pourquoi me parlez-vous d'un ton chagrin? Je vois ce que vous êtes, une brave et douce femme

dont le cœur est un peu désolé sans que

vous sachiez trop pourquoi; je vous aime cependant. Soyez ma femme ; je serai doux avec vous, comme on l'est avec les petits enfants ou les vieilles bonnes femmes. Je vous

câlinerai comme une malade. Je suis riche pour un paysan; je ferai tout ce que vous voudrez, et ça sera pour moi un grand bonheur que d'avoir sous mon vieux chaume une femme qui... une femme que... enfin suffit! Et je serai moins votre mari que le meilleur de vos domestiques.

Marianne tomba sur un siège et se mil à sangloter en se cachant la tête dans les mains; le curé tremblait et s'effaçait comme s'il eût voulu rentrer dans la muraille; le laboureur debout regardait Marianne d'un air tout à la fois naïf et défiant.

— Pourquoi pleurez-vous, ma'me Marianne? Je ne veux point vous violenter. Le curé Rideau m'a dit que vous consentiez à m'épouser, qu'il en faisait^-son affaire; mais si vous croyez être malheureuse avec moi, il

faut le dire, et pour rien au monde je ne voudrais TOUS faire de la peine.

— Allez-vous-en, Bastien! s'écria Marianne en se levant avec un geste d'audace et de fierté, allez-vous-en! Pour rien au monde aussi, moi, je ne consentirai à tromper un honnête garçon comme vous : je ne vous aime pas, je vous rendrais malheureux, et je ne veux pas dire oui de la bouche quand je dis non du fond du cœur. Ne revenez jamais chez moi, je vous en prie, si vous voulez le faire avec des idées de mariage. Je n'ai jamais trompé personne , je ne commencerai point par vous; et je vous jure par l'ame de mon défunt mari que je ne peux, ni ne veux être votre femme.

Devant cette décision soudaine, le laboureur releva lentement la tête; ses mains tor-

daieiit son large feutre; ses regards obliques se tournèrent bientôt du côté du curé Rideau ; un rire insolent erra sur ses lèvres, et bientôt sa grande taille se dessina, imposante, entre la veuve et le curé. D'un geste hardi, il campa son chapeau sur son oreille; puis regardant Marianne d'un air à la fois timide et irrité, il dit d'une voix indécise :

— Pourquoi est-ce que je suis venu ici? j'aurais mieux fait de ne déranger personne.

Puis il sortit. Et Marianne dit en fuyant le regard irrité du prêtre :

— Si vous mourez curé, je mourrai veuve.

— Tu mourras infâme et je mourrai déshonoré! s'écria le jeune homme au comble du désespoir de la colère.

Marianne vint tomber à ses pieds; mais il la repoussa d'une main brutale. Il sortit en

s'appuyant aux murailles comme un homme ivre, et Marianne n'entendit que ces derniers mots :

— Je le maudis.

TROII§»l£]llE PARTIE

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