‹ La paroisseChapitre 8 sur 87 · Cf. De Smedt, loc. cit., p · texte numérisé non relu

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mépris de son évêque, institue des réunions à part et élève un autre autel * ».

A l'assemblée présidée par lévêque se rendaient, le dimanche, les chrétiens de la ville et ceux de la campagne avoisinante. Saint Justin -, raconte la manière dont les choses se passaient au milieu du II*" siècle. « Le jour qu'on appelle du Soleil, tous ceux qui habitent les villes et les champs se réunissent dans le même lieu. On y lit les écrits des apôtres et ceux des prophètes, autant que le temps le permet. Ensuite, quand le lecteur a fini, celui qui préside prend la parole pour exhorter à l'imJtation des grande^ choses qui ont été lues. Puis, nous nous levons tous pour prier, et, la prière terminée, on offre le pain, le vin et l'eau. Celui qui préside fait entendre des prières et des actions de grâces de toutes ses forces; le peuple crie : Amen. On distribue alors ce sur quoi l'action de grâces a été prononcée ; chacun de ceux qui sont présents y prend part, et on l'envoie aux absents par les diacres. » Il n'y a donc alors qu'un lieu de réunion commun aux fidèles de la ville et à ceux de la campagne. 11 n'en pouvait guère être autrement à une époque où le christianisme n'exerçait son action que dans les centres urbains et dans leur voisinage immédiat.

Alexandrie d'Egypte, centre intellectuel dans lequel les Juifs s'étaient établis en très grand nombre, devint de bonne heure un siège épiscopal autour duquel le christianisme se développa rapidement. Dans cette ville, on constate dès le m'' siècle une

1. Can. XXXII ; cf. Hefele, Histoire des Conciles, trad. Delarc, t. I, p. 620.

-2. Apologie, I, G7, P. G., t. VI. c. 430.

division ecclésiastique qui donne déjà l'idée de paroisses distinctes. La cité même possède plusieurs églises, qui toutes relèvent naturellement de l'autorité épiscopale, mais qui sont desservies par plusieurs prêtres, dont l'un est le chef. En 318, Arius dirio-eait l'église alexandrine de Baukalis, quand il se mit à dogmatiser contre la divinité de Jésus- Christ. Alexandrie était peut-être, après Rome, la ville la plus importante où prospérât le christianisme. Il n'est donc pas étonnant qu'on y eût institué aussi des titres presbytéraux, et même que l'éloignement du pouvoir central y permît un développement religieux plus rapide et plus étendu que dans la capitale de l'empire.

Ces églises d'Alexandrie ne suffisaient pas au concours du peuple chrétien. Saint Athanase', au milieu du iv^ siècle, dit que, pendant les réunions du carême, on s'y pressait en telle foule que plusieurs fidèles furent presque écrasés. Aussi, pour le jour de Pâques, les chrétiens alexandrins voulurent-ils que l'office pontifical fût célébré dans une grande église que faisait bâtir l'empereur, mais qui était encore inachevée. A défaut de ce local, ils préféraient faire un long chemin et aller célébrer la fête en pleine campagne. Il résulte de ce fait que, du moins dans les grandes solennités, tout le peuple se réunissait dans l'église épiscopale, bien qu'il y eût plusieurs autres églises dans la ville. Le saint évêquc remarque que la réunion de toute la multitude dans un édifice suffisant était bien préférable à des réunions partielles dans des locaux trop étroits, que l'afTluence ren-

i. Aiiologic à Constance, 14, lu, !(>, P. G., t. \XV, cul. oïl iil.">.

dait dangereux. L'assemblée de tous les fidèles d'une grande cité sous la présidence de leur pasteur principal rendait plus manifeste la puissante unité de l'Eglise aux yeux des chrétiens et des païens euxmêmes.

La coutume de ne célébrer qu'un office pour tous les fidèles aux jours de grande fête se perpétua longtemps. En 4^5, le pape saint Léon ^ écrivait à Dioscore, évèque d'Alexandrie, pour lui recommander de ne pas se borner à une messe célébrée dans une basilique, les jours de solennité où afflue la multitude; car beaucoup sont privés d'y assister. Mais « il faut que la célébration du sacrifice soit successivement réitérée autant de fois que la basilique dans laquelle on officie se remplit d'une nouvelle assistance ». Le pape ajoute que telle est la coutume suivie à Rome d'après la tradition des anciens.

Ainsi, dans les deux grandes villes de Rome et d'Alexandrie, la paroisse épiscopale gardait encore, au milieu du v'^ siècle, ses droits exclusifs pour la célébration des fêtes principales. Les réunions de moindre importance se tenaient dans les églises particulières, là où il en existait, soit dans la ville même, soit dans des bourgs assez peuplés, à distance du centre épiscopal. Des églises de cette sorte sont signalées, dès le commencement du iv^ siècle, dans les environs d'Alexandrie et dans d'autres contrées. Mais pour que la prééminence de la paroisse épiscopale se maintienne ainsi à cette époque, même dans les cités où se sont fondées d'autres églises, il faut que la centralisation ecclésiastique et liturgique ait

i. Epist. IX, 2, p. L., t. LIV, col. 626.

été la règle à peu près invariable partout où résidait un évêque. C'est en effet ce que Ton constate dans tous les pays, jusqu'à rétablissement d'églises rurales trop éloignées pour que les fidèles puissent se rendre à la ville.

Cette centralisation ne présentait pas alors de graves inconvénients. L'exemple d'Alexandrie montre que Taffluence était considérable les jours de fête. Elle diminuait certainement les dimanches ordinaires, le précepte de Tassistance au sacrifice eucharistique n'ayant pas encore la rigueur que TEglise lui a assignée par la suite. Les chrétiens d'une cité n'étaient pas toujours très nombreux. Plusieurs se montraient négligents; dès l'âge apostolique, on est obligé de reprendre ceux qui ont coutume de déserter les assemblées '. Enfin, bon nombre de croyants de cette première époque se contentaient de rester catéchumènes, c'est-à-dire aspirants au baptême. Dans un intérêt trop égoïste, ils ne recevaient le sacrement qu'à l'heure de la mort et, dès lors, restaient exclus de l'assistance au sacrifice proprement dit pendant toute leur vie. On s'explique ainsi que la seule église épiscopale ait pu sutiire. aux besoins religieux d'une cité. Les titres presbytéraux institués dans les grandes agglomérations urbaines suppléaient aux services que ne pouvait assurer l'église centrale.

Pendant les trois premiers siècles, la religion chrétienne fut traitée par les pouvoirs publics comme religion illicite. Il ne lui fut donc pas ordinairement possible de se bâtir des édifices spécialement adaptés aux nécessités de son culte. Mais les maisons anciennes se prêtaient aisément à cet usage. Munies

i. Hébreux. X, 2:i.

d'une entrée sur la voie publique, avec un atrium et une cour entourés de portiques, donnant accès sur des chambres isolées et des salles plus ou moins vastes, fréquentées d'ailleurs par des clients nombreux dont les allées et venues n'étonnaient personne, les demeures des personnes riches ou simplement aisées pouvaient en général fournir un abri commode et sûr aux réunions chrétiennes, un logement pour Févêque et ses ministres, des locaux appropriés à la garde des objets que nécessitait l'exercice du culte et de la charité.

A Rome, les maisons de quelques patriciens convertis furent mises par leurs possesseurs à la disposition des pasteurs de l'Église. « C'était quelque chose d'assez compliqué, à la fois église, évêché, réfectoire, dispensaire, hospice. Cependant le local spécialement affecté au culte prit de bonne heure un relief spécial ; les autres parties du bâtiment s'en détachèrent peu à peu et ne participèrent point à son caractère sacré » '. Cet ensemble composait le centre matériel de la paroisse épiscopale ; il abritait les org'anes déjà nombreux de l'action spirituelle et de la bienfaisance corporelle exercées par l'Eglise. Il en était de même partout où la foi chrétienne avait conquis des adeptes. Pline le Jeune ^ informe Trajan que les chrétiens de Bithynie « se réunissaient avant l'aurore, à un jour fixé, et tous ensemble disaient un chant au Christ comme à un Dieu ».

Mais, dans les grandes villes, on ne se contentait pas de l'église centrale et des titres presbytéraux qui en dépendaient directement. Dès la fin du ii^ siècle,

1. DucHESNE, Origines du culte chrétien, Paris, 1903, p. 400.

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