‹ La paroisseChapitre 49 sur 87 · Dareste, Histoire de France, t. Il, p · texte numérisé non relu

Dareste, Histoire de France, t. Il, p

temple un asile contre l'emportement de son maître, venait encore y recevoir le bienfait de la liberté. Les églises servaient d'archives publiques : on en faisait aussi, surtout dans les campagnes, la grange ou le grenier du village... On allait donc au temple non seulement pour les offices, mais pour ses affaires. Un maître s'y rendait pour réclamer son esclave qui s'y était réfugié; les prêtres lui faisaient jurer qu'il ne le maltraiterait pas, et son esclave lui était remis. . . Voulait-on se purger d'une accusation, on allait à l'église avec ses cojurateurs et l'on y prononçait, sur l'autel, le serment d'usage... Non seulement le peuple était appelé à l'église par son culte et par ses affaires, mais il y était encore attiré par ses plaisirs... Le temple était à la fois pour le peuple son théâtre, son forum et son hôtel de ville... C'était le centre de tous les intérêts, le refuge de tous les malheureux, et les malheureux composaient alors presque toute la nation... De patrie, le peuple n'en avait point d'autre que l'Eglise, et r?^glise était tout pour lui... On préférait de beaucoup l'assemblée des fidèles à celle des scabins ^ ou des hommes d'armes ; on fuyait les plaids et les champs de mars ou de mai pour accourir aux temples; on était bien plus puni d'être privé dans l'église de son rang, de la participation aux offrandes, aux eulogies"^, à la communion, que du droit de porter les armes et de juger : en un mot. on tenait bien plus à l'exercice de ses droits religieux qu'à celui de ses droits politiques, parce que l'état religieux était bien supérieur à l'état politique,

i. Ou cclievins, juges et administrateurs des cites. 2. Choses l)énites et dislrilniées aux fidèles, en particulier le pain bénit.

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et que, hors de TEglise, tous les devoirs et tous les droits de riiomme étaient à peu près méconnus ^ »

Cette centralisation d'intérêts divers dans l'église paroissiale y entretenait une vie intense et pittoresque, mais ne laissait pas de présenter des inconvénients assez sérieux. Aussi les conciles durent-ils aviser pour mettre progressivement chaque chose à sa place. Comme l'église était d'ordinaire, après le château féodal, le monument le plus solidement construit du bourg ou du village, on s'y réfugiait en cas d'alerte et on la mettait en état de défense ^. Mais cette situation ne pouvait se perpétuer, de manière à changer l'église en forteresse. Le danger passé, les travaux de défense devaient être détruits ^. On enfermait également dans l'église le froment, le foin, des meubles et différents objets que l'on tenait à soustraire au pillage. Cet encombrement de lédifice sacré, justifiable en temps de guerre, ne devait pas être toléré quand la sécurité régnait suffisamment ''.

En poursuivant son œuvre, la législation ecclésiastique élimina peu à peu, mais non sans peine, quantité d'autres usages étrangers au culte. Elle interdit dans les églises et dans les cimetières qui les entouraient les séances judiciaires, surtout quand elles devaient entraîner l'effusion du sang ^, les marchés ^,

1. Gdérard, Cartulaire de Véglise N.-D. de Paris, 1850, t. I, prêt'., p. 23, S2, 53.

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