JoussE, Gouvernement des paroisses, p. 20S
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sans partialité, sans gaspillage, sans frais d'adminis tration détournant vers des parasites une partie des ressources destinées aux pauvres. La division du travail permettait de trouver dans chaque paroisse des dévouements désintéressés qui suffisaient à la tâche, et laissaient à la pratique de la charité un caractère tout familial.
Le budget de la charité paroissiale était alimenté par des rentes et des dons volontaires ^ Quand ces revenus ne répondaient pas aux nécessités, on imposait une taxe sur tous les paroissiens. Tous ceux qui étaient en état devaient la payer. Un commissaire des pauvres en percevait le montant, et ensuite la distribution s'en faisait selon les règles ordinaires.
Saint Vincent de Paul avait constaté dans le peuple de grandes misères. Il s'était appliqué à les soulager. A partir de 1672, les souffrances devinrent plus générales et plus cruelles, surtout dans les campagnes. Au xviii^ siècle, les impôts sont tellement écrasants que la vie devient presque impossible pour le paysan et l'artisan 2. La charité faisait ce qu'elle pouvait; mais elle n'arrivait qu'à pallier les misères. Quand une organisation sociale aboutit à dépouiller les classes laborieuses au profit de privilégiés, courtisans, nobles, prélats, ou politiciens parvenus, la tâche dépasse les forces de la charité, parce que ceux-
i. A Paris, à la fin du xviii'' siècle, la caisse des pauvres possédait 3o.325 livres de rente à Sainte-Marguerite, 34.334 à Saint-Euslaclie, 19.9Ô8 à Saint-Sulpice, 9.644 à Saint-Germain l'Auxerrois, et seulement 43S à Saint-Josse.
2. On trouvera dans T\ine, Les Origines de la France contemporaine, l'Ancien régime, t. Il, p. 199-271, la description lamentable de toutes ces misères. Le plus net des produits du travail allait d'abord au roi sous forme d'impôts, et ensuite aux gros décimaleurs, évèques, abbés, seigneurs, sous lorme de dîmes.
là mêmes qui en alimentent les sources sont aussi les victimes de la mauvaise gestion de l'État.
Un dernier service ^dépendant de la paroisse était celui des écoles pour les enfants du peuple. L'Eglise continuait une de ses traditions séculaires en s'occupant de l'instruction des'enfants '. Tout d'abord, les 526 chapitres qui existaient en France, avant la Révolution, remplissaient l'obligation que leur imposaient les conciles, [de fonder et d'entretenir des écoles pour le peuple^. Les édits de 1695 et de 1724 maintinrent l'autorité des curés sur les écoles et provoquèrent l'établissement de maîtres et de maîtresses dans toutes les paroisses. A la fin du xviii^ siècle, les petites écoles étaient en activité dans 25.000 paroisses sur 37.000 ^.
Les petites écoles fonctionnaient sous la direction des curés. Les maîtres et maîtresses avaient besoin, pour exercer leurs fonctions, de l'approbation de Técolâtre, ou chanoine chargé de la surveillance des écoles. A Paris, l'approbation était donnée par le chanoine grand-chantre de Notre-Dama. En principe, les enfants pauvres devaient être reçus dans les petites écoles ; en fait, ils s'en trouvaient presque toujours exclus, parce que ces écoles étaient payantes. Aussi, dès le commencement du xvii*^ siècle, les curés des villes, à Paris surtout, se préoccupèrent de cet état de choses; ils créèrent dans leurs fiaroisses des écoles de charité, ordinairement tenues par des ecclésiastiques, et relevant de leur seule autorité.
I.Hlrtfr, Tableau des i)iStitulionfi et des mœur.s, t. Ill, p. 300-421. i. Dictionnaire de pédagogie de BrissnN, p. 3t>t. 3. «Sur celte f|ueslion, consulter ral)l)é \i.lk\\^ L instruction primaire de France avant la Rivolution, Paris, 1881.
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Mais le recrutement de bons maîtres pour ces écoles était difTicile. Le grand mérite de saint Jean-Baptiste de la Salle fut de leur en procurer en beaucoup d'endroits. La distinction entrejpetites écoles et écoles de charité n'était, du reste, possible que dans les villes. Au village, rien n'était payant.
Les biens des écoles étaient régis par les marguilliers de la paroisse, au même titre que ceux de la fabrique. Ils consistaient en loyers, fermages, rentes provenant de fondations. La fabrique pouvait employer à l'entretien des maîtres et maîtresses une partie de ses propres revenus, quand elle en possédait assez. Au pis aller, une déclaration royale de 1698 autorisait une imposition sur les paroissiens, pour arriver à parfaire le traitement, à savoir 150 livres pour les maîtres et 100 livres pour les maîtresses. La paroisse leur devait aussi le logement. Toutes les questions concernant l'entretien des écoles et le choix des maîtres étaient traitées dans les assemblées générales de la paroisse.
Le curé veillait sur l'instruction donnée à l'école et sur les livres qu'on y employait. Il visitait les classes, assistait de temps en temps aux leçons, interrogeait les enfants et les encourageait par des éloges et des récompenses. L'édit de 1695 lui en imposait le devoir. La religion tenait naturellement grande place dans l'enseignement. On ne comprenait pas qu'un enfant pût être élevé dans l'ignorance de Dieu et de ses devoirs principaux '.
La vie paroissiale trouvait un puissant stimulant dans les visites épiscopales. Ces visites produisaient