CHAPITRE IX
LA PAROISSE A l'ÉTP.AXGER
Chacune des paroisses de France, tout en reproduisant un type uniforme dans sa constitution essentielle, a sa physionomie particulière qui lient aux moeurs locales, aux traditions, à la foi des habitants et à tout un ensemble de circonstances. Il en est de même, à plus forte raison, des paroisses de Tétranger.
Faciès non omnibus una, Nec diversa tamen.
Catholiques, tendant par conséquent au même but et appliquant les mêmes principes généraux, ces paroisses ont elles aussi des caractères spéciaux qui sont la résultante naturelle de la race, des mœurs et des traditions nationales, de l'état politique du pays, du contact avec les dissidents, de la lutte contre des législations oppressives, et de toutes sortes de causes qui varient avec les temps et avec les lieux. Toujours cependant la paroisse catholique se distingue aisément, à certains caractères fondamentaux, de la paroisse non catholique la plus rapprochée d'elle en
apparence, que cette dernière soit celle du schismalique grec ou russe, du janséniste de Hollande, du vieux catholique de Suisse ou du ritualiste anglican qui se dit catholique et copie tous les usages de l'Eglise, mais reste séparé de son chef. Ce qui caractérise partout la paroisse catholique, c'est l'obéissance des fidèles à la direction spirituelle du pasteur, mis à leur tête et muni des pouvoirs nécessaires par l'évêque du diocèse, qui tient lui-même du souverain Pontife sa mission et sa juridiction. De la sorte, toute paroisse catholique a le Pape pour Pasteur suprême. La paroisse d'Italie a subi le contre-coup des événements qui ont changé l'état politique du pays. Alors que les biens d'Eglise ont été confisqués par le gouvernement nouveau, les bénéfices avec charge d'àmes ont été respectés. Les paroisses ont donc gardé leurs biens immeubles, généralement peu importants. Les dîmes ont été supprimées et compensées par une petite rente provenant de l'Etat. Les conseils de fabrique continuent leurs fonctions. Ainsi constituée, la paroisse italienne est assez pauvre; le clergé y partage les conditions de vie d'une population en général peu aisée. Il est continuellement à son service, non seulement pour satisfaire à ses besoins religieux, mais encore pour l'aider dans ses affaires et ses embarras de chaque jour, surtout à la campagne. C'est ainsi que presque toutes les caisses rurales de crédit ontété fondéesparles curés ^ Dans les villes, le clergé a établi des coopératives.
A. Les œuvres sociales sont particulièrement florissantes dans le diocèse de Bergame. Voir à ce sujet P. Syi.vestke, Le catholicisme social prali(jue à Bergame, dans la collection de VAction populaire, Paris, l'JOi, et Ma\ Tcp.manx, dans le Correspondant, 25 nov. 19i)4.
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des cuisines économiques et d'autres œuvres analogues qui profitent aux paroissiens. L'assistance des malades est un des devoirs dont l'accomplissement demande le plus de temps au curé italien; car, pour répondre aux exigences de la population, le prêtre est obligé de les visiter fréquemment et longuement et de ne pas les quitter quand leur fin approche ^
Le choix des curés se fait par voie de concours, dans les formes fixées par le concile de Trente, et précisées par des décrets de Clément XI et de Benoît XIV. Sitôt qu'une paroisse devient vacante, l'évêque désigne un vicaire capable pour l'administrer provisoirement. Les candidats sont ensuite avertis publiquement de l'ouverture du concours. Chacun produit d'abord ses titres et ses états de service. Au jour convenu, tous sont interrogés par les examinateurs élus au précédent synode diocésain, et ceux-ci, non contents de constater la science du sujet, doivent encore se rendre compte, d'après les injonctions de Benoît XIV, des « autres qualités qui conviennent à celui qui doit gouverner des âmes, savoir l'honnêteté des mœurs, la gravité, la prudence, les services déjà rendus à l'Eglise, la réputation acquise dans d'autres fonctions, et la distinction provenant de vertus notables qui doivent s'unira la science d'une manière étroite ». Le concours est obligatoire même pour ceux qui sont nommés à une cure relevant d'un patronage ecclésiastique. Mais alors c'est le patron qui désigne et non l'évêque. Muni de tous les renseignements recueillis par les examinateurs, l'évêque nomme celui
1. Besigm, Le clergé italien, dans la Revue du clergé français, io oct. 1896.
qui lui paraît le plus digne parmi les concurrents . Aucun appel contre le rapport des examinateurs ou la sentence de l'évêque ne peut empêcher l'entrée en possession du curé qui a été choisi. Celui-ci pourtant ne jouit réellement du bénéfice attaché à la cure que quand il a obtenu \ exequatur de TEtat.
La ville de Rome compte 49 paroisses, dont 25 desservies par des prêtres séculiers et 24 par des religieux. 11 existe en outre 9 paroisses de faubourgs, dont 2 sont confiées aux prêtres séculiers et 7 à des religieux. Quelques paroisses du centre de la ville sont minuscules. D'autres, au contraire, à la périphérie, ont une population énorme, à raison du développement rapide qu'ont pris certains quartiers. Les réguliers arrivent assez aisément à administrer les paroisses dont ils sont chargés, parce que l'ordre auquel ils appartiennent leur fournit autant de prêtres qu'il est nécessaire. 11 en est autrement dans les paroisses séculières. A leur tète est un curé, qui d'ordinaire obtient son titre au concours. Il n'est pas rare cependant que le cardinal-vicaire nomme à une cure, sans concours, le sujet qu'il juge le plus apte à la gouverner, ce qui montre qu'à Rome même on n'attache pas une importance exagérée à la pratique du concours. Le curé choisit lui-même, pour le seconder, un prêtre qu'il fait approuver et qu'on nomme sous-curé. Si le service de la paroisse l'exige, le curé s'entoure d'autres prêtres, dont les uns sont approuvés pour entendre les confessions, tandis que les autres font le catéchisme, administrent certains sacrements ou disent simplement la messe. Une légère rétribution s'ajoute à leurs honoraires de messes pour les aider à vivre. Actuellement, les
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paroisses séculières ont peine à trouver les auxiliaires dont elles ont besoin. Aussi les fidèles de Rome s'adressent-ils généralement aux religieux pour la confession. D'autre part, le très grand nombre de chapelles et d'églises non paroissiales qui existent dans la ville fait que la paroisse romaine ne peut avoir cette individualité, cette vie autonome, cette régularité et cette multiplicité de services religieux auxquelles nous sommes habitués en France.
Le pape Léon XIII s'est préoccupé, en 1902, de modifier la délimitation des paroisses pour la mettre en harmonie avec les besoins d'une population considérablement accrue. Son successeur Pie X a commencé l'exécution de la réforme par l'érection en nouvelles paroisses des églises de Sainte-Marie in Vallicella et de Saint- Joachim. Il se propose de continuer tout en remarquant que « les changements reconnus utiles ne doivent pas être faits tout d'un coup, mais peu à peu ».
En Espagne, le régime du concours pour l'obtention des paroisses est en pleine vigueur. Seulement on attend, dans chaque diocèse, qu'un certain nombre de paroisses soient vacantes, et, jusqu'à l'époque du concours, l'évêque les fait desservir par un prêtre capable. Les paroisses de campagne sont de premier ou de second ordre, avec 800 ou 825 francs de dotation. Les paroisses de ville, nom qui est parfois attribué à de simples bourgades illustrées par la présence d'un monastère ou un souvenir historique, sont de trois sortes : les paroisses de début ou d'entrée, avec une dotation de 825 à 975 francs ; les paroisses d'avancement, dont la dotation va de 1.250 à 1.500 francs, et les paroisses do terme, dans les-
quelles elle monte de 1.750 à 2.500 francs. Cette dernière somme est d'ailleurs très rarement allouée. Tous peuvent concourir, même de simples laïques, à charge par eux de se faire ordonner s'ils sont élus. Les candidats qui ont été admis à la suite du concours formulent leurs désirs auprès de lévêque, en désignant trois paroisses vacantes dans lesquelles ils pourraient être envoyés. L'évêque combine les résultats du concours avec les désirs manifestés par les candidats, et il envoie au gouvernement une liste comprenant trois noms pour chaque paroisse vacante. Le premier est toujours agréé sans exception. Le curé ainsi nommé devient possesseur inamovible de son titre, de sa fonction et des avantages qui y sont attachés '.
En Portugal, l'énergie de l'épiscopat a maintenu le concours conforme aux décisions du concile de Trente, malgré les prétentions du gouvernement à lui substituer un concours purement civil.
Les paroisses de Belgique sont dans une situation prospère, digne d'exciter l'envie des paroisses françaises. Elles sont régies par les articles du Concordat de 1801, notablement améliorés par la Constitution belge de 1831. En vertu de la législation, les catholiques de ce pays ont la pleine liberté de conscience, le droit d'exercer publiquement leur culte, de manifester et de défendre leurs opinions par tous les moyens naturellement légitimes et d'élever leurs enfants suivant leurs croyances religieuses. Le libre exercice du culte étant ainsi garanti par la constitution aussi bien sur la voie publique que
1. PiEKDAiT, Le rcgimc du concours dans les diocèses d'Espagne, dans la Revue du clergé, !«' déc. 1900, 15 févr. 11H)1.
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dans les temples, les évêques peuvent, sans aucune intervention du gouvernement, ouvrir des chapelles publiques ou privées et des établissements d'instruction. Personne ne peut être contraint aux pratiques d'un culte quelconque, mais aussi personne ne peut être empêché, par des obligations légales, de remplir ses devoirs de religion. Les évêques, élus canoniquement et absolument indépendants du pouvoir civil, nomment aux cures sans aucune entrave. Ils ont la faculté de se réunir et de convoquer leur clergé comme il leur plaît, en synodes et en congrès. Aucune mesure préventive n'est tolérée contre la liberté du culte, de l'enseignement ou de l'association. La loi ne réprime, par application du droit commun, que les délits constatés.
La Constitution regarde le budget des cultes comme l'acquittement d'une dette nationale, contractée au moment de la spoliation des biens ecclésiastiques ^ Les traitements des 3.200 curés et des 1.800 vicaires ou chapelains belges étaient néanmoins médiocres, surtout depuis que, pour avoir le droit de vote, les prêtres avaient été assujettis à des contributions de 50 à 300 francs. En 1890, ces traitements ont été relevés au taux de 1.400 à 2.100 francs pour les curés, de 1.000 à 1.400 francs pour les desservants, et de 800 à 1.000 francs pour les vicaires ou chapelains. Les curés et desservants ont droit en outre à un logement fourni par la commune. Une retraite leur est accordée quand ils
1. Les libéraux de Belgique n'admettent pas plus cette thèse que les radicaux de France. Mais ils ne peuvent sûrement pas la combattre au nom de l'histoire ni de la justice.
ont soixante-cinq ans d'âge et trente ans de service.
L'école est regardée à bon droit, en Belgique, comme de première importance au point de vue religieux. Aussi quand le ministère libéral de 1878 voulut résoudre la question scolaire dans un sens antireligieux, les évêques n'hésitèrent pas à déclarer illicite la fréquentation des « écoles sans Dieu », à refuser l'absolution aux instituteurs et à opposer partout l'école libre à l'école de l'Etat. L'opinion leur donna raison et renversa le ministère libéral en 1884. Depuis lors, la commune peut à son choix entretenir une école publique ou subventionner une école libre, pourvu que celle-ci accepte l'inspection et le programme officiel. Tout groupe de vingt pères de famille peut exiger la création soit d'une école neutre, soit d'une école confessionnelle. L'enseignement religieux peut être rendu obligatoire par la commune dans l'école neutre; mais en pareil cas, par respect pour la liberté de chacun, cet enseignement est donné avant ou après la classe. Le gouvernement favorise d'ailleurs cet enseignement, qu'il juge utile à l'intérêt national, en refusant ses subventions aux écoles strictement neutres pour les reporter sur les écoles confessionnelles.
Les fabriques paroissiales ont l'obligation de présenter leurs comptes auconseil communal ; mais c'est l'évêque qui arrête définitivement le montant des dépenses du culte. Cette obligation, imposée aux fabriques, est en connexité naturelle avec le devoir qui incombe aux conseils communaux de suppléer à l'insuffisance des ressources paroissiales. La fabrique qui se soustrait à cette obligation perd simplement
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le droit de recevoir désormais quoi que ce soit de la commune.
Armées de toutes ces libertés ', les paroisses belges possèdent une vie religieuse d'autant plus active et intense qu'elles sont obligées de la défendre contre des ennemis acharnés et habiles. Les œuvres de toute nature y fleurissent, l'instruction est assidûment et méthodiquement distribuée à toutes les catégories de fidèles, les sacrements sont fréquentés, les églises remplies le dimanche, et, dans la vie ordinaire, les paroissiens ne craignent pas de tirer les conséquences pratiques de leur foi. Cette prospérité religieuse fait grand honneur aux catholiques belges; elle prouve d'une manière éclatante l'intelligence et le dévouement de leur clergé "-.
En Autriche, la nomination aux cures a lieu en principe par voie de concours. Mais, en 1858, Pie IX a permis de substituer au concours canonique des examens trimestriels conférant pendant six ans le droit d'obtenir une des cures à vaquer. Ces examens se passent devant des examinateurs synodaux, et non devant des commissaires laïques, comme le gouvernement avait eu d'abord l'idée de l'exiger. Certains patrons, particuliers ou personnes morales, ont le droit de présentation. Mais c'est en définitive l'évéque qui nomme les sujets reconnus capables.
Les traitements du clergé paroissial, améliorés en 1885, 1890 et 1894, assurent aux curés un minimum
1. Pourtant, les callioliques belges réclament encore en vain le droit d'avoir des cimetières distincts.
2. Crolzil, La situation légale du catholicisme en Belgique, dans la Revue du clergé, l'-^nov. 1903.
de 4.500, 3.000, 2.500 et 1.500 francs, et aux vicaires de 1.250 à 750 francs, suivant l'importance des localités. Les retraites, calculées daprès l'âge, le temps de service et l'emploi, vont de 560 à 1.600 francs. En cas d'insufTisance, le traitement des ecclésiastiques est complété par le « fonds de religion », formé des biens provenant de la suppression d'églises et de couvents, du revenu des bénéfices vacants, et d'une taxe proportionnelle versée par les bénélîciers dont les revenus dépassent un maximum déterminé. En retour de ces traitements, l'Etat maintient sa tutelle sur l'exercice de l'autorité ecclésiastique, sur l'enseignement ecclésiastique, sur les paroisses et sur la gestion des biens d'Eglise. Nul ne peut être admis à un emploi quelconque s'il n'est sujet autrichien, s'il n'a une attestation de bonne conduite délivrée par les autorités politiques, et s'il ne remplit certaines conditions d'âge, de stage et de capacité, dont le gouvernement est juge.
Le catéchisme est enseigné dans les écoles, la prière est faite avant les classes, les enfants sont conduits à la messe le dimanche et à certaines fêtes, et on les fait approcher des sacrements au moins trois fois l'an. Dans ces conditions, les écoles privées ne contiennent que 4 pour 100 de la population scolaire, et cela surtout dans les pays où le catholicisme n'est pas la religion dominante.
La main-mise de l'Etat sur la paroisse autrichienne peutneprésenteraucuninconvénient grave tant que les pouvoirs sont sincèrement catlioliques. Mais vienne le jour où ces pouvoirs inclineront à la neutralité ou à la malveillance, les paroisses, trop dépendantes du gouvernement, seront dans le désarroi et n'auront
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probablement pas été préparées par la sécurité actuelle à une lutte possible * .
Les paroisses de Suisse sont particulièrement intéressantes à examiner, à cause de la variété d'organisation qui est sortie des crises religieuses dont ce pays a été victime. En principe, la Constitution suisse garantit la liberté des cultes, « dans les limites compatibles avec Tordre public et les bonnes mœurs ». Mais, à plusieurs reprises, ces limites ont été singulièrement rétrécies par le radicalisme protestant. Actuellement encore, la vraie notion de la liberté religieuse n'est pas comprise par tous les gouvernants. Telles ou telles sectes sont favorisées au détriment d'une juste égalité, le vieux-catholicisme est l'objet de certaines prédilections injustifiables, et, somme toute, les protestants ont beaucoup plus d'indépendance dans les cantons catholiques que les catholiques n'en ont dans les cantons protestants.
Dans la plupart des cantons, l'Eglise n'est cependant pas complètement séparée de l'Etat. Là où elle est reconnue comme nationale, le caractère officiel s'attache aux actes de l'autorité ecclésiastique et aux jours fériés; elle a droit de lever des impôts pour le culte et est elle-même exempte de redevances. \A où la reconnaissance n'existe pas, l'Eglise subit le régime du droit commun, comme toutes les associations.
Les paroisses forment des associations soit de droit public, soit de droit privé, sans qu'il y ait unité sous ce rapport ni entre les cantons, ni même entre les communes d'un même canton. L'associa-
4. PiSAM, État religieux de (^Autriche, dans le Dict. de t/iéolo'jic catholique, Paris, 1903, p. 26J1.
tion de droit public subit davantage l'ingérence de rÉtat, surtout quand le gouvernement local manque de bienveillance. Mais, quand les revenus de la fabrique ne sont pas suffisants, ce genre d'association permet d'y pourvoir par une élévation proportionnelle des impôts communaux, sans que jamais, d'après l'article 49 de la Constitution, personne soit tenu de coopérer aux frais d'un culte auquel il n'appartient pas. L'assemblée des catholiques de la commune jouissant de la capacité électorale constitue l'assemblée paroissiale. Celle-ci nomme un conseil chargé de l'administration des biens et de l'élaboration du budget. Le curé en est le président. La haute surveillance est exercée tantôt par l'évèque, tantôt par le conseil cantonal catholique.
Les paroisses qui préfèrent s'ériger en associations de droit privé n'ont rien à attendre de la commune, ^lais elles sont beaucoup plus libres de leurs mouvements dans le choix des ministres du culte et dans l'administration des biens. Aussi ce régime est-il souvent préféré au premier. Ces sortes de paroisses ont la même organisation administrative que les paroisses de droit public. Les impôts paroissiaux sont remplacés par des contributions volontaires qui rapportent habituellement davantage.
Dans les paroisses qui sont toujours restées catholiques, il existe encore des bénéfices destinés à l'entretien du culte et du clergé. Ils sont attachés soit à l'église principale, soit à une chapelle secondaire. Parfois l'évèque attribue lui-même ces bénéfices. D'autres fois, le gouvernement cantonal exerce le droit de patronage et s'entend avec l'évèque pour la désignation du titulaire. Le plus souvent, c'est la
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paroisse elle-même qui a conservé le droit de patronage. L'assemblée paroissiale élit alors le curé ou le vicaire dont elle a besoin, Tévêque ratifie le choix et donne la juridiction, à moins que quelque cause canonique n'y mette obstacle. L'entente est d'autant plus facile que les prêtres ne se prêteraient pas à l'élection sans l'assentiment de leur évêque. Dans les cantons de Zurich, Soleure, Bâle-campagne, Argovie et Claris, la loi exige le renouvellement périodique de l'élection. Cette loi est contraire aux principes d'inamovibilité consacrés par le droit canon. Les fidèles le savent aussi bien que les prêtres ; ces derniers veillent à ne pas rendre leur changement désirable, et les paroissiens font de la réélection un témoignage d'estime et de dévouement. Au produit de leur bénéfice s'ajoutent pour les curés et les vicaires le logement et un médiocre casuel.
Dans quelques rares localités du canton de Zurich, le clergé reçoit un traitement de l'Etat. Le canton de Xeuchâtel accorde des subventions. Afin de pourvoir aux besoins des autres paroisses catholiques situées dans les cantons protestants, l'œuvre des « Missions intérieures » a été fondée en 1863 à l'instigation de Pie IX. Des centres de mission ont été établis dans les régions protestantes pour subvenir aux besoins spirituels des catholiques dispersés parmi les dissidents. Actuellement une centaine de centres de mission sont entretenus par l'œuvre, en attendant qu'ils deviennent des paroisses capables de se suffire à elles-mêmes. L'œuvre jouit de la personnalité juridique depuis 1884; les associés versent annuellement 20 centimes, et des cotisations supérieures ou des dons arrivent continuellement à l'œu-
vre sous forme de fondations. Les cotisations rapportent annuellement 150.000 francs, et les intérêts des fondations près de 600.000. Les revenus de ces fondations sont employés conformément aux intentions des donateurs.
Toutes les sûretés légales sont prises pour empêcher ces fondations soit d'être détournées de leur ])ut strictement catholique, soit d'être accaparées par l'Etat sous une forme quelconque. Certains cantons radicaux ne se sont pas fait scrupule de mettre la main sur ces biens pour payer leurs dettes ou subventionner des œuvres tout à fait étrangères ou même opposées à lintention des fondateurs. Les catholiques suisses ont profité de l'article 716 du Code des obligations pour constituer des sociétés inscrites au registre du commerce et pouvant se proposer un but religieux. C'est ainsi qu'après 1870 une « Association du culte » s'est constituée pour ériger et doter des églises, et les garantir contre les prétentions de l'Etat ou des vieux-catholiques.
Lorsqu'en 1874 les autorités du canton de Genève déchaînèrent la persécution contre les catholiques, en supprimant le budget des cultes qui alimentait leurs paroisses, en confisquant les églises et les presbytères, et en installant un clergé vieuxcatholique à la place de l'ancien, M^'"" Mermillod, secondé par un médecin catholique de Genève, M. Dufresne, fît appel à la générosité de son troupeau pour l'entretien de ses 33 prêtres. Bien que les catholiques du canton ne fussent pas riches, les souscriptions affluèrent. Mais à un mal durable il fallait opposer un remède persévérant. On fonda 1' « Œuvre du clergé » dont l'action dure encore. L'œuvre com-
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porte un comité dans chaque paroisse, des souscriptions facultatives, mais hebdomadaires, mensuelles, trimestrielles, semestrielles ou annuelles, un comité central pour recueillir et administrer les fonds, une répartition entre les intéressés sur ordonnance épiscopale, et enfm un compte rendu annuel. Cette œuvre a un caractère très populaire, parce qu'elle se met à la portée des bourses les plus modestes; c'est ce qui assure son succès. Aujourd'hui, le nombre des prêtres a doublé, et l'œuvre assure 1.600 francs aux curés de ville, 1.200 aux curés de campagne et 800 aux vicaires. Les quêtes du dimanche et le casuel sont médiocres et couvrent à peine les frais du culte.
Comme r« Œuvre du clergé » s'est vu refuser la personnalité civile, les dons et legs qu'elle reçoit sont perçus pour son compte par la « Société des intérêts catholiques », qui jouit de la capacité juridique, rayonne sur toute la Suisse, possède une puissante organisation centrale et patronne un grand nombre d'œuvres. Pour plus de sécurité, les terrains sont acquis par une société, et les édifices construits par une seconde, qui en loue l'usage à une troisième.
Ainsi depuis trente ans fonctionne régulièrement dans ce canton une organisation qui s'appuie sur le concours de tous et arrive, par une répartition équitable, à fournir le nécessaire à tous les prêtres, même dans les paroisses qui ne suffiraient pas à les entretenir par leurs propres moyens.
On a reconstitué à Berne, en 1903, une « Association du culte catholique-romain », qui possède la personnalité civile. Pour en faire partie, il faut donner son nom par écrit, être âgé de vingt ans,
jouir de la plénitude de ses droits, habiter Berne ou les environs depuis un an au moins et avoir versé un minimum de 3 francs à l'association. On en sort librement, en le notifiant par écrit, ou quand on cesse d'être catholique romain, ce qui se juge d'après les règles du droit canonique. On en est exclu pour raison grave, comme discorde, inconduite ou nonpaiement de la cotisation annuelle. Le membre sortant ou exclu na aucun droit sur les fonds versés. L'association est régie par un conseil composé du curé ou de son représentant, et de huit membres choisis par l'assemblée générale. .Celle-ci se réunit chaque année au printemps, et extraordinairement sur la convocation du conseil ou la réquisition de quinze membres. Le conseil traite les questions courantes et l'assemblée prend les décisions plus importantes. Les ressources de l'association comprennent le produit des collectes faites à l'église, les souscriptions annuelles volontaires, l'intérêt des capitaux, les dons et legs extraordinaires, le produit de certaines fournitures. L'association n'a recours à la location des places que provisoirement. C'est à l'aide des sommes ainsi recueillies, qu'elle pourvoit à l'entretien du clergé et du culte, au soulagement des pauvres et même à d'autres bonnes œuvres.
On ne peut changer les statuts de l'association qu'aux deux tiers des voix de l'assemblée et avec l'agrément de l'évéque de Bàle. Au cas de dissolution de l'association, tout son avoir passe à la société des « Missions intérieures » de Suisse, à charge de soutenir le culte catholique à Berne.
Des associations analogues sont en voie de formation à Thoune et à Spiess. On voit avec quelle
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prudence les organisateurs ont assuré le caractère strictement catholique romain de leur association et pris leurs précautions pour en éliminer tous les éléments devenus nuisibles à un titre quelconque.
Dans les cantons où les écoles publiques ont un caractère anticatholique, les paroisses ont fondé des écoles privées qu elles entretiennent de leurs deniers. Mais dans les cantons de Bàle-ville, de Berne et de Zurich, les écoles libres ont été supprimées; ailleurs, leurs fonds ont été attribués aux écoles publiques, sans respect pour la propriété privée, et dans bien des écoles renseignement donné est de nature à causer de justes alarmes aux parents catholiques ^ .
Malgré la diversité qui règne dans l'organisation temporelle des paroisses suisses, chacune d'elles forme une unité très solide et très vivante. Au milieu des protestants qui les considèrent, les défient et souvent les ont opprimés, les catholiques de Suisse savent serrer leurs rangs et s'entendre pour tenir honorablement leur place au soleil de la liberté. Ils sont attachés à leurs prêtres, ont confiance en eux, sont fiers de leurs églises parfaitement tenues, aiment à s'y rassembler le dimanche et souvent en semaine, et enfin prennent ordinairement fort au sérieux leurs obligations religieuses.
Les paroisses d'Allemagne, dont la condition était réglée par des concordats passés avec les différents États, ont eu à subir une terrible crise par suite du kullurkampf et des lois de mai 1873. Beaucoup
i. M. Lampeiit, Les rapports de l'Église et de l'État et les ressources de l'Église en Suisse, dans la Revue du clergé, l^' déc. 190-2; de L.VFLOTTE, Limpôt de la foi, dans le Correspondant, 10 févr. lîK)5.
d'entre elles ont alors été laissées sans curés et des mesures draconiennes ont apporté tous les obstacles possibles à l'administration ecclésiastique. Des amendes formidables et l'emprisonnement châtiaient la résistance aux lois que réprouvait l'Église. Depuis lors, l'agitation s'est calmée.
Pour la nomination aux cures, il existe chaque année, dans les diocèses allemands, un ou plusieurs concours généraux. Les candidats qui ont subi les épreuves avec succès peuvent ensuite se présenter aux cures vacantes. Dans la province rhénane, les doyens sont nommés alternativement par l'évêque et par le chapitre ; en Prusse, ils sont nommés par l'évêque. Il en est de même pour les simples curés, ainsi qu'en Hanovre et en Bade. Seulement l'évêque est tenu de notifier son choix au gouvernement, et celui-ci se réserve d'écarter certains sujets pour raisons « d'ordre civil ou politique ». En Wurtemberg et en Bavière, les souverains exercent le droit de patronage pour un bon nombre de cures, et l'évêque ne peut refuser les sujets présentés que pour des raisons canoniques. De plus, l'Etat exige de ceux qui sont nommés à une cure la nationalité allemande, l'examen de maturité passé dans un gymnase allemand, et la fréquentation des cours de théologie, pendant trois ans, dans une université ou un séminaire spécialement autorisé.
En Prusse, les traitements des curés sont de 2.000 francs, et peuvent atteindre jusqu'à 3.750 francs après vingt-cinq ans de ministère. Dans le duché de Bade, ils vont de 2.125 à 3.375 francs. En Alsace-Lorraine, depuis 1901, le traitement s'élève de 2.500 à 2.875 francs pour les curés de première classe, de 2.125 à
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2.500 pour les curés de seconde classe, et de 1.500 à 2.187 francs pour les desservants, suivant làge de chacun.
Ces traitements sont assurés par le revenu des biens fonciers appartenant à la cure, par les rentes de la fabrique, et, à défaut d'autres ressources, par la commune ou même par lÉtat. Le conseil de fabrique est composé de six membres pour l'administration des affaires courantes, et de dix-huit, élus par la paroisse, pour le règlement des questions plus importantes.
Malgré les entraves dont il est entouré dans Texercice de son zèle, en face d'autorités protestantes jalouses de son influence, le curé allemand s'entend admirablement à procurer le bien social de ses paroissiens. Ce sont presque toujours les curés de campagne qui organisent les « Associations de paysans », pour lutter contre l'usure, les caisses populaires d'épargne et de prêt, les « Associations de compagnons », et toutes sortes d'autres œuvres avantageuses aux classes populaires ' . Dans la Prusse rhénane et la Westphalie , en particulier, les paroisses sont demeurées très pratiquantes et très ferventes; là, comme dans plusieurs autres pays allemands, elles font bonne et fière figure à côté des protestants -.
L'Alsace-Lorraine tient naturellement une place de choix dans cet ensemble. On s'y défend avec énergie contre l'action de l'immigration protestante. Dans une paroisse ouvrière de Mulhouse, Saint-Jo-
1. KANSESGiESEn, Catholtques allemands, Paris, 1893, p. 113-215. -2. Nagel, Le clergé catholique en Allemagne, dans la Revue du clergé, 15 avril 190-2.
seph, il existe, par exemple, un cercle de jeunes a*ens de 4 à 500 membres, assidus le dimanche à une messe le matin, et le soir, àl heure, à un court office, le tout avec chants et instruction; un cercle de 1.000 à 1.200 hommes ; une congrégation de 900 à 1.100 enfants de Marie, et une association de 800 à 1.000 mères chrétiennes. Les hommes assistent à peu près tous à la grand'messe, chantée par une chorale. « Vous trouvez là le groupement paroissial, les œuvres vivant pour la paroisse et la paroisse vivant de ses œuvres, faisant face, sans demander l'aumône à qui que ce soit, à 10.000 francs absorbés chaque année par les nécessités du culte, réunissant plus de 4.000 francs pour apporter sa quote-part à toutes les bonnes œuvres, embellissant d'année en année un sanctuaire cher à des milliers d'ouvriers... En moins de dix ans, les communions pascales ont augmenté de près de 3.000, et les communions de Tannée sont montées de 30 à 70.000, et cela dans une paroisse exclusivement ouvrière. Les dimanches, l'église toujours pleine de 5 heures du matin à 6 heures du soir ; les jours de semaine, des centaines de fidèles aux offices du matin, et l'après-midi toujours des adorateurs du Divin délaissé du tabernacle. Et nous, les amis de ce peuple, nous, les prêtres de Dieu, toujours au milieu de notre famille, souvent 8 et 10 heures au tribunal de la pénitence, souvent dans l'église de 4 heures du matin à 7 heures du soir ^ . »
En Norvège, depuis 1891, les catholiques ont pleine liberté d'exercer leur culte. Chaque curé doit notifier à l'autorité civile, tous les ans, l'état de sa commu-
1. H. Cetty, curé (le Mulhouse, l'.itppoit lu à l'Institut catholique de Paris, le 6 juin litOI.
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nauté religieuse. Il vit des offrandes volontaires de ses fidèles et de subventions fournies par la Propagation de la foi. La paroisse peut acquérir, sans autorisation, les immeubles qui lui sont nécessaires, église, presbytère, école, cimetière. Comme la liberté de l'enseignement primaire est complète, chaque paroisse a son école ^ En Suède, au contraire, tout est subordonné à Tautorisation du roi, qui n'est qu'assez rarement accordée. Il la faut pour créer une paroisse, pour acquérir et posséder des biens-fonds. Les catholiques doivent payer l'impôt pour le culte luthérien et Técole luthérienne ; mais, cet impôt payé, ils ont droit d'avoir leurs écoles, à condition d'y donner un enseignement équivalent à celui des écoles publiques. En Danemark, depuis 1866, la liberté religieuse est accordée à tous. Avant de fonder une paroisse, on avertit le ministre des cultes qui autorise le groupement religieux et confère au curé la qualité d'officier de l'état civil, comme d'ailleurs il se pratique aussi en Suède, en Norvège, en Islande et en Finlande. Le clergé catholique de Danemark vit de subventions allouées par la Propagation de la foi et par l'association allemande Bonifacius Verein. Il possède cependant quelques biens, légalement aux mains d'une société reconnue et composée de trois membres. Grâce au libéralisme de la législation, les catholiques ont pu créer en ce pays un bon nombre d'associations et fonder des écoles "^. Après avoir été jadis un pays de farouche intolé-
1. 11 y a tout lieu d'espérer que le nouveau royaume de Norvège maintiendra, en faveur de l'Église catholique, les traditions libérales actuellement en honneur.
± CnoiziL, Le catholicisme dans les pays Scandinaves, Paris, l'JO-2.
rance contre le catholicisme, la Hollande est devenue, au siècle dernier, très libérale à son égard. La loi de 1853 accorde toute liberté aux confessions religieuses, avec quelques restrictions insignifiantes. Les évêques, dont la hiérarchie régulière a été rétablie à cette époque, créent et font administrer les paroisses en toute indépendance. Celles-ci ont la personnalité civile et peuvent posséder. Les fabriques sont propriétaires des églises et de leurs dépendances. Elles sont nommées par l'évêque, auquel elles rendent leurs comptes, et sont présidées par le curé.
L'État ne se désintéresse pas absolument du sort fait aux ministres du culte catholique. 11 exempte du service militaire les prêtres, les séminaristes et certains religieux. Dans les paroisses qui existaient en 1848 et dans quelques autres plus récentes, il sert un traitement de 1.200 à 2.000 francs aux doyens, de 600 à 1.200 francs aux curés et recteurs, et de 300 à 500 francs aux vicaires.
Depuis 1857, l'école est neutre, mais seulement en ce sens que l'enseignement n'y revêt pas de caractère confessionnel. Le prêtre a le droit d'y entrer pour faire le catéchisme, et même, dans les paroisses où il n'y a pas de dissidents, l'école peut être nettement catholique. On peut d'ailleurs fonder des écoles privées que, dans certaines conditions faciles à remplir, l'État dispense d'impôts et qu'il peut même s'engager à subventionner. La paroisse hollandaise est donc à même de vivre et de se développer en toute liberté. La régularité et la ferveur de ses membres la rend comparable à sa voisine, la paroisse belge *.
]. Cnoviw., Situation h'-ijale du catholicisme en Hollande^ dans la Revue du clergé, l" mai 1903.
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Les paroisses de la Grande-Bretagne jouissent d'une liberté absolue. Droit de bâtir et de posséder des églises, des écoles, des cimetières, de se réunir, de s'administrera son gré, tout est consacré parla loi. La paroisse anglaise prend le nom de « mission ». Lévêque nomme librement à tous les postes, dont 133 seulement sont inamovibles dans l'Angleterre et le pays de Galles. S'il faut créer une mission nouvelle, les premiers fonds sont fournis par un ou plusieurs riches catholiques ; les fidèles s'engagent à des cotisations hebdomadaires, et, au besoin, on emprunte pour construire l'église, le presbytère et l'école. Les contributions payées pour les places dans l'église et les quêtes faites aux offices assurent à peu près l'entretien du clergé et du culte. On remarque qu'en général les Irlandais sont généreux et fidèles à leur religion, les Anglais moins. Le prêtre a droit à un traitement qui va de 2.500 à 3.500 francs, prélevés sur les revenus de la paroisse. D'ailleurs, le curé fait vivre sa mission comme il peut, ce qui n'est guère praticable que dans les villes. Il n'a pas de fabrique à côté de lui ; il est seul à s'occuper de ses ressources, soit pour les obtenir, soit pour les dépenser. Le dimanche, le curé anglais célèbre l'office du matin, comprenant la messe et l'instruction, fait le catéchisme au milieu de la journée et donne un salut vers le soir. La cérémonie des obsèques se borne pour lui aux prières qu'il va réciter dans une petite chapelle du cimetière, où le corps du défunt a été porté à la hâte. Très mêlé à ses paroissiens dans la vie ordinaire, le curé anglais se fait bien venir d'eux par les services qu'il leur rend et la facilité avec laquelle il partage leurs préoccupations et leurs
manières d'agir, tout en conservant sa dignité ^ La paroisse irlandaise a quelque chose de plus familial. Un profond sentiment religieux anime ses habitants, en général très pauvres, mais généreux. L'amour de la religion catholique et de la patrie irlandaise sont inséparables dans leur cœur. Beaucoup de paroisses comptent plusieurs milliers de fidèles, disséminés dans des fermes et des hameaux. Au centre du territoire s'élève l'église, d'ordinaire très belle. Là réside le curé; autour de luises vicaires, quelquefois au nombre de sept ou huit, vivent isolément ou deux par deux. Ceux-ci sont continuellement en route, à pied, à cheval, en bicyclette, pour visiter les paroissiens. Le dimanche, une ou deux messes sont dites dans des chapelles éloignées ou même, à tour de rôle, dans des granges de fermes, pour la commodité de ceux que retiennent, loin du centre paroissial, la distance et les occupations rurales. Sous la direction du curé, les vicaires travaillent au bien des âmes, créent et font prospérer toutes sortes d'œuvres destinées à aider le peuple, à Tencourager et à le moraliser '-.
Par delà l'Océan, au Canada, on trouve la paroisse catholique à l'état le plus florissant. Là, l'évèque a toute liberté pour l'érection des paroisses, la cons-
i. Delisle, Une paroisse catholique en Angleterre, dans IdiRevue du cierge, 1" févr. ISîMi.
1. En Irlande, on prend devant Dieu, devant les saints et le prêtre, ce qu'on appelle lepledge, engagement solennel de s'abstenir, pour la vie ou pour un temps, de toutes les liqueurs fermcntées ou du moins de certaines. Sans rtre toujours eflicace, \c pledge produit le l>Ius souvent d'excellents résultats. Ou trouve d'intéressants détails sur la vie elle ministère des prêtres irlandais dans deux romans de P. A. SiiEEHAN, traduits en français, Mon nouveau Vicaire cl F.uhr Dehnege. Voir aussi P. Boyi-e. l'Eglise et l'État en Irlande, dans le Correspondant du 10 nov. IfJO'i.
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truction des églises et des presbytères et la nomination aux cures. Une seule de ces dernières, Notre- Dame de Québec, est inamovible. Pour ériger une paroisse, l'évêque attend la requête de la majorité des habitants et décide sans appel, après avoir entendu les raisons pour et contre. Le curé tient les registres de l'état civil et peut seul célébrer les mariages. La dîme est le moyen reconnu par l'Etat pour l'entretien du prêtre. Elle n'est que d'un vingt-sixième et porte seulement sur les grains, blé, avoine, orge ou sarrasin. Elle tend cependant à se transformer en une redevance en argent. Une paroisse ordinaire de campagne, comprenant 1.200 âmes, possède à peu près 3.000 francs de revenus. Tous les catholiques sont pratiquants. Ceux qui ne font pas leurs pâques sont l'exception. Le clergé canadien entretient vaillamment cet heureux état de choses. Il y est aidé par les Sulpiciens, qui dirigent deux paroisses à Montréal, Notre-Dame et Saint-Jacques, et une paroisse de campagne, et par des religieux qui exercent leur zèle dans tout le pays. Des associations multiples groupent les différentes classes de fidèles et les aident partout à rester d'excellents chrétiens.
Les écoles ne créent aucun danger, puisque les évêques des trois provinces de Québec, de Montréal et d'Ottawa sont membres de droit du conseil de l'instruction publique. De plus, il existe 926 écoles libres dans le diocèse de Montréal, 450 dans celui de Saint- Hyacinthe, 46 dans celui de Kingston, 8 à Vancouver et 114 à Terre-Neuve *. On peut affirmer sans hésiter que l'organisation paroissiale du Canada
1. FouRNET, Canada, clans le Dict. de théologie catholique, t. II, p. 1483.
trouve sa justification et sa récompense dans les résultats qu'elle obtient. Ces résultats ne doivent pas laisser la France insensible, car c'est en sa langue que là-bas le catholicisme est enseigné ^ .
La paroisse catholique des États-Unis d'Amérique naît et se développe dans les conditions de la plus complète indépendance, sans rien craindre ni rien attendre du gouvernement, qui lui assure toujours la jouissance des libertés de droit commun, et lui marque même quelquefois une réelle sympathie. Sur les 10.400 églises catholiques qui s'élèvent actuellem ent aux États-Unis, la plupart sont paroissiales. Elles sont desservies soit par des prêtres séculiers, soit par des ordres religieux, auxquels les évêques confient volontiers la mission de créer et de diriger des paroisses. L'organisation paroissiale a pour unique base la générosité des fidèles. Ce sont leurs cotisations volontaires qui servent soit à fonder les établissements religieux, églises, presbytères, écoles, orphelinats, couvents, soit à subvenir aux dépenses d'enlrelien. Aux contributions extraordinaires s'ajoutent les ressources qui proviennent régulièrement de la location annuelle des bancs et des quêtes du dimanche. La propriété et l'administration de ces biens appartient à la paroisse, considérée comme personne civile et représentée par le conseil de fabrique. Le curé est le principal membre de ce conseil et Tévêque, président de droit, choisit les autres Dans quelques provinces, le diocèse seul a la
1. « Quand les stalisti(|iics nous disent (|u'il y a au Canada deux millions de catholi(|ues. nous pouvons approximativemcnl, et défalcation faite de la i>o|iulalion irlandaise, i)rendre ce chiffre pour le nonihre d'habitants qui parlent français. • Klein, Au pays de la vie intense, Paris, 1îK)5, p. '-2.
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personnalité civile, et alors, ce qui revient au même, l'évêque délègue ses pouvoirs au curé, assisté de deux de ses paroissiens ^ . Les paroissiens reçoivent chaque année le compte rendu exact de l'emploi des fonds. Quand les ressources font défaut ou qu'une nouvelle cause de dépense se produit, comme quand un prêtre de plus est nécessaire au service de la paroisse, le curé en avertit ses fidèles, avec comptes à l'appui, et ceux-ci agissent libéralement en conséquence.
L'évêque du diocèse arrête en synode le chiffre de l'allocation qui doit être servie à chaque prêtre. Les vicaires reçoivent en moyenne de 2.500 à 3.000 francs, et les curés de 4.000 à 5.000 francs, ce qui, étant donnée la valeur de l'argent en Amérique, ne constitue qu'un traitement très ordinaire'^.
Les paroisses des principales villes américaines ont grand air. A Philadelphie, par exemple, il y a 84 paroisses catholiques, que les fidèles entretiennent largement de tout le nécessaire. Qu'une paroisse devienne trop populeuse, ou qu'un faubourg s'étende à l'excès, l'évêque nomme un prêtre entreprenant curé de la paroisse à créer là où les anciennes ne suffisent plus, et, au bout de quelques années à peine, l'évêque peut venir consacrer l'église, bénir l'école et féliciter le curé et ses paroissiens d'avoir mené si rondement et si généreusement les choses. 11 en est à peu près de même partout ^.
1. Dans l'ouest, les laïques ont beaucoup plus de part à la création et à l'administration temporelle des paroisses. De Mandat- Grancey, Le clergé français et le Concordat, Paris, 1905, p. 97-98, àjl- 2o4.
2. G. Anduk, Amérique {Etats-U/iis], dans le Dict. de théologie catholique, 1. 1, p. 1071.
3. Sauf, dit-on, quand les futurs paroissiens sont des Français on des Italiens. Habitués à ce que l'État fasse tout dans leur pa>s, ils
lo.
Dans toutes ces paroisses, les œuvres abondent. Voici ce qu'on trouve dans une paroisse de 5.000 âmes, desservie seulement par un curé et deux vicaires, à Saint-Patrick, de Washington : « Deux écoles paroissiales, dirigées par les sœurs de Sainte- Croix, une excellente maîtrise, deux orphelinats, Tan pour 100 garçons, l'autre pour 150 filles; une société de Saint- Vincent de Paul et des dames de charité pour la visite des pauvres ; une société pour l'entretien et l'ornementation de Féglise; une ligue du Sacré-Cœur ouverte à tout le monde ; une ligue eucharistique , pour célébrer très solennellement l'adoration perpétuelle au second jeudi de chaque mois; les écoles du dimanche pour les enfants de sept à dix ans, un cercle pour hommes et jeunes gens, qui ne compte pas moins de 400 membres... Et non seulement tout cela marche sans dette, mais une somme ronde est déjà mise de côté pour un projet de 1.250.000 francs, qui comprend l'addition d'une tour à l'église, la reconstruction des écoles et du presbytère. Or, nous avons dit que la paroisse ne compte que 5.000 fidèles. On entrevoit ce que cela suppose chez eux de générosité, mais aussi de confiance en leurs prêtres. Le dévouement est, du reste, réciproque, et non seulement le clergé satisfait avec zèle à tous les besoins d'àme d'une population fervente, mais il s'occupe toutes les fois qu'elle le demande, et c'est fort souvent, de ses besoins temporels. 11 n'est sorte de conseil, d'appui, de démarche qu'elle ne réclame de lui, et je ne sais s'il se passe un quart d'heure par jour sans que quelqu'un
sont lenis à admettre l'idOe d'une initiative personnelle pour une œuvre d'inlérêt cominun.
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s'adresse au presbytère. Aussi la maison du prêtre, au moins dans les grandes villes, ressemble-t-elle à une sorte d'agence morale, où le téléphone, la poste, la machine à écrire sont en perpétuel mouvement '. »
Les autres paroisses des villes américaines présentent un spectacle tout à fait analogue, quelquefois plus vivant encore. Les paroisses des localités secondaires procèdent de même, dans la mesure de leurs moyens. C'est partout une admirable expansion de vie, un peu fébrile, sans doute, et beaucoup plus tournée à Faction qu'à la méditation, mais dans le goût des iVméricains, et à laquelle les paroisses catholiques ne pourraient se soustraire sans déroger aux yeux de leurs nombreuses rivales, et sans se séparer du grand courant qui emporte la nation.
Les catholiques des Etats-Unis sont au nombre de 10.000.000. Ils ont créé près de 4.000 écoles, dans lesquelles ils font instruire chrétiennement environ 1.000.000 d'enfants, sans parler des grands établissements d'instruction secondaire et supérieure quïls ont splendidement dotés. Les paroisses trouvent des recrues très bien préparées dans ces jeunes âmes formées par des éducateurs intelligemment catholiques.
La caractéristique de la paroisse américaine, c'est qu'elle concourt de tout son pouvoir à la formation de l'unité nationale. Composée souvent d'éléments disparates, dont beaucoup proviennent des vieux pays d'Europe, elle tend à les fondre tous dans l'unité de sa foi, de sa langue et de ses mœurs. Elle rend ainsi à la patrie grandissante un service pré-
i. Klein, Ah pays de la vie intense, p. 259.
cieux dont celle-ci lui sait gré. La paroisse est donc à la fois catholique et américaine. Ceux qui la dirigent ont d'autant moins de peine à prêcher à la fois lamour de la religion et Tamour de la patrie, que cette dernière ne leur a jamais rien imposé qui pût porter atteinte à leur foi, froisser leur passion de la liberté ou les blesser dans leur amour pour TEglise.
Les paroisses de l'Amérique latine sont loin d'être dans une situation aussi prospère que celles de la partie septentrionale du continent. Les principales causes doivent en être cherchées dans les guerres et ^es révolutions fréquentes qui ont désolé ces pays, dans l'action funeste des sectes antireligieuses, dans l'insuffisance du clergé quant au nombre et surtout quant à la régularité. Dans son décret du 1®'" janvier 1900, Léon XIII énumère plusieurs cas dans lesquels un curé de ces régions doit être privé de sa paroisse. Le concile plénier des évêques de l'Amérique du Sud et du Mexique, réuni à Rome en 1900, a eu pour but de ramener les choses à un meilleur état, en remettant en vigueur, dans ces contrées, les règles qui régissent les paroisses et le clergé des autres parties du monde.
A Saint-Domingue, l'instruction chrétienne fait défaut et une grande partie de la population échappe à l'action de 1 Église. A Cuba, le clergé paroissial, passé sous le régime américain, vit aisément des réserves et des rentes qu'il s'était créées sous Toccupation espagnole. Au Mexique, le clergé ne vit plus que de son casuel et des offrandes des fidèles, d'ailleurs très généreux. Malheureusement l'école est obligatoire et irréligieuse, et les paroisses riches ont pu seules en fonder de meilleures à leur usage.
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Au Guatemala, la loi reconnaît aux évêques le droit de lever les dîmes pour l'entretien du clergé, et comme celles-ci ne suffisent pas, le gouvernement y ajoute une rente annuelle de 20.000 francs. 11 existe en Colombie un assez grand nombre d'écoles catholiques; d'ailleurs l'enseignement public est soumis en grande partie à la surveillance ecclésiastique. Mais le clergé paroissial fait défaut en plusieurs endroits.
L'Equateur souffre de l'action maçonnique et de la démoralisation du peuple et même du clergé. Le Pérou a de splendides églises; mais les révolutions y ont nui à l'esprit religieux, qui se relève actuellement. La situation religieuse du Chili a aussi subi le contrecoup des bouleversements politiques. La République Argentine s'est emparée des biens de l'Eglise et ne donne rien aux ministres du culte, presque tous venus d'Europe et dinfluence nulle sur une population indifférente.
Dans l'Uruguay, le gouvernement n'a cessé d'empiéter sur les droits de l'Église. Cependant il y a dans toutes les paroisses des conférences de Saint- Vincent de Paul ; les écoles et les œuvres ouvrières commencent à faire sentir leur action. Le Paraguay manque surtout de prêtres. Presque tous les curés de campagne ont deux ou trois paroisses à desservir, dans un rayon de 60 à 80 kilomètres.
Au Brésil, le prêtre vit isolé, souvent à plusieurs journées de marche de son plus proche confrère; il se décourage et se relâche avec une facilité qu'explique le milieu. Ses efforts sont d'ailleurs paralysés par l'action de la franc-maçonnerie. L'Etat a cessé de rétribuer le clergé, qui doit vivre sur la
charité des fidèles. Le remède à ces maux viendra du nombre croissant de communautés religieuses qui s'établissent et prospèrent dans le pays. Au Venezuela enfin, le clergé, dépouillé de ses biens en 1822, reçoit une rente de l'État ' .
On le voit, la situation religieuse et paroissiale de la plupart de ces républiques est plus à plaindre qu'à admirer.
Il reste un dernier exemple, plus encourageant et plus instructif, à empruntera l'Australie. Les catholiques de ce pays sont surtout d'origine irlandaise. 11 y existe des paroisses et des missions ayant à leur tête, soit des curés inamovibles, soit des chefs amovibles. Dans les campagnes, les curés ont habituellement deux paroisses à desservir. Le principal travail du ministère s'y accomplit le dimanche : c'est ce jour-là que le prêtre, outre la célébration de la messe, prêche, confesse et baptise. Il est d'ailleurs, au milieu de son troupeau, à la fois pasteur, conseiller, homme d'affaires, architecte et fondateur d'œuvres.
La paroisse possède légalement ses immeubles, église, presbytère, écoles. Le gouvernement ne fournit aucun subside. Pourtant, le traitement du clergé est assez élevé, grâce à Taisance et à la générosité de la population. Les prêtres mènent la vie commune, quand ils sont plusieurs à desservir le même poste. J^a paroisse tire surtout ses ressources des cotisations des fidèles et, assez rarement d'ailleurs, du revenu de maisons ou de terrains qu'elle a acquis. Les fidèles n'ont rien à payer pour entrer dans l'église et en occuper les places; mais ils versent une contri-
1. Termoz. Amérique latine, dans le Dict. de théologie catholique, t. I, p. 1087.
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billion hebdomadaire pour l'entretien du clergé. Les gens du peuple donnent au moins 30 centimes et ceux de la classe aisée pas moins de 1 fr. 25. Les offrandes de Noël et de Pâques aident à compléter le traitement. Quelques semaines après ces fêtes, le prêtre rend compte aux fidèles des résultats obtenus. Enfin d'autres offrandes constituent une sorte de casuel, à l'occasion des baptêmes, des mariages et des enterrements.
Les frais du culte sont couverts par des confréries, appelées altar society, dont chaque membre verse de 60 centimes à 1 fr. 25. Les écoles demandent leurs subsides à des quêtes spéciales, des souscriptions, des ventes, des concerts. La gestion de tous les biens de l'église est dévolue au clergé ^ .
Il existe encore des paroisses catholiques dans d'autres pays du monde. Mais les types qu'elles représentent ne sont pas nettement fixés. En général, ce sont plutôt des missions, dont quelques-unes sont arrivées à l'état stable et régulier tandis que les autres se trouvent en pays infidèle, ont un troupeau plus ou moins disséminé et cherchent à étendre leur domaine spirituel.
Ce tableau résumé suggère une constatation pénible. Dans la plupart des pays étrangers, surtout dans certains États protestants, la paroisse catholique jouit de toutes les libertés désirables, alors que dans notre vieille France, fille aînée de l'Eglise, elle ne rencontre qu'entraves, spoliations et menaces de toutes sortes.
1. Lemire, Le catholicisme en Australie, dans le Correspondant, ISO'», 2,-; juillet, 25 août, lO septembre.