‹ La parole intérieureChapitre 36 sur 66 · Cf. de Cardaillac, t. II, p · texte numérisé non relu

Cf. de Cardaillac, t. II, p

confirme pas cette affirmation. On sait que, suivant Bain, la sensation tactile-musculaire ou son image est un élément nécessaire de tous les faits intellectuels ' ; nous craignons que l'esprit de système ne l'ait entraîné, sur le poinl qui nous occupe, à une observation peu rigoureuse ^

Une première objection sera qu'il est difficile d'expliquer dans cette théorie comment notre parole intérieure peut prendre l'apparence de la parole extérieure d'autrui, ce qui arrive non seulement dans l'hallucination diurne, fait toujours anormal, mais aussi dans les hallucinations essentiellement normales que M. Maury a appelées hyjjnagogiques et qui précèdent presque tous les jours le sommeil de chacun de nous. Bien plus, il arrive quelquefois, dans l'état hypnagogique, que les paroles entendues

1. Cf. les idées de Maine de Biran. Il y a de gi^andes analogies, toute métaphysique mise à part, entre la psychologie de Bain et celle de Maine de Biran ; grâce à cette double iulluence, le toucher et son complément, le sens musculaire, ont pris dans les théories psychologique.-^ modernes une place exagérée, au détriment de la vue et de l'ouïi' [ch. I, § 4 et 6].

2. Voir principalement Bain, Les seiis et rintelUge7ice, p. 297-298 et 305, trad. franc. ; Taine, De Viiitelligence, t. II, liv, I, ch. i, § 5 ; et J.-H. Jackson, Recherches cliniques et physiologiques sur le système nerveux, première partie (analysée dans la Revue philosophique, fév. 1876); les mêmes idées se retrouvent, mais plus enveloppées, dans Luys, Etudes sur le dédoublement des opératiojis cérébrales [Bulletin de V Académie de médecine, 13 mai 1879, p. 528-529). — Cf. Liard, La science positive et la métaphysique, p. 401-402. — Les pages qu'on va lire étaient écrites quand nous avons lu, dans la Revue philosophique (oct. 1879, p. 381-382), l'analyse, faite par M. Ribot, d'une intéressante discussion entre Bain et Bastian sur la question qui nous occupe. Malheureusement, ni Bastian ni Bain n'ont suffisamment distingué la parole intérieure et <i la pensée qui se sert du langage » ; ce que nous soutenons contre Bain sur la parole intérieure, nous ne l'affirmerions pas des éléments constitutifs des idées ; les deux questions doivent être soigneusement séparées [voir notre ch. VI], et, sur la seconde, les thèses opposées des deux adversaires nous semblent également inadmissibles. En ce qui concerne la parole intérieure, nous partageons l'opinion de Bastian, et nous avions, à ce qu'il nous semble, réfuté d'avance l'argumentation contenue dans la réplique de Bain : car Bain fait appel à l'expérimentation, dont nous récusons le témoignage.

ne sont déterminées ni comme nôtres ni comme proférées par autrui * ; si le tactum buccal accompagnait toujours l'imagination de notre parole, cette indétermination serait impossible.

Dans l'état de veille, si, quand je me parle intérieurement, je pense au tactum buccal qui correspond aux mots •que je conçois, je l'imagine aussitôt ; par exemple, au moment où j'écris ces lignes, mon esprit étant préoccupé du problème de l'image tactile, je ne puis constater ma parole intérieure sans y trouver, avec l'image sonore, une image tactile correspondante. Mais je soupçonne ici une illusion : l'attention une fois dirigée sur Tidée de l'image tactile, il est difficile que la mémoire ne complète pas l'idée générale par un exemple particulier, et cet exemple particulier est nalnrellement déterminé dans sa nature propre par l'image sonore actuellement présente à la conscience ; ridée d'une image n'est autre chose qu'un groupe d'images effacées ; cette idée se précise si au groupe d'états très faibles se joint un état plus distinct du même genre, et il est à peu près impossible, en portant l'attention sur le groupe, de ne pas susciter tout spécialement à la conscience, parmi les phénomènes qui le composent, celui d'entre eux qui, à ce moment même, se trouve dans les circonstances les plus favorables à sa reproduction [ch. YI, § /», 5 et 7]; l'attention est ainsi comme une sorte de demande qui implique et impose la réponse.

L'illusion dont nous venons d'expliquer le mécanisme a pour cause première l'emploi d'une méthode d'observation dont les défauts ont été depuis longtemps signalés : l'observation du présent est toujours une expérimentation,

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