‹ La parole intérieureChapitre 15 sur 66 · Il donne le texte en latin, après une traduction fautive · texte numérisé non relu

Il donne le texte en latin, après une traduction fautive

De Cardaillac, laromiguiériste indépendant et assez éclectique, est un esprit incomparablement plus souple et plus ouvert que Bonald. Observateur consciencieux et pénétrant, logicien timide et médiocre, écrivain d'une clarté persuasive quand il décrit les faits, flottant et peu rigoureux quand il aborde les lois générales, il a fait, dans le second volume de son ouvrage ' , une étude approfondie de la parole et de l'écriture au point de vue psychologique, dans laquelle il a, le premier, assigné à la parole intérieure sa place légitime, non seulement dans la théorie du langage, mais aussi dans la psychologie générale; on peut dire qu'il a fait entrer dans la science ce qui, parmi les idées de Bonald , méritait de durer ; malheureusement son ouvrage n'est jamais sorti d'une quasi-obscmnté d'où les deux cents pages consacrées à la théorie du langage auraient dû suffire à le tirer.

Nous allons procéder à son égard comme nous avons fait pour Bonald, exposer méthodiquement ^ ses vues sur la parole intérieure , en les critiquant lorsqu'elles nous paraîtront inexactes.

1° Description du fait. — Cardaillac n'a omis aucune des fonctions de la parole intérieure; il a même exagéré son rôle dans l'audition de la parole d'autrui.

Quand nous parlons des lèvres, « sans produire de son, nous entendons distinctement » une parole intérieure. — Quand nous parlons à haute voix, nous répétons ce que

1. Études élémentaires de philosophie, 2 vol., 1830 ; t. II, p. 189 à 391 : De la parole.

2. L'ordre suivi par Cardaillac est très défectueux, surtout parce qu'il rattache les faits h une série de problèmes mal posés.

nous dicte à mesure la parole intérieure. — Quand nous nous taisons, elle prépare à l'avance nos discours avenir; l'orateur se forme par l'exercice « soutenu et bien dirigé » de la parole intérieure ; « pour bien parler aux autres, il faut avoir contracté l'habitude de se parler à soi-même avec facilité ' . »

La parole intérieure dicte l'écriture ^ — Puis « l'écriture réveille la parole intérieure dans l'esprit de celui qui lit...; nous ne lisons pas pour voir récriture, mais pour entendre la parole intérieure ^ »

Elle nous aide à entendre, car elle « est souvent plus distincte que la sensation » sonore, et, alors, elle la complète \ — Cardaillac va plus loin, et soutient, cette fois à tort, que « le souvenir de la parole », c'est-à-dire la parole intérieure, « accompagne toujours la sensation » ; il serait même nécessaire pour que la parole d'autrui nous soit intelligible : « nous n'écoutons pas pour entendre la parole d'autrui, mais uniquement pour entendre la parole intérieure qui en est comme l'écho, et qui, pour nous, est le véritable corps de la pensée, seul capable de nous la rendre sensible ^. » Comme si la parole d'autrui ne pouvait être directement comprise ! Cardaillac a pris pour un phénomène distinct une simple loi, une forme, l'association de l'idée avec le mot.

L'observation ou la contemplation du monde extérieur n'est utile à l'esprit et ne laisse un souvenir durable que si elle est accompagnée de réflexion, c'est-à-dire si nous

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