‹ La paroisseChapitre 13 sur 87 · Hérésies, 00, P. G., t. XLII, col · texte numérisé non relu

Hérésies, 00, P. G., t. XLII, col

étaient des évêques de campagne ou vicaires épiscopaux, auxquels l'cvêque de la cité déléguait certains de ses pouvoirs à exercer dans les campagnes. S'il leur est défendu d'ordonner des prêtres et des diacres, c'est que l'évêque se réservait cette ordination non seulement pour les besoins de la ville, mais encore pour ceux des églises de campagne. Celles-ci avaient déjà leurs prêtres distincts. A peu près à la même époque, le synode de Néocésarée [can. 13), en Cappadoce, ne veut pas que les prêtres de la campagne offrent le saint sacrifice dans l'église urbaine, quand l'évêque ou les prêtres de la ville sont présents. Ces prêtres de campagne supposent nécessairement l'existence d'églises rurales, dans lesquelles ils célèbrent, et les églises ainsi desservies ont autour d'elles un groupement qui n'est autre qu\me paroisse.

En Occident, les petits centres religieux se multiplient à la même époque. Le concile d'Arles en 314. (can. 18, 21), parle de « diacres urbains », ce qui permet de conclure à l'existence de diacres de campagne, et il défend aux prêtres et aux diacres, sous peine de déposition, de quitter le lieu où ils ont été fixés pour passer dans un autre. Ce n'est pas seulement le diocèse, c'est la paroisse qu'il est défendu d'abandonner. La paroisse rurale existe donc déjà. Sans doute, pendant le iv^ siècle, il s'agit surtout en Gaule de créer des diocèses dans les cités qui n'ont pas encore d'évêque. Mais dans les plus anciens diocèses, principalement dans le midi, les paroisses apparaissent dès cette époque. Du moins, à défaut de docum.ents certains, les synodes tenus au v^ siècle dans les différentes régions de la Gaule permettent

de croire que les églises rurales dont ils s'occupent ne sont pas toutes de création récente.

Les fondations les plus certaines du iv^ siècle sont dues à Tactivité extraordinaire de saint Martin, avant lequel les campagnes du centre et de l'ouest de la Gaule ignoraient à peu près complètement le nom du Christ \ Le saint évêque de Tours établit des paroisses rurales, avec des prêtres pour les desservir, à Amboise, Langeais, Sonnay, Chisseau, Saint- Pierre-de-Tournon et Candes. Ses successeurs, saint Brice et Eustocliius, en fondèrent neuf autres. La plupart de ces églises rurales étaient bâties à proximité d'une voie romaine. La population ne vivait guère alors, en dehors des villes, que dans les grands domaines agricoles. Pour traiter leurs affaires en commun, les cultivateurs se réunissaient volontiers aux carrefours formés par les voies de communication. C'est donc là que les prédicateurs de la foi les trouvaient plus facilement. Ils y élevèrent des oratoires et des églises ; le magistrat civil vint y rendre la justice à des époques déterminées. Telle fut l'origine d'un très grand nombre de bourgs qui devinrent des paroisses. De fait, celles qu'établit saint Martin étaient toutes sur des voies romaines ^.

Commencée dans la Narbonnaise et dans la région de Tours dès le iv^ siècle, la fondation des paroisses rurales subit un arrêt en Gaule par le fait de la crise arienne, qui concentra sur la défense de la foi tous les efforts des évêques. A la fin du siècle, sous Gratien et Théodose, elle reprit pour se continuer acti-

i. Sur.PiCE Skvkre, Vie de saint Martin, \'.\.

2. Lecoy de la Mauciie, Saint Martin, Tours, 1881, p. 215-211.

vement pendant tout le cours du siècle suivant. L'instabilité causée par les invasions barbares et rhostilité des peuples hérétiques qui traversaient ou occupaient le pays, contribuèrent bien à paralyser l'œuvre commencée. Mais la conversion des Francs et l'extension de leur domination sur le pays galloromain ramenèrent la sécurité. L'organisation ecclésiastique put dès lors se développer et s'affermir sans entraves.

Les évêques furent incontestablement, en Gaule, les premiers fondateurs des églises rurales. La paix de l'Église leur avait permis d'acquérir, par donation ou par achat, des domaines ou villas plus ou moins considérables. Rien ne pouvait mieux affirmer et sauvegarder leur droit de propriété que l'établissement d'églises dans ces domaines, en même temps que la conversion de ceux qui les cultivaient répondait aux plus chers désirs de leur zèle. Même dans les localités où ils ne possédaient pas, ils avaient à cœur de faire triompher la foi chrétienne, d'établir un lieu de culte et de placer un prêtre pour le service spirituel des habitants. Après saint Martin, l'histoire signale, parmi les plus zélés fondateurs d'églises, saint Hilaire, d'Arles: Élaphius, de Rodez; Patiens, de Lyon; saint Germain, d'Auxerre; saint Waast, d'Arras; saint Césaire, d'Arles; Marachaire, d'Angoulême et saint Sulpice, de Bourges. La plupart des centres religieux qui devinrent des paroisses sont dus à leur initiative.

Les grands propriétaires de nllas imitèrent les évêques. Le lien religieux, maintenu par la présence et l'action d'un prêtre, devait puissamment contribuer à attacher au sol les hommes qui dé-

pendaient d'eux. Ils construisirent donc des oratoires, y établirent un prêtre et firent de leur domaine une paroisse. Ainsi voit-on le prêtre saint Sévère bâtir un oratoire sur sa terre de Serre, dans le Bordelais \ et le faire desservir par un chapelain. Ainsi firent également saint Paulin de Noie et Sulpice Sévère dans les domaines dont ils étaient les propriétaires. Le prêtre établi dans l'oratoire de la villa était « l'homme » du grand propriétaire, et le service quil rendait, bien que d'un ordre supérieur aux services des autres fonctionnaires du domaine, relevait du maître au même titre que les leurs. L'évêque nintervenait que pour le spirituel. « De même que le village moderne est dérivé le plus souvent d'un ancien domaine, de même l'église paroissiale est dérivée très souvent de la chapelle privée dun grand propriétaire -. »

Avec ou même sans le concours des riches patrons qui leur assuraient protection, les habitants des vici^ petits propriétaires, marchands, artisans, tinrent souvent à posséder aussi leur église et à ériger leur bourg en paroisse indépendante. Leur rôle n'a pas laissé de traces dans l'histoire. Tout porte à croire cependant que, quand ils l'ont pu. ils ont contribué à fonder des centres religieux.

Enfin, à partir de la seconde moitié du v'^ siècle, les moines commencèrent à s'établir dans les solitudes qui occupaient la plus grande partie du sol de l'ancienne Gaule. Après avoir défriché des forêts ou mis en valeur des terres incultes, ils érigeaient

i. Grégoire de Tours, De la gloire des confesseurs, oO. 2. FusTEL DE CouLAXGES, Htstoive des instilutions politiques de l'ancienne France; la Monarchie franque. Paris, 1888. p. 519.

une modeste chapelle pour prier. Bientôt des populations accouraient autour d'eux des ç^icieides cillas. pour partager leurs travaux, s'édifier à leur contact, et trouver à l'ombre de leurs monastères et de leurs églises un peu de sécurité et de paix, avec l'assurance de ne point manquer du nécessaire tant pour le corps que pour l'âme. Ainsi s'élevèrent de toutes parts des hameaux, des villages et de petites cités qui devaient aux moines leur existence. Ces créations étaient la conséquence du travail et du dévouement mis en commun, là où presque toujours eussent échoué les efforts individuels. L'église des moines s'ouvrait naturellement aux hommes occupés dans leurs fermes et à la population d'artisans et de cultivateurs groupée autour d'eux. Ils prodiguaient leurs soins spirituels à ces âmes souvent plus incultes que les terres qu'ils défrichaient. Telle fut l'origine d'un très grand nombre de paroisses. Aujourd'hui les moines sont méconnus et calomniés dans une multitude de centres florissants qui leur doivent l'existence.

Les évoques ne pouvaient que voir d'un bon œil cette action des moines, surtout à ses débuts. Le clergé séculier était encore trop clairsemé pour suffire aux besoins des établissements nouveaux. Le recrutement des clercs parmi les serfs ne laissait pas que d'être assez laborieux. Les évêques étaient donc heureux de pouvoir compter sur les moines pour les paroisses de création récente. Ces derniers furent même amenés à en patronner beaucoup d'autres, quand les seigneurs laïques durent abandonner celles dont ils s'étaient emparés.

L'emplacement des églises rurales était fréquemment déterminé par une circonstance extérieure

que les chrétiens ne pouvaient négliger. En bien des endroits subsistait un vieux sanctuaire idolâtrique, auquel s'attachaient les souvenirs de l'ancien culte, encore trop vivants en certaines âmes. Dans un but de préservation morale, les évêques, autorisés d'ailleurs par la législation impériale \ démolissaient les édifices païens et les remplaçaient par des oratoires chrétiens. D'autres fois, on choisissait le lieu consacré par la tombe d'un saint, illustré par son séjour ou son passage, sanctifié par la présence de 'ses reliques ou signalé par quelque miracle dû à son intervention. Là s'élevait l'église ; le saint en était le titulaire et devenait le patron céleste et le protecteur-né de la population qui vivait à l'ombre de son sanctuaire. Les saints les plus populaires, ceux surtout qui avaient parcouru le pays en missionnaires, donnèrent leur nom à un grand nombre d'oratoires ou d'églises. En France seulement, il y a aujourd'hui 3675 églises paroissiales sous le vocable de saint Martin, et 485 bourgs, hameaux ou villages portent encore son nom ^.

Pour constituer la paroisse, l'église ne suffisait pas. Il fallait autour de cette église une circonscription territoriale déterminée. Les textes anciens ne permettent d'identifier la paroisse ni avec le pagus romain ou canton, ni avec le i^iciis, ni avec la ç>îlla. Toutefois on signale bon nombre de ^ici qui sont devenus des paroisses; des ^illas^ soit isolées, soit groupées, ont eu la môme fortune. Dès lors il est naturel d'admettre que les limites de ces ^icl et

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