‹ La paroisseChapitre 62 sur 87 · Scss. XXVI, cap · texte numérisé non relu

Scss. XXVI, cap

demeure très simple, dans laquelle le curé vivait pauvre au milieu de paysans pauvres, appliquée ses devoirs détat. hospitalier, content de son sort ou du moins résigné à une condition qui ne lui permettait d'espérer ni meilleur traitement ni avancement hiérarchique.

Les curés à portion congrue administraient les paroisses dont les revenus étaient aux mains de grands établissements ecclésiastiques, évêchés, chapitres, abbayes, collégiales ou hôpitaux. La question de la portion congrue resta à l'état litigieux jusqu'à la Révolution. Les juges désintéressés ne cessèrent pas de se montrer favorables à la condition des curés congruistes ; ceux qui étaient en mesure de le faire travaillèrent à l'améliorer avec le temps. Un édit de 1571 avait fixé la portion congrue à 120 livres. Les parlements rélevèrent successivement à 150 et à 200. Mais le lot était encore fort modeste. Une ordonnance de 1629 (art. 13) signale les causes de cette parcimonie : a Les abbés, prieurs, chapitres et autres qui possèdent et jouissent des dîmes des paroisses, destinées à la nourriture de ceux qui administrent les sacrements, s'en déchargent en baillant peu de gros aux curés desdites paroisses, qui ne peut suffire à leur nourriture et entretènement, et sont lesdits curés et vicaires perpétuels réduits à demander des portions congrues qui leur sont arbitrées à si peu, eu égard au surcroît des prix de toutes choses, qu'ils n'ont moyen de s'entretenir. Ce faisant, lesdites cures sont destituées et ceux qui les desservent réduits à une si grande misère qu'ils ne peuvent suffire. »

L'ordonnance fixe la portion à 300 livres. On ne

raccorda cependant qu'aux curés pourvus d'un vicaire. La portion était exempte d'impôts et augmentée des offrandes, du casuel et des novales K Mais il n'en résultait pas un accroissement de ressources bien considérable, surtout quand le casuel se montait à 10, 20 ou 30 livres par an, comme dans la plupart des campagnes. Aussi, à la suite dune enquête sur l'état des curés et des paroisses, on constata que la portion n'était plus suffisante. Depuis 1686, disait l'abbé de Broglie à l'assemblée du clergé de 1765, (( le prix des denrées était plus que doublé et leurs revenus étaient toujours les mêmes, quoique celui des gros décimateurs eût reçu l'accroissement successif survenu dans tous les biens-fonds. » Trois ans plus tard, la portion fut élevée à 500 livres, mais avec suppression des novales et de la jouissance des biens de la cure. Plusieurs parlements, à Toulouse, à Bordeaux, en Provence, à Grenoble, à Pau, à Paris, à Rouen, à Douai, jugeant l'augmentation insuffisante, n'hésitaient pas à faire payer par les gros décimateurs 100 ou 130 livres de plus, pour frais de luminaire, de pain, de vin et de clercs.

Cependant il n'y avait là encore que des palliatifs. La diminution des vocations apparaissait d'ailleurs aux yeux du haut clergé comme une conséquence de la médiocrité des traitements. En 1780, l'archevêque d'Aix, de Boisgelin, l'avouait franchement : « Les choses nécessaires à la vie ne leur suffisent pas. Les soins importuns, les épargnes humiliantes, les cruelles privations, sont la source des peines, des

1. Dîmes portant sur les terres nouvellement mises en culture, et appartenant toujours au curé. Cuéruel, Dictionnaire historique des instiiut.de laFrance, t. II, p. 879.

langueurs et des maladies qui consument les années, et marquent souvent dans Tàge de la maturité le terme de la vieillesse et de la mort. » A Toulouse, l'archevêque Loménie de Brienne fit décider, dans son synode de 1782, que le taux de la portion congrue serait de 700 à 1000 livres. 11 ne put être donné suite à cette décision; car tous les gros décimateurs n'étaient pas opulents; certains chapitres de cathédrales n'auraient même pas été en mesure d'augmenter la situation de leurs congruistes sans se ruiner eux-mêmes. Néanmoins, en 1786, un édit royal porta la portion congrue au taux de 700 livres. Il se produisit alors un fait curieux. Quand le curé percevait lui-même les dîmes et que celles-ci équivalaient à la portion congrue ou la dépassaient, il s'en tenait là. Le cas se présentaiten Artois, en Bretagne et dans différents diocèses où les curés, recevant ordinairement le quart des dîmes paroissiales, avaient lieu de se tenir pour satisfaits. Mais quand le produit des dîmes était trop faible, les curés y renonçaient et réclamaient la portion congrue, comme ils en avaient la faculté. De leur côté, les décimateurs qui percevaient les trois autres quarts des dîmes, évêques, chapitres, collégiales, et surtout abbayes, prieurés, monastères, s'effrayaient de voir augmenter leur charge, à laquelle s'ajoutaient la fourniture des livres, des ornements, des vases sacrés, et les réparations du chœur de l'église. Un édit de 1768 les mit en demeure de « fournir le supplément, à moins qu'ils n'abandonnent tous les biens sans exception qui composent Tancien patrimoine de la cure, ensemble le titre et les droits de curés primitifs ». Beaucoup de décimateurs prirent le parti de tout aban-

donner, d'où conflits fréquents quand se présentait le cas d'une cure à maigres revenus, dont le curé réclamait la portion congrue aux décimateurs, tandis que les décimateurs préféraient faire abandon de revenus inférieurs à la portion qu'ils auraient eue à payer.

Pour mettre lin aux procès, les évéques eurent recours aux moyens préconisés par le concile de Trente, suppression, réunion, partage des bénéfices, et impositions sur les habitants. La modification des bénéfices était une opération longue et difTicultueuse que les circonstances ne permirent guère d'exécuter. Quant aux impositions, les parlements s'y opposèrent, pour ne pas mécontenter des populations déjà accablées. Ils eurent raison, mais la difficulté n'en persista pas moins.

Dans les villes, la situation des curés était souvent moins favorable que dans les campagnes. Il n'y avait pas de dîmes à lever, le casuel étant censé suffire à tout. Il n'était pas permis aux curés de paroisses urbaines de réclamer la portion congrue. La plupart trouvaient à peu près le nécessaire ; pour un petit nombre, la somme de tout ce qu'ils recevaient n'atteignait même pas celle de la portion congrue des curés ruraux.

Le casuel, insignifiant dans les campagnes, rapportait davantage dans les villes. Mais encore faut-il remarquer que, les cérémonies des mariages et des funérailles étant les mêmes pour tous, le casuel s'alimentait surtout de certains frais accessoires que les riches faisaient en ces occasions. Les curés étaient fréquemment amenés à ne rien exiger des paroissiens moins aisés. D'ailleurs, alors comme aujourd'hui, le casuel était impopulaire; le clergé lui-même

n'y recourait qu'à contre-cœur. Dans les cahiers de 1789, on lit cette remarque des curés du bailliage de Mantes : « Tous les vœux se réunissent pour demander la suppression de tout casuel forcé. Cette espèce de revenu, d'une indispensable nécessité dans le système actuel, révolte toute âme honnête et avilit le plus respectable des ministères. »

Le culte des morts, auquel les populations se montraient fort attachées, fournissait des ressources assez notables au clergé des paroisses. A Paris, en particulier, il n'était guère de jour dans Tannée où, dans chaque paroisse, il n'y eût à acquitter des fondations pour les défunts. Tantôt Yobit était simple, ne réclamant la présence que de quelques prêtres, tantôt il était solennel et requérait tout le clergé pour chanter les matines la veille au soir, le lendemain trois messes et l'absoute sur la tombe dans l'église même ou dans le cimetière contigu. Assez fréquemment, la fondation comportait l'assistance de vieillards et de pauvres écoliers. On fondait, aux mêmes intentions, des offices très solennels avec messe, vêpres et chants supplémentaires, de sorte que presque toutes les prières et les solennités de lÉglise étaient accaparées pour les défunts ^ Des seigneurs, des bourgeois léguaient à la cure une maison, un champ, un pré, une vigne, afin qu'après leur mort on dît des prières pour leur âme. Sous ce rapport, la province n'était pas en reste avec la capitale -.

1. En 1402, par exemple, une Dame de la Grange fonda à Saint-Gervais la grand'inesse et les heures canoniales pour tous les jours, avec l'obit de son mari au 25 novembre." Leboelf-Cociieius, Histoire de la ville et du diocèse de Paris, t. I, p. 329.

2. Voici quelques cliiffres inlcressanls sur le revenu de quelques

LA PAROISSE DU XIV^ SIECLE A LA REVOLUTION, lll

La multiplicité des sources de revenus donnerait à supposer que ceux-ci abondaient. Mais, sauf dans les grandes villes et dans quelques régions moins appauvries, plus généreuses et de foi plus vive, tous ces petits ruisseaux ne parvenaient pas à faire des rivières navigables. En fait, en 1789, la plupart des curés de France étaient à la portion congrue, et cette portion restait fort modeste. « La vie des prêtres de campagne passait pour fort misérable ; elle l'était en effet, et cependant il n'était pas de membres du clergé dont l'existence fût plus laborieuse et le ministère plus utile \ » Les prêtres ainsi traités ne pouvaient guère s'empêcher de comparer, non sans quelque amertume, leur pénurie avec l'opulence des prélats et des titulaires d'abbayes -. Ni eux ni leurs paroiscurés de Paris en 1790. Saint-Sulpice, lo.814 livres, dont 11.814 fournies par le casuel, mais avec fi6.o75li\Tes de charges ; il y avait alors sur cette paroisse 90.000 habitants; les 3<3 |)rêtres de la communauté disposaient de 42.813 livres tant en rentes qu'en casuel. Sàint-Eustache, 27,000 livres; Saint-Paul, 13.000; Sainte-Madeleine de la Ville rÉvêque, 12.391 ; Saint-Germain l'Auxerrois, 10.000: Saint-Roch, 8.703; Sainl-Gervais, 8.000; Saint-Étienne dn Mont, 6.000; Saint-Nicolas du Chardonneî, 3.500; Saint-Médard, 2.800. Les curés n'étaient pas en peine pour employer ces revenus. Ainsi le curé de Saint-Nicolas des Champs, qui recevait 10.000 livres, accuse comme dépenses : décimes, 4.878 livres; à lafaijrique pour le logement des prêtres, 1.048; subsistance des prêtres. 4.000 ; logement des chantres, 380 ; enfant de chœur, 72; laïques pour les cérémonies, 300; prix des catéchismes, 000: frais de la Fête-Dieu et de la Fête patronale, 600; à quoi s'ajoutent 11.000 livras que le curé s'est engagé à payer pour une statue, 2.200 données à la ville et 4,000 de souscription patriotique. Le curé de Saint-Paul, avec ses 13.000 livres, verse 1,470 livres de décimes, 1,500 pour la communauté des prêtres, 1.200 pour la cire de l'église, 300 pour prix de catéchismes, 150 pour l'assemblée de charité, 130 pour l'entretien du presbytère, 100 à la fabrique pour droit de chapelle, etc. Sur toutes les questions concernant le temporel des curés et des i)aroisses, voir les articles très documentés de M. l'abbé SiCARD, Les curés avant 1789, dans le Correspondant, 10 et 25 lévrier 1890, p. 389-420; 693-730.

1. Gasquet, Institutions politiques de Vancienne France, t. II p. 59.

2. Il y avait en France, en 1770, 800 abbayes d'hommes et 280 de femmes. Au moyen de la commende, un séculier ayant reçu la ton-

siens ne comprenaient que, sur des terres grevées de tant de dîmes et de redevances ecclésiastiques, on ne trouvât pas de quoi entretenir décemment un curé, réparer ou reconstruire une église, assurer la convenance du culte. Par des excitations de toutes sortes, les mécontents du régime cherchaient à soulever le clergé de second ordre contre les gros décimateurs. Les curés ^attendirent avec une certaine impatience Toccasion de faire valoir leurs revendications. Elle se présenta pour les élections aux États généraux de

« Dans cette situation et avec ces sentiments, il est manifeste que le bas-clergé traitera ses chefs comme la noblesse de province a traité les siens. Il ne choisira pas pour représentants ceux qui nagent dans Topulence et qui l'ont vu toujours souffrir avec tranquillité. De toutes parts les curés se confédérèrent pour n'envoyer aux Etats généraux que

sure, même en bas âge, pouvait jouir des revenus et des honneurs attachés au titre abbatial. A la fin du xvi« siècle, des seigneurs calvinistes possédaient des abbayes par confidence. L'abbé se réservait la mense abbatiale, comprenant les deux tiers des revenus, laissait l'autre tiers aux moines, sous le nom de menses conventuelles, et faisait administrer ces derniers par un prieur. Deux fois sur trois, l'abbé commendataire appartenait aune famille noble, qui avait usé de tous les moyens pour acquérir le bénéfice et se le passer de génération en génération; lui-môme vivait ordinairement à la cour et ne connaissait son abbaye que par les rentes qu'il en tirait. Les arclievrchés et évêchés, au nombre de 139 en 1789, constituaient en général de riches bénéfices. Sur ce nombre, cinq évêcliés seulement n'étaient pas aux mains de la noblesse. Encore n'est-il pas sûr que l'absence de particule fût toujours un signe de roture. SiCAKD, L'ancien clergé de France, Paris, 1893, t. [, p. 13, 10<>- 140. Les rois maintinrent jusqu'à la fin cet état de choses qui leur permettait de récompenser la noblesse de ses anciens services et surtout de la tenir sous leur maii). On sait que, depuis le xiv« siècle, les nobles avaient cessé de servir à leurs frais. Gasolkt, Inslit. polit., t. H, p. 148; Df. Maxdat-Guaxcey. Le clertjc français et le Concordat, Paris, 1905, p. lGl-105.

des curés, et pour exclure non seulement les chanoines, les abbés, les prieurs et tous autres bénéficiers, mais encore les premiers supérieurs, les chefs de la hiérarchie, c'est-à-dire les évêques. En effet, sur 300 députés du clergé, on compte aux États généraux 208 curés, et, comme la noblesse de province, ils apportent avec eux la défiance et le mauvais vouloir qu'ils nourrissent depuis si longtemps contre leurs chefs. On s'en apercevra tout à Iheure à l'épreuve. Si les deux premiers ordres sont contraints de se réunir aux communes, c'est qu'au moment critique les curés font défection^. »

Les vicaires perpétuels étaient de vrais curés, ayant tous les devoirs et tous les droits de ces derniers, mais administrant les paroisses au nom des curés primitifs, abbés, prieurs ou autres. Ceux-ci gardaient pour eux le titre et exerçaient, par euxmêmes et non par des suppléants, quelques-unes des fonctions attachées à ce titre, comme de pouvoir officier aux quatre fêtes principales et à celle du patron, à condition toutefois d'avertir le vicaire perpétuel l'avant-veille. S'ils officiaient, ils avaient droit à la moitié des offrandes du jour ; mais ils ne pouvaient ni administrer les sacrements ni prêcher sans l'autorisation de l'évêque. Ils n'avaient pas le droit non plus d'assister à aucune réunion de prêtres ni de la fabrique^.

Dans les paroisses un peu importantes, il y avait ordinairement un ou deux vicaires pour seconder

i. Taine, Les Origines de la France contemporaine, l'Ayicien régime, t. I, édit. 1902, p. i\{).

2. joLssE, Traité du gouvernement des paroisses, Paris, 17t»l>, p. 333-336.

le curé. Celui-<ci les choisissait lui-même et avait le droit de les destituer, toujours cependant avec l'approbation de révêque. Il est question de vicaires pour la première fois en 1634. On assigna alors 100 livres de plus au curé ayant un vicaire. Puis, on attribua aux vicaires eux-mêmes une portion congrue de 150 livres en 1686, de 200 livres en 1768, et enfin de 350 livres en 1786, pour empêcher le délaissement de fonctions trop peu rémunérées. Cette dernière augmentation ne mettait pas les vicaires trop au large. Les vicaires n'étaient d'ailleurs pas très nombreux. En 1768, les cinquante et quelques paroisses de Paris ne comptaient que 63 vicaires et 8 sous-vicaires, c'est-à-dire seconds vicaires.

Un ou deux vicaires ne pouvaient évidemment suffire dans les paroisses tant soit peu populeuses. D'autres prêtres, plus ou moins nombreux, leur venaient en aide. On les appelait des prêtres habitués. 11 y en avait 825 dans le clergé de Paris en 1768, dont 80 à Saint-Eustache, 60 à Saint-Nicolas des Champs et à Saint-Koch, 50 à Saint-Sulpice et à Saint-Paul, 40 à Saint-Gervais, 30 à Saint-Germain-l'Auxerrois et à Saint-Jean en Grève, 25 à Saint-Laurent, à Saint-Louis en l'Ile et à Saint-Sauveur, 24 à Sainte-Marguerite et à Saint-André des Arcs, 20 à Saint-Etienne du Mont et à Saint-Séverin, etc. ^. Ces prêtres étaient nécessaires pour acquitter les obits et les messes de fondation, faire les offices des multiples confréries, aider dans leur ministère le curé et les vicaires. Ainsi, à Saint-Séve-

i. ExpiLLY, Dût. fjrographiijuc île lu France, l. V, p. 470-480.

rin, il y avait chaque jour de 18 à 22 messes fondées par testament. Les honoraires de ces prêtres se composaient de la rente attachée à la chapelle qu'ils desservaient dans l'église, du petit casuel des convois et des obits et enfin de ce que leur attribuaient le curé ou la fabrique. Si celle-ci n'en avait pas les moyens, c'était le curé qui tâchait d'y suppléer. A la Madeleine de la Ville-l'Evéque, les cinq prêtres habitués recevaient du curé chacun 200 livres. Le curé de Saint-Nicolas des Champs donnait 4.000 livres à la communauté de ses 60 prêtres habitués. La situation de ces prêtres n'avait donc rien d'opulent. A la communauté des 50 prêtres réunis à Saint-Sulpice par M. Olier, on n'avait pour tout revenu que les aumônes des fidèles au profit desquels s'exerçait le saint ministère ; on mettait tout en commun et l'on se contentait de la nourriture et du vêtement '. On trouvait aussi des prêtres habitués dans les grandes églises de province. Agréés par le curé et approuvés par l'évêque, ils étaient subordonnés aux vicaires, assistaient aux oflices et rendaient à la paroisse tous les services qu'on pouvait attendre d'eux.

Enfin, au-dessous de ces organisations officielles, existaient des associations de prêtres, assimilables à des sociétés d'assistance, là où le nombre des clercs permettait un groupement. Même dans de simples bourgades, le clergé paroissial s'élevait parfois jusqu'à 15 ou 20 membres. Ceux-ci s'unissaient, formaient un patrimoine commun en terres ou en rentes, et échappaient ainsi à la misère et à

i. Calendrier spirituel et historique de la paroisse Saint-Sulptce, 1777, p. 8 ; Le ministère de J.J. Olier, édit. de iOOj, p. 34.

l'isolement. A la fin du xv^ siècle, ces sortes de fraternités s'étaient multipliées ; on en comptait 25 au Puy, 11 à Saint-Flour, 12 à Rodez, 7 à Mâcon, et d'autres au Mans, à Chartres et à Rouen ^

Un type curieux de ces associations existait à Raulhac, en Auvergne. La paroisse avait un curé et deux vicaires. Dès le xv*^ siècle, s'était fondée une association qui, au siècle suivant, se composait de 70 prêtres. Pour y être admis, un prêtre devait être né, avoir été baptisé et être domicilié dans la paroisse. La même règle d'admission était en vigueur dans toutes les fraternités analogues. L'association tenait des assemblées délibérantes, nommait un syndic, possédait des terres, ses droits casuels et ses dîmes inféodées. En 1789, le nombre des prêtres était tombé à 11 et les revenus se montaient à 4.465 livres. Les principaux prêtres de la paroisse vivaient au bourg, les autres dans les hameaux, sous le toit de leurs parents, menant une existence très simple au milieu des paysans qui savaient respecter leur caractère sacré. Quelquefois, plusieurs se réunissaient pour vivre ensemble. Ces prêtres n'hésitaient pas à exercer des professions manuelles et à se livrer à tous les travaux agricoles. Personne ne se scandalisait de les voir à l'œuvre; leur inaction eût bien davantage étonné. Entre temps, ces prêtres visitaient les malades du hameau, catéchisaient les enfants, tenaient les écoles, administraient les sacrements. Les 70 prêtres communalistes du xvi® siècle ne manquaient pas d'occupation, car à cette époque la paroisse de

1. Imrart de i.a Toiii, Les origines de la réforme, dans le Correspondant, 10 août iii03, p. 530.

Raulhac comprenait 40 villages, 25 hameaux, 3 annexes ou succursales, 6 oratoires privées et 5 chapellenies ^ Ces associations rappelaient à certains égards le presbyterium rural des premiers siècles. Elles se distinguaient des communautés urbaines de prêtres habitués par des caractères bien plus accentués d'autonomie et de confraternité familiale.

Dans le diocèse de Limoges, la plus ancienne association communaliste remontait au xii® siècle. Beaucoup d'autres se fondèrent dans les siècles suivants, pour atteindre leur apogée aux xvi'^ et xvii^ siècles et décliner ensuite. Le diocèse en comptait encore 114 à la veille delà Révolution. Elles comprenaient d'ordinaire 8 ou 10 membres, quelquefois plus de 20. La plus florissante, celle de Beaumont, à Felletin, se composait de 39 prêtres en 1625, et de 30 au début du siècle suivant. Dans le diocèse de Glermont, les prêtres communalistes avaient un tel crédit au xvii'^ siècle, qu'ils partageaient toutes les fonctions curiales-.

Les paroisses possédaient des revenus indépendants de ceux du clergé et destinés à subvenir à toutes sortes de dépenses pour l'entretien du personnel, des bâtiments et les frais du culte. A son patrimoine primitif, ou du moins à ce que lui en laissaient les gros décimateurs, la paroisse ajoutait les donations successives qu'on lui faisait. « De tout temps, clercs ou fidèles s'étaient fait honneur de ces aumônes. Dans le partage de leurs biens, ils faisaient la part de l'Église, c'était celle de la prière et de la

\. PouLirÈs, L'ancien Raulhac, t. I, p. 204-207. 2. ÀL'LAGNE, La réforme catholique du XVII^ siècle dans le diocèse de Limoges, Paris, 1905, p. 523-u2'4.

souffrance. Aussi, souvent dilapidé par les guerres, les convoitises, les désordres sociaux, ce trésor collectif était-il sans cesse renaissant. Grâce aux sources intarissables du dévouement et de la pénitence, ce grand fleuve des largesses recommençait à s'épandre et grossissait toujours. A la fin du xv^ siècle, il coule plus abondant que jamais'. » Le clergé, les nobles, les bourgeois, les artisans eux-mêmes tiennent à laisser quelque chose à leur église. Des laboureurs lèguent quelques sous de rente ou quelques pièces de terre pour avoir part aux prières dites dans l'église de leur paroisse. A Paris, des paroissiens lèguent à leur église des maisons, des rentes pour faire brûler des cierges, pour fournir le vin de la messe, pour servir les honoraires des prédicateurs-. Les traditions de générosité, que nous avons constatées dans la période précédente, se continuent ainsi dans les paroisses.

Dès l'origine, l'Eglise se préoccupa de l'administration des biens qui lui étaient confiés. Mais ce soin incombait à des clercs. Saint Augustin et saint Grégoire le Grand ne comprenaient pas qu'il en fût autrement^. Il en fut ainsi pendant de longs siècles '.

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