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Castelnau, Mémoires, chap. iv

3. Ainsi, pour donner un exemple, « la \ille de Bourges fut prise et pillée par les prolestants, conduits par le comte de Montgomery. Les édiflces du culte catholique, et notamment l'église cathédrale, lurent ravagés : les statues, tableaux et morceaux d'architecture furent mutilés ou détruits. Les riches tombeaux de saint Ursin, de

saint Guillaume, de sainte Jeanne, du duc Jean et autres, furent renversés et profanés. Le comte de Montgomery emporta lui .^eul six cent cinquante-un marcs d'or et d'argent, provenant des reli- <]uaires, autels et couvents qu'il avait spoliés. Pendant trois mois que dura cet affreux pillage, les beaux-arts firent en la ville de Bourges une perte irréparable •• Labouvrie, Relation du mystère des SS. Actes des Aposlres, Bourges, 1836, p. 208.

De leur côté, les paysans rançonnés par tous les partis se refusaient à payer les redevances et les dîmes.

Malgré tant de misères, le protestantisme ne triompha en France ni du bon sens populaire, ni de la vieille foi catholique, implantée depuis des siècles et cultivée dans chaque paroisse par une suite ininterrompue de pasteurs. « Tandis que, partout ailleurs en Europe, la masse du peuple se laissa vaincre et reçat, par indifférence, par surprise ou par force, la réformation de la main avide et brutale de ses chefs, la masse du peuple français ne se laissa ni séduire ni dompter. Elle défendit sa foi contre tout ennemi, par tout moyen et l'imposa même à son roi ; c'est une des pages les plus grandioses d'une histoire féconde en traits généreux \ » On sait en particulier avec quelle fougue des curés de Paris, entre autres, Boucher, curé de Saint-Benoit, se mirent à la tête de la ligue. Quoi qu'on puisse reprocher à l'intransigeance de leur zèle, ils n'en soutinrent pas moins le courage des Parisiens, qui surent combattre et souffrir pour le triomphe de leur foi.

Les ordres religieux, les Jésifites nouvellement institués, les Capucins et d'autres religieux mendiants contribuèrent puissamment à ce maintien de la foi catholique en France. On les voyait aller par les villes, les villages et les maisons, prêcher au peuple la réforme et la pénitence, lui rappeler les titres que la religion avait à sa fidélité, raffermir le courage des pauvres curés de paroisses rurales, imprimer au clergé une direction ferme et sûre, et montrer à tous,

i. Bal'dkillap.t, L'Église catholique, la Renaissance, le Protestantisme, p. 13-2.

autant par l'exemple que par la parole, ce qu'était la vraie réforme et d'où elle pouvait venir ^ .

Lorsque Henri IV devenu catholique entra dans Paris, en 1594, il y avait déjà près de cinquante ans que le concile de Trente avait établi les principes de cette vraie réforme. Voici les décrets qu'il porta dans l'intérét des paroisses :

Le 13 janvier 1547, dans lavi° session (cap. 2;, le concile oblige à la résidence tous ceux dont les bénéfices la réclament, et interdit toute dispense permettant la jouissance des revenus malgré l'absence continue.

Le 3 mars, dans la vii*^ session, il décide que les cures ne seront données qu'à des sujets dignes et capables (cap. 3), que celui qui gardera plusieurs bénéfices incompatibles sera privé de tous (cap. 4), que ceux qui, par dispense, détiennent plusieurs de ces bénéfices devront y mettre des vicaires en mesure de satisfaire aux besoins des âmes et recevant une part convenable des revenus (cap. 5), que dans les cures unies à d'autres bénéfices, les évêques placeront des vicaires perpétuels jouissant d'une part des revenus, et qu'eux-mêmes visiteront ces cures chaque année (cap. 7, 8), enfin que les sujets promus à des cures par d'autres que l'évêque devront au préalable être examinés par lui (cap. 13).

Le 25 novembre 1551, dans la xiv^ session, le concile règle que nul, ecclésiastique ou laïque, n'ob-

1. liAUDuiLLART, Op. Cit., p. 162. Le pcu de succès que le protestantisme a obtenu en France est accusé par ce fait, qu'après trois cent cinquante ans d'elTorts, malgré tant de causes extérieures qui le favorisent depuis un demi-siècle surtout, il ne compte que (kjO.OOO fidèles sur une population voisine de 40 millions de Français. Agendaannuaire prolestant, Paris, 1903, p. 133.

tiendra désormais droit de patronage sur une église s'il ne Ta fondée, construite ou dotée, l'évêque devant toujours garder le droit d'institution et, par conséquent, le candidat ayant à lui être présenté (cap. 12, 13).

Le 16 juillet 1562, dans la xxi*' session, il est statué que, dans chaque paroisse, il y aura un nombre de prêtres suffisant, avec le curé, pour la célébration du culte et le soin des âmes, qu'au besoin de nouvelles paroisses seront créées par les évêques, en prenant sur le revenu des églises-mères de quoi les alimenter ou en oblig^eant le peuple à entretenir ses prêtres cap. 4), que les évêques pourront unir des églises trop pauvres pour subsister à d'autres bénéfices capables de les entretenir cap. 5), que, dans les paroisses où les curés sont par trop illettrés, inhabiles ou même scandaleux, les évêques enverront des vicaires temporaires, en leur assignant une pension sur les revenus paroissiaux ou sur d'autres, les curés incorrigibles devant d'ailleurs être privés de leur charge (cap. 6), enfin que les églises paroissiales en mauvais état seront réparées ou remplacées à l'aide des revenus de ces églises, ou avec le concours de tous leurs patrons, ou même à la diligence des curés ; à défaut de ressources suffisantes pour bâtir ou réparer, les paroissiens auront à se rendre dans l'église-mère ou dans l'église la plus voisine (cap. 7).

Le 17 septembre 1562, dans la xxii'' session, le concile proclame la nullité de tout ce qui serait fait par des ecclésiastiques ou des laïques, quelle que soit leur dignité, pour accaparer la juridiction, les biens, les revenus de toute nature attachés à un bénéfice en

faveur des prêtres qui le desservent ou des pauvres qu'on y assiste. L'anathème frappe les injustes détenteurs (cap. 11).

Le 15 juillet 1563, dans la xxiii^ session, on s'occupe de prescrire aux curés les règles à suivre pour remplir saintement leur ministère (cap. 1), et l'on rend le fameux décret sur l'institution des séminaires (cap. 18], dont l'action devait se faire sentir si heureusement pour le bien des paroisses.

Le 11 novembre 1563, dans la xxiv^ session, le concile institue les synodes diocésains annuels (cap . 2) , et oblige les évêques à faire tous les deux ans la visite de leur diocèse, par eux-mêmes ou par leur vicaire général (cap. 3j. Il décide que les curés prêcheront chaque dimanche, les jours de fête, et au moins trois fois la semaine en Carême et en Avent; que les évêques inviteront leurs diocésains à assister aux prédications paroissiales; qu'aucun prêtre, pas même le régulier dans son église, ne pourra prêcher contre le gré de l'évêque, et que les enfants seront instruits, au moins les dimanches et fêtes, de leurs devoirs envers Dieu et envers leurs parents (cap. 4). Les curés doivent expliquer aux fidèles la doctrine des sacrements, les saintes Lettres et les règles à suivre pour assurer leur salut (cap. 7). Revenant sur la question des paroisses trop pauvres pour subsister par elles-mêmes, le concile invite les évêques à pourvoir à leurs besoins, si on ne peut les unir à d'autres bénéfices, au moyen de prémices et de dîmes, de cotisations entre les paroissiens, ou de quelque autre manière. En tous cas, on ne doit les unir ni à des abbayes, ni à des chapitres, ni à des collégiales, ni à des hôpitaux. Les églises parois-

siales qui n'ont pas un revenu de cent ducats * ne doivent avoir la charge d'aucune pension ni d'aucune réserve. Enfin, chaque paroisse sera nettement délimitée et aura son propre pasteur inamovible (cap. 13). Le concile exige encore que la possession de deux bénéfices à charge d'âmes soit absolument prohibée et que ceux qui détiennent actuellement plusieurs paroisses soient mis en demeure de n'en garder plus qu'une dans un délai de six mois (cap. 17). Il règle que, quand une paroisse devient vacante, l'évêque doit aussitôt y envoyer un vicaire jusqu'à l'arrivée du nouveau curé ; que les curés ne seront désignés qu'à la suite d'un examen passé devant des juges choisis par le synode diocésain, même s'ils ont été présentés par des patrons laïques (cap. 18). Le concile abolit absolument les provisions, les expectatives et les réserves de toute espèce (cap. 19).

Enfin, le 3 décembre 1563, dans la xxv^ et dernière session, le concile défend de prendre à ferme les revenus des églises ou les droits à exercer à leur sujet (cap. 11). Il frappe d'excommunication ceux qui refusent ou empêchent d'acquitter les dîmes dues aux églises (cap. 12 , ordonne de payer la quarte funéraire - à l'église de la paroisse, quand un des paroissiens fait célébrer ses obsèques ailleurs (cap. 13), décide que les bénéfices à charge d'âmes ne devront jamais être convertis en bénéfices simples, même en les confiant à un vicaire perpétuel à portion congrue, et que ceux qui ensontactuellement réduits à cet état cesseront, à la démission ou à la

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